CHAPITRE CINQUIÈME
DifINITIOnS BT CLASSIFICATION DES DIVERS BMBBA5CBEME54 DBS SCIENCES COSMOLOGIQCES.
Jusqu'à présent nous avons passé en revue toutes les sciences relatives au monde matériel , qui est le premier des deux grands objets de toutes les connaissauces humaines que j'ai signalés au commence* ment de cet ouvrage ; nous les avons classées en
sciences de divers ordres , en sous-embranchemens et en embranchemens •, il convient maintenant de nous arrêter pour examiner ces embranchemens, les définir, en indiquer les principaux caractères, les réunir en sous-règnes et en règnes , et nous assurer enfin que l'ordre dans lequel nous venons de les présenter est réellement celui que déiermiue la nature même de nos connaissances.
Tel est le principal objet de ce cinquième chapitre ; mais il doit contenir , en outre , des considéralions d\in autre genre , qui n'ont encore pu faire partie de mon travail, parce qu'elles supposaient, pour être bien comprises, que toutes les sciences dont j'ai parlé jusqu'ici fussent définies et classées. Certaines vérités, certains groupes de vérités, tenant à la fois à plusieurs sciences, peuvent laisser dans l'indécision , relativement à la place qu'ils doivent occuper dans la classification naturelle de toutes les connaissances humaines ; c'est maintenant qu'il convient de faire cesser cette indécision , en ayant soin, à mesure qu'il sera question des différentes sciences cosmologiques, de déterminer celles où ces vérités , ces groupes de vérités doivent ^Ure rangés.
Pour cela il faut se rappeler deux principes , que j'ai indiqués dans plusieurs endroits de cet ouvrage 5 savoir : 1° qu'on ne doit jamais séparer les connaissances relatives à un même objit étudié dans un mèmeijut^ ^^^ que ces connaissances ne doivent , eu
général, être placées dans l'ordre naturel, qu'après lés sciences sans lesquelles les vérités dont elles se composent, ou les procédés qu'elles étudient, ne sauraient être bien compris. Ce qui n'empèclie pas qu'elles ne puissent venir après une science à laquelle elles fourniraient des instrumens ondes matériaux, pourvu qu'on put se servir de ces instrumens , employer ces matériaux, sans connaître les sciences à l'aide desquelles on construit les uns et on se procure les autres. Autrement il serait impossible de satisfaire au principe dont nous parlons. C'est ainsi, comme on l'a déjà vu, page loo, que la technologie peut être placée, sans inconvéniens , avant l'oryctotechnie, l'agriculture et la zootechnie, qui lui procurent les matériaux dont elle a besoin *, tandis que ces sciences ne pourraient la précéder, sans qu'une parlie de ces procédés dont elles font usage, des motifs qui en déterminent les travaux, ne devint inintelligible. De même, la géométrie, l'uranologie, la physique pourront être placées avant la technologie , quoique celle-ci leur fournisse les instrumens dont elles se servent, attendu que l'emploi que l'on fait de ces instrumens est indépendant des procédés à l'aide desquels ils ont été construits. Mais la technologie ne peut venir qu'après ces sciences , par la raison qu'il faut bien savoir le but que l'on se propose dans la construction d'un instrument, si Ton veut se faire une idée nette des moyens auxquels on a recours pour; atteindre ce but.
▲. * ÊnumèraltoD et définitloat.
I . Sciences mathématiques. La réunion que j'ai faite dans un môme embranchement de la mécanique et de Turanologie, avec les sciences mathématiques proprement dites, est fondée sur la nature même des vérités dont ces sciences se composent. Pouvais-je d ailleurs balancer à rapprocher des sciences unies par tous leurs caractères d'une manière si intime que, soit dans la distribution des études , soit dans la répartition qu'on a faite des différentes branches de nos connaissances entre les classes et les sections des corps savans, et, ce qui est bien plus, dans la distinction des sciences nécessaires pour les diverses carrières sociales, l'étude des maihématiques proprement dites n'a jamais été séparée de celle des sciences physico-mathématiques, qui se lient immédiatement
♦ Le lecteur a dû remarquer que quand il s'agissait , dans le» quatre premiers paragraphes de chaque chapitre, soit d'énumérer et de définir des sciences du troisième ordre, soit de les classer en sciences du premier, j'employais comme indication de ces deux parties de mon travail , les lettres a et ^ en caractère» italiques; que, lorsque dans un cinquième paragraphe, j'avais à énumérer et à définir des sciences du premier ordre , puis à les classer en embranchemens, je me servais, pour la même indication, des lettres a, b, de l'alphabet romain; c'est pour suivre la même analogie que, dans le présent chapitre, j'ai désigné , d'abord l'énumération et les définitions des divers embranchemens qui comprennent toutes les sciences cosmologiques, et ensuite leur classification en un premier règne , par les mtjuicules A , B.
aux sciences physiques. Quiconque a la moindre idée juste des mathématiques, sait assez l'impossibilité absolue d'éloigner l'ariilimologie et la géométrie de }a mécanique et de l'uranologie, où tout est sembla- Lie dans la nature des recherches, des calculs, etc., soit pour en faire une classe de sciences a part , soil même pour les placer dans les sciences dont j'ai formé mon second règne, tout en laissant la mécanique et Turanolugie parmi les sciences cosmologiques. Celte dernière distribution , suggérée par des vues purement systématiques, n'a presque pas besoin de réfutation. Sans doute, les mathématiques proprement dites fournissent de nombreux secours aux sciences noologiques, mais ce n'est pas une raison pour les y réunir; c'en est une seulement pour qu'elles se trouvent, dans toute classification vraiment naturelle, avant les sciences noologiques, de même que les autres sciences cosmologiques qui ne prêtent pas à ces dernières de moindres secours. C'est sur l'agriculture et la zootechnie que repose l'existence même des sociétés comme celle des individus. C'est de la technologie et de l'oryctotechnie que ces sociétés tirent leur Lien-être et leurs richesses. Ce sont les sciences médicales qui leur fournissent les moyens de soulager les maux dont l'humanité est affligée. Serait-ce là «ne raison pour ranger ces diverses sciences parmi les sciences noologiques? Je sais, au reste, que ce n'est pas d'après des considérations de ce genre, qu'on a
Toulu y placer les mailiématiques proprement dites j maîsd'après l'idée, absolument dénuée de fondement, que les vérités dont elles se composent n'avaient aucune réalité extérieure , et se rapportaient uniquement à des vues de notre esprit , comme si les lois malUématiques du mouvement des astres ne réglaient pas ce mouvement depuis que le monde existe , et bien avant que Kepler les eût découvertes.
Quant à ceux qui ont fait de l'arithmologie et de la géométrie un groupe de sciences distinctes, pour placer la mécanique et 1 uranologie dans les sciences physiques, il me parait qu'ils ne prenaient pas le mot mécanique dans le sens que lui donnent les mathématiciens. La mécanique n'est pas une science qui s'occupe seulement des mouvemens que présentent les corps que nous pouvons, sur uotre globe, soumettre à l'expérience , ou des machines dont nous aidons notre faiblesse. Telle que 1 ont conçue les Eulcr, les Lagrange, les Laplace, etc., la mécanique donne des lois, comme l'arithmologie et la géométrie, à tous les mondes possibles ; et la détermination de ces lois par le calcul repose sur des bases semblables aux premières données d'où l'on part dans les démonstrations de la géométrie. Nous avons vu, pag. 66 ei 67, que dans celte dernière science, comme dans la mécanique, il se trouve quelques principes déduits de la seule observation. Ces deux sciences, comme Turanologic , s'appliquent également à tous.
les mondes qui peuvent exister dans l'espace , tandis^ que rien ne s'oppose à ce que dans les globes différens du nôtre, les propriétés des corps , soit inorganiques , soit organisés , fussent toutes différentes de celles que les autres sciences cosmologiques étudient dans les corps qui nous entourent. Mais cette considération générale n'offrait pas un caractère assez précis pour distinguer les sciences mathématiques des sciences physiques. J'en ai long-temps cherché un qui déterminât avec plus d'exactitude la limite qui sépare ces deux embranchemens. Avant de m'occuper de cette recherche , j'avais déterminé quelles étaient les sciences qui devaient faire partie du premier; et la déGnition de ce premier embranchement devait être telle qu'elle convînt à toutes ces sciences et qu'elle ne convînt qu'à elles seules. J'ai trouvé que le caractère d'après lequel on doit définir les sciences mathématiques, consiste en ce qu'elles n'empruntent à l'observation que des idées de grandeur et des mesures ; et qu'on ne dise pas , comme on ne l'a fait que trop souvent, qu'uniquement fondées sur des abstractions, les sciences mathématiques proprement dites n'empruntent absolument rien à l'observation. Est-ce que nous aurions même l'idée de nombre, si nous n'avions pas compté des objets en y appliquant successivement notre attention, et n'estce pas là observer le nombre de ces objets? De même, c'est à l'observation des formes des corps , ou à celle des figures qu'on en (rare lorsqu'on veut les repré--
semer, que nous devons toutes les idées sur lesquelles repose la géométrie. En partant de la définition fondée sur ce caractère , la géométrie moléculaire el toutes les parties de Turanologie se trouvent comprises dans les sciences mathématiques , conformément à la place que je leur avais assignée d'après la nature des vérités dont elles se composent, avant d'avoir pensé aies définir ainsi.
Par cela même que les sciences mathématiques n empruntent à l'observation que des idées de grandeur et des mesures j^et, par conséquent, que celui qui les étudie se borne à connaître ce qui est, sans exercer sur les corps aucune action , on ne doit admettre dans ces sciences lien de relatif aux arts dont le caractère essentiel est précisément d'agir sur les corps pour les modiGer de la manière\qui nous est la plus avantageuse. Toutes les applications des mathématiques aux besoins de la société appartiennenlaux sciences comprises, soit dans les auires erabranchemens du règne cosmologiqiie, soit dans ceux du règne noologique. Ces applications sont trop nombreuses pour que je puisse penser à en faire ici une énumération complète. Je reniarcjuerai seulement, à l'égard des sciences cosmologiques, que c'est à la cerdorislique industrielle qu'on doit rapporter cette partie de l'ariilimographie, connue sous le nom de tenue des livres j que la cerdorislique agricole réclame cette application de la géométrie élémentaire, à laquelle on a donné le nom âarpenta^e; que C9
n'est pas dans rembranchemenl des sciences mathématiques, mais dans les sciences que j'ai nommées physique industrielle, physique minérale, physique agricole, que doivent êire placées les applications de la mécanique à la construction des machines employées dans les arts, l'exploitation des mines et l'agriculture. Quant aux sciences noologiques, je signalerai dès à présent les applications de la théorie des probabilités à la logique et à la jurisprudence*, celles de l'astronomie à une science du troisième ordre, comprise dans l'eilinologie, et qui a pour objet de déterminer avec précision la position des lieux que relhnologisle nous fait connaître, ou qui ont été le théâtre des événemens que racon te l'historien, science à laquelle j'ai donné le nom de toporistique -^ elles applications de la géométrie à diflérentes branches de l'art militaire, et particulièrement à îa science des fortifications, que, par un rapprochement lout-àfeit contraire, selon moi, à Tordre naturel des con^ naissances humaines, on a long-temps placées parmi les sciences mathématiques, arrangement qui ne me paraît pas plus fondé que si on y avait réuni la chronologie ou la statisticjue, à cause des calculs que l'arithmétique leur fournit.
2. Sciences physiques. Ces sciences, comme celles de l'embranchement précédent, ont pour objet les propriétés que présentent les corps indépendamment de la vie propre aux êtres organisés. Mais au lieu de £« borner à celles de ces propriétés qui n'emprun-
lent à Tobservation que des ide'es de grandeur et deS' mesures, elles s'occupent de propriétés que nous ne pouvons reconnaître qu'en joignant l'expérience à l'observa tionf et dès lors, tandis que les sciences mathématiques embrassent 1 ensemble de l'univers. Tes sciences physiques sont nécessairement bornées à une étude plus spéciale des corps que Thomme peut atteindre sans quitter le globe qu'il habite.
La physique générale, qui commence cet embranchement, n'étudie , com.me les mathématiques , les propriétés des corps, que pour les connaître, indépendamment de toute application à nos besoins ^ mais elle présente une circonstance qui , par la nature même des mathématiques, ne saurait se rencontrer dans ces dernières sciences, et que nous retrouverons presque toujours dans celles des embranchemens suivans. Cette circonstance consiste en ce que la première et souvent la seconde des quatre sciences du troisième ordre, comprises dans chaque science du premier, se composent d'une multitude de faits dont la liaison et Tordre naturel ne peuvent être aperçus que quand on passe aux deux autres sciences du troisième ordre, qui complètent celle du premier. Cependant, pour exposer ces faits, il faut bien suivre^ un ordre quelconque; et, à cet égard , il y a deux partis à prendre : l'un est de les ranger d'avance dans Tordre naturel, sauf à expliquer plus tard les motifs de cet arrangement. Il semble que c'est là un emprunt qu'on fsit à d^s sciences qui ne vienneiU^
qu^après celle dont on s'occupe j mais cet inconvénient n'a lieu qu'en apparence, parce que rien n'empêche qu'on n'expose ainsi la partie élémeniaire d'une science du premier ordre, sans développer les raisons qui ont fait a 'opter la marche qu'on suit-, de même que le mathématicien ou le physicien peut se servir des inslrumens que lui fournit la technologie, sans s'inquiéter des procédés à 1 aide desquels elle les a construits. L'autre parti consiste à suivre, dans l'exposition des faits , un ordre arbitraire tel , par exemple, que l'ordie alphabétique des noms par lesquels sont désignés les objets auxquels ces faits se rapportent \ à faire, en un mot, le dictionnaire de la science. Quand on ne veut traiter que de la partie élémentaire d'une science du premier ordre , il est souvent plus commode d'en disposer les matériaux sous cette forme de dictionnaire; tandis que cette disposition, la plus artificielle de toutes, me parait devoir être absolument rejetée, dès qu'il s'agit de la composition d'un ouvrage sur une science du premier ordre, où Ton se propose, par conséquent, de réunir les quatre sciences du troisième, dont elle se compose.
On sent bien que, par la nature même des sciences mathématiques, cette forme y est inadmissible 5 qu'on ne peut mettre en dictionnaire ni l'arithmographie, ni la géométrie synthétique , ni la cinématique, ni Turanographie ; mais qu'elle convient à la physique expérimentale, à la chimie, à la lechnogra-
phie, à l'oryctolechnie, ainsi qu*â la phylographie, la géoponique, la zoograpliie, la nosographie, etc. Les ouvrages où ces dillérentes sciences sont ainsi traiie'es existent, et c'est là qu'elles sont exposées d'une manière complètement isolée des autres sciences du troisième ordre comprises dans les sciences du premier auxquelles elles appartiennent respectivement. Un dictionnaire de physique expérimentale, borné à la simple exposition des propriétés que présentent les difTérens corps tant que la composition nen est pas altérée, un dictionnaire de chimie, où l'on fait connaître leur composition, et où l'on décrit les instrumens dont on se sert pour les composer el les décomposer, peuvent être regardés comme des exemples d'ouvrages qui appartiennent uniquement à ces deux sciences du troisième ordre ; de même qu'un dictionnaire où ces deux sortes de connaissances seraient réunies n'appartiendrait plus ni à la physique expérimentale, ni à la chimie , mais à la science du second ordre qui les comprend toutes deux et que j'ai nommée physique générale élémentaire. Mais cette forme ne peut être adoptée ni pour des traités spéciaux sur les deux sciences du troisième ordre dont se compose la physique mathématique, ni pour un ouvrage où elles seraient réunies , ni même pour un traité complet de physique générale , où il est toujours préférable de suivre uniquement l'ordre prescrit par l'enchaînement naturel des faits. Ce que je di» ici à l'égard de la physique générale , suivant
qu'on veut écrire un ouvrage, soit sur une des sciences
du troisième ordre qui y sont comprises, soit sur une du second, soit sur la réunion de toutes ses parlies, est en général applicable aux autres sciences du premier ordre.
La place que j'assigne à la chimie dans la classification des connaissances humaines, en la considérant comme une des quatre sciences du troisième ordre dont se compose la physique générale, semble contraire à l'usage où Ton eti de parler de ces deux sciences comme de deux branches de nos connaissances, voisines à la vérité, mais en quelque sorte indépendantes l'une de l'autre. Ce n'est qu'après s'être fait une idée nette de l'ensemble de la classification des sciences cosmologiques, qu'on peut juger combien celte manière de voir est opposée à la nature même de ces sciences , et se convaincre que la chimie est, par rapport à la physique générale, ce que l'anatomie végétale et l'anatomie animale sont par rapport à la botanique et à la zoologie; en ellet , la physique générale s'occupe des propriétés que nous présentent les corps en tout lieu et en tout temps, en se bornant à celles que j'ai désignées sous le nom de propriétés inorganiques, pour exprimer qu'on les observe indifféremment dans des corps privés ou doués de la vie, par opposition aux propriétés or- , ganiques qui , résultant du grand phénomène de la vie, appartiennent exclusivement aux corps organi-
ses. Or, c'est parmi ces propriétés inorganiques qu'on doit ranger lacomposiiion des substances homogènes, soit que ces substances proviennent originairempnt d'un corps inorganique ou d'un corps organisé. Le cliimisie,en éludiaut cette composition, s'occupe donc d'une des propriétés dont le physicien duit embrasser l'ensemble, et la chimie ne peut dès lors être considérée que comme une des branches de la physique générale.
L'importance et la multiplicité des faits relatifs à la composition des substances homogènes, n'en donnent pas moins à la chimie un des premiers rangs parmi les sciences du troisième ordre. Plus cette science a fait de progrès et plus elle a multiplié ses rapports avec les autres branches de nos connaissances, plus les limites qui l'en séparent sont devenues difficiles à tracer d'une manière précise j et c'est ce qui m'engage à entrer ici dans quelques détails à ce sujet.
Voyons d'abord comment elle doit être séparée de la physique expérimentale : celle-ci s'occupe de toutes les propriétés que nous présentent les corps, tant que leur mode de composition n'éprouve aucun changement ^ la chimie, au contraire, étudie un corps, ou pour eu séparer les élémens, ou pour combiner une partie de ces élémens, soit entre eux, soit avec d'autres corps , soit enfin pour former un composé nouveau, en unissant deux ou plusieurs substances
quî se combinent sans éprouver aucune décomposition. Cette manière de distinguer ces deux sciences, long-temps seule admise, a été méconnue dans quelques écrits récens. Comme dans l'enseignement de la physique expérimentale , il est d'usage de commencer l'élude des corps par celle de leurs propriétés générales, on a eu depuis peu l'idée de borner cette science à cette seule étude, pour transporter à la chimie celle des propriétés particulières à chaque corps. Cette distribution des vérités qui doivent être rapportées à chacune de ces sciences , ne pourrait être admise qu'en ôtant à la physique expérimentale la plupart des recherches qui en font évidemment partie. Comment concevoir qu'on attribue à la chimie l'élude des propriétés magnétiques qui ne s'observent que dans un petit nombre de métaux 5 de la dureté , de la ténacité dont les corps solides sont seuls susceptibles 5 de la ductilité, de la malléabilité, des effets de la trempe et de l'écrouissage qui n'ont lieu que dans quelques métaux? Certes, cène sont pas là des propriétés générales , mais elle? n'en sont pas moins du ressort de la physique expérimentale. Tous les corps ne sont pas transparens, et ceux qui le sont ne jouissent pas tous de la double réfraction. Ce sont encore là des propriétés particulières^ et cependant qui peut douter que ce ne soit au physicien de s'en occuper ? C'est aussi lui qui doit dresser des tables des poids spécifiques, et des autres propriétés
PRBVIÈ&B PARTIE. H
qui peuvent être évaluées en nombre dans les dhiérens corps 5 comme c'est au chiaiistc à dire si ces mêmes corps sont simples ou composés, et à déterminer, dans ce dernier cas, les élémens et les matériaux dont ils sont formés, et la proportion de ces élémens et matériaux. Et réciproquement, n'y a-t-il pas dans les propriétés, qui ne peuvent être rapportées qu'à la cbiuiie , des faits généraux que personne n'a jamais songé à retrancher du domaine de cette science pour les reporter dans la physique ? ce que devraient faire, s'ils étaient conséquens , ceux qui veulent ôter à la' physique l'examen des propriétés particulières des corps, pour ne lui laisser que celui de leurs propriétés générales.
La confusion, à l'égard des faits qui appartiennent réellement à la chimie, et dont les minéralogistes ont voulu agrandir le domaine de leur science, est plus ancienne, et consacrée jusqu à un certain point par un usage qu'il est par cela même plus difficile de réformer el que, néanmoins , on ne peut suivre, si on veut tracer entre les diverses sciences des limites fondées sur la nature des choses. Ici, il faut se rappeler les principes qui nous ont servi à distinguer les vérités qui appartiennent à la physique générale, dont la chimie fait partie , des vérités dont se composent les sciences géologiques. Nous avons vu que tout ce qui est relatif aux propriétés inorganiques des corps, en tanl qu'elles sont indépendantes des
h'eux et des temps , doit être rapporté à la physique générale(i), tandis que toutes les variations que ces propriétés éprouvent en divers lieux et en divers temps, appartiennent à la géologie. C'est d'après la même règle, que, dans les reclierches relatives à la composition des corps, il faut distinguer ce qui doit être rapporté à la chimie de ce qui doit l'être à d'autres branches des connaissances humaines.
Lorsqu'il est question de composés homogènes, mais en proportions indéfinies, il est clair que le chimiste ne peut s'occuper que des moyens généraux d'en faire l'analyse, et que celle de chacuo de ces composés appartient aux sciences suivantes, d'après le besoin qu'elles peuvent avoir d'en connaître la composition. Les potasses du commerce sont, par exemple, des composés indéfinis, dont le prix doit varier suivant la quantité de potasse pure qu'elles renferment. C'est au chimiste à donner une méthode générale pour déterminer cette quantité , mais la méthode une fois donnée , l'opération par laquelle on l'applique à telle ou telle espèce de potasse du commerce, fait partie de la cerdoristique industrielle.
(i) C'est pour désigner cette indépendance des lieux et des temps qui caractérise les vérités comprises dans la science dont il est ici question , que je lui ai donné le nom de physique générale, par opposition, par eiemple, à la géologie, qu'on peut considérer comme la physique particulière de chaque lieu . aux différentes époques qui ont pu apporter quelque changement dana les phénomènes que les corps y présentent.
De même la chimie fournit une méihotle générale pour analyser les eaux minérales ; mais rapplication de cette méthode pour déterminer la composition des eaux minérales qui se trouvent en difFérens pays, doit être placée dans la géographie physique, qui rend compte des particulaiiiés de ces divers pays. C'est encore à la chimie à donner des moyens pour Tanalyse d'un minerai: mais la détermination, à l'aide de ces moyens, de l'espèce et de la quantité des métaux que le minerai contient, faite dans la vue d'en apprécier les produits, doit être rapportée à la docimasie *, de même que c'est à la cerdoristique agricole à appliquer les procédés de la chimie à l'analyse du sol de chaque pays , pour comparer les résultats de celte analyse à la valeur des produits qu'on en retire \ à déterminer les quantités de sucre fournies soit par certaines variétés de betteraves, soit par une même variété cultivée dans divers sols, ou récoltée à des époques différentes , etc.
Il n'en est pas ainsi, lorsqu'il s'agit d'un composé défini qui est le même en tout lieu et en tout temps; la détermination des proportions de ses élémens appartient tout entière à la chimie. Peu importe la nature minérale, végétale ou animale de ce composé j grâce aux progîès qu'ont fait f»ire à la chimie les découvertes des Berzélius, des Chevreul, des Dumas, ce composé sera tantôt un acide, tantôt un oxide ou un chlorure , ou un sulfure , tantôt un sel , elc. \ et
quel que soit le règne de la nature dont il lire son origine , le chimisie devra le faire connaitre à son rang , comme c'est à lui de décrire l'acide nitrique , Toxide de fer , le chlorure de sodium , le sulfure de plomb , le carbonate de cliaux , l'acide acétique , le sucre, l'alcool, l'urée, l'acide margarique, le margarate de glycérine, etc. 5 en sorte qu'il appartient à la chimie, et non à la minéralogie, de chercher de combien d'atomes d'oxigèneetde silicium l'acide silicique est composé ; de dire que sa forme primitive est un rhomboïde, dont les angles dièdres sont de 9^° 24' et de 85° 36' j que c'est cet acide que l'on nomme quarlz, etc., tout en laissant, d'une part, à la géométrie moléculaire le soin d'expliquer les diverses formes secondaires qui peuvent résulter de cette forme primitive, et, de l'autre, à la minéralogie celui de décrire les différentes variétés de quartz, et les divers terrains où elles se rencontrent, suivant que le quartz est cristallisé, limpide ou coloré, ou qu'il est amorphe en masse solide, ou sous forme de sable. La chimie considérera de même le feld-spath comme un silicate double, à base d'alumine et de potasse , dans les mêmes proportions où ces bases existent dans le sulfate double qui est connu sous le nom d'alun. Elle ne laissera à la minéralogie qu'à examiner les variétés de formes cristallines secondaires , de couleurs, etc., que le feld-spath présente dans différens terrains. ^
La ligne de démarcation ainsi établie entre le*deux sciences- dont je viens de parler, montre assez que, dans ma manière de voir, on doit reporter dans la chimie nue partie des faits qu'on avait jusqu'à présent cousidérés comme appartenant à la minéralogie, et cela toutes les fois que ces faits sont relatifs à des composés définis , semblables à tous égards à ceux dont Téiudea toujours fait partie de la chimie. L'erreur où l'on est tombé à ce sujet provient de ce que l'on a analysé les substances minérales longtemps avant que la chimie eût fait assez de progrès pour qu'on pût avoir des idées justes sur la nature de ces substances. Quand on a commencé à étudier chimiquement les matériaux immédiats des composés qui se trou vent dans les végétaux et les animaux, on ne s'était pas non plus, il est vrai, élevé aux théories d'après lesquelles ils doivent être considérés comme des acides, des oxides, des sels, etc. ; mais, comme ces recherches étaient faites par des chimistes, on n'a pas pensé à commettre la même erreur à l'égard de ces matériaux; on a laissé avec raison, dans le domaine de la chimie, la détermination des proportions de leurs principes constiluans , celle de leur nature s;<linc, acide, basique ou neutre , et des formes primitives que présente leur cristallisation, etc. Il est bien temps de rendre à la même science les travaux tout semblables exécutés sur des substances minérales à propoitions déflnies, et qui
sont , par conséquent, les mêmes en tout lieu et en tout temps.
C'est peut-être dans la première des sciences du troisième ordre dont se compose la tecJuioîogie, et à laquelle j'ai donné le nom de teclinographie, que les faits et les procédés à décrire sont plus nombreux et plus indépendans les uns des autres. C'est pour cette raison que la forme de dictionnaire convient parliculièremcnt à cette science, et qu'elle y a été si souvent employée; mais elle ne saurait , en général, convenir à la cerdoristique industrielle, surtout à la partie de cette science qui consiste dans les calculs relatifs au commerce et aux divers genres d'industrie, qu'elle emprunte à l'ariibraologie; dans les formules que lui fournit la mécanique pour évaluer le produit des machines et les forces dont elles exigent l'emploi. Tout au plus pourrait-on l'employer dans cette autre partie de la cerdoristique industrielle, où il est question de la connaissance des valeurs ordinaires des marchandises de tout genre, el des signes auxquels on en reconnaît la bonne ou la mauvaise qualité; par exemple, dans celte partie de la cerdoristique industrielle delà librairie, qui consiste dans la connaissance des diverses éditions, de leurs prix, etc. •, connaissance à laquelle on donne ordinairement le nom de Bibliographie, quoique ce mot soit aussi employé, et ce me semble avec bien plus de raison d'a[jrè5 son étymologie, pour désigner une
no
connaissauce toute iliflerenie, celle, non pas de ce que coûte le livre, mais de ce qu'il contient. C'est en partant de cette dernière signification , que Ton réunit dans les journaux, sous le titre de Bibliographie, les articles où Ton donne un précis de ce qui est contenu dans les ouvrages dont on rend compte. C'est dans la teclinographie que doivent être placés, non seulement la construction des navires, mais tous les moyens qu'on emploie pour les diriger sur les mers avec plus de sûreté et de promptitude 5 en sorte qu'on ne doit à cet égard regarder ce qu'on nomme navigation, que comme une de ces subdivisions des sciences du troisième ordre, dont je n ai p'jint à m'occuper dans cet ouvrage. Un vaisseau est une de ces machines que la teclinographie enseigne à construire et à faire manoeuvrer, et dont les autres sciences lui empruntent l'usage j c'est ainsi qu'elle procure, par exemple, à la géographie physique ce grand moyen d'exploration de la surface du globe, en même temps que celte dernière lui fait connaître la disposition des côtes et des écueils que le navigateur doit éviter; qu'elle prèle à l'oryctolechnie les machines qu'emploie celle-ci pour extraire des mines les richesses qu'elles contiennent, ou épuiser les eaux qui en entravent les travaux, et qu'elle fournit à l'art militaire, des fortiGcations, de la poudre et des canons, comme je le dirai dans la seconde partie de cet ouvrage, en remarquant en même temps que la
tactique et la stratégie navales, qui doivent être loutà-fait séparées de la navigation proprement dite, appartiennent aussi bien à l'art militaire, que la disposiiion et la conduite d'une armée de terre, d'un parc d'artillerie, etc.
Nous n'avons pu, en parlant de la géologie, indiquer ce qu'il y a de semblable ou de différent entre ses subdivisions et celles que présentent la botanique et la zoologie, parce que ces dernières sciences ne devaient être traitées que dans le sous-règne suivant. C'est dans ce cinquième chapitre , où nous avons a comparer entre elles les sciences du premier ordre comprises dans divers embrancbemens , que nous devons nous occuper d'abord des différences, et ensuite des analogies que présentent ces sciences et leurs subdivisions.
D'abord, d'après la nature même des substances inorganiques, les objets à décrire dans la géographie physique ne sont pas des êtres qui, naissant, croissant, se reproduisant et mourant, constituent ce qu'on nomme des espèces j ce sont des objets permanens, dont la durée est indéfinie, et qui ne peuvent cesser d'exister que par des cataclysmes qui changeraient tout-à-coup la surface de la terre ; ce sont des plaines , des bassins , des chaînes de montagnes , des terrains de diverses natures, des couches superposées dans un ordre qui , quoique soumis en général aux lois de la géonomie, varie d'un lieu à un autre. Les
lOches et les minéraux homogènes dont sont formés les divers terrains, ne sont pas liés par des rapports mutuels , semblables à ceux qui existent entre les orfijanes des animaux et des végétaux, et les divers tissus homogènes dont ceux-ci sont composés. Les lois de la géonomie ne présentent pas , comme celles de la phyiouomie et de la zoonomie, des dépendances fondées sur des conditions d'existence nécessaires à la conservation des individus et des espèces, et la même ditrérence se remarcjue entre la théorie de la terre, d'une part, et la physiologie végétale et animale de Tautre.
Mais ces dillerences, qui résultent nécessairement de celle que la nature a mise entre les corps inorganiques et les corps organisés, n'empêchent pas que, sous les autres rapports, les divisions de la géologie ne correspondent à celles de la botanique et de la zoologie, comme on le voit en comparant à l'homme, retenu sur le globe qu'il habile, un insecte auquel on supposerait une intelligence semblable à la sienne, et qui ne pourrait quitter l'arbre sur lequel il est né. La botanique de cet insecte, restreinte à ce seul végétal, serait pour lui ce que la géologie est pour nous. En elTtl, sa phylographic consisterait à décrire les fi ni ts, les Heurs, les feuilles, le tronc et les branches de cet arbre, à voir comment les branches sortent des boutons formés dans les aisselles des feuilles, comment les pétales se développent sous les sépales
au calice ei découvrent, en s'épanouîssant, les étamiues et les pistils, comme on voit les diverses couches de l'écorce de notre globe sortir les unes de dessous les autres, pour se montrer sur sa surface dans les diverses régions où nous les observons ; celte phytograpbie deviendrait alors absolument semblable à notre géographie physique. L'anatomie végétale de l'insecte , consistant à distinguer dans l'arbre les différens organes et les divers tissus dont ces organes sont composés , serait précisément pour lui ce que la minéralogie est pour nous. Dans l'impossibilité où il se trouverait de comparer ce végétal à d'autres, sa phytonomie se bornerait à la connaissance des lois suivant lesquelles différentes parties de l'arbre qu'il étudierait seraient superposées ou arrangées entre elles , et correspondrait ainsi pour lui à ce que la géouomie est pour nous. Enfin, s'il pouvait découvrir comment le même arbre , sorti d'une graine, a poussé des branches, et s'est revêtu de fieurs et de fruits, il se ferait une physiologie végétale dont l'analogie avec la science que j'ai nommée théorie de la terre n'est pas moins évidente.
Dans la place que j'ai assignée à la géographie physique , elle précède la minéralogie ; et coTime c'est à la première de ces deux sciences que je rapporte l'étude des divers terrains et des caractères qui les distinguent, il faut que cette étude puisse être faite indépendamment des conuaissances dont se compose
la minéralogie. Cela serait une véritable difficulté, si c'était dans celte dernière science qu'on dût traiter des formes cristallines et de la composition des oxides, des chlorures, des sels, etc., dont ces terrains sont formés^ mais nous avons vu que c'est dans la géométrie moléculaire et dans la chimie qu'on doit les déterminer-, dès lors, la difficulté dont nous parlons disparaît entièrement, et celui qui s'occupe de géographie physique n'a besoin d'aucune connaissance appartenant réellement à la minéralogie, pour comprendre, par exemple, qu'on désigne sous le nom âe granit un assemblage de petits cristaux d'acide silicique, appelé quartz-, de silicate double d'alumine et de potasse, nommé feld-spalh, etc. Lorsque de l'étude de la géographie physique on passe à celle de la minéralogie, on possède la connaissance des terrains, qui est indispensable pour que l'on puisse donnera cette dernière science tout le développement qu elle comporte. Déjà , en ne considérant la minéralogie que comme on le fait ordinairement, celte connaissance est nécessaire pour que le minéralogiste puisse dire dans quels terrains se trouvent chaque espèce minérale, et surtout chaque variété d'une même espèce 5 nfais la connaissance des terrains esl bien plus nécessaire encore quand on considère la minéralogie comme je crois qu on doit le faire, puisqu'alors cette science consiste cssenlicllement dans la recherche des matériaux homogènes et des roches dont les 1er-
rains soïit composés, de même que l'anatomiste se propose de reconnaître les tissus liomogènes et les organes dont sont composés les êtres vivans. Le principal objet de la minéralogie , considérée sous ce point de vue, est de dire : Tel minéral homogène, ou telle roche se trouve dans tel ou tel terrain, et y présente telles ou telles 'variétés. Comme l'anatomiste dit, par exemple : Le tissu osseux ne s'observe que dans les animaux à squelette intérieur, et prend, dans la plupart de ceux qui vivent dans Veau, les caractères particuliers qui distinguent les arêtes des os des autres vertébrés ; ou bien : L'or^ gane destiné spécialement à la respiration disparaît dans les animaux dont l'organisation moins compliquée permet au tégument général d'en remplir les fonctions ; il est sous forme de poumons dans tel animal ^ sous celle de branchies dans tel autre,
La géonomie vient après ces deux sciences pour établir les rapports généraux de superposition et de coïncidence qui existent, soit entre les terrains décrits dans la géographie physique, soit entre les diverses espèces ou variétés des substances homogènes ou des roches que nous a fait connaître la minéralogie, et les classe d'après ces rapports.
3. Sciences naturelles.hecavacièvede ces sciences est tellement marqué par l'opposition qui se trouve entre le mode d'existence des corps vivans et celui
de la malière inorganique, qne leur définition ne peut être sujette à aucune difficulté. Ce mode dVxislence consisie dans les changemeos coulinuels par lesquels passent nécessairement les êtres vivans en recevant sans cesse les nouvelles molécules destinées à entretenir cette existence, et en eu perdant d'auires devenues superflues. Ils naissent toujours d'individus semblables à eux, croissent, se reproduisent et meurent, tandis qu'un corps inorganique, sur lequel n'agit aucune cause de destruction, peut rester indéfiniment dans le même état.
Si les caractères qui distinguent les êtres organisés de ceux qui ne le sont pas, ne présentent aucune difficulîé, la place que doivent occuper dans l'ordre naturel les sciences qui y sont relatives ne peut également en souffrir aucune. Indépendamment des secours qu'elles empruntent aux sciences précédentes , cet ordre serait déterminé par la seule considération qu'un corps, pour être vivant, n'en conserve pas moins toutes les propriétés mathématiques et physiques de la matière inorganique, et que les phénomènes de la vie ne peuvent être compris que quand on a des connaissances au moins générales sur l'ensemble du monde qu'habitent les êtres organisés, et qui leur fournit le sol dont le végétal tire sa nourriture et sur lequel vit Tanimal, l'air qu'ils respirent l'un et Tautre, la lumière , qui ne leur est pas moins nécessaire, etc., etc.
Des deux sous-embranchemens dont se compose rembrancliement des sciences naturelles, l'un est relatif aux végétaux doués de la vie seulement, c'està-dire , de cet ensemble de phénomènes qui consistent à naître, croître, se reproduire et mourir j l'autre aux animaux qui jouissent en outre delà sensibilité, du mouvement spontané et des forces musculaires qui le produisent(i).
Les divisions de ces deux sous-embranchemens en sciences du premier ordre, du second et du troisième, se correspondent exactement, à une seule excepiion près, qui est une suite nécessaire de la différence même que nous venons de signaler entre ces éires et de celte circonstance que Thomme lui-même fait partie du règne animal. Celte excepiion consiste en ce que toutes les vérités relatives aux végétaux sont comprises dans le seul sous- embranchement des
(i) M. Dutrochet a montré que le mécanisme des mouvemens que présentent certains végétaux et qui semblent au premier coup d'oeil pouvoir être assimilés aux mouvemens sponlaaés des animaux, est abfolumeat différent du mécanisme de ces derniers, en faisant voir que les mouvemens de la seositive , bien loin d'être le résultat d'une contraction dans le tissu végétal, sont produits par un î;onflement du tissu antagoniste, causé par la turgescence que détermine dans ce dernier tissu raccumuiation des liquides végétaux; découverte qui, en changeant nos idées sur la nature de ces sortes de mouvemens observés dans difTérens organes des plantes , trace , d'une manière plus précise qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, la ligne de démarcation qu'on doit établir entre les végétaux et les animaux.
sciences phylologiques, tandis que celles qui le sont aux animaux se partagent entre les sciences zoologiques proprement dites, et l'embranchement entier des sciences médicales. On verra, dans l'appendice placé à la fin de cet ouvrage , que si les sciences qui se rapportent aux animaux prennent ainsi un développement beaucoup plus grand que celles qui concernent les végétaux, ce développement dépend d'une loi générale qui se retrouve dans toutes les autres branches de nos connaissances. Quant à présent, il sufiSra d'éclaircir les difficultés qu'on pourrait rencontrer dans la détermination précise des limites de quelques unes des sciences naturelles.
C'est surtout à l'égard de l'anatomie et de la physiologie végétales et animales, de l'agriculture comparée et de la zootechnie comparée , que l'on peut éprouver des difficultés de ce genre. J'ai fait remarquer, page 87, que tant que les matériaux dca terrains qu'on étudie dans la géologie, sont composés de plusieurs substances qu'on peut séparer mécaniquement, c'est à la minéralogie à en opérer la séparation ; tandis que c'est à la chimie qu'il appartient d'analyser les substances minérales homogènes. Je pense qu'on doit en dire autant relativement à la limite à établir entre l'anatomie végétale ou animale et la chimie *, et, en cela, je ne fais que me conformer à l'opinion d'un homme, dont les vues profondes et les découvertes importantes ont fait faire tant de progrès
à cette science. Si une analomie délicate reconnaît, dans les organes les plus ténus des ve'gétaux ou des animaux, les différentes parties dont ils sont composés, n'esl-ce pas à elle qu'il convient de séparer, dans un grain de fécule, dans un globule de fibrine ou de tissu cellulaire, le tégument de la matière qu'il renferme ? Et le rôle de la chimie ne doit-il pas se borner ici à analyser ultérieurement ces corps , après que l'analoraie les a isolés ; comme, lorsqu'il s'agit des substances inorganiques, elle ne doit décomposer que celles qui sont homogènes.
Voyons maintenant la limite qu'il convient d'établir, soit qu'il s'agisse des végétaux ou des animaux, entre l'anaiomie et la physiologie. En disant que la physiologie végétale et la physiologie animale ont pour objet d'étudier les causes de la vie, la formalion et les fonctions des organes dont ces êtres sont composés, je n'ai pas entendu prendre ce mot fonc' lions dans un sens tellement absolu^ qu'on dût en conclure que ce n'est pas au phytographe ou au zoographe, mais au physiologiste à dire que la poussière des élamines féconde l'embryon, après s'êire déposée sur le slygmate ; que les membres antérieurs des animaux veriébrés servent taniôt à la préhension, tantôt à la marche, au vol, à la natation, suivant le genre de vie de ces animaux 5 que c'est avec leurs dents qu ils coupent, déchirent et broient leurs alimens j que ce n'est pas à l'anaiomisle à dire que's sont les vaisseaux
rBBMIBRB PARTIE. iS
qui contiennent la sève ou les sucs propres des végétaux ; que dans les animaux le canal intestinal conduit, d'nne de ses extrémités à l'autre, d'abord les aliniens, en'suite les produits de la digestion, et enGn les résidus qui doivent être rejetés au dehors-, que le cœur fait circuler le sang, et que les poumons ou les branchies le mettent en contact avec l'oxigène, etc. Dans ma manière de voir, ces usages des organes internes ne peuvent pas pins être exclus de Tanatomie, qu'on ne peut exclure de la zoographie les usages des miMnbres ou des dents ^ et quand j'ai donné, de la physiologie végétale et de la physiologie animale, les définitions que je viens de rappeler, j'ai entendu parler, en employant ce mot fonctions , d'une étude approfondie de la manière dont elles s'exécutent, et des causes des phénomènes organiques qu'elles présentent. Dès lors, celui qui a ajipris tout ce que doivent contenir, suivant moi, Tanatomie végétale et l'anatomie animale, ne manque d'aucune des connaissances nécessaires pour juger, lorsqu'il passe à l'étude delà zoonomie , l'importance respective des caraclèrFs tirés des organes internes, comme celui qui a fait une étude complète de la phytographie et de la zoographie, sait tout ce dont il a besoin pour apprécier la valeur' plus ou moins grande des caractères fondés sur l'étude comparée des organes externes. Quant à la physiologie animale ou végétale, qui n'a plus ainsi de secours à prêter à ^a zoonomie,
mais seulement des emprunts à lui faire, elle contiendra tout ce qui est relatif à Texplicaiion du mécanisme des fouciions, comme à celle du mode de formation des organes-, par exemple, si le fait de la fécondation de yoeuj 'végétal , par la poussière des étamines, appartient à la phytographie, c'est dans la pbj'siologie qu'on doit placer Texplication des moyens que ia nature emploie pour atteindre ce but, et qu'un de ses plus beureux interprètes nous a récemment dévoilés.
Passons maintenant à l'agriculfure comparée. Comme elle a pour objet de choisir, entre les diverses métliodes de soigner les plantes, celles qui présentent le plus d'as antages , tant pour l'abondance , la beauté et la bonne qualité des produits, que pour la conservation des végétaux, tant qu'ils peuvent nous être utiles, elle doit comprendre la détermination de celles de ces méthodes qui sont les plus propres à prévenir ou à guérir les maladies auxquelles ils peuvent être exposés, et qui priveraient Tagriculleur du fruit de ses travaux. Celte science, comme nous l'avons vu, se partage en deux autres, l'agronomie qui, pour choisir entre différentes méthodes, ne consulte que l'expérience, et en réduit, quand cela est possible, les résultats en lois générales purement empiriques: la physiologie agricole qui part, pour le même choix , de la connaissance de toutes les causes qui peuvent modifier la vie dans les végétaux , de ma-
nière à nous procurer le plus complètement possible les avantages que nous voulons en retirer^ en sorte que V étude de ces causes est le principal objet de la physiologie agricole.
Remarquons ensuite que la distinction entre les vérités dont s'cccupe la physiologie végétale et celles qui sont l'objet de la physiologie agricole , dépend du but qu'on veut atteindre en étudiant ces vérités. Si Ton cherche seulement à connaître les causes de la vie dans les végétaux , celte recherche appartient à la première de ces sciences; si , au contraire , on étudie ces causes dans la vue de perfectionner la culture des végétaux dont nous retirons un genre d'utilité quelconque, de les rendre propres à remplir plus complètement cette destination, de prévenir ou de guérir leurs maladies , etc., cetie étude appartient à la physiologie agricole j en sorte, par exemple, qu'une même expérience doit être rapportée à l'une ou à l'autre de ces deux sciences, suivant le but que l'on se propose en la faisant. De même que , dans les sciences physiques, la combustion du gazhydrogèneapparlient à la physique expérimentale , lorsqu'il est question des sons qui sont produits quand on introduit dans un tube la flamme qui résulte de cette combustion ^ à la chimie, s'il s'agit de vérifier par la synthèse les proportions dans lesquelles se combinent les élémens de Teau ; à la technologie, si on a pour but de se procurer un nouveau moteur en brûlant du gaz hydrogène.
Cette remarque bien comprise, il ne peut plus rester de difficulté à rapporter à la physiologie végétale et à la physiologie agricole les vérités qui leur appartiennent respcciivement. Elle montre que cette dernière doit comprendre , d'une part , V étude de toutes les causes par lesquelles la vie des végétaux peut être modifiée relativement au but d'utilité ou d'agrément que nous nous proposons d'en retirer, telles que l'application sur les végétaux de certaines préparations, les opérations par lesquelles on retranche, soit des arbres , soit des plantes herbacées , les parties malades , celles dont la conservation nuirait à leur durée ou à la beauté de leurs fruits , les procédés de la grefife , de la décortication, etc. , les arrosemens , les engrais , les recherches relatives à la nature du sol , à l'exposition , au degré de température qui conviennent le mieux aux diverses espèces de plantes j de l'autre , l'emploi de ces différens moyens pour conserver les végétaux , et prévenir les maladies auxquelles ils peuvent être exposés , la connaissance de ces maladies elles-mêmes , et les procédés les plus propres à les faire cesser, lorsque cela est possible j toutes choses qui sont, par rapport aux végétaux, ce que sont, à l'égard des animaux , d'un côté, la pharmaceutique , la traumatologie et la diététique ^ de l'autre, Thygiène, la nosologie et la médecine pratique, et qui néanmoins doivent appartenir à l'agriculture , quand ce ne serait que parce que ce sont..
les mêmes hommes qui cultivent les végétaux et qui font usage des procédés et des moyens dont nous parlons.
Pour que l'analogie fiit complète , entre toutes les sciences qui font partie du sous-cmbranchemenl des sciences phytologiques , et les sciences qui leur correspondent dans celui des sciences zoologiques proprement dites, il faudrait que toules les vérités comprises dans les sciences médicales le fussent dans la science du tioisième ordre, qui lient, dans le sousembranchement des sciences zoologiques proprement diles , la même place que la physiologie agricole dans l'embranchement des sciences phytologiques, c'està-dire, dans la threpsiologie. On concevrait la possibilité de cet arrangement, s'il n'existait que la physique médicale, 1 hygiène, la nosologie et la médecine pratique vétérinaires, quoique, dans ce cas-là même, il fût encore contraire à la nalure des choses telles qu'elles existent, puisque, d'une part, la vétérinaire n'est pas exercée par les mêmes hommes qui soignent et nourissent les animaux domestiques, et que, de l'autre, celte science suppose des connaissances tout autrement approfondies et variées que la partie de la physiologie agricole qui lui correspond. Mais , dès que rbomme, dans tout ce qui tient à son organisation, ne peut être séparé des autres animaux, el que d*ailleurs toutes les divisions de la médecine humaine se retrouvent dans la vétérinaire, il est évl-
dent que cette dernière science ne saurait être distinguée de la première que quand on descend aux subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre, dont je n'ai point à m'occuper dans cet ouvrage 5 et que , par conséquent, il est impossible que les sciences médicales soient considérées comme faisant partie d'une subdivision de la zootechnie.
Après avoir reconnu qu'il n'en est pas à 1 égard des animaux comme à celui des végétaux, que toutes les vérités relatives aux moyens par lesquels nous pouvons agir sur l'organisation des uns et des autres dans un but d'utilité quelconque, appartiennent à l'agriculture, lorsqu'il s'agit de ces derniers , tandis que , quand il est question des premiers, elles doivent se partager entre la zootechnie et les sciences médicales, il ne re^te plus qu'une difficulté : A quel caractère dislinguera-l-on ce qui doit être -placé dans la zootechnie y de ce qui doit Vêtre dans les sciences médicales F La solution de cette question se trouve dans un principe analogue aux considérations dont je me suis servi, pages 99, 100, 120 et 1 26, pour établir les limites qui séparent roryctotechnie , l'agriculture et la zootechnie de la technologie. Ce principe consiste en ce que ceux qui ont besoin d'éiudier une science doivent trouver dans les ouvrages qui en traitent tout ce qui leur est nécessaire de savoir pour atteindre le but qu'ils se proposent. Ainsi, c'est dans un traité de zootechnie qu'on doit faire connaître
Tutilité que ceux qui nourrissent les animaux peuvent retirer, soit de l'emploi de quelques substances qui ne font pas partie du régime habituel auquel ils les soumettent . soit de certaines opérations chirurgicales qu'ils sont dans Tusage d'exécuter eux-mêmes ; les divers régimes qu'on doit préférer suivant Tespèce de produit qu on veut en retirer et la dilTéreuce des races; les précautions à preudre pour prévenir les maladies qui les menacent, et enfin , les moyens de remédier aux accidens pour lesquels on peut se dispenser d'avoir recours au médecin vétérinaire. Mais c'est dans des ouvrages ditlerens, destinés à l'instruclion de ce dernier, qu'il faut exposer en détail toutes les connaissances qui lui sont nécessaires, ei qui doivent, comme celles dont se compose la médecine humaine, être comprises dans l'embranchement des sciences médicales.
4- Sciences médicales. C est par ces considérations que j'ai été amené à reconnaitre que les sciences médicales devaient former un embranchement à part, et dès lors il ne s'agissait plus que de tracer entre ces sciences et les sciences zoologiques proprement dites une ligne de démarcation qui ne pût laisser aucun doute sur la distinction des vérités qui doivent être rapportées à chacune d elles. L'usage où l'on est de ranger l'analomie et la physiologie animales parmi les sciences dont on traite dans les ouvrages et les cours relatifs à la médecine , semblait devoir m'inspi-