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corps atroce (j'ai la conviction d’être mort plusieurs fois), mais ce qui constitue la personnalité, l’étre-raison allait jusqu’au bout, sans cela la souffrance eût été nulle, car J'aurais été purement passif et j'avais toujours conscience même quand je.ne pouvais plus parler: alors l’âme était repliée sur elle-même comme un hérisson qui se ferait mal avec ses propres pointes ». Flaubert dit bien « j'avais conscience », mais il se contredit dans une autre lettre à la même Louise Collet: « L'élément psychique alors saute par-dessus moi, et {a consciemie disparaît avec le sentiment de la vie. Je suis sûr que je sais ce que c’est qu
‘mourir. J'ai souvent senti nettement mon âme qui/m’é-
chappait comme on sent le sang qui coule par l’ouverture d’une saigmée ». Les deux lettres sont aussi affirmatives l’une que l’autre, mais d’autres signes complétant le tableau de la symptomatologie comitiale il semble que l’on doive admettre que Flaubert perdait connaissance. Et même, ne peut-on admettre qu’un épileptique ait perdu connaissance au point : d'oublier qu’il a perdu connaissance ? PR
Enfin, après la crise apparaît la torpeur des comitiaux.
Flaubert écrit: « Je viens d’être assez secoué et 1] me ré-.
sulte de tout cela une torpeur invincible. Hier et aujour-
d’huï j'ai passé l’après-midi à dormir comme un homme
ivre. J'avais (nerveusement parlant) la sensation interne d’un homme qui aurait bu six bouteilles d’eau-de-vie, j'étais brute et étourdi! » Notons enfin des hallueinations visuelles : « Entre le monde et moi il existait je ne sais quel vitrail peint avec des raies de feu et des arabesques
d’or », la mobilité de son caractère et des manies, tous
signes comitiaux sur lesquels a insisté motre maître M. le
professeur Rimbaud dans un article sur le « Diag >nOSÉLC des épilepsies » (Journal médical ie 19 avril’ 1912).
Hana
M. Dumesnil remarque que Flaubert à eu sa première crise à 22 ans et que cette apparition tardive n’est pas en faveur de l’épilepsie qui se déclare habituellement dès l’enfance. La guerre a changé nos opinions là-dessus et nous avons eu l’occasion de voir, au Centre neurologique de la XVI° Région, des malades dont les crises étaient apparues à plus de 25 ans et qui étaient nettement des
comitiaux. |
Rappelons en outre la glossite dont a souffert Flaubert et qui apparaît tout naturellement comme causée par une morsure de langue.
Enfin M. Dumesnil note que Flaubert ne se plaint pas d’avoir eu de l’incontinence d’urine. Rien ne prouve qu'il n’en ait pas eu; ce n’est pas chose tellement agréable qu'il ait éprouvé le besoin de l’écrire à sa maîtresse et à ses amis.