CHAPITRE PREMIER
Du Troc.
N a eflaié de prouver,dans la Partie précédente, que la valeur réelle de toutes les chofes à Pufage des Hommes,eft leur proportion à te
f54 EJJai fur la nature quantité de terre employée pour leur production & pour l'entretien de ceux qui leur ont donné la forme. Dans cette féconde Partie , après avoir fait une. récapitulation des dirférens dégrés de borné de la terre dans piufieurs Contrées , & des diverfes efpeces de denrées qu elle peut produire avec plus d'abondance félon fa qualité intrinfeque , & après avoir fuppofé ietablifiement des Bourgs & de leurs Marchés pour la facilité de la vente de ces denrées , on démontrera , par la comparaifon des échanges qui fe pourroient faire , en vin contre du drap , en blé contre des fouliers , des chapeaux , &c. , & par la difficulté que cauferoit le tranfport de ces différentes denrées ou marchandées , l'impoiïibilité qu'il y avoit à ftatuer leur valeur intrinfeque refpe&ive , & la néceffîté abfolue oii les Hommes
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fe font trouvés de chercher un être de facile tranfport , non corruptible f &c qui peut avoir dans fon poids une proportion , 01* une valeur , égale aux différentes denrées & aux marchandifes ?
tant néccffaîres que commodes, De-là eft venu le choix de l'Or & de l'Argent pour le gros com^ mer ce , & du cuivre pour le bas trafic.
Ces métaux font non - feulement durables , de facile tranfport , mais encore correfpondent à un grand emploi de fu= perfide de terre pour leur pro* duction ; ce qui leur donne la valeur réelle qu'on cherchoit ?
pour avoir un équivalent.
M. Locke , qui ne s'eft attaché qu'aux prix des Marchés r comme tous les autres Ecrivains Anglois qui ont travaillé fur cette matière , établit que la valeur de toutes chofes eft proportionnée à leur abondance ou à leur ra^
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reté , & à l'abondance ou à la rareté de l'argent contre lequel on les échange. On fait en générai que le prix des denrées <5c des Marchandifes a été augmenté en Europe , depuis qu'op y a apporté des Indes occidentales , une (î grande quantité d'argent.
Mais j'eftime qu'il ne faut pas croire en général que le prix des chofes au Marché doive être proportionné à leur quantité & à celle de l'argent qui circule actuellement dans le lieu , parce que. les denrées & les marchandifes , qu'on tranfporte pour être vendues ailleurs , n'influent pas fur le prix de celles qui retient.
Par exemple , fi dans un Bourg op.
il v a deux fois plus de blé qu'on n'v en confume , on comparoit cette quantité entière a la quantité d'argent , le blé feroit plus abondant à proportion , que l'argent qu'on deftine à Tacheter ; cependant le prix du marché fè
du Commerce. II. Part. 157 foutiendra , tout de même que s'il n'y avoit que la moitié de cette quantité de blé , parce que l'autre moitié peut, & même doit, être envoyée dans la Ville , & que les frais de voiture fe trouveront dans le prix de la Ville , qui eft toujours plus haut à proportion que celui du Bourg.
Mais , hors le cas de Fefperance de vendre à un autre Marché , j'eftime que l'idée de M. Locke eft jufte dans le fens du Chapitre fuivant & non autrement.