CHAPITRE PR^h
De la marne\
XjES marnes les plus communes'én Angleterre sont la marne argileuse, la marne pierreuse', et la marne coquillière. On les distingue quelquefois par leur couleur blanche, rouge.
Bleue, noire, etc. Mais les couleurs dans ces substances , ne doivent être' considérées que comme mne indication de la présence du fer.
§ i. De la nature de la marne.
La société deBath et de l’Ouest de l’Angleterre est tropéclairée pour se servir ,. dans un prGjp'amme, de quelque expression dont elle n’auroit pas déterminé l’acception ; et dès qu’elle a distingué les termes de nature , et de propriétés , elle exige 1 que nous distinguions aussi les parties constitutives des substances employées comme engrais ; la première expression s’appliquant probablement aux qualités passives de ces substances , et celle de propriétés serx vant à désigner les qualités actives.
La marne est une substance fias-
sile , ordinairement composée de s^ 4ble, d’argile , et de terre calcaire,- ^J^Les marnes rouges et blanches renferment^ une petite quantité de fer.
J’ai analjsé la marne rouge de Cheslïire; sur mille parties, elle en contenoit dix-sept de fer, et il y avoit.
même beaucoup d’échantillons de la; marne la plus blanche V dans lesquels le prussipte de potasse ne don-!
noit aucun indice de la présence dece minéral. La proportion de la terre calcai^ varie extrêmement, comme' de vingt-cinq à quatre-vingt pour cent ; et M. Kirwan remarque l’inconséquence de ne point appeler craie une substance qui en renferme plus de quatre-vingts parties. L’une des meilleures marnes argileuses contient quarante pour cent de terre calcaire , cinquante d’argile , huit
à- dix de sable , avec des indications certaines qu’elle contient encore* aussi quelque peu de fer.
La marne fond en se précipitant dans l’eau pure; mais toute analyse par le moyen de l’.eau est incertaine du moment que l’eau n’a pas été préalablement analysée elle-même.
La marne se décompose aussi, ou fond sur elle-même en l’exposant aux impressions de l’atmosphère.
De ses trois parties constitutives, la terre calcaire est composée de*presque un tiers d’acide carbonique (i), qui s’en enlève par la chaleur. L’ar-
fi) M. Kirwan dit nn tiers, l’cvéque Watson neuf parties snr vingt, et d’autres auteurs varient plus on moins dans ces quantités. On exige une extrême précision dans les procédés purement chimiques : mais «n agriculture on est moins ngonrenx. '
gile contient généralement une pe~ tite portion de fer, un peu d’alkali volatil ( i ) , et une partie d’acide sulfurique ; et même quoique privée de toute matière organique, elle abandonne du gaz hydrogène. Le sable, s’il est pur, ne contient aucune de ces substances. ,pn peut obtenir le phosphore de toutes les terres calcaires.
§ %. ^Propriété de la marne.
Les qualités qui font rechercher la marne sous le rapport de l’engrais des terres sont renfermées dans la terre calcaire(carbonate de chaux) qu’elle , contient.il est assez prouvé, aux .yeux de tout cultivateur intelligent, que l’emploi de tous les engrais fossiles
(l) Bojle, Kirvvan , etc. etc.
étant destiné à corriger ou à améliorer les dilïërentes natures de terres, on doit en connoître les parties constituantes,, avant que d’en faire une application convenable. On pourroit choisir une petite partie de chaque division déjà faite du terrein ; et je ne dis pas ici jjm champ, parce que les sillons ou les bornes qui séparent un champ d'un autre ne Sont pas les lignes indicatives du changement du sol. Dans ce choix , il faudroit avoir égard à toutes les circonstances locales d’élévation, d’enfoncement, d’ombre et de soleil , etc. ,.
ainsi qu’à la quantité d’eau de pluie qui tombe dans le canton. Ces portions de terre, soumises aux expériences, pourroient se multiplier en raison des terreinsque l’on voudroit mettre en culture. Plusieurs auteurs
donnent la manière d'analyser les terres ; mais , à l’ëgard de remploi de la marne , le grand objet est de découvrir la quantité déjà existante de terre calcaire dans le sol où l’on •veut la répandre.
D’après les connoissancesquenou* possédons actuellement , il est extrêmement difficile de découvrir positivement quelle est décidément laquantité de terre calcaire recelée dans un sol donné. La terre du mei lleur rapport, analysée par Giobert, en renfermoit six pour cent; par Berghman , trente pour cent ; par le docteur Fordyce, deux pour cent;un terrein riche désigné par M. Davy dans un mémoire lu par ce savant à l’institut royal, en contenoit onze pour cent. J’ai fait, à ce sujet, une foule d’expériences, principalement
( ÎO )
sur des terres très-fertiles : dans l’unej la proportion offroit neuf pour cent de terre calcaire; dans une autre, vingt pour cent ; dans une troisième , trois pour cent; et dans un échantillon d’un sol fameux par sa fertilité, que je me suis procuré de Flandres, dix-sept pour cent. La grande difficulté de cette recherche consiste donc en ce que beaucoup de terreins pauvres possèdent la même ou presque la même quantité de terre calcaire que les terreins les plus féconds. Afin de parvenir à la vérité dans une chose aussi importante, je me suis décidé à répéter de nombreuses expériences, et d’en comparer les differentes circonstances ; et je suis disposé à conclure que lorsqu’un sol est dépouillé de parties organiques, il existe de la
matière calcaire en grande proportion , et que la matière organique OSt susceptible de se convertir en gaz hydrogène. Si par expérience, le cultivateur s'aperçoi t que son terrain contient peu de matière organique, ou que par la culture, il on rejconnoisse la pauvreté, au point de ne pouvoir en tirer au-delà de dix, quinze ou vingt shellings par acre, il peut en conclure , que ce terrain exige de lui vingt.pourcentde terre calcaire ; et si , au contraire , le sol abonde en matière organique , et que le cultivateur veuille en augmenter le produit, il ne doit pa* y conduire de la marne , attendu qu’elle renferme cinq pour cent , ou même au-delà, de matière calcaire.
Un autre motif pour marner un terrain, en raison de sa nature, c’est de
lui donner une certaine ténacité ou fermeté, à cet effet, les marnes argilleuses sont préférables à toutes les autres. L’une des propriétés de la terre calcaire qui recèle la marne, c’èstde corriger l’acidité. Beaucoup de terres abondent en particules acides, qui sont nuisibles à la végétation ; la marne les neutralise, et si elles ne deviennent pas propres à augmenter le produit, elles sont au moins privées de toüte propriété préjudiciable.
Une autre propriété de la terre calcaire est d’être absorbée par les végétaux, et c’est ce que prouve beaucoup d’expériences. La terre des végétaux est, en majeure partie, calcaire (i). L’eau dissout rgo de son
(i) Kirvran,
poids de matière calcaire , et nous y trouvons r?. d’acide carbonique; ainsi imprégnée, elle dissout f . de son poids de carbonate de chaux (i).
Les acides végétaux oftt une grande affinité avec la terre calcaire (2).
Sous ce rapport, quoique la quantité de cette terre exigée pour une bonne végétation soit modique, car lord Dundonald assure que toute la terre calcaire obtenue d’un acre de terre à blé n’excède pas quatre-vingts livres, si le sol n’en contient pas assez en lui-meme , alors l’application de la marne peut être regardée comme très-importante.
Le sable et l’argile entrent aussi comme parties constituantes dans la
(1) Burghrnan.
(2) Senebier.
formation des végétaux* Aussi ce* deux substances sont -elles assez abondantes dans toutes les espèces de sols cultivables. Un avantage réel que l’on peut attendre de l’usage des engrais calcaires résulte de la disposition à la putréfaction qu’ils donnent aux substances végétales et animales (i). Les mollécules et les débris des végétaux non consommés, dont toute terre abonde, sont alors entraînés vers leur décomposition et préparés de manière à devenir la source d’une nouvelle végétation ; et le fumier que l’on emploie après
cette espèce d’engrais agit plutôt et avec un plus grand*effèt. Je parlerai dans la suite des fumiers ou engrais composés dont la marne est la base.
(1) Macbridgc, Pringlc , Lavoisier, «te.
§ 3. Manière de se procurer la marne.
La manière ordinaire de se pro-*,
J Z . J : tl . . ' ‘
curer de la marne, est de la fouiller.
Je dois cependant ajouter qu’on la tire aussi du lit de quelques riviè-
•» . • * îi i * ✓ •• i . * j
res, et principalement dans le Shannon.
La marne blanche coquillière, et une autre espèce également blanche , remarquable par sa légèreté spécifique (i), se trouvent dans des fondrières et au fond des lacs.
Tout cultivateur doit chercher à satisfaire une utile curiosité, en sondant scrupuleusement son terrain, celui même dans lequel l’existence
(i) C’est probablement Y agaric minéral.
( Note du traducteur. )
de la marne est problématique. Un foret qui porte à vingt pieds de profondeur ne coûte guère au-delà ' de trois guinées ; s’il a quatre-vingts pieds * il n ? èn coûte que vingt, et l’ouvrier le plus ordinaire peut en * faire usage 1 , pour peu qu’il y soit ejféVéé. Oh peut de la même manière , sonder les lits des marais et des rivières.
g 4 ; Préparation de la marne .
Nulle. ■ •
§ 5. Etat dans lequel la marne doit être employée.
■Quel que soit le bénéfice résultant de l’exposition delà marne aux influences de l’atmosphère, on ne doit l’espérer qu’après l’avoir répandue sur le terrain ; la quantité exi- .
gée est trop considérable , et le charroi trop coûteux , pour permettre quelques opérations aditionnelles. Si on la tire des lacs ou des rivières, les tas peuvent être abandonnés £ eux - mêmes pendant six à douze mois.
§ 6. Application.
On doit considérer ici :
i . Le charroi ; • '•
a. La nature du terrein: