G. DÉFAUTS DANS LA FRÉQUENCE DES RÉPÉTITIONS
D'Âlembert présente quatre fois de suite, comme dépendant de la mémoire, les diffé-
rentes classes de corpis qui composent la surface de la terre : i® sous le nom de Météores; a" sous ceux de Terre et de Mer; 3® sous leurs noms respectifs, savoir il/memi/o; , f^égéiaux et Animaux ; et 4° sous le nom à^ Éléments.
Ces mêmes objets se trouvent bientôt répétés encore quatre fois, c'est-à-dire en tant quHls présentent l'idée de quelque chose d'extraordinaire. Il ne voit pas que les mots ordinaire et extraordinaire ne sont que des termes relatifs , n'ayant aucun rapport aux objets mêmes, mais seulement à la position où ils se trouvent dans l'esprit du lecteur. Un objet, d'ailiers, qui serait extraordinaire pour un siècle pourrait bien; devenir tout-à-fait ordinaire pour le siècle suivant. Voici comme ces objets sont désignés cette fois : Météorfis prodigieux >, Prodiges sur la terre et sur la mer^ Animaux prodigieux ^ Végétaux prodigieux^ Minéraux prodigieux^ et Prodiges des éléments.
Non content de les avoir ainsi présentés huit fois de suite comme objets ou sujets de la Mémoire, on nous fait retrouver encore quatre fois ces mêmes êtres, placés comme objets ou sujets de la Raison^ car ce sont toujours les
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mêmes , malgré les noms grecs qui leur sont donnes maintenant avec i^addition de la terminaison hgie. Ainsi nous voyons les météores désignés par le terme Météorologie^ et bientôt encore par celui diAérologie; les minéraux d^ abord par celui de Géologie^ ensuite par celui de Minéralogie; l'eau sous le titre d'jffyJrologie; les végétaux sous celui de Botanique,; les animaux sous celui de Zoologie*.
Que sont les météores ou corps météoriques (ce qui ne signifie ni plus ni moins qu'élevé), si ce n'ciçt quelques uns des corps dont se compose la surface de la terre ? seulement ils sont mêlés avec cette partie qui est principalement en état gazeux , et puis détachés à une distance plus ou moins considérable de la masse priniCipale solide ou liquide. Les substances élémentaires de ces masses appartiennent par conséquent, dans des proportions différentes et variant saps cesse, aux trpis classes animale, végétale, et minérale, que l'on appelle les trois règnes .
Nous voyons pourtant que d'Alembert met les météores au rang des sujets distincts d'Histoire naturelle, et leur assigne une place antérieure à celle qu'il accorde aux minéraux, aux végé^
taux et aux animaux. Il ya^ute ensuite les élé-ments comme classe distincte. Bien que Ton se serve encore de ce mot dans le langage vulgaire, on avait déjà depuis long^t^mps reconnu la fausseté des idées qui l'avaient fait naître. On sait que ces éléments étaient au nombre de quatre : la terré , Feau^ Vair^ et le feu, La terre ' désignait toute masse de matière solide ; IV^Uf toute masse de matière liquide, quoiqu'elle Soit toujours la même que dans le premier cas ; Tair désigne encore cette même masse toutes les fois qu'on lai considère en état de gaz ; quant au feu, c'est un mot auquel on n'a j^ais attribué d'idée déterminée , mais dont pn est dans l'usage de se servir toutes les fois qu'on voit sortir du même endroit et en même temps une quantité extraordinaire de lumière et de calor rîque ou chaleur.
Quelques personnes ont divisé en ciel et en terre le monde ou l'uuivei's, c'est-à-dire tout ce dont nous pouvons avoir la moindre connaissance. La terre est le globe que poys habitons, et sous le nom de ciel on comprend tous les autres globes ou corps quels qu'ils soient. Telle paraît avoir été l'idée du philosophe pen- 4^nt que la Mémoire présidait à son trav^l ^ car
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il pUce d'abord l'Histoire céleste sans aucune division ; vient ensuite l'Histoire elle-même avec toutes ses différentes branches, celle des Météores, de la Terre et de la Mer, et ainsi de suite.
Il aurait donc dû suivre le même plan lorsque, sous la présidence de la Raison, il répète ces mêmes qbjets habillés à la grecque, avec l'addition de la terminaison logie. L'Histoire naturelle n'étant point considérée comme science, mais seulement comme une espèce d'étude préparatoire à la science, c'est maintenant cette Science de la Nature^ avec son synonyme Physique particulière^ qu'il s'agit dp diviser. En suivant donc le système qu'il s'était formé, il aurait dû la partager d'abord en Cosmologie et en Géologie, et sous ce dernier chef il aurait dû ranger la Météorolqgie, l'Hydrologie, la Minéralogie, et puis tous les autres logies de sa méthode. Mais ^u lieu de cela, ces objets se suivent l'un l'autre dans un ordre non seulement tout-à-fait hors de propos, mais encore si complètement désordonnée que s'il me fallait exprimer combien les quarante xuots qui entrent dans cette partie de. son système sont impropres et déplacés, un Tipmbre pareil de pages ne nie suffirait'pa^.
Il donne sept branches à la Science de la Nature ou Physique particulière : savoir, i^ Zoo= logîe , 2® Astronomie physique (comme s'il y avait une Astronomie qui ne le fût pas ) , 3® Météorologie, 4" Cosmologie , 5® Botanique, G*" Minéralogie^ 7® Chimie. Ainsi, avant de trouver un m^oAde pour les placer , on présente d'abord les animaux de toute espèce, puis les étoiles, et puis les météores quels qu'ils soient ; et c'est la Raison qui fait faire tout cela ! Et lorsqu'enfin on trouve ce monde, on le place entre les animaux et les végétaux dont ils se nourrissent, sans compter que ce^ deux classes, si rapprochées par leur nature, sont encore séparées par toutes les étoiles et par tous les météores.
Frappé de cet arrangement si bizarre, j'ai cherché dans l'explication qui accompagne le système figuré quelque justification de cette espèce d'ordre ; le résultat de cette recherche a été de me faire voir que l'ordre suivi dans cette partie de l'explication est tout différent de celui qu'on donne aux articles qu'elle prétend expliquer, quoique l'auteur ait dit, page 233 : <c La Physique particulière doit suivre la même » distribution que l'Histoire naturelle. »
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Cette explication fournit une autre idée fort extraordinaire, sur laquelle on appuie beaucoup, puisqu^on la répète à chaque instant dans plusieurs pages : c^est que tant qu'on étudie l'Histoire naturelle ( y compris tous les arts excepté les' beaux-arts ) sous la présidence de la Mémoire , on ne doit faire usage que des sens seulement ; mais lorsqu'on vient à étudier ces mêmes objets sous la présidence de la Raison, c'est alors que pour la première fois il faut faire usage de la faculté de la réflexion, et que tant que celle-ci travaille on n'a pas besoin des sens'. On pourrait à la vérité dire peut-être qu'on fait un peu plus d'usage des sens dans l'Histoire naturelle que .dans la Physique, et que l'étude de celle-ci demande un peu plus de réflexion que l'étude de l'autre ; mais celui qui tenterait de rien faire en Histoire naturelle
■ «DeThistoire, prise par les sens, des astres, de leurs mouvements, apparences sensibles, etc..... la réflexion a passé h la recherche de leur origine, des causes de leurs phénomènes, etc et a produit la science qu^on appelle Astronomie
physique a De l'histoire , prise par les sens, des vents,
des pluies, etc la réflexion a passé à Fétude de leur origine , etc »
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sans aucun recours à la réflexion , ou de travailler en Physique sans se servir des sens, ne ferait assurément quW travail bien pénible.
Tels sont les points principaux sur lesquels le lecteur pourra prononcer un jugement sur cette t^ble , ^i jamais de pareilles considérations peuvent être de quelque utilité réelle au genre humain. J^espère du moins que le lecteur qui aurait eu la patience de suivre jusqu'ici cette exposition admettra que si, à Tépoque de la publication du système figuré, il y avait un besoin réel d'un pareil ouvrage , ce n'est pas celui de d'Âlembert qui aurait satisfait à ce besoin.
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