‹ Essai sur la philosophie bouddhiqueChapitre 22 sur 44 · KABBALE. PARACELSE, ETC · texte numérisé non relu

KABBALE. PARACELSE, ETC

I Vulgairejyient -. corps

> Kabale : Nefesli

I Paracelse : Corps lerresire

SA\KARATSIIARYA:

KOSAS I UPAniIIS

lESTINÉE

Aauiiniaya

Kosa,

envelopoe inerte

de Maya

fil

médialeur

plastique,

Hermclisme :

corps astral,

Fourier ■ corps aronjal

Praùamaya Kosa,

Buddhisme: Bhuta Vulqairemeiil: àmel enveloppe vitale Kabbale: Ruash l ^^ j^j Paracelse : Corps si-' •'

déral.

Slhula Sharira,

essence physique

^1 Dissolution

la mort

Hermétisme âme astrale

Métaphysique Allemande contemporaine: Iiicouscieni

Hermétisme;. Mona le Astrale, Élénjtntaire

Suffisme: Kaleb

Mnnomaya Kosa,

Sukshma Sharira,

essence

enveloppe ùi/e//i-lhyperphysique rjenle de Maya

Vidgairement: esprit Kabbale : Neshamali Paracelse: Archée divine

Vidjùamaya Kosa,

fenveloppe cognoscenle de Maya

Anandamaya Kosa,

enveloppe pure de Maya

Karana

Sharira,

essence métaphysique

Dissolutiou

en

Tushila

s ^j Subjectivation rt '= ; en Nirvana

K Linga-Sharira.V «essence active », représentation de Purusha, appartiennent les liquides, — le sang, la lymphe. Ses parties inférieures sont entraînées par l'extinction de Prana à « mourir » avec Rupa. C'est le médiateur plastique de quelques auteurs, le corps astral des Hermétistes, le périsprit des disciples de Jackson Davids et d'Allan Kardec, le corps aromal de Fourier.

La réunion de Prana et de Linga-Sharira constitue pour Sankaratsharya le Pranamaj^a Kosa, ou enveloppe vitale de Ma va.

Avec Kama-Rupa, le « véhicule de l'avidité », commence l'évolution, la tendance à réintégrer Sunyata. La personnalité se manifeste, conséquence de l'introduction par les fonctions respiratoires d'un troisième état, l'état gazeux ; mais personnalité purement instinctive encore et passive : les végétaux ne se sont pas élevés au-delà des premiers degrés de ce stade, que les animaux les plus perfectionnés n'ont point dépassé.

Kama-Rupa, qui se localise dans le grand sympathique, surtout au plexus solaire, et dans le cervelet, lamoeile allongée, les systèmes sensoriels, est l'âme dont Linga-Sharira figure le corps, et l'association de ces deux principes produit le

LES UPADHIS 159

Bliula ou Élémeiilairc, Monade astrale ou ps}'cliique des Hermétisles, Corps sidéral de Paracelse, Ruash de la Kabbale, Kaleb des Suffis Iraniens, Inconscient des métaphysiciens allemands contemporains.

Dans Manas, Y « intellectualité », la personnalité devient consciente, les liémisptières cérébraux, en pleine activité, acquièrent leur entier développement. Les gaz entrant en combustion, Prakriti incline à aimer Pnruslia, la désobjectivation lentement s'accomplit.

Sankaratsharya joint à Kama-Rupa les parties grossières de Manas en ce qu'il dénomme le Manomava Kosa ou enveloppe intelligente de Maya. L'immense majorité de l'humanité actuelle ne possède rien de supérieur à ce troisième Kosa.

Par Bodhi, la « spiritualité », Purusha désarmant devant Prakriti, la subjectivation se précipite : la personnalité se consume, et seule subsiste, irradiante, l'individualité. C'est le mode d'existence transcendante, ultime, la divinité pure, Djivatma, Brahma.

Combinée avec les éléments les plus subtils de Manas, elle forme, d'après le grand Védantin,

dGO ESSAI SUR LA PHILOSOPHIE BOUDDHIQUE

le Vidjnamaya Kosa ou enveloppe cognoscente de Maya.

Enfin Atma^ selon le point de vue auquel on le considère, signifie, soit la notion synthétique abstraite, l'entité — l'Anandamaya Kosa ou enveloppe pure de Maya, — soit l'universalisation de l'individualité, la transmutation de l'existence en être, la fusion de Djivatma en Paramatma, de Brahma en Parabrahm.

Le Manas, la Bodhi et l'Atma forment enseml le la monade spirituelle des Hermétistes, l'Archée divine de Paracelse, le Neshamah de la Kabbale, et, augmentés du Kama-Rupa, l'âme ou esprit des nécromants modernes.

Le septénaire buddhique, ramené au ternaire, partage l'homme en Sthula Sharira, ou essence physique (Rupa, Prana, et la moitié de Linga- Sharira), Sukshma Sharira, ou essence hyperphysique (la seconde moitié de Linga-Sharira, Kama Rupa, et la moitié de Manas), et Karana Sharira, ou essence métaphysique (la seconde moitié de Manas, Bodhi, et Atma). Chacun des Shariras, évoluant au sein d'un Upadhi ou base, on a les trois états de Sthulopadhi, Sukshmopadi, et Karanopadhi.

LES UPADHIS 161

D'ailleurs les deux premiers Upadhis ne sont que doux aspects gradués de Mayavi Rupa, la « foniu' a})parcnte », l'élat objectif, par opposition il Bralnnavi Rupa, la « forme virtuelle », l'état subjectif, restreint au troisième Upadhi.

Tandis que le Sthulopadhi^ ne s'assimilant de Télat radiant que les rythmes les plus élémentaires, la chaleur et la lumière, et des gaz que ce qui est indispensable à la vie végétative, dépend surtout du liquide et du solide, et s'agite sur le plan éléniental, le Sukshmopadhi est en relation immédiate avec le monde élémentaire, avec ce que l'on est convenu d'appeler les fluides impondérables, c'est à savoir les modes vibratoires supérieurs des radiations astrales, en particulier solaires. Lui-même sécrète un de ces fluides, auquel les Européens prodiguent les qualificatifs : fluide nerveux, force neurique, force psychique, fluide magnétique, psychode, od, etc. Cette électricité organique est exactement, pour le Microcosme^ ce que l'Akasa, ou fluide astral, ou éther (Aur de la Kabbale), est pour le Macrocosme.

Gomme l'unanimité des doctrines philosophiques (1) ci-dessus citées, le Buddhisme pense que

(1) Je souligne ce mot pour mieux marquer la séparation

162 ESSAI SIR LA l'IIILOSOPIIIE BOUDDHIQUE

les phénomènes dits magnétiques et la plupart de ceux dits spiritiques, doivent être attribués à l'action, soit inconsciente, soit consciente, de cette force. Car, de même que l'Akasa exhalé hors des globes célestes en voie d'évolution, se rue à travers les espaces interstellaires et vient circuler par grands courants dans l'atmosphère d'autres astres, auxquels il donne de puissantes impulsions vitales, de même le fluide neurique de l'homme transsude hors du corps physique en une aura subtile et, dirigé par la volonté, agit sur les choses et sur les être distants.

L'aura magnétique de la terre, les tourbillons d'Akasa qui enlacent notre planète, sont figurés dans le Buddhisme par un serpent occupé à se mordre "la queue. Un tel symbolisme est du reste commun à beaucoup d'autres systèmes ; il est en

entre les théories auxquelles rien de la naKire n'est étranger, et celles qui, comme le Modern-Spiritualism el le Spiritisme, bornées à quelques préceptes moraux et à maintes pratiques superstitieuses, sont des religions véritables et n'offrent en conséquence rien de philosophique ni de scientifique. Les Spiritistes professent en majorité la croyance que tout dans l'univers, y compris bien entendu les phénomènes météorologiques et les mouvements dts corps célestes, arrive par les soins des esprits, mandataires d'un esprit suprême, — le Grand Manitu des sauvages.

LES UPADIIIS 1G3

etfet connu que les deux reptiles atï'rontés par le caducée hellénique expriment la polarisation de l'éther.

Les Upadhis peuvent être encore envisagés dans leur concordance avec les quatre conditions de Prana.

En Djagrata, la veille, toutes fonctions exeri-ent leur activité sur les trois plans physique, hyperphysique et métaphysique.

Par Sushupti, le sommeil, la léthargie, l'être subjectif seul est épargné, mais demeure impuis sant à réaliser quelque concept que ce soit, puisque l'être médial, enlisé dans un assoupissement profond, se refuse à transmettre les volitions. C'est dans un tel état que l'homme est souvent exposé à s'entendre ensevelir vif sans pouvoir remuer une libre ni articuler le plus faible gémissement.

Avec Samadhi, l'extase, la catalepsie, la transe, l'Inconscient domine la monade spirituelle, l'obombre, l'asphyxie pour ainsi dire ; alors le Bhuta, privé d'incitation intelligente, ne sait que maintenir le corps en résistance, ou bien il s'extériorise par l'épigastre et l'occiput.

Enfin Scapna, le rêve, le somnambulisme, la phase à la fois la plus éloignée et la plus rappro-

chée de Djagrala, puisqu'elle n'apparaît jamais que comme succédanée de Sushupti et de Samadhi et qu'elle précède immédiatement le réveil, Svapna coalise Karanopadhi et Sukshmopadhi ; Stliulopadhi cède à leurs suggestions, mais ne connaît point de vie propre.

LE Iv.\MA-LOK.\

La facilité avec laquelle l'essence mëdiale, véhicule du principe suprême, quitte définitivement le premier Upadhi, dépend du genre de mort.

Au cours d'une agonie calme, par exemple chez le vieillard qui s'éteint sain de corps et de pensée, le médiateur plastique se désagrège doucement, les particules les plus subtiles se détachant de Rupa peu à peu et sans déchirements violents, pour se condenser autour de l'âme astrale, que Manas attire vers l'espace, et les portions grossières conservant leur cohésion avec l'enveloppe charnelle. Et à peine Prana abolie, les derniers liens se rompent, et la monade animique s'écarte emportant la monade intellectuelle.

Mais si l'homme trépasse de fin prompte et tourmentée, — meurtre militaire ou civil, lés'al ou

lOG KSSAI SIP LA PHILOSOPHIE BOUDDHIQUE

irrég'ulier, suicide, accident, maladie aiguë, — le Linga-Sharira, que la commotion surprend dans son intégration parfaite avec l'organisme physique, ne se disjoint de celui-ci que péniblement. En telles circonstances le Bliuta demeure parfois très longtemps auprès des vestiges du Sthulopadhi, dans l'angoisse et non sans souffrances réelles.

D'ailleurs, encore que la décomposition du nimbe astral en deux éléments s'effectue normale, la fraction vouée à Rupa, loin de se dissoudre avec la même rapidité que celui-ci, n'est pas annihilée avant plusieurs mois, durant lesquels elle plane délétère au-dessus du sépulcre.

De quelque façon que s'accomplisse la séparation entre les Upadhis inférieur et second, dès qu'elle est consommée, l'entité psycho-spirituelle entre en l'état désigné par le terme exotérique de Kama-Loka, « lieu d'avidité ».

Le médiateur plastique gardant peu modifiée la forme du Kosa naguère dépouillé, et passions et facultés persistant en leur plénitude, cette condition n'apparaît d'abord que comme une image réfléchie de la vie terrestre.

Mais si le Bhuta n'a perdu aucune virtualité, toute possibilité de réalisation lui échappe. A tra-

LE KAMA-LOKA 16"

vers notre atmosphère, par les remous de l'Akasa expiré du vë<^-étal et de l'animal, de la planète et du soleil et des constellations, il rôde impuissant et inquiet autour des êtres qui ont tenu un rôle dans l'existence délaissée, il hante les endroits où se sont déroulées les scènes de cet acte à présent clos. Inassouvi et inassouvissabie, il vague en quête de substance où incarner ses volitions, tapi au chevet du moribond pour, dans l'instant que s'exhalera le soupir ultime, se précipiter sur le corps et s'efforcer d'y pénétrer et de le ranimer avant que Prana se soit neutralisée ; — assaillant les humains débiles, et parvenant quelquefois à s'introduire en eux, à y cohabiter avec leur misérable mentalité (et c'est ainsi que le Buddhisme explique le cas d'aliénation si fréquent, rangé sous l'étiquette de folie du dédoublement, de la multiplication de la personnalité).

Quiconque jadis apu lui nuire, l'Élémentaire se dresse en face de celui-là, s'accroche à lui. l'affole d'une persécution menue et atroce, — et tel est le remords.

Et quelle race en son folk-lore n'a frémi de cette Larve, de ce Succube, de cette Goule, de ce Brukolake.

Pour les écritures pcàlies, i] esl le Prêta, dont les lèvres ne béent pas plus qu'un ti-ou d'aiguille, et dont le ventre ne serait pas comblé par une montagne ; le Prêta puant, cnlinceulé de sa chevelure et de ses longs poils, et qui se traîne hurlant de faim et de soif- Ou bien sa ])ouche s'ouvre énorme, et il se nourrit de pus, d'excréments et de vomissures. Ou il est pâture perpétuelle aux chakals. Ou il brûle comme un arbre et s'ingénie inutilement à éteindre le feu qui l'embrase, car à son approche les sources se tarissent, les citernes se dessèchent, le Gange roule des Hots de sang bouillant, et les nuages pleuvent des tisons.

Il va de soi que de tels traits s'appliquent seulement aux êtres qui se sont dans leur vie d'ici-bas rendus coupables de fautes graves,

La durée du séjour aux régions inférieures de Kama-Loka est subordonnée à la valeur morale de l'individu. Plus celui-ci conserve d'attachement pour les mensonges de Maya, plus les instincts dominent en lui la conscience, plus longtemps il végète presque au ras du sol.

Cependant peu à peu la mémoire s'affaiblit, les désirs, épuisés d'appétences vaines, s'alanguissent, les liens passionnels mollissent, les regrets s'é-

LE KAMA-LOKA 169

mousseiil. Le t-etlet inscrit dans Linga-Sharira s'atténue, et la substance de ce dernier, recouvrant son élasticité, se masse en la forme par excellence cosmique ; la sphère. Cette figure psychique, toutes les doctrines secrètes la connaissent. Elle est le Hud ou disque ailé sur quoi dissertent maints papyrus égyptiaques.

Parallèlement, la coquille du Bhutava toujours s'épurant et s'allégeant, par conséquent elle tend à s' affranchir des forces qui la maintiennent dans les couches d'Akasa les plus voisines de la surface planétaire.

Ainsi l'Elémentaire s'élève à mesure qu'il perd de sa densité. Le Linga-Sharira finit par disparaître tout à fait, et déjà un germe de destruction entame le Kauia-Rupa. L'être se trouve alors en une atmosphère d'une raréfaction extrême.

Jusque-là, un humain isolé mais doué de facultés spéciales et très développées, avait pouvoir de l'évoquer, bien que le phénomène ne soit susceptible de se produire que dans des circonstances fort diffîcultueuses et peu communes. Désormais il y faudrait la volition concentrée d'une collectivité nombreuse, rigoureusement homogène, savamment et longuement entraînée. Du reste cet appel

serait criminel, puisque pour redescendre à nous rentilc psjcho-spirituelle devrait retomber en proie aux courants où elle a déjà subi tant et de telles affres et dont elle aurait ensuite encore davantage de peine à émerger.

Pour les Buddhistes, les phénomènes qualifiés de spiritiques, lorsqu'ils ne résultent pas d'un dégorgement de l'Inconscient, ne peuvent donc être attribués qu'aux ordres les plus infimes — et les plus funestes — dans la hiérarchie des Elémentaires. Et de la sorte s'éclaire à leurs yeux la raison pourquoi les amateurs de ces fantasmagories n'obtiennent en leurs expériences que des graphismes souvent triviaux et obscènes, généralement absurdes, jamais au-dessus de la banalité.

LE DEVA-LOKA

Au moment où du Kama-Rupail ne subsiste plus que les éléments les moins grossiers, l'être est volatilisé au point de ne plus donner prise à la vague d'énergie qui chasse les corps vers le centre du globe : il se libère de la zone gazeuse pour voguer par l'éther interplanétaire.

En son sein cependant les virtualités essentielles , les caractéristiques de son type moral et intellectuel, couvent encore, bien que singulièrement amorties. Des notions n'ont point cessé de vibrer, des cogitations s'entrebeurtent, des concepts se précisent, et puis ce sont des espoirs, des espoirs toujours.

Or, si haut qu'essorent ces aspirations, elles ne sauraient surpasser la réalité. Si sublime que s'offre l'idéal, il existe.

172 ESSAI SUR LA l'IlILoSOPIIIE BOUDDHIQUE

L'homme n'est guère inventif. A son épouvante qu'il croit ultime, des vétilles suffisent, et ses ferveurs s'exaltent à peu de frais. Son imagination ne fait que ressasser d'un vocabulaire à l'autre une minime quantité de formules. Nousn'avonspas élucubré d'enfer ni de paradis qui ne se rencontre parmi les myriades d'univers en évolution devant Sunyata.

La monade enfuie du royaume de Kama se porte vers le monde qu'elle rêvait. Et cela, non point, comme elle s'en targue sans doute, par un efïet de sa volonté, mais simplement en conséquence de la plus positive des lois : l'affinité.

Là, l'être vil en Deva-Loka, il est dieu.

En ce point le Buddhisme se distingue nettement, je ne dis pas des autres religions, puisque lui n'en est pas une, mais des religions.

Le soin principal des fondateurs d'un culte nouveau est de métamorphoser en esprits détestables les figures adorées par les systèmes déjà existants, surtout par son devancier immédiat, par celui dont il n'est qu'une réformation. C'est ainsi que les divinités védiques étaient redoutées dans l'antique Iran comme de mauvais génies, et que les démons

LE DEVA-LOKA 173

Uilclaires de rUcllénisme sont devenus les diables du Christianisme.

La philosophie de Gautama affecte de respecter tous les Olympes. Elle n'a point brutalement et maladroitement attenté aux Devas Brahmaniques. Seulement, elle a feint de les considérer comme des humains parvenus à un degré d'intelligence, de pureté, de puissance, certes fort enviable, mais au-dessus duquel tout fidèle a possibilité de s'élever.

Le Deva-Loka d'ailleurs est hiérarchisé en trois phases.

ry abord l'être est Kamavashera ; les passions poursuivent en lui leur chant perfide ; c'est le règne des Apsaras, des Walkiires, des Huris, des Séraphins.

Puis, le Kama-Rupa achevant de se dissoudre, se montre le Rupavasliera, où l'affectivité s'apaise, et converge désormais vers une forme unique ; c'est l'ère des Laure, des Béatrice, des Vittoria.

Enfin, l'àme astrale effacée tout à fait etManas dfijà menacée, évolue le Arupavashera, qui ne connaît plus l'apparence et se fond devant le subjectif en une extase éperdue, — la contemplation angélique du paradis catholique.

Toute une moilié du cinquième principe s'abîme en Deva-Loka. La presque unanimité des actuels humains terrestres ne possédant rien de supérieur à ces derniers I éléments du Sukshmopadhi, il est permis d'écrire qu'avecle troisième acte de l'existence la personnalité est détruite complètement.

LES SKANDHAS

Avant d'examiner la ditFérence que leBuddhisme établit entre \b. personnalité eiV individualité ^ c'est ici le lieu de s'arrêter un instant sur une théorie de la constitution métaphysique de l'homme que le Hina3'ana substitue aux Upadhis. Cette division n'a aucun rapport avec celles plus haut énoncées, et il serait vain de lui chercher des analogies dans quelque ordre de phénomènes que ce soit, car elle est toute abstraite.

L'homme, selon l'Église du Sud, est la résultante de cinq Skandhas ou agrégats, auxquels Tanha impose la cohésion, mais qui se distendent dès que faiblit la volonté de vivre.

Le premier de ces dynamismes est Rupa, la face de Maya, les choses, — qui n'ont point de

qualités, qui n'existent pas, tant qu'elles ne sont point en relation avec les sens.

Le second, Vedana, la perception, accueille les modalités de l'apparence, invente la nature.

Sanfij^m, le troisième, est la représentation, qui, réfractant à l'infini les vibrations apportées par Vedana, renforce le mensonge et lui prête une consistance définitive.

Ensuite de quoi la spécieuse Samskara ou composition, circonscrit l'image et Tadorne et l'anime, pour la livrer à :

Vidjfiana, la connaissance, qui avidement possède ce fantôme et s'épuise à l'aimer.

Outre les cinq sens physiques : tact, goût, odorat, ouïe, vue, — le Buddhisme admet un sens hyperphysique, ayant son siège au plexus solaire, et dont le développement entraîne une hyperesthésie des autres facultés. Ce pouvoir d'enregistrer des notions positives de l'Akasa astral, végétal ou animal, se constate, bien que rudimentaire, chez plusieurs espèces inférieures à l'homme ; la tradition populaire universelle le conte, et les savants qui n'ont pas dédaigné d'observer nos familiers les plus précieux, l'affirment. Le cheval voit parfois d'étranges réalités là où son maître ne perçoit

LE DEVA-SOKA 177

que l'air et que l'ombre. Et qui u'a entendu un chien c< hurler la mort » ?

Mais le sixième sens est par excellence le sens (lu pi'iniate. Si l'on considère la cinquième race, la nôtre, en son ensemble, il est certain que chez elle on ne le trouve qu'en germe. Et pourtant déjà l'on ne peut plus le qualifier de latent. C'est à lui que l'on s'adresse pour ouvrir aux sourds-muets la vie sociale. C'est lui qui s'essaye par ce que l'on est convenu d'appeler la double-vue, la clairaudience, l'intuition. C'est lui qui se déclare par ce nervosisme, actuellement morbide puisqu'il ne s'offre encore que comme une exception, mais qui progresse avec une rapidité telle, qu'il ne saurait tarder à devenir l'état normal de l'espèce. De même que le baby conquiert ses dents par des souffrances en vérité affreuses, de même nous élaborons dans la douleur la faculté, grâce à quoi nos frères de la race prochaine vibreront aux rythmes sublimes l'impondérable.

Les modalités selon lesquelles l'homme a puissance de connaître l'apparence, sont au nombre de six, savoir :

Le solide ;

Le liquide ;

Le gaz;

Et les trois variétés de la radiation :

La chaleur et la lumière ;

L'électricité inorganique ou électricité proprement dite ;

L'Akasa ou électricité organique des astres et des êtres qui évoluent à leur surface.

Chacun des six sens étant susceptible de s'émouvoir à l'incitation de ces six objets, Rupa affecte donc trente-six aspects.

Cette analyse se reproduit naturellement à chacun des quatre autres Skandhas, ce qui donne cent quatre-vingts subdivisions.

Gomme Mdjnana , indépendamment de toute transmission sensorielle, garde la conception synthétique, d'une part de chacun des six organes de relation, de l'autre, de chacune des six modalités de Rupa, et enfin, de Rupa même, il faut conclure que les Skandhas atteignent le total exact de cent quatre-vingt-treize.

C'est ce que l'on désigne par les cent quatrevingt-treize manières de saisir le voile de Sunj^ata, — exotériquement, les cent quatre-vingt-treize sortes de vide.

Page 1