‹ Essai sur la Névrose de Gustave FlaubertChapitre 6 sur 9 · PC · texte numérisé non relu

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raît pas avoir le sens des réalités ; le voiel au milieu d’une émeute: « Frédéric ne bougeait pas, fasciné d’ailleurs et s'amusant extrêmement. Les blessés qui tombatrent, les morts étendus n'avaient pas l’air de vrais blessés, de vrais morts. Il lui semblait ässister à un spectacle ». A côté de sa passion pour Mme Arnoux, il a un autre amour pour une demi-mondaïina Rosannette. Or, chaque fois qu’il se trouve près de l’une, il désire l’autre: « Si Mme Arnoux venait à l’effleurer du bout du doigt seulement, l’image de l’autre tout de suite se présentait à son désir parce qu’il avait de ce côté-là une chance moins lointaine, et dans la compagnie de Rosannette, quand il lui arrivait d’avoir le cœur ému, il se rappelait immédiatement son grand amour. Lassé, plein de désirs contradictoires et ne sachant même plus ce qu'il voulait, il éprouvait une tristesse démesurée, une envie de mourir! » Notons aussi une tendance aux hallucinations et aux obsessions. Obligé le se battre en duel, il se dit tout de suite: & Oui, je serai tué, et tout à coup il aperçut sa mère en robe noïre ». Quand il apprend que Rosannette est enceinte de fui ( sa rêverie devint tellement profonde qu’il eut une sorte d’hallucination. Il voyait là sur le tapis, une petite fille; elle ressemblait à Mme Arnoux et à lui-même et il lui semblait entendre sa voix: Papa, Papa! » Enfin sa passion pour Mme Arnoux est obsédante, tourne à l’idée fixe: « La contemplation de cette femme l’énervait comme l’üsage d’un parfum trop fort. Cela descendait dans les profondeurs de son tempérament et devenait presque une. manière générale de sentir, un mode nouveau d'exister ».

Son ami Deslauriers manque de jugement et de sens critique. Pour lui tout fonctionne mathématiquernent. Quand à la fin du roman Frédérie et lui font leur examen de conscience, Deslauriers conelut très justement: «€ J'ai

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pêché par excès de rectitude, sans tenir compte de mille choses secondaires, plus fortes que tout. J'avais trop de logique et toi trop de sentiments ».

Pellerin est un raté, Régimbart un alcoolique, Dussardier un débile fanatique.

Ainsi nous retrouvons chez la plupart des ue que nous présente Flaubert quelques-uns des caractères de la névrose de leur auteur. Presque tous sont sujets à des hallucinations depuis les grandes hallucinations visuelles et auditives de saint Antoine jusqu'aux simples tendances hallucinatoires de Frédérie Moreau; presque tons deviennent esclaves d’idées fixes; tous, à part saint Julien, ont le dégoût de l’action et sont des indécis. Enfin presque tous sont des psychasthéniques dont on peut dire « qu'ils restent malheureux parce qu’ils ne peuvent relever leur niveau mental jusqu’à obtenir la jouissance du présent ce qui est le seul remède de 1? ennui ».

Sur chacun d’eux on peut porter le jugement que portait sur Flaubert une femme qui l’avait connu depuis - l’âge de 18 ans : ( Ce qui manquait à sa nature (3 ’était l’in- ‘térêt aux choses extérieures, aux choses utiles ».

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Guelle était dois la nature de la névrote de Flaubert? Dans sa thèse remarquable sur Flaubert et la Médecine (Paris, 1905), M. le docteur Dumesnil a rejeté’ le diagnostie d’épilepsie admis jusqu'alors pour le remplacer par celui de « hystéro-neurasthénie ». Aujourd’hui que nous. sommes libérés én partie des théories de Charcot et que la guerre à modifié beaucoup de nos notions sur l’épilepsié, il nous semble que l’on doive revenir au diagnostic d’épilepsie. à |

Flaubert présente l’aura épileptique: aura visuelle d’abord, auditive ensuite et que M. du Camp nous décrit dans les pages que nous avons citées de lui au début de ce travail. Il note (la pâleur de la face » du début de la crise à une époque où ce signe n’était pas encore décrit dans la symptomatologie comitiale. Flaubert a peur de ses crises, peur spéciale aux épileptiques ; le pithiatique au contraire les désire presque. Il recherche la solitude, veut cacher son mal, alors qu’au contraire la crise hystérique ne se produit que devant témoins et d’autant plus bruyante que le nombre des témoins est plus grand.

Le docteur Dumesnil fait remarquer que Flaubert ne perd pas connaissance et cite à ce propos une lettre à Louise Collet dans laquelle se trouve cette phrase: (Il y avait (dans ces crises) un arrachiement de l’âme d’avec le:

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