ARCHEVÊQUES
A mesure que la puissance carlovingienne décroît celle des barons grandit ; les ateliers monétaires se multiplient et leur nombre s'augmente en raison de l'affaiblissement du pouvoir royal.
£n consacrant l'hérédité des fiefs, Charles le Chauve airaH créé làféodalité, et lorsque Hugues Gapet monta sur le trône de France, les seigneurs qui l'avaient élu se réservèrent le droit de frapper monnaie.
Nous remarquerons que les ateliers des barons qui apparaissent avant le xii*^ siècle ont succédé aux anciens ateliers qui avaient fonctionné sous les Carlovingiens. Les concessions que les descendants de Glovis avdent faites à plusieurs prélats étaient devenues plus fréquentes sous la seconde race ; l'influence dont les archevêques et les évèques avaient joui sous les Mérovingiens ne diminua point, et ils conservèrent leurs privilèges sous les descendants de Charlemagne.
A l'époque des croisadesle monnayage baronnal prend une grande extension, les armoiries jusqu'alors peu en usage se multiplient et le nom des seigneurs s'insmt sur leurs monnaies.
Vers la fin du xiii* siècle, la moniude baronnale.qui dans son origine avait été d'argent avait subi une si grande altération qu'elle nécesâita en 1315 une ordonnance royale par laquelle chaque seigneur jouissant du droit monétaire ne dut pas s'écarter des règles qui lui imposaient un type
NDHISMATIQUE RÉMOISE. A7
particulier et fixaient le poids et le titre de ses monnaies.
• L'affaiblissement successif de la monnaie royale qui avait cours forcé dans tout le royaume amena peu à peu la disparition de celle des seigneurs, et les ateliers des barons ne durèrent que jusqu'au jour où la puissance royale l'emportant sur la féodalité rendit nul le droit mcmétairCir
Hugues de Vermandois. 925.
A la mort de Farchevèque Seulf, arrivée en 026, Reims était parmi les villes qui reconnaissaient l'autorité du roi celle dont la possession devait être la plus recherchée ; aussi Héribert, comte de Yermandois, ne négligea-t-il pas l'occasion d'augmenter sa puissance. Il s'assura des évèques de Soissons et de Ghfilons, fit convoquer le clergé qu'il gagna à son parti par les présents ou la violence, fit élire son fils Hugues alors âgé de cinq ans , et obtint du consentement des évêques la disposition du temporel de l'archevêché pendant la minorité de son fils. L'égfise de Reims fut confiée à Âlbo, puis à Oldaric. Cependant les rêves que l'ambitieux Héribert avait formés ne se réalisèrent point. Dépouillé par Raoul d'une partie de sa puissance, il ne put maintenir son fils qui fut remplacé en 9S2 sur le siège archiépiscopal par Ârtald, moine de Saint-Remy élu à la demande du roi. Héribert vaincu ne se résigna point. S'étant allié avec Hugues le Grand, duc de France, et Guillaume le Normand, il vint mettre le siège devant Reims, s'en empara et força Artald à renoncer à son archevêché en faveur d'Hugues son fils qu'il fit consacrer en OAi .
En l'absence du roi Louis alors en Bourgogne, Artald se retira pendant quelques années au monastère de Sûnt-
Bfuto, puis il rejoignU son souveraiii à. Laon. S' étant uni avec Othon, empereur d'Allemagne, et Conrad, Louis s'can-^ pa^ de Reimsi en chassa Hugues et rëtaUit Artald sur le siège archi^isaopal.
Voulant reconnaître la fidélité d'Artaldqui l'avait sekcrét Louis d'Outremer lui avait accordé, en OiO, le comté der Reims et le privilège de battre monnaie pour lui et ses successeurs.
Dans ses ConsidéraUws sur Ig& monnaies de Francet M. B. Fillon attribue à Hugues le denier suivant :
(PL, IV, N' a.)
HVCO inscrit en cercle, + GRATIV El PFX.
1^. REMIS dVITAS. Croix. (Collection Dassydf^Meam;). ' Suivant l'c^inion émise par ce savant, cette miranaie se^ rait antérieure à Hugues Gapet et devrait être attribuée à Hugues de Vermandois. Mais cette proposition n'a pu êtni aco^ptée par tm9 les numwoatistQS ; M* de Longpérier classa ce denier à Hugoes Gapet comime monnaie royato« et cette attributim fut modifiée par BL A. de Barthélémy ({ui émii^ à. cette occasion l'opinion suivante :
« En 987i l'^ôque Adalberon qui venait de couronner Hugues Gapet r^apla^a le moiM)graxome àtrlovin^n dee monnaie de Rrâsta par le mot H^GO, »
M* Conbrouse, dana l'ouvrage qu'il jHdPlia sur lea mon^ naie française» a'eipriipe ainsi ;
« Ce demer^ &'il a^pArtencût^à Hupi^a Ga^t, aurait été fr^pé après son sacre pair Adalbéffon^ Je pense qu'il doit être attribué au métiropolitrâb de.R^ins. âaw^ ce* demBr ça» semt-ce l'effet de la eoncee^n eçtrofée par ie'mXotham l Le privilège de Reioaia date de l'an 931, ^ sa iwe-
NOMISMATJQUE RÉMOISE. 19*
miëre monnaie épiscopale de l'an 1ÔS8 seulement. Rap^ * pelons-nous que sous Lothaire plusieurs vassaux de la couronne battaient monnaie ( Hervé III , abbé de Tournus ) avec la légende GRATIA DEI REX, ou bien avec le monogramme du roi comme le fit Guillaume comte de Bourges. » «
En présence de ces opinions diverses, je ferai les observations suivantes :
Hugues Gapet, ayant été proclamé roi, vint se flaire couronner à Reims au mois de juillet 987. Il est probable que ce prince, qui comme duc de France avait frappé monnaie avec les mots GRATIA DEI REX et à la légende bibinéaire au revers, aura voulu aussitôt son élection inscrire sa nouvelle dignité sur les monnaies. La légende en deux lignes des deniers d'Hugues frappés à Paris ne fut pas employée à Reims qui jusqu'alors avait inscrit REMIS GIVITAS en cercle autour de la croix ; le nouveau roi aura voulu conserver un type conservé par un long usage tout en faisant acte de souveraineté.
Le mot Ruqo a beaucoup de ressemblance avec celui inscrit sur les deniers de Senlis, et je suis porté à croire qu'il faut classer à Hugues Gapet le denier dont nous nous occupons.
Quoique les archevêques de Reims aient joui du droit de battre monnaie, on n'en connaît point d'Artald, d'Odalric, d'Adalbéron, d'AmouId, ni de Gerbert qui lui succédèrent. Lorsque Louis d'Outre-mer eut accordé en 940 à l'archevêque Artald le comté de Reims avec le droit de battre monnaie, il y a lieu de croire que ce prélat s'empressa de profiter de ce privilège. A l'exemple des évêques de Châlons-sur Marné ses voisins qui émettaient des espèces au monogramme carlovingien, il dut frapper monnaie à l'imitation de la monnsde royale. Ge qm viendrait à Tappui de
fiO NUMISIIATIQUB RÉUOISB.
- cette probabilité sendt la grande quantité de deniers de Charles le Chauve, dont le type s'immobilisa à Reims, aipsi que le prouvent les nombreuses variétés que l'on rencontre. Par leur style, ces deniers ne peuvent apparte-
^ nir au ix"* siècle, et les plus récents se reconnaissent sdséfuent à l'altération des types et du titre.
Quoiqu'on ne puisse fixer d'attributions certaines aux
* archevêques qui se succédèrent depuis Artald jusqu'à Guy de Châtillon, nous croyons avec M. de Barthélémy que si l'on ne connaît point de monnaies de ces prélats, quelques deniers carlovingiens au monogramme et à la légende GRATIA DEI REX, REMIS CIVITAS peuvent leur être attribués.
Ebalus. 1023 --1033.
Ebalus succéda à Amould en 1023. Les archevêques avaient eu jusqu'alors à disputer la possession du comté de Reims aux seigneurs de Roucy qui prétendaient y avoir droit.
Ebalus dë9 les premières années de son avènement racheta le comté et la possession en fut confirmée à ses successeurs en 1059, par Philippe L
^ 1027, il sacra Henri fils de Robeiït et mourut en 1033, laissant les biens de l'archevêché augmentés et améliorés^ «
Le seul fait qui puisse intéresser la numismatique serait la réunion de la monnaie de Mouzon à celle de Reims.
Gm DE Cbatiixon. 1033—1056.
Gui de Châtillon, élu en 1033, eut à défendre les prérogatives de son archevêché contre Richard, abbé de Saint- Vannes de Verdun, pour la monnaie de Mouzon que cette
NUMISMATIQUE RÉMOISE. 6t
abbaye tenait de la libéralité de l'empereur Henri et dont* Ebalus s'était emparé. Il termina ce différend en lOAO, en accordant à Richard la paroisse de Viviers. La charte de ce dédommagement est imprimée dans le Gaïlia christiana*
A dater de ce prélat, on trouve les monnaies de la plupart, des archevêques de Reims jusqu'au xiv siècle.
Il nous est parvenu deux monnaies de Guy :
WIDO en deux lignes dans le champ. + RE MOR PRESVL.
i^. + VITA XEISTIANA. Croix cantonnée d'un A et d'un ^. Denier (M. Saubinet).
Nous remarquons au sujet de TA et de Tco, qui cantonnent la croix, que ces deux lettres se trouvaient également sur les monnaies d'Henri I, roi de France, contemporain de Guy.
Variété. WldO. Autour REMOR ARCHIPSVL.
j$. VITA XPISTIANA. Croix.
La plus ancienne de ces deux pièces doit être la première , le simple titre de pr^sul qu'y prend l'archevêque semble le démontrer.
Lelewel considérait le denier de Guy comme la plus ancienne monnaie épiscopale marquée d'un nom déterminé. Mais à l'époque où il publiait cette observation, les deniers des évêques de Laon, contemporains d'Hugues Capet et de Robert, n'étaient pas encore connus.
Gervais du Chateau-du-Loir. 1055-1069.
Gervais, évêque du Mans, chassé de son siège par Geoffroy, comte d'Anjou, s'était retiré en Normandie, lorsque
le roi Henri 1" le fit élire archevêque de Reims en 1055. II employa les premières années de son pontificat à recouvrer les biens de T archevêché qui avaient été aliénés sous ses prédécesseurs. En 1059 le roi Henri ayant fait sacrer Philippe, son fils alors âgé de sept ans, Gervais à cette occasion fut élevé à la dignité de grand chancelier. Il mourut en 1069.
GERVASI en monogramme. ARGHIPRAESVLISu.
î$. REMENSIS NVMMVSV- Croix cantonnée d'un trèHe ou lis et d'un besant.
(Musée de la ville de Reims.) Même type et même légende.
(Obole. M. A. de Longpérier.)
Variété dans le monogramme ARGHIPRAEZVLIS.
R). REMENSIS NMMV2%*. Croix cantonnée d'un trèfle ei d'un besant.
(Denier. M. A. de Longpérier.)
La Bibliothèque impériale possède un denier différant dans le monogramme de celui que nous venons de décrire. Dans la légende, nous remarquons ÏZ d'ARCHI- PRAE2VLIS, et sa forme nous fait croire que le Z lu paar M. A. de Longpérier sur le denier précédent n'était qu'une S retouraée.
M. Desains possédait un denier que nous reproduisons sur lequel on remarquera quelques différences avec ceux que nous avons décrits :
NCMISMATIQUE RÉMOISE. 53
Monogramme de Gervais, ARCHIPRAE2YLI2.
^. REMENSIS NVMMYS. Croix.
Variété dans laquelle toutes les lettres du monogramme de GERVASI sont parfaitement indiquées.
(M. Saubinet.)
Manàssès I. 1069-1083.
Manassès, élu en 1069, succéda à Gervais dont il n'imita pas les vertus. Interdit par Grégoire en 1077 au concile d'Autun, auquel il avait refusé de comparaître pour s'y justifier des faits criminels qui lui étaient imputés, il fut excommunié au concile de Lyon en 1080, quitta son siège en 1081 et se retira près d'Henri, roi d'Allemagne.
Nous classerons à cet archevêque le denier suivant :
MANASSES en deux lignes dans le champ*
ARGHIPRESVL. Fleur-de-lys terminant la légende.
^. VITAXPIANA. Croix dans un quatrefeuilles.
(Musée de la ville de Reims.)
Ce denier, trouvé k Reims, est d'une parfaite conservation. M. Duquenelle, en 18A5, publia la note suivante ausujet d'un denier appartenant à M. Bourgeois de Suippes^ que M. A. de Longpérier attribuait à Manassès I*' et qui porte le titre d'AROHIEPISCOPYS :
« L'attribution de la pièce de M. Bourgeois en l'absence d'autres pièces à comparer pouvait avoir une certaine valeur; cependant la différence que l'on remarque entre ces deux pièces, qui toutes deux présentent le nom de Manassès, permet d'établir entre elles une nouvelle classification.
« Les seigneurs auxquels avait été concédé le droit de monnayage faisaient sur leurs monnaies précéder leurs noms de leur titre seigneurial. En se conformant à Yur:^ établi, les archevêques de Reims y placèrent d'abord le mot ARGHIPRAESVL qui est le plus anciennement adopté pour qualifier les puissants dignitaires; plus tard ce mot fut remplacé par celui d'ARGHIEPISGOPVS conservé jusqu'à nos jours. La pièce déjà publiée porte le nom éCarchiepiseopus ; c'est la première pièce sur laquelle Tancienne dénomination a disparu ; sur toutes les monnaies des archevêques qui ont succédé à Manassès, et dont on possède une série assez nombreuse, on lit ÂRGHIËPISCOPVS. Il convient donc de reporter à une époque antérieure à ce prélat toute monnaie qui présenterait une qualifica^ tion qu'il a abandonnée à son avènement au siège archiépiscopal.
a II est vrai que sur des chartes et des lettres manuscrites d'une époque postérieure à Manassès II, on trouve le mot archiprsesul ; mais ce titre, usité dans les manuscrits, avait disparu sur les monnaies, et sa suppression est irrévocable.
« La légende du- revers présente un caractère religieux usité sur les monnaies premières de nos archevêques. YITA XPISTIANA est la légende de la monnaie .de Guy de Ghâtillon. Gervais, son successeur, mit sur ses deniers NVMMVS REMENSIS et les archevêques successeurs de Manassès II
NOMISMÂTIQUE RÉMOISE. 6ff
remplacèrent ces légendes diverses par les mots REMIS CIVITâS ou REMENSIS. »
Renaud I du Réllay. lOSS-lOQfr.
Renaud ou Rainald, archevêque de Tours, fut élu en 1083. Il s'efforça de mettre fip aux désordres survenus sous son prédécesseur et flt rentrer en son pouvoir les biens de l'archevêché qui, dans ces momeptsde troubles, étaient passés en des mains étrangères.
Le roi Philippe ayant été excommunié pour avoir répudié Bertbe, son épouse, et avoir enlevé Bertrade, femme de Foulques, comte d'Anjou, Renaud décida le toi à obéir au saint-siége et mourut le 21 janvier 1006, à Arf as, où il fut inhumé.
Nous ne connaissons qu'une pièce qui puisse être attribuée à Renaud I et nous en devons le dessin à l'obligeance de M. de Longpérier, qui en 18&0 publiait dans la Reme numisinatique les lignes suivantes : o J'avsûs rangé à T^iscopat de Reims un denier d'argent dont void la description : REMIS METROPOLIS, monogramme formé des lettres ERAL— SANCTA MARIA, croix cantonnée de deux trèfles presque semblables à de grossières fleurs de lis« J'avais fait observer cependant que cette pièce me semblait moins ancienne que la précédente. Aujourd'hui que le denier de Hanassès est venu me prouver que le grand 6 carré du monogramme de Gervais jouait sur la monnaie de Reims le mèbe rôle que le G du nom de Foulques d'Anjou sur les deniers de tant de barons, je crois que Vùn peut conadërer cette lettre comme inutile et voir dans les trois autres RAI la première partie du nom de Renaud I, ce qui s'accorde bien mieux avec la fabrique de la pièce. »
Monogramme formé des lettres RAI et du grand 6 qui lui sert d'encadrement, RE.IS.E.ROPOLIS.
i^. SGÀ tY)ARIA RE. Croix cantonnée de deux lis.
( Cabinet de M. Dassy. )
11 est à regretter que le dessin n'ait pu être fait sur la pièce elle-même. M. de Longpérier n'en possède qu'une empreinte faite depuis vingt ans; et quoiqu'on ne puisse avoir le moindre doute sur l'attribution de cette pièce à Renaud, il serait à désirer que l'on pût en posséder un dessin plus exact reproduisant toutes les lettres qui ne sont pas venues.
La légende Remis metropolis est tout à fait nouvelle, et le litre de métropole qu'y prend la ville de Reims est sans exemple sur les monnaies.
La légende SGA MARIA RE (menais) qui apparaît également pour la première fois sur la monnaie des ardievêques de Reims se continue sous Manassès II et disparait complètement, faisant place à la légende REMIS GIVITAS, qui dès lors fut seule employée.
La légende Sancta Maria Remensis signifie Notre-Dame de Reims, c'est-à-dire l'église de Reims, à cause du vocable de la cathédrale.
Cette manière de s'exprimer est fréquente dans les écrivains 4u moyen âge; c'est ainsi que saint Remy lui-même s'exprime dans son testament : du moins, s'a-^ dressant à T église de Reims , il dit : Saneta ecdesia Re-
NamSMATIQUE RÉMOISE. 57
Manâssès II Ds Ghatillon. 1096-1106.
ManassëSy neveu de Guy de Ghatillon, fut appelé en 1095 au siège de Reims, qu'il quitta en 1106.
(PL. rv, N- 11.)
M..ASSeS ÂRGHIEPG. Croix cantonnée d'un quatrefeuilles et d'un annelet.
]^. SCE ooARL ..Of)ENSIS- Monogramme de Gervais.
(M. Bourgeois de Suippes.)
La bibliothèque de la ville possède une variété sur laquelle la fleur de lis est parfaitement marquée.
Sur ces deniers nous retrouvons un exemple de la conservation d'un type d'une époque antérieure* Le monogramme de Gervais, qui n'avait pas été employé sous Manâssès I , reparait sous Manâssès II , mais il ne conserve pas avec lui le titre d'ÂRGHIPRAESYL , qui disparait complètement sur les monnaies.
Rodolphe on Raoul le Vert. 1106-112A.
Raoul, prévôt de la cathédrale, fut appelé à l'archevêché de Reims par le pape Pascal III en 1106. Gervais, fils d'Hugues, comte de Réthel, élu par Philippe I, qui ne voulait point reconnaître l'élection de Raoul, s'empara des revenus de l'archevêché. Soutenu à la mort du roi par Louis YI, Gervais n'abandonna ses prétentions que lorsque Raoul eut prêté serment de fidélité au roi, en 1109.
Raoul mourut en 112A.
68 NUUISMATIQOB RtHOISE.
RODOLF en monogramme dans un encadrement + ARGNIEPI.
ï^. NM^ REOf)SIS, TM surmonté de la barre indiquant l'abréviation. Dans le champ, croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux besants.
( M. Saubinet. )
Le musée de la ville possède, un denier sur le revers duquel les fleurs de lis figurent seules dans les cantons de la croix.
Renaud II des Près. 112A-il8a.
Renaud de Martigni ou des Près » évêque d'Anvers , fut appelé à l'archevêché de Reims à la mort de Raoul. Henri, roi d'Allemagne, qui avait été excommunié au concile de Reims en 1119, vint faire le siège de cette ville, mais il fut forcé de se retirer devant les secours que Louis YI amenait aux assiégés.
Le là avril 1128, le roi de France fit sacrer son fils Philippe; et après la mort de celui-ci, il fit sacrer son second fils Louis par le pape Innocent II , le 8 novembre
Renaud mourut le 13 janvier 1138.
On ne connaît pas de monnaies de cet archevêque. H. de Longpérier a reconnu que le denier qu'il lui avait a.ttribtté dans la description des monnaies inédites de M. Dassy devait être repcnrté à Raoul, son prédécesseur.
NUMiaiIATIQUB RÉMOISE. 59
Samson de Mautoisim. lliO-1162.
Après une vacance de deux ans , le siège archiépiscopal fut occupé par Samson de Mauvoisin , neveu de Renaud des Près. De son temps Eugène III tint un concile où assista saint Bernard. Samson travailla pour son église^ et pour rÉtat. De concert avec Sugeï*, il pacifia les troubles qui désolaient le royaume pendant la croisade de Louis le Jeune.
Sous ce prélat eut lieu l'institution des communes. Samson mourut en 1162.
(Pu IV, N* 13.)
SAN-SON en deux lignes : + ARChlEPISGOP.
^. REœS CIVITAc» . Croix cantonnée de deux lis. (H. Sftubinet.)
(PL. V. N*i.}
Même face et même légende.
^. RE..2GIA.... Légende inscrite de gauche à droite. Croix cantonnée de deux lis.
(Obole. M. Saubinet. )
Variété dans le coin et dans la forme des lettres. (H. Saubinet.)
Variété. SAN-SON en deux lignes + ARGHiePISOOPVS. Croix cantonnée de deux lis et de deux croissants REÇOIS EIVITAS.
(M. Saubinet.)
Ce denier date des dernières années du pontificat de Samson ; il est d'un meilleur coin et la forme des lettres est différente.
Même variété. Obole.
( Le musée de la ville. )
Selon Lelewely la fleur de lis, regardée comme emblème de la royauté ou des princes du sang , devint d'un usage fréquent vers le milieu du xii* siècle. Elle apparaît sur la monnaie royale en 11&9 , et Louis VII , à son retour de la terre sainte, fut le premier qui sema de fleurs de lis son écusson. Henri, frère de saint Louis, cantonnai de lis la croix qui figure au revers de ses monnaies , et selon ce savant, Samson, qui s'en était emparé vers 1150, lui en aurait donné l'exemple. Nous ferons remarquer que sur les monnaies de Gervais le signe qui cantonne la croix et que M. A. de Longpérier nomme un trèfle , nous paraît être une fleur de lis ; sur la monnaie de Renaud elle est parfaitement distincte; Samson n'est pas le premier qui l'ait employée, et si le signe qui figure au revers des deniers de Gervais est réellement un trèfle , Renaud serait le premier qui se serait emparé de la fleur de lis, et il l'aurait adoptée même avant la monnaie royale.
Le monogramme que Gervais avait inscrit sur ses monnaies, à l'exemple de Foulques d'Anjou, d'Herbert, comte
du Mans, fut abandonné par Samson , et cet exemple fut suivi par ses successeurs.
Les barres parallèles du monogramme de Gervais, qui, quoique inutiles, avaient été conservées dans celui de Raoul, deviennent l'encadrement du nom de Samson inscrit en deux lignes dans le champ ; elles se conservent sous Henri , qui le premier y joint les deux globules figurant audessus et au-dessous du nom, se perfectionnent et ont leurs extrémités arrondies sous Guillaume et ses successeurs, puis deviennent sous Robert les barres tourellées ou terminées par des annelets semblables à celles que Ton voit sur les deniers tournois.
L'apparition du croissant sur les monnaies des archevêques de Reims remonte aux dernières années de Samson. Cet emblème, adopté vers l'année 1155, ne cessa d*ëtre employé sur les deniers des archevêques qui se succédèrent jusqu'à Robert de Courtenay.
Le croissant de toute antiquité avait été représenté sur les monnaies de presque tous les peuples, et sur plusieurs monnaies romaines nous retrouvons ce symbole, qui n'a pas encore reçu d'explication satisfaisante. Sur les monnaies gauloises trouvées dans le Languedoc, l'usage du croissant était très-fréquent, et selon M. Ghaudruc de Grazannes, on devrait en découvrir l'origine dans le culte de la lune décroissante, qui, suivant Strabon, était très-répandu parmi les Geltes de l'Ibérîe.
La première monnaie, barouale où nous voyons figurer le croissant est celle au nom de Bernard , vicomte de Garcassonne, qui a dû être frappée vers le milieu du xii* siècle.
Nous retrouvons l'empreinte de ce type sur les monnaies à la légende GARLVS REXR BfETYLO, qui sont attribuées à Jean Sans-terre, comte de Poitou (1109-420A), sur celles
dS NUMISMATIQUE RËMOISS.
d'Angoulême à la légende LVDOICVS-EGOLISSIME , sur celles d'Hugues X, comte de la Marche (1208-1249), sur les deniers de Savary de Mauléon , d'Alphonse de Riom (1230-1271), de Louis, comte de Nevers (1805-1821). Les monnaies dç Sanche de Navarre (1151-1187) offrent également le croissant.
L'apparition de ce type remonte & l'époque des croisades, et il y a lieu de remarquer que Raymond V, comte de Toulouse (1148-1194), en plaçant sur ses deniers l'image du soleil et de la lune, créa un type nouveau que Raymond II, comte de Tripoli, copia exactement.
Si le croissant n'a pas pour origine la représentation de la lime comme celui de la monnaie de Toulouse, lious sommes portés à croire qu'il faut voir dans cet emblème la lettre o), qui , par suite de la négligence du graveur, avait été mal représenté et avait à cette époque perdu sa signification primitive.
Henri I de France. 1168-1176.
Henri de France, évêque de Beauvaig et frère de Louis VII, succéda à Samson en 1162. Ce prince ?iyant voulu porter atteinte aux libertés et privilèges des habitants, fut cause des troubles qui éclatèrent , et il ne put réprimer la révolte qu'en rétablissant les lois et coutumes qu'il avait voulu abolir. Henri mourut en 1176.
HEN-RIC en deux lignes. + ARChlEPISCOPVS. Croix cantonnée de deux lis et de deux croissants REO)S £IVITAS<
NOMISMATIQUJB BÉMOIftE. 6}
Variété. HEN-RIC en deux lignes. + ARChlEPISCOPVS.
+ REOOIS CIVITA& Croix cantonnée de deux lis et de deux croissants.
HEN-Rlien deux lignes; le G est barré. + OPVS.
Même revers. + . . OOIS El VI. . .
(Ma collection.)
Dans le recueil de Duby, il est parlé d'un denier ayant dans le champ AINRICVS pour HENRICVS-ARCHIEPISGO- PVS. ^. REMENSIS CIVITAS. Ce denier a été probablement mal lu et doit être reporté à Henri II ou à Albéric.
Guillaume I aux Blanches mains. 1176-1202.
Guillaume, fils de Thibault III , comte de Champagne, évèque de Chartres, puis de Sens, fut élu en 1176. Ce prélat, au concile de Latran, fut élevé à la dignité de cardinal par le pape Alexandre III , qui lui conféra le droit de sacrer les rois de France. En 1179, Louis VII fit sacrer son fils Philippe, et à cette occasion Guillaume fut fait duc et pair. En 1183, Philippe-Auguste le nomma premier ministre; puis lors du départ du roi pour la Terre Sainte, Guillaume fut nommé régent du royaume» Il mourut en 1202.
Au pontificat de Guillaume remonte le rétablissement des échevins.
GVLE-RMVSen deux lignes, -h ARChlEPISGOPVS.
1^. Croix cantonnée de deux lis et de deux croissants. +REO)IS CIVITAS. .
(M. Saubinet.)
6â NUMISMATIQUE RÉMOISE.
.Variété, avec le mot ARGHIEPISCOPVS.
(M. Saubinet. )
(PL. V, ISf 7.)
Obole au même type et aux mêmes légendes.
(M. Saubinet. )
Variété, avec le mot ARGHIEPISCOPVS. Ce denier possède les barres parallèles parfaitement arrondies aux extrémités, et doit appartenir aux. dernières années de Tarchiépiscopat de Guillaume.
Variété. + REJUS GIVITAS.
(Denier, collection Poey d'Avant.)
Guy Paré. 1202-1207.
Guy, cardinal évêque de Preneste, élu par le pape Innocent III en 1202, succéda à Guillaume. Il prêcha la croisade contre les Albigeois, et mourut au mois de juin 1207.
GVID--ONIS en deux lignes, + ARGHIEPISCOPI.
^. Croix cantonnée de deux croissants et de deux fleurs de lis. X.RE0OIS GIVITAS, un point au milieu de TGO de REGOMIS.
(Le musée de la ville.)
Variété. + ARGHIEPISCOPVS, Revue, 1846, page 163.
Albéric. 1207-1219.
Élu en 1207, Albéric de lïautvillars prit une part active à la guerre contre les Albigeois. En 1216, il assista au
miCISIIATIQDB RÉMOISE. 66
candie de Latran, partit en terre sainte en 1216, et aprèsf un séjour de deux ans en Palestine, il revint à Rome où il mourut en 1210.
L'ancienne cathédrale ayant été brûlée en 1212, Albério commença celle qui existe aujourd'hui.
ALBR — IGVS en deux lignes, + ARGHIEPISCOPVS.
1^. Croix cantonnée de deux lis et de deux croissants, XRECf)MIS nVlTAS.
(M. Saubinet)
Variété avec un point au milieu de VCf) de REOIIS.
(M. Saubinet.)
Obole, même variété.
(M. Saufcinet.)
Duby en transcrivant la légende avait introduit un Ë dans le nom du prélat et traduisait ALBERIGVS par Albert, nom qui n'est pas français et qui n'est pas l'équivalent du latin.. Ainsi que le fait remarquer M. A. de Longpérier, au XIII* siècle on aurait écrit AUBERT.
Dans l'ouvrage de don Martenne, Thésaurus novus anecdotorum, on lit : « 1206. Obiit Vido archiepiscopus rhelOrasis. Albricus eligitur et archiepiscopus eificitur rhemensis. »
Guillaume II de Joinville. 1219-1226.
Guillaume de Joinville, neveu de Guy, évêque de Ghâlons, avait accompagné, en 1199, Philippe en terre sainte. Évêque de Langres en 1208, il fut élu archevêque de Reims en 1219. Nommé légat par Honoré III en 12^1, ii
06 NUMlSMATIQfm RÉMOISE.
sacra Louis VIII en 12SS. Accompagna ce roi dans sa croi • sade contre les Albigeois, et mourut à Saint- Flour en 1226.
GVLE— LMVS en deux lignes, +ARCHIEPISGOPVS.
^. XREœiS CIVITAS. Croix cantonnée de deux lis et de deux croissants.
(M. Saubinet.)
Il n'y a pas de raison bien sérieuse pour légitimer Tattribution des deniers à la légende GVLELMVS à Guillaume IL La différence d'orthographe du nom est le seul motif qui ait fait classer ceux à cette légende à Guillaume de Joinville plutôt qu'à Guillaume I. Cependant des chartes nous donnent le nom de Guillaume I orthographié 6VILLELMVS et WILLELMYS, ce qui prouve que les formes Gulérmus et Gulelmus ayant été indistinctement employées, il n'est point de motifs pour attribuer leurs deniers à l'un plutôt qu'à l'autre de ces archevêques.
Henbi ob Dreux. 1227-.12&0.
Henri de Dreux ou de Braine, fils de Robert II, comte dé^ Dreux, succéda à Guillaume de Joinville en février 1227.
Ayant voulu diminuer le pouvoir de la commune, il fut chassé de la ville par les habitants en 1237 et n'y rentra qu'après l'intervention de saint Louis. De nouveaux troubles s'élevèrent par la suite, mais Hetiri les comprima.
H mourut le 6 juillet 12&0.
HUVISVATIQUC ÂÉ1I0I8E. 67
(PL. V, N*ll.)
HENR— IGYS, en deux lignes +ARGHIEPISGOPYS.
î^ +RE!0)IS GIVITÂ& Groix cantonnée de deux Us et deux croissants.
(M. Saubinet)
Obole. Mômes légendes avec un point au centre de TO tfARGHIEPISCOPVS.
(La Bibliothèque impériale.) Denier, même variété.
HENR— IGVS en deux ligne», l'H et l'E sont liées.
HEPR — IGVS. Variété. Un point seul figure dans le champ de la face, au-dessous de la barre inférieure. Le revers diiFère par la forme de la lettre M de REMIS et celle des fleurs de lis qui n'est plus la même.
Duby cite une obole de ce prélat sur laquelle il y aurait ERroIS au lieu de REMIS.
Interrègne de quatre ans pendant lequel ht cathédrale, commencée par Albéric, fut achevée. On ne connaît pas de ilionnsûes des archevêques qui se succédèrent depuis Henri de Braine jusqu'à Robert de Gourtenay.
ROBEBT DE GOURTENAY. 1299-1323.
Après la mort de Pierre Barbets, Robert, neveu de Jeaa de Courtenay, archevêque de Reims, fut élu en 1299. Cet archevêque assista au concile de Vienne, sacra Louis X en 1315, Philippe le Long en 1316 et Charles le Bel en 1S21.
Robert mourut le 13 mars 1323.
ROBE — RTVS en deux lignes, + ARChlEPISCOPVS. ^. REOIIS CIYITAS. Croix cantonnée de deux lis et de deux molettes.
(M. Saubinet.)
Obole. Même variété.
(M. Saubinet.)
Il est à remarquer que les barres parallèles sont tourellées et que les deux points ou globules qui les accompa-. gnaient ont disparu.
Duby, qui a décrit une monnaie de Robert, avait mentionné des croissants. — M. Poey d'Avant, dans son traité des monnaies féodales françaises, cite également un denier de la collection de M. Voillemier dont la croix serait cantonnée de deux lis et de deux croissants.
Les molettes qui apparaissent à cette époque sur les deniers de Reims se retrouvent sur les monnaies des anciens ducs d'Aquitaine, sur celles de Cahors, de Riom et de
NUMISMATIQUE BÉMOISE. '^90
Toulouse. Elles apparaissent également en 1206-1802 sur les monnsûes d'Henri III, comte de Bar.
Une ordonnance donnée à Lagny-sur-Mame au mois de décembre 1315 confirme à Tarchevêque le droit de battre monnaie.
Ces deniers devaient être à quatre deniers douze grains argent le roi, vingt-un grains de poids trébuchant; chacune pièce au feur de deux cent-douze pièces de taille au marc et les mailles à trois deniers dix-huit grains argent le roi, d'un denier un grain de poids trébuchant chacune pièce au feur cent-quatre-vingt pièces de taille au marc.
L'ordonnance de 1316 dit : que l'archevêque de Reims doit faire le coin de sa monnaie croix et devers pille telle : 4- CIVITAS REMIS ; devers une croix accompagnée de deux
croissants et de deux étoiles : „,,^ , ARGEPISGOP.
TVS
(Lelewel, page 200.)
Duby, dans son traité sur les monnaies baronales, rapporte un denier à la légende WILE-LMVS, qu'il attribue à Guillaume III. Cette monnaie n'ayant pas été retrouvée, nous croyons qu'il y a lieu de douter de son existence.
Les édits de 132i défendant aux évêques et aux seigneurs de battre monnaie, les successeurs de Robert durent céder aux ordonnances de Charles IV, et, sauf le grand denier qui appartient à Jean III, on ne connaît plus, à partir de cette époque, de monnaies qui puissent être attribuées aux archevêques de Reims.
Jkan m DE Gbaon. 1355-137À.
Jean de Craon, évêque de Meaux, fut élu en 1355 à la mort de Humbert. Il fit fortifier Reims et soutint le siège
70 NOMIBIIATIQI» RÉMOISE.
de oette Tille contre Farinée d'Edouard, roi d'Angleterre, qui fut forcé de se retirer.
Il sacra Gbarles V le 19 mai 136A et mourut au mois de mars 1374.
I:DI:6RÂ:REM:ÂRGbIEPS. Écu aux armes de Craon devant lequel passe une longue croix tréflée et soutenue par le lion de Flandre couché.
îj. S1T:N0MEN:DNI:BENEDIGTV'. Croix cantonnée de quatre fleurs de lis. (Gros d'argent. Revue, 18A0, pi. 22, n* 6.)
Pour la première fois un archevêque fait placer ses armoiries sur ses monnaies. Vers la fin du xui* siècle, l'usage des armoiries s'était introduit, et à l'époque de Jean III, il était très-répandu.
NOmMAUQHl^ Ifei0f9t. 71