CHAPITRE TROISIEME
SCISRCES COSMOLOGIQUBS RELATIVES A.¥X ÊTRES VIVANS , VÉGÉTAUX
ET AMXAUX.
A l'étude du globe terrestre et des matériaux dont il se compose, il est naturel de faire succéder d'abord celle des végétaux qui naissent de son sein et couvrent la surface, et ensuite celle des animaux qui en habitent les diverses régions.
Sciences du troisième ordre relatives à la connaissance des végétaux et des phénomènes qu offre la vie dans ces êtres organisés , mais privés de sensibilité et de locomotion.
Dans l'élude dos végétaux, nous devons d'abord
avoir egaid à leur sitnple connaissance, et ce sera Tobjel du présent paragraphe-, dans le suivant, nous parlerons des sciences relatives à Tutililé que nous en retirons.
a. ÉDuméralion et définitions.
1 . Phytographie. De Tobservalion immédiate des végétaux résulte la connaissance de leurs caractères extérieurs, celle de la nature des sols où ils existent, des climats qu'ils habitent et des hauteurs auxquelles on les y trouve au dessus du niveau de la mer. Ce premier degré de la connaissance des végétaux est l'objel d'une science du troisième ordre que j'appellerai -phyto graphie , de 'f^'ov, plante. J'y comprends tous les recueils de figures et de descriptions, soit d'espèces isolées , soit de genres ou de familles, soil des plantes de certaines contrées, de celles qui ont été recueillies dans un vovasre, etc.
2. Anatomie végétale. Dans la géologie, après avoir étudié la configuration du globe et les divers terrains qu'il olVrc immédialement à notre observalion , nous avons pénétré dans son sein pour y chercher ce qu'il nous cache ; et la minéralogie , qui est pour ainsi dire Vanatomie de la terre, nous en a faii connaître la composition jusqu à la profondeur où nous pouvons pénétrer. Xous devons aussi étudier dans les plantes ce qu'elles dérobent à l'observation immédiate, c'est-à-dire, leur organisation intérieure; I et de même que le minéralogiste a deux choses à con- i
sidérer : les minéraux homogènes et les agrégats qui en sont formés , celui qui s'occupe d'anatomie végétale a aussi à considérer les tissus végétaux homogènes et les organes qui sont formés par la réunion de divers tissus j il doit décrire ces tissus et ces organes comme le minéralogiste décrit les minéraux et les roches. Toutes les vérités qui résultent de cette nouvelle élude composeront une seconde science du troisième ordre , que je ne crois pas pouvoir mieux nommer qu'en l'appelant anatomie végétale.
3. Phytonomie. Si maintenant nous comparons les végétaux les uns avec les autres, soit un même végétal avec lui-même à différens inslans de son existence , pour en conclure les lois de la classification naturelle des végétaux en familles , classes et embranchemens (i), et celles qui régissent leur naissance, leur accroissement, leur décadence et leur mort, nous recueillerons ainsi de nouvelles vérités, objet d'une science du troisième ordre que j'ap« pellerai phytonomie.
Outre la classification naturelle des végétaux et les lois dont je viens de parler, je comprends dans la phytonomie la distribution des différens groupes de végétaux sur la surface de la terre , dans les diverses régions qu'ont distinguées les botanistes. L'étude de
(i) On sait que le règne végétal se divise en trois embranchemens , qui ont reçu le nom de plantes acotylédones , monocotylédones , dicotylédones.
cette distributiou nous fait aussi connaître des lois; et d'ailleurs, de même que c'est dans la phylographie , où Ton décrit les diverses espèces de plantes , que Ton doit indiquer VhahitatiGn de chacune, c'est dans la phytonomie, où les végétaux sont classés en groupes naturels de diflVrens ordres, que Ton doit déterminer les régions qu'habitent ceux de ces groupes qui sont bornés à certains climats, et présenter une sorle de tableau général de la manière dont ils sont distribués sur le globe. Cette partie de la phytonomie se trouve liée à la géographie physique *, elle en emprunte de nombreux secours , et complète les notions que cette dernière science nous donne sur laspect général du sol dans les diflerens pays qu'elle décrit.
4. Physiologie végétale. Enfin, pour compléter la connaissance des végétaux, il reste à examiner les causes de leur vie, la formation et les fonctions de leurs organes ; c'est la physiologie végétale. h. Clasâifîcation.
La réunion de ces quatre sciences du troisième ordre , en forme une du premier, la BOTANIQUE. En réunissant seulement les deux premières, on aura une science du second ordre qui recevra le nom de bo-
TAMQtE ÉLÉMENTAIRE^ et la PHYTOGNOSIE, OU COn-
naissance plus approfondie des végétaux, deuxième science du second ordre comprise dans la botanique, embrassera la phytonomie et la physiologie végétale, ainsi que le monlie le tableau suivant :
Science du i*^ ordre', I Sciences du 2.^^ ordre. \ Sciences du ^<^ ordre.
!t Phytographie.
BOTAXIQVB ÉLBMCinAIKE. . ) ( Ânatomie végétale.
1 Phjtonomie.
Phttogkosis 1
^ Physiologie ve'ge'tale.
Observàtio?(S. Dans les définitioDs que nous Tenons de donner des quatre sciences qui ont pour objet spécial la connaissance des plantes, il est trop facile de reconnaître les quatre points de vue que nous avons signalés tant de fois , pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans aucun détail à cet égard.
Sciences du troisième ordre relatives à Vutililé ou à V agrément que nous relirons des végétaux , et aux travaux et aux soins par lesquels Jious nous procurons les matières premières quils nous fournissent.
' Après l'élude que la botanique fait des végétaux seulement pour les connaître , vient se placer naturellement celle des mêmes végétaux sous le rapport de Tulilité ou de l'agrément que nous en retirons.
a. Énomération et définitions.
I . Géoponique. Les travaux de la campagne et des jardins soit d'utilité, soit d'agrément, la connaissance des époques où il convient de les faire , et celle des insirumcns qu'on y emploie*, les soins à donner aux végétaux indigènes om exotiques, la construc-
tion des serres , la manière dont on recueille ce que les plantes offrent d'ulile , soit lorsque nous les avons cullive'es , soit lorsqu'elles ont crû spontanément , et qu'il faut les aller chercher dans les champs incultes, sur les montagnes et dans les forêts ; les procédés employés pour séparer les substances diversement utiles quelles contiennent , et retirer de chacune d'elles tous les avantages qu'elles peuvent procurer ^ les préparations que ces substances exigent pour être livrées à la consommation et à l'industrie, les moyens de les conserver jusqu'à cette époque, etc.; voilà ce qu'on peut observer immédiatement, et c'est l'objet d'une première science du troisième ordre à laquelle j*ai donné, d'après Varrçn, le nom de géoponique , de 7£W7rovtxdç, relatif aux travaux des champs»
On s'étonnera peut-être que j'y comprenne les travaux du bûcheron et de l'herboriste -, mais il est évident que ces travaux, comme tous ceux que je viens d'indiquer, ont pour objet de nous procurer les substances végétales qui peuvent nous être utiles ou agréables. Les auteurs qui ont écrit sur l'agriculture ne comprennent-ils pas dans cette science la chasse et la pêche , que j'y aurais réunies moi-même, si, comme on va le voir, je n'avais pas fait une science à part de tout ce qui concerne l'utilité ou l'agrément que nous retirons des animaux.
2. Cerdoristique agricole. Un autre objet d'étude se présente ici. Déterminer tout ce qui se rapporte
au profit qu'où peut retirer d'une enîreprise agricole eu activité, ou aux avantages qu'où peut espérer lorsqu'il s'agit d'en former une nouvelle ^ apprécier la valeur d'un terrain d'après son étendue et sa qualité-, calculer les mises de fonds nécessaires pour construction de Làtimens, achat d'instrumens ruraux et de bétail , pour le dessèchement d'un marais , un dé-: frichement, etc. , tout cela est l'objet d'une autre science , bien distincte de la précédente , et que j'appellerai cerdoristique agricole,
3, Agj'onomie. Bornée aux deux sciences dont nous venons de parler, l'agriculture resterait stationnaire ^ les divers procédés employés en différens pays, s'y perpétueraient sans s'améliorer. Pour qu'ils puissent se perfectionner, pour que les meilleures méthodes se propagent , il faut d'abord les comparer sous le rapport des résultats obtenus par toutes celles qui ont été mises en usage , soit afin de choisir les meilleures, soit pour déduire de ces comparaisons des lois générales qui puissent diriger l'agriculteur dans ses travaux. Par exemple, celle que les mêmes végétaux ne peuvent pas avec succès se cultiver constamment sur le même terrain, d'où la théorie des assolemens 5 celles qui déterminent les engrais les plus convenabes à chaque végétal , à chaque espèce de terrain, et quelles plantes conviennent, dans les divers climats, aux différens sols, suivant leur nature, leur exposition , leur degré d'humidité , etc. C'est à celte science
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du troisième ordre que. je crois qu'on doit donner le nom d agronomie, quoique j avoue que ce mot a été employé, mal à propos , à ce qu'il me semble , dans un sens à peu près semblable à celui que j'ai donné au mot cerdorislique agricole, pour désigner une des parties de celte science.
4. Physiologie agricole. Mais ces comparaisons purement empiriques , outre le temps et les dépenses qu'elles exigeraient, n'étant dirigées par aucune théorie, ne pourraient pas toujours conduire au but proposé, et surtout seraient insuffisantes pour l'amélioration des méthodes par de nouveaux procédés déduits de la connaissance des causes. La recherche des causes , la comparaison de ce qui se passe en grand dans la culture des végétaux, avec ce que l'on observe dans les expériences en petit , appartiennent à une quatrième science du troisième ordre, qui complète toutes nos connaissances relatives à la culture des végétaux, et prendra le nom de physiologie agri^ cole.
b. Clasâification.
Je conserverai le nom u'AGRICULTURE à la science du premier ordre qui comprend les quatre sciences du troisième, que je viens d'énumérer et de définir, et l'agriculture se divisera naturellement en deux sciences du second ordre : I'agriculture ÉLÉMENTAIRE, Comprenant la géoponique et la cerdoristique agricole j et I'agriculture comparée ,
formée par la réunion de l'agronomie et de la physiologie agricole, \oici le tableau de cette classification :
Science du \" ordre. J Sciences du 2« ordre, t Sciences du3' ordre.
iGe'opoaique.
Gerdorutique agricole.