‹ Essai sur la nature du commerce en général. Traduit de l'angloisChapitre 17 sur 36 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des prix des Marchés.

«3 Uppofons les Bouchers d'un côté <3c les Acheteurs de l'autre.

Le prix de la viande fe déterminera après quelques altercations ; & une livre de Bœuf fera à-peu-près en valeur à une pièce

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d'argent , comme tout le Bœuf, qu'on expofe en vente au Marché , eft à tout l'argent qu'on y apporte pour acheter du Bœuf.

Cette proportion fe règle par l'altercation. Le Boucher foutient fou prix fur le nombre d'acheteurs qu'il voit ; les Acheteurs , de leur côré , offrent moins félon qu'ils croient que le Boucher aura moins de débit : le prix réglé par quelquesuns eft ordinairement fuivi par les autres. Les uns font plus habiles à faire valoir leur marchan- ^e \ ^s autres plus adroits à la decréditer. Quoique cette méthode de fixer les prix des chofes au Marché n'ait aucun fondement jufte ou géométrique , puifqu'elle dépend fouvent de remprefTement ou de la facilité d'un petit nombre d'Acheteurs , ou de Vendeurs ; cependant il n'y a pas d'apparence qu'on puiffe y parvenir par aucune autre

du Commerce. IL Part, i 59 voie plus convenable. Il eft confiant que la quantité des denrées ou des marchandées mifes en vente , proportionnée à la demande ou à la quantité des Acheteurs, eft la bafe fur laquelle on fixe , ou fur laquelle on croit toujours fixer , les prix actuels des Marchés ; & qu'en général , ces prix ne s'écartent pas beaucoup de la valeur intrinféque.

Autre fuppofition. Plufieurs Maîtres d'hôtels ont reçu l'ordre , dans la première laifon , d'acheter des Pois verds. Un Maître a ordonné rachat de dix litrons pour 60 liv. un autre de dix litrons pour 50 liv, un troifieme en demande dix pour 40 1.

& un quatrième dix pour 30 1.

Afin que ces ordres puifient être exécutés , il faudroit qu'il y eut au Marché quarante litrons de pois verds. Suppofons qu'il ne s'y en trouve que vingt : les Vendeurs voïant beaucoup d'Ache-

i6o Eflai fur la nature tcurs foutiendront leur prix , ôc les Acheteurs monteront jufqu a celui qui leur eft preicrit > de forte que ceux qui offrent 60 liv.

pour dix litrons feront les premiers fervis. Les Vendeurs voïant enfuite que perfonne ne veut monter au-deflus de 50. liv. lâcheront les dix autres litrons à ce prix, mais ceux qui avoient ordre de ne pas excéder 40 & 30 livres s'en retourneront fans rien emporter.

Si au lieu de quarante litrons il s'en trouve quatre cent , nonfeulement les Maîtres d'hôtels auront les pois verds beaucoup au - deflbus des fommes qui leur étoient preferites , mais les Vendeurs , pour être préférés les uns aux autres par le petit nombre d'Acheteurs , baifferont leurs pois verds , à-peu-près à leur valeur intrinfeque , & dans ce cas plufieurs Maîtres d'hôtels qui n'avoient point d'ordre en achèteront, 11

du Commerce, Iï. Part. \6i

II arrive fouvent que les Vendeurs , en voulant trop foutenir leur prix au Marché , manquent l'occafion de vendre avantageufement leurs denrées , ou leurs marchandifes , & qu'ils y perdent. Il arrive auïlî qu'en (outenant ces prix ils pourront fouvent vendre plus avantageufement un autre jour.

Les Marchés éloignés peuvent toujours influer fur les prix du Marché oà ¥<m eft : il le blé eft extrêmement cher en France , il haufièra en Angleterre & dans les autres Pa'ïs voifins.

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