CHAPITRE X
De la vase et du limon des marais et des rivières.
Il y atfeeu d’engrais , sur lesquels les opinions soient autant partagées que
sur le limon et la vase que l'on tire des marais et des rivières. Parmi un grand nombre d’expériences faites à ce sujet , quelques-unes ont pré- ■ senté beaucoup d’avantages ; et d'autres n’ont rien produit de bon , ou au moins très-peu de chose. Quelques cultivateurs ont trouvé un bénéfice considérable en mêlant de la chaux à cet engrais : d'autres ont déterminé par expérience qu’il falloit laisser repœer les vases et limons pendant une ou deux années; et qu’il est même meilleur de les retourner et de les remanier en les exposant à l'air. D’autres les ont transportés directement du marais sur les champs avec un grand succès * sans y ajou- . ^ ter delà chaux et sans les remanier.
On peut facilement concilier ces résultats différens , par la raison que
dans le fait deux marais , ou deux rivières, ou même deux parties de rivière ne se ressemblent point exactement, parce que leurs eaux sont ou dans le voisinage des troupeaux , ou livrées à des courans, ou parce qu’elles reçoivent les immondices des villes, des habitations , 3es basses-cours, ou des latrines, ce qui fait de leur vase un meilleur engrais.
La qualité de l’eau a aussi quelque influence. La quantité des feuilles qui y tombent , ou celle des plantes qui y croissent, la nature du terrain de leurs rives et de leur fond tourbeux, calcaires ou argileux produisent des effets très-différens.
Dès qu’il existe autant de principes qui ont une si grande influence dans la qualité de la vase, il n’y a plus rien qui étonne dans les résul-
tats même les plus contradictoires.
Un cultivateur prudent doit examiner le limon d’un marais avant que de le faire curée, et reconnoltre sa qualité et les parties qui lui manquent. Laissez-le sécher un peu , et prenez ensuite quelques pots à fleurs que vous remplirez les uns avec du limon sans mélange, et les, autres en y mêlant de la craie, de la chaux en differentes proportions, après avoir plus ou moins exposé ces matières aux influences de l’atmosphère.
On peut encore le mélanger avec de la terre du champ ou l’on veut répandre la vase, et avoir un autre pot de cette terre pure , pour servir d'objet de comparaison. Cette expérience facile est un moyen sûr pour découvrir par la végétation des plantes qu’on mettra dans chaque pot les
propriétés de la vase. Si vous ne voulez pas suivre cette méthode, analysez chimiquement la vase, et examinez si elle est calcaire, ferrugineuse, , ou imprégnée de quelqu’autre acide.
D’après des expériences aussi sim- * pies , le cultivateur peut procéder et travailler avec sécurité, et il ne s’exposera pas à des dépenses inutiles. J’ai fait tirer la vase d’une douzaine de .marais, dont quelques-uns mêmes étoient assez larges. J’ai formé des mélanges avec le limon qui en provenoit, et je les ai ainsi immédiatement voiturés sur les terres; et ce n’est que dans deux champs seuls que j’ai pu douter de n’afroir point retiré mes dépenses. En général cet engrais est d’un bon produit, .
mais il ne rend jamais considérablement. ' s