‹ Essai sur la philosophie des sciences;Chapitre 23 sur 70 · SS · texte numérisé non relu

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rer quelque doute à cet égard j mais il ne me fut pas difficile de me convaincre que cet usage était uniquement fondé sur la nécessité de bien connaître l'organisation des animaux, avant d'étudier les effets des agens et des autres circonstances qui peuvent la modifier, et sur ce que l'utilité de la médecine est cause que cette science est cultivée par une foule de personnes qui n'ayant ni le temps ni les moyens d'approfondir toutes les branches de la zoologie, se bornent à étudier, suivant la carrière qu'elles veulent embrasser, la partie de Tanalomie et de la physiologie animales qui est relative soit à l'homme, soit aux animaux domestiques. Mais des considérations de ce genre ne doivent être admises, lorsqu'il s'agit de la classification générale de toutes les vérités que l'homme peut connaître, qu'autant qu'elles sont en harmonie avec la nature et les rapports mutuels de ces vérités. Or, les caractères d'après lesquels j'ai distingué les sciences médicales des sciences naturelles ne me paraissent laisser aucun doute sur la nécessité de ranger, dans une classification de ce genre, l'anatomie et la physiologie animales parmi ces dernières. D'après ces caractères , l'anatomie animale ne peut être placée qu'à la suite de la zoographie ; et quant à la physiologie animale, dont l'objet est d'expliquer la formation des organes , et leurs fonctions , telles qu'elles ont lieu en général dans les animaux, elle doit aussi faire partie de la zoologie et y être placée

après les autres sciences du troisième ordre dont cette dernière esl composée, parce qu'elle suppose toutes les connaissances renfermées dans les trois précédentes, et en piiriiculier , celles des classiûca lions uatnrelles qu'établilla zoonomie^ aitendu que, pour traiter complètement de la physiologie animale , il faut suivre les mêmes fonctions successivement dans les divers embranchemens, classes, ordres, etc. , du règne animal.

Cette difficulté, relativement à la place que doivent occuper l'analomie et la physiologie animales, étant ainsi résolue, il m en reste une dernière à éclaircir.

J'ai remarqué tout à Tlieurc que si , au lieu de classer les sciences qui existent réellement, telles qu'elles ont été faites par Tlionime et pour Tliomme, on le faisait d'une manière arliOcielle, d'après des idées préconçues, ce serait dans la threpsiologie que rentreraient toutes les sciences médicales, et je n'ai pas eu de peine à montrer qu'un pareil arrangement était loul-à-fait inadmissible. Des personnes que j'avais consultées sui ma classification, sans leur expliquer suffisamment la distinction que j'établissais entre la physiologie végétale et la physiologie agricole , dont Tune s'occupe des végétaux seulement pour connaît/ e les mystèies de leur organisation, et l'autre étudie les moyens d'agir sur cette organisation , afin de la modifier de la manière qui nous

est la plus avantageuse, ont pensé que c'élait, non pas à la ihrepsiologie , mais à la physiologie animale que les sciences me'dicales devaient èire réunies^ c'est ce que je ne pouvais adopter, d'après la distinction même que je viens de faire, relalivem«*ni aux planies, entre la physiologie végétale et la physiologie agricole. Cependant, pour qu'il ne puisse rester aucun doute à cet égard , je crois devoir faire encore quelques observations sur la nécesiléde séparer les sciences médicales , non seulement de la physiologie animale, mais en général , de toutes les sciences du troisième ordre comprises dans la zoologie.

La physiologie esl tellement distincte des sciences médicales, que quand elle s'occupe des mômes objets qu'une de ces dernières, elle le fait sous un point de vue dirterent. S'il s'agit, par exemple, des alimens, la physiologie explique comment ils sont digérés, comment le chyle est séparé de la masse alimentaire, comment il se mêle au sang, devient sang lui-même, etc., tandis que la diéiétitjue , supposant toutes ces connaissances déjà acquises, examine les effets avantageux ou nuisibles des diiîerens régimes, établit sur ce sujet les règles qu'on doit suivre pour amener les premiers, et se préserver des seconds. Par là, ces deux sciinces se trouvent aussi nettement distinguées que l'agriculture, par exemple, peut 1 être de la botanique.

A l'égard de l'hygiène, on ne pourrait en réunir

les diverses parties à celles de la zoologie que par des rapprochemens cvidemmeut forcés. Il faudrait, par exemple , considérer les divers lempéramens comme constituant autantde variétés dans l'espèce humaine , si l'on voulait que la crasiographie devîut une partie de la zoograpbie. Cette dernière doit bien parler des différences qui existent entre les diverses races de l'espèce humaine , mais non des variétés individuelles dont s'occupe la crasiographie , parce que ce n'est que dans les sciences médicales que Vindwidu peut devenir un objet d'étude 5 et même , à l'égard des races , la zoographie doit se borner à les décrire, et laisser' aux sciences médicales le soin de faire connaître les changemens que les modifications qui les caractérisent peuvent apporter aux régimes et aux médications qui leur conviennent.

I.a nosologie et la médecine pratique ne sont pas séparées de la physiologie par des raisons moins évidentes. Le physiologiste doit se borner à expliquer les fonctions des organes et les phénomènes vitaux qui ont également lieu, soit que l'animal se 'rouve ou non dans l'état de santé. Mais les changemens que les maladies apportent dans les fonctions des organes et dans les phénomènes delà vie, sont un objet d'étude étranger à ses recherches, et dont on doit former, comme je le fais ici, des sciences tiès distinctes de la physiologie.

B. Classification.

Ces quatre embraiichemens , relaiifs au monde inaléiiel , forment par leur réunion le règne des SCIENCES COSMOLOGIQUES, qui se divise naturellement en deux sous-règnes. Le premier embrasse toutes les connaissances humaines relatives à l'ensemble inorganique du monde. J'ai déjà remarqué, page 128 , que cet ensemble inorganique est le monde proprement dit , et c'est pourquoi je donnerai aux sciences comprises dans le premier sous-règne le nom de sciences cosmologiques PROPrvEMEzsT dites ; elles renferment les sciences mathématiques et les sciences physiques. L'autre sous-règae se compose des sciences qui comprennent toutes les vérités relatives à la nature, dans le sens que j'ai donné à ce mot (page 128): je les nommerai sciejnces physiologiques , du grec çjceç, qui , d'après son étvmologie, est synonyme du mot nature, pris dans ce même sens. Dans le premier embranchement de ce sou5-règne , on considère les êtres organisés dans leur état ordinaire ou naturel, et c'est ce qui justifie le nom ce sciences naturelles que j'ai donné à celles que renferme cet embranchement \ en sorte que , quoique les deux mois physiologique et naturel semblent désigner la même chose , on ne doit pas leur attribuer la même extension 5 le mot naturel, d'après l'usage qu'on en fait en français, est réellement plus restreint, en ce qu'il rappelle cette idée de l'état normal ou na-

turel , que le même usage n'a pas associée au mot physiologique.

Voici le tableau de cette classification :

Rè^ne. I Sous-re^nes. \ Embranchement.

iMathémaliques.

Phjsit

COSUOLOCIQOBIPKOP. Stll

SCIENCES ; vrsp.ques

COSMOLOGIQUES. ^ (Naturelles.

PsTSIOLOCIQUEt. . .

< NaturelL ' Médicale

Observations. Nous avons déjî remarqué cette circonstance sinf;uliére , que quoique les objets spéciaux des sciences du premier ordre présentent chacun quatre points de vue correspondant aux quatre sciences du troisième ordre comprises dans chaque science du premier, ces qualre objets spéciaux pouvaient être considérés comme quatre points de vue semblables d'un objet général , commun à quatre sciences du premier ordre renfermées dtns un même embranchement , et qui correspondaient chacune à un de ce^ points de vue. C'est ici le lieu de faire une remarque qui paraîtra peut-être plus sinj^uliére encore ; c'est que les objets généraux des quatre embranchemens du règne cosmologique , sont encore réellement les quatre points de vue sous lesquels on peut considérer le monde matériel , objet commun de ces quatre embranchemens.

Et d'abord, les sciences mathématiques, qui se composent d'idées immédiatement tirées de la coiitemplalion dv; l'univers, et qui n'empruntent à l'observation que des idées de grandeurs et des mesures, en sont évidemment le point de vue autoptique. Les sciences physiques examinent, sous un point de vue général, les matériaux qui le constituent , comme la minéralogie étudie spécialement les matériaux des divers terrains , comme Tanatomie végétale ou animale s'occupe des tissus et des organes dont les végétaux ou les animaux sont composés ; en sorte que les •ciencet physiques sont réellement , par rapport à l'ensf mbl*» de

l'unîters , ce que la minéralogie , l'anatomie Yéçéîale et l'anatomie animale sont relativement aui divers terrains , aux végétaux et aux animaux ; elles présentent ainsi tous les caractères du point de vue cryptoristique.

Nous avons vu quand nous nous sommes occupés des science» du premier ordre comprises dans l'embranchement des sciences naturelles, qu'elles offraient toutes plus ou moins le caractère troponomique , dans les changemens continuels par lesquels se conserve la vie ; et que le caractère de ce point de vue était seu-^ lement plus essentiellement marqué dans la zoologie, consacrée à l'étude des animaux , c'est-à-dire , des êtres organisés , où ces changemens sont à la fois et plus marqués et plus multipliés. On en voit maintenant la raison ; c'est que l'embranchement entier des sciences naturelles dot être considéré comme le point de vue troponomique de l'univers. Enfin , quoique le point de vue cryptologique soit plus manifeàtedans la médecine pratique que dans les autres sciences médicales, j'ai déjà remarqué qu'il se présentait plus ou moins dans toutes , parce quo toutes ont le même objet général : l'étude des causes eilernes ou internes, qui entretiennent, allèrent, rétablissent ou détruisent l'ordre normal des phénomènes vitaux dans l'homme et dans les animaux , et des moyens qu'il convient d'employer pour rétablir cet ordre quand il est troublé. Ou ne s'étonnera donc pas si je regarde l'embranchement qui réunit toutes les sciences médicales comme le point de vue cryptoioglque de l'univers. 11 l'est par la nature même des choses, et c'ett ce qui rend raisou de la circonstance déjà remarquée, que toutes les sciences médicales présentent toutes plus ou moins le caractère cryptologique, parce que les objets qu'elles étudient, médicamens , opérations chirurgicales, régime, etc., y sont seulement considérés en tant qu'ils produisent les phénomènes organiques dont ils sont les causes.

Si maintenant nous remontons de ces dernières observations à celles qui sont à la fin des chapitres et des paragraphes précédeus , nouiï verrons relativement au premier régne , en attendant que

dans la seconde partie de cet ourrage nous retrouvions la même chose à l'éfjard du second :

i^ Que la considération des quatre points de vue s'appliqne d'abord , d'une manière large et très {générale , aux objets des deux régnes dans lesquels sont comprises toutes nos connaissances , et qu'elle partage ainsi chaque régne dans les quatre embranchem.ns d«:jà donnés par la nature mémo des objets auxquels se rapportent ces embranchemens ;

2" Que celte même considération s'applique de nouveau , en la précisant davantage , aux objets étudiés dans chaque embranchement , et divi-e ainsi ces embranchemens , chacun en quatre sciences du premier ordre pré .iséinent les mêmes que celles qui résultent de la comparaison des vérités dont Cis sciences se composent ;

o" Qii'en l'appliquant une troisième fois , d'une manière encore plus préci-e et plus ristreinle , aux divers objets de ces sciences du premier ordre, on en dédint imuicdiatement L» division naturelle de chacune d'elles en quatre sciences du troisième ordre.

Il me reste à fa.re observer que ces quatre points de vue sont tellement iuhérens à la nature de notre esprit , qu'un pourrait encore, par la même considération , partager la plupart de ces dernières sciences en subdivisions correspondantes à cliaque point de vue. Mais , outre qu'il n'en résullerait que des subdivisions du quatrième ou du cir quièrne ordre, dont, comme je l'ai déjà dit plusieurs (ois , je n'ai po nt à mVccuper daus cet ouvrage, on conçoit aisément que plus on subdivise ainsi les connaissances hnmaincs , plu* les subdivisions qu'on établit sont peu marquées, et finiraient , si on Its poussait trop loin , par séparer des vérités que , pour la facilité de l'étude et la clarté de l'enseignement, on do t laisser unies. J'ai doj'i fait obs:rver qu'à l'égard des sciences du troisième ordre comprises dans les mêmes sciences du premier, il est souvent prelérable de ne pa- les séparer, de réunir, au contraire, la toographie, p"<r exemple, a»cc rcnalo-

mie animale, dans un Iraitéfle zook'gie élémentaire. La même remarque s'applique bien plus encore aux subdivisions qu'on voudrait faire , d'après la considération des quatre points de vue, dans des sciences du troisième ordre ; je crois devoir cependant en indiquer quelques unes où ces subdivisions se présentent naturellement , en prenant un exemple choisi parmi les sciences de cet ordre qui appartiennent à chacun des quatre points de vue autoptique, cryptoristique , tropouomique et cryptologique.

L'uranographie , où l'on ne s'occupe que de la description du ciel et du mouvement apparent des astres , est en général le point de vue autoptique de l'uranologie ; mais cela n'empêche pas que l'on ne puisse y former une première subdivision plus particulièrement autoptique , où l'on ne décrirait que ce que nous voyons en effet immédiatement ; une seconde , qui présenterait le caractère cryptoristique , quand , à l'aide du télescope, on découvre des choses plus cachées, telles que les taches du soleil et des planètes, l'anneau de Saturne, les phases de Vénus, les étoiles dont se compose ce qu'on nomme une étoile double , triple, etc., et leurs mouvemens relalifs ; une troisième, qu'on pourrait regarder comme trop onomique , où l'on formerait différentes classes des astres , et où l'on établirait les lois qui président aux inégalités des mouvemens apparens du soleil et des planètes , aux progressions , stations et rétrogradations de ces dernières , etc. ; ecfin , une subdivision cryptologique qui expliquerait, en se bornant toujours aux mouvemens apparens, les vicissitudes des saisons , les phases de la lune , les éclipses , etc., et parviendrait même à les prévoir, comme faisaient les anciens.

De même, la chimie est dans son ensemble cryptoristique , puisqu'il s'agit de découvrir les élémens dont les corps sont composés ; mais rien ne s'oppose à ce qu'on puisse y distinguer une partie autrptique, comme serait, par exemple, un dictionnaire de chimie , ou bien , une exposition purement expérimentale de cette science , où l'on décrirait une suite d'opérations suggérées par l'analogie , au moyeu desquelles on découvrirait successivement les divers corps simples, et où l'on montrerait comment ils PBEiiiBRE Partie. ig

ac coMbineat poor pioëuue des corps coupoles , méthode qui aenit peut-être préKraUe h toate autre pour ren^eigoement de eette sôeoee. Bais qv, (eiie qœ je la conçois , n'a pas même été caoyée; me partie crfplorôtiqae , où Ton aurait pour but de dètenûer les BeâDears ■ojeas à employer dans chaque cas, pour opérer les déeoapontioiis et les reconpositioos qu*on se ^mpmt de §ûrc ; partie qa'on pourrait, à Tolonté . réunir ou non à la préoédente , ooame eo zodo^^e il peut être plus couve- ■aUe , tantdt de séparer, tautôt de réunir la 2O0gra{>hie et PanatlMEÙe BDioiale; pins viendrait une partie troponomique où Ton dbaflerait les corps , tant siaiples que composés . et où Ton ferait coanaMie les lois géoérales de b dûmie; enfin, une partie cryplolofpqne où l'on eipliquerait les faits et les lois ob«^rTés d'après les Avers degrés d'afinité que présentent les corps , et les ^Itaàté» pins nm nnins grandes qu'oppose à leur combinaison Veut oè Is se frowent.

Dans h loonone , qm est le point de rue troponomique de la loologie, p«nsqo>Ile a pour obietles rapports naturels des ani- :, les lois générales qoi eqprÎBMnt ces rapports et la cla^siqsî en wsJtr , on pourrait de même distinguer une preélnde sous le pmnt de Toe adfcopliqne qui se bornerait à ces rspports et ces Icms par Tobserratiou ; une seconde le point de vue crfptoristique . s'occuperait de la quesde la zoonoone, celle de la subordination des cvnetères , et aurait pour obitt de découvrir ceux qu'on doit «nûer rang , d'après le grand nombre de caractères qm en dépendait : ceux qui viennent immédiatement I, et suceesâvcflMBt les caractères de uMNi» en moins importas» , jusqu'à cens qui ne peuvent pins servir qu'à la dbtinction Le point de voe tropooonûque consisterait dans la des divcnes dasàfications , pour choisir entre elles cefles qâ représentent le mieux l'ordre de la nature ; et le point de vue crjptok^^ique «umt pour oliget de découvrir les causes des lois données psr Tobservaiion, lorsque c«la est possible, c'està-dire , lorsqu'on péril montrer comment ces lois résultent des

conditions d'existence, sans lesquelles 1« animaux ne pourraient pas subsister.

Enfin , la prophylactique , par exemple , point de vue cryptologîque de l'hygiène , parce que toute prévision de ce qui peut arriver est fondée sur l'enchaînement des causes et des effets , présente un point de vue autoptique , lorsqu'il n'est question que de décrire les moyens généraux de prévenir les différentes maladies auxquelles les hommes et les animaux sont exposés ; un point de vue cryptoristique , quand on se propose de déterminer ceux qui conviennent en particulier, suivant les divers tempéramens , et toutes les circonstances d'habitation ^ de lieu , de temps , etc., où se trouvent les individus menacés; un point de vue troponomique, dans une classification de ces moyens , où l'on rapprocherait ceux qui, ayant une action à peu prés semblable , peuvent se remplacer les uns les autres, ou être employés simultanément ; le point de vue cryptologique de la même science se trouverait dans l'explication , lorsqu'on la connaît , de la manière dont agissent les diverses espèces de préservatifs.

JNous verrons dans la seconde partie de cet ouvrage que la mathésiologie , ou la science de l'enseignement de tous les genres de connaissances , est une science du troisième ordre, qui fait partie de celle du premier désignée sous le nom de pédagogique, et dont la mathésiologie est le point de vue troponomique. Quoique je ne dusse naturellement parler de celle-ci que lorsque j'en serai à cet endroit de mon ouvrage, je crois pouvoir montrer, dés à présent, qu'elle pourrait aussi être subdivisée en quatre parties correspondantes aux quatre points de vue , parce qu'ayant pour but , en écrivant cet essai sur la philosophie des sciences , de développer une partie de mes idées sur la mathésiologie, et de faire sentir toute l'importance de cette science, je trouve l'occasion d'en donner une idée plus complète et d'en faire voir toute l'étendue , en la choisisant pour dernier exemple des quatre subdivisions qu'on peut faire , d'après les quatre points de vue , dans une science du troisième ordre,

La mathésiologie, quoique troponomique dans son ensemble ,

offre uue partie auloplique . telle que serait un dictiuDnaire ou uue énumération sous toute autre forme des différentes sciences , des objets qu'elles étudient, et des caractères qui les distinguent; une partie cryptoristique . où il s'agirait de déterminer, pour chacune d'elles , les vérités fondamentales sur lesquelles elles reposent , les moyens qu'il ( ouvient d'employer pour leur faire faire de nouveaux procès , et les méthodes auxquelles on doit avoir recours , soit dans ce but , soit dans celui d'en faciliter l'étude ; une partie plus spécialement troponomique , où l'on aurait pour objet d'établir à cet égard des lois générales, et de classer toutes nos connaissances de la manière la plus naturelle ; une partie cryptologique , enfin , où Ton chercherait à déterminer les causes des progrès, tantôt si lents et tantôt si rapides , que les sciences ont faits à différentes époques , la manière dont elles sont parvenues au degré de perfection où elles se trouvent aujourd'hui , et ce qui reste à faire pour les élever à la hauteur qu'elles atteindront sans doute un jour.

Ce n'est pas seulement dans les sciences du troisième ordre qu'on peut faire cette subdivision. En appliquant aux objets particuliers dont elles s'occupent la considération des quatre points de vue; j'ai déjà remarqué, page 12 j', que la même chose avait lieu à l'égard de plusieurs sciences du quatrième ou du cinquième ordre , étrangères au plan de cet ouvrage. lien est de même de beaucoup d'autres , par exemple, de la palœontologie. Un traité complet sur les animaux fosaiies pourrait avoir une partie autoptique, où les débris qui nous en restent seraient décrits; une partie cryptoristique , qui aurait pour objet de déterminer à quelle partie de l'animal aurait appartenu chacun de ces débris, os , coquille , ou articulation d'un tégument coiué; une partie troponomique , où il serait question d'établir les lois générales d'après lesquelles on peut déterminer l'ensemble de l'animai perdu , et retrouver la place qu'il doit occuper dans la classification naturelle de toutes les espèces du règne animal ; une partie cryptologique , enfin , où l'on se proposerait de trouver les causes de la présence de ces débri? dans les lieux déterminés où ils sont

•souvent réunis en si grande abondance , et celles qui ont pu contribuer à la destruction des espèces auxquelles ils ont appartenu, lien serait de même d'un traité sur les végétaux fossiles. De tels ouvrages constitueraient , dans la zoologie ou la botanique , des subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre; mais Tétude des corps organisés fossiles , considérés seulement comme caractères distinctifs des terrains où on les trouve , appartient à la géologie , et ce n'est pas là un emprunt que cette science fait à des connaissances qui ne viennent qu'après elle dans la classification naturelle des sciences , puisque le géologue peut se passer des recherches du naturaliste, pourvu qu'il puisse reconnaître ces débris à l'aide de descriptions sommaires et de figures convenables.

II me reste une dernière observation à faire au sujet des quatre points de vue dont j'ai parlé si souvent : c'est précisément parce qu'il est dans la nature de l'esprit humain d'étudier successivement tous les objets de nos connaissances sous chacun d'eux, que ces points de vue guidaient à leur insu les premiers fondateurs des sciences , en sorte que les groupes de vérités qui ont toujours été considérés comme des sciences, répondaient à ces divers points de vue, sans même qu'on en soupçonnât l'existence, à peu prés comme l'homme se sert de ses organes , et applique ses facultés intellectuelles à diflTérens objets , sans connaître ni la structure intime des uns, ni la nature des autres. Quand un de ces génies créateurs , à qui le genre humain doit tant d'admirables découvertes , se trouvait porté à étudier un objet sous un certain point de vue, il résultait de son travail uns science correspondante à ce point de vue, sans pour cela qu'il en eût l'idée. Lorsqu'on venait ensuite à considérer le même objet sous un nouveau point de vue , on voyait naître une autre science. Si ce travail avait été complet, toutes les branchss de nos connaissances dont je viens de faire l'énumération , et toutes celles dont j'aurai à m'occuper dans la seconde partie de cet ouvrage, auraient reçu des noms, et ma classification se serait, pour ainsi dire, trouvée faite d'ellemême. Tout au plus aurais-je eu à ranger, dans l'ordre naturel donné par ces points de vue , des sciences dénommées d'avance ;

mais il n'en a pas été ainsi, et quoique toutes celles dont ^ti parlé jusqu'ici eussent été réellement cultivées, plusieurs n'avaient point encore de noms et étaient en quelque sorte méconnues. N'ayant d'abord eu moi-même aucune idée de ces points de vue, ce n'est que par l'analogie que j'ai été conduit à reconnaître reiistence des sciences qui n'avaient pas reçu de nom ; aussi n'était-ce pas sans une sorte de surprise que je remarquais l'exacte symétrie qui règne dans toutes les parties de la classification exposée dans cet ouvrage ; symétrie qui a été, pour plusieurs personnes à qui j'ai communiqué ma classification , un motif de la regarder comme artificielle. On voit maintenant d'où vient cette symétrie ; on voit pourquoi il y a un même nombre d'embranchemens dans les deux régnes des connaissances humaines ; pourquoi chaque enbranchement se divise en un même nombre de sous-embranchemeos et de sciences du premier, du second et du troisième ordre; on voit enfin que cela vient de ce que les points de vue qui guidaient à leur insu ceux qui ont créé les difTérentes sciences , étant fondés sur la nature de Tintelligence humaine, étaient toujours en même nombre. £n se rendant ainsi raison de cette symétrie , on reconnaît facilement que , loin qu'elle soit un motif de penser qu'il y ait quelque chose d'artificiel dans une classification où elle se trouve , on aurait pu prévoir qu'elle se manifesterait, dans la classification naturelle des connaissances humaines , dés qu'on aurait complété la liste des sciences en donnant des noms à tous les groupes de vérités qui en sont réellement d'après la nature de nos facultés intellectuelles et celles des objets auxquels nous les appliquons. Et , en effet , il n'en est pas des sciences comme des objets dont s'occupe le physicien ou le naturaliste ; elles ne sont pas, comme ces objets, indépendantes de l'emploi que nous faisons de nos facultés intellectuel'es; nous pouvons découvrir, mais non créer un nouveau corp«i simple, un nouvel animal, tandis que l'homme, en étudiant avec plus de soin des objets dont il n'avait auparavant qu'une connais ancc très imparfaite, peut créer une nouvelle science» celte science , si elle ne rentre pas dans une des divisions et sub"

divisions déjà établies , viendra remplit une lacune qu'aurait laissée une classification encore incomplète. C'est à l'analogie à indiquer cette lacune; et lors même que la science qui doit la remplir ne serait qu'ébauchée , il convient de lui assigner un nom qui puisse fixer sur elle les regards des hommes capables de lui donner tous les développemens dont elle est susceptible. Or, en suivant ce procédé , comme il me semble que j'ai eu raison de le faire , on est conduit à établir, pour les branches de nos connaissances que l'on n'a point encore assez cultivées , de nouvelles sciences, qui, précisément parce qu'elles sont déduites de l'analogie, amènent cette sorte de symétrie dont on a cru devoir me faire un reproche. Je suis bien éloigné , sans doute, de la présenter comme un motif d'adopter ma classification ; en montrant comment elle résulte de la nature même de nos facultés intellectuelles, je n'ai voulu que prévenir une objection.

ExpLicA.TiOK des tableaux synoptiques des sciences et des aHs , places à la fin de cette première partie.

Après avoir passé en revue successivement toutes les sciences cosmologiques j après avoir posé leurs limiles respeciivcs , montré leurs rapports , leurs liaisons, et la place qu'elles occupent dans une classification naturelle, il me reste à les réunir dans un tableau général. Afin qu'il ne soit pas incomplet, j'y comprendrai les sciences noologiques dont je dois in'occuper dans la seconde partie de cet ouvrage. Par là, le lecteur pourra embrasser, d'un seul coup d'œil, l'ensemble de ma classification. D'ailleurs, après avoir lu ce qui précède , et quelques développemeus qu'il m'a paru nécessaire d'ajouter ici , je pense qu'il lui sera facile de se faire une idée assez nette des principes sur lesquels elle repose, pour comprendre ce qui , dans ce tableau , se rapporte aux sciences noologiques, en attendant que je développe les raisons d'après lesquelles j'ai établi le nombre de ces sciences, les caractères qui les distinguent, la place que chacune d'elles occupe dans l'ensemble des connaissances humaines, elcboisi les noms les plus convenables pour désigner celles d(^s sciences du second règne qui n'en avaient pas encore.

Au lieu de présenter cet ensemble dans un tableau miique, comme il élait si aisé de le faire, j'ai cru dcvoii

le partager en trois tableaux particuliers , afin d'offrir à l'esprit du lecteur, des points de repos qui lui donnent plus de facilité pour juger si je suis parvenu à la disposition la plus naturelle des vérités et des groupes de vérités dont se composent toutes nos connaissances. Par là , j'appellerai séparément son attention , d'abord, sur les grandes divisions, objet du premier tableau : les règnes, les sous-règnes et les embranchemens 5 ensuite , sur la subdivision des embranchemens eu sousembrancbemens , et en sciences du premier ordre, exposés dans le second tableau ^ et enfin sur celle des sciences du premier ordre en sciences du second et du troisième, qu'offre le dernier tableau.

En effet , bien que ce soit également de la distinction des différens points de vue principaux ou subordonnés (1), sous lesquels tout objet peut être considéré d'après la nature même de notre intelligence , qu'on puisse déduire les divisions et subdivisions que présente chaque tableau , cependant la grande extension des premières divisions, et le peu d'étendue des dernières subdivisions , mettent tant de différence entre les motifs qni militent en faveur de leur admission , et les difficultés qu'on peut éprouver à les adopter, qu'il arrivera peut-être que plusieurs lecteurs , tout en donnant leur assentiment à mes deux

(i) Voyez ce que j'ai dit de ces deux sortes de points de vue , préface, pages vij et suivantes.

premiers tableaux , pourraient être portés à ne pas le donner au troisième, ou que même il n'y en aurait qu'un seul des trois qu'ils crussent devoir admettre. C'est pourquoi je désire moi-même que 1 on discute séparément chaque tableau, sous le triple rapport des analogies qui existent réellement entre les diverses branches de nos connaissances, des lignes de démarcation qui les séparent de la manière la plus naturelle, et de l'ordre suivant lequel elles doivent se succéder.

Dans le premier, se trouve d'abord la division de toutes nos connaissances en deux règnes. La distinction quej'ai établie entre ces deux règnes est trop conforme à la manière dont on considère généralement les sciences où l'on s'occupe du monde matériel, comme toutes ditTérenies des sciences philosophiques, historiques et politiques, pour que je puisse craindre, à cet égard, des objections sérieuses.

Quant à la subdivision de l'ensemble de nos connaissances en quatre sous-règnes, je crois devoir entrer dans quelques détails qui me paraissent propres à l'éclaircir et à la justifier. D'abord elle répond aux quatre grandes carrières qui s'ouvrent devant ceux que leur éducation et leurs talens appellent à jouer un rôle dans la société : celle des sciences mathématiques et physiques et des arts industriels , que tracent à ceux qui s'y destinent l'école polytechnique, les écoles d'application auxquelles elle conduit . et les écoles

iDdustrielles , celle des sciences naturelles et médicales, objets de l'enseignement donné au Jardin des plantes , dans les écoles de médecine , les institutions agricoles , et les écoles vétérinaires -, la carrière de la philosophie, des lettres et des arts libéraux, pour laquelle, outre renseignement ordinaire qui y est presque exclusivement consacré, on a aussi établi des écoles spéciales ^ enfin , celle des sciences historiques, de la jurisprudence , de l'art militaire et de la polique , carrière ouverte surtout à ceux qui sont appelés à défendre ou à gouverner les hommes.

Celte division correspond encore aux quatre principaux buts d'utilité que le genre humain peut retirer de l'étude des sciences. Sans doute, c'est l'amour de la vérité pour elle-même , qui seul a presque toujours guidé les grands hommes qui les ont créées, et ceux dont les longs travaux les ont amenées au point de perfection qu'elles ont atteint aujourd'hui ; mais s'il faut reconnaître dans l'homme cette noble avidité de savoir dépouillée de toute vue d'utilité, ce n'est pas une raison pour ne pas considérer les sciences sous le point de vue des avantages qu'elles nous procurent. Sous ce point de vue , celles qui sont comprises dans chaque sous-règne , semblent toutes tendre à un même but, qui n'est atteint complètement que dans la dernière^ avec cette différence, néanmoins, entre les sciences cosmoiogiques et les sciences noologiques , que , dans les premières , le but est atteint

en grande partie dès rantépénullième , et que, dans les secondes, ce n'est qu'à la dernière qu'il appartient de s'en occuper directement.

En rappelant les noms des écoles que suivent ceux qui se consacrent à l'étude des sciences du premier sous-règne, j'ai suffisamment indiqué le but général de ces sciences , atteint en partie dans la technologie, et complètement dans l'oryctotechnie. De même, toutes les sciences du second sous-règne tendent à la conservation de la vie, ou au rétablissement de la santé des hommes , dont s'occupent spécialement l'hygiène et la médecine pratique 5 la première chose , en effet, pour la conservation de la vie, c'est la nourriture et le vêlement , et l'on peut dire que l'agriculture n'enseigne à cultiver la terre , la zootechnie à se procurer les substances animales nécessaires à nos besoins , que pour nous procurer l'une et l'autre.

Qui ne voit encore que toutes les sciences du troisième sous-règne se rapportent au grand objet dont s'occupe spécialement la pédagogique, qui est de rendre les hommes meilleurs et plus heureux^ ]N~'est-il pas évident, enfin, que le but final des sciences dont se compose le dernier sous-règne , est le gouvernement et l'amélioration des nations ; et c'est précisément ce but que la politique se propose, et qu'elle atteint, à l'aide des moyens que lui fournissent les sciences qui la précèdent dans le même sous-règne.

Quant à l;j distinction des huit embranchemens

entre lesquels j'ai distribué toutes les connaissances humaines, les noms par lesquels je les ai désignés, déjà presque tous consacrés par Tusage, attestent assez que celte division est conforme à la manière dont on considère généralement les sciences , il est vrai que l'ordre que j'ai adopté diffère, à beaucoup d'égards , des divers arrangemens proposés pour les sciences par la plupart des auteurs de classifications artificielles dont j'ai parlé au commencement de cet ouvrage. Mais celui que j'ai suivi n'est pas, comme dans ces classifications , fondé sur des idées préconçues , et des principes choisis plus ou moins arbitrairement pour y tout rapporter 5 il l'est sur la nécessité de placer les premières les sciences qui n'ayant besoin que des idées les plus simples ou les plus familières à tous les hommes , sont indispensables pour qu'on puisse étudier complètement les sciences suivantes. Dans cet ordre, les idées que suppose chaque science, se compliquent de plus en plus à mesure qu'on avance dans la série. On ue s'occupe d'abord que des rapports de grandeur et de position des corps , puis des mouvemens et des forces; on y joint ensuite la considération de toutes les propriétés inorganiques. Ces rapports et ces propriétés se retrouvent dans les êtres vivans, qui nous présentent, en outre, cet ensemble de nouvelles propriétés résultant du grand phénomène de la vie. C'est à toutes ces idées que viennent se joindre alors nos connaissances sur les

agens et les diverses circonstances qui peuvent modifier les phénomènes vitaux. Mais F homme n'est pas seulement un corps organisé, dont la santé est susceptible d'altérations qui peuvent être prévenues ou guéries par divers agens , diverses circonstances. Son intelligence, ses seniimens, ses passions, etc., dont l'étude suppose celle de ses organes et du monde qu'il habile , sont l'objet des sciences philosophiques , qui ne doivent, par conséquent, venir dans l'ordre naturel qu'après celles dont je viens de parler. Toutes les idées qu'on a à considérer dans les sciences philosophiques , se retrouvent dans l'embranchement suivant, jointes aux nouvelles idées que nous acquérons en étudiant les divers moyens par lesquels l'homme communique à ses semblables tout ce qui est dans sa pensée. C'est par ces moyens que les hommes peuvent se réunir en société 5 et il est évident que les sciences sociales , soit qu'elles étudient les sociétés humaines seulement pour les connaître, soit qu'elles aient pour but de les conserver , de les régir ou de les améliorer, ne peuvent être placées dans une classification naturelle qu'après toutes les autres sciences.

Dans le second tableau , on aura à discuter si la division de chaque embranchement en deux sous-embranchemens est la plus naturelle, et si les deux sciences du premier ordre , comprises dans chacun des sous-embranchemens, sont réellement celles qui se rapprochent par des analogies plus intimes et plus

multipliées. A l'égard des sciences du premier règne, où cette distribution ne me présenta aucune difficulté, je ne vois pas trop à quelles objections elle pourrait donner lieu. On a toujours distingué les sciences mathématiques proprement dites , des sciences physicomathématiques , quelle que soit l'analogie qu'elles présentent, soit relativement à la nature des principes dont elles par»ent, soit à celle des calculs par lesquels on en développe toutes les conséquences. La distinction entre les sciences physiques et les sciences géologiques , telle que je l'ai établie (pag. 97 et 98) , me paraît aussi de nature à être adoptée. 11 ne peut également s'élever aucun doute sur la division des sciences naturelles en scient es phvtologiques et zoologiques proprement dites. F.tifiii , il me semble qu'on ne pourra guère se refuser à admettre la distinction des sciences médicales en sciences j)hysicomédicales , qui étudient les différentes causes qui peuvent modifier la vie dans les animaux , et leur emploi pour la conservation de la santé, des sciences médicales proprement dites, qui ont pour objet la guérison des maladies.

Mais, comme je l'ai dit dans la Préface, pag. xv et xvj, de toutes les parties de mon travail, ce qui m'a offert le plus de difficultés, c'est la distribution des sciences du second règne entre les quatre embranchemens de ces sciences , et leur réunion deux à deux en sous-embranchemens. Pour les sciences

philosophiques , la division était toute tracée par celle qu'on fait ordinairement de ces sciences en psychologie , métaphysique et morale , la logique étant évidemment une partie de la psychologie ; et par cette considération , que si , dans les sciences philosophiques proprement dites, on doit distinguer la psychologie, où l'on étudie l'intelligence humaine sous le point de vue subjectif, de la métaphysique , où l'on examine la réalité objectwe de nos connaissances, on doit, par la même raison, séparer, dans les sciences morales, l'éthique, composée d'observations 5fi^yectives sur les mœurs , les caractères , les passions des hommes , de la ihélésiologie , où l'on remonte aux fondemens objectifs des vérités morales. Le rapprochement de la glossologie et de la littérature ne soulèvera, si je ue me trompe, aucune objection. L'on ne doit pas non plus être surpris que dans l'autre sous-embranchement des sciences où l'on étudie tous les moyens par lesquels l'homme peut communiquer à ses semblables des idées, des sentimens , des passions, etc., j'aie placé la pédagogique , qui fait évidemment partie de ces sciences , et que je l'y aie réunie aux arts libéraux. L'art de l'éducation n'est-il pas, en effet, le premier de ces arts.'^ L'instituteur ne se propose-t-il pas de faire un homme vertueux et éclairé, comme le peintre un (jon tableau et le sculpteur une belle statue?

Dans les sciences ethnologiques, où l'on étudie

successivement les lieux qu'habitent les nations, et les races d'où elles tirent leur origine , les monumens qu'ont laissés les peuples qui nous ont précëde's , l'histoire de leurs progrès et de leur décadence, et les religions qu'ils professent , l'ordre des quatre sciences du premier ordre correspondantes à ces quatre objets S])éciaux , et leur réunion deux à deux en sous-embranchemens ne paraissent pas d'abord aussi neltement déterminés; mais, dans les deux premières, on considère ce que l'on pourrait appeler le matériel des nations, indépendamment des passions, des croyances qui les font mouvoir, et dont les efïets sont étudiés dans l'histoire et l'hiérologie. Cette considération me parait suffisante pour justifier la réunion que j'ai faite des deux premières, dans l'embranchement des sciences ethnologiques proprement dites, et les deux dernières dans celles des sciences historiques. Il était d'ailleurs nécessaire que ces quatre sciences fussent coordonnées entre elles , de manière que l'archéologie précédât l'histoire à laquelle elle fournit ses plus solides fondemens.

La nomologie et l'art militaire ont pour objet les deux grands moyens par lesquels les gouvernemens se soutiennent, font régner la justice, maintiennent la paix au dedans, et fout respecter l'indépendance nationale au dehors. Cette considération suffit pour motiver leur rapprochement. C'est ensuite à la politique à déterminer, dans chaque cas, l'emploi qu'il

PRBMIBIIB PARTIS. 17

convient de faire de ces moyens 5 mais elle ne pcnl se passer pour cela des connaissances que doit lui fournir Tëconomie sociale*, il est donc nécessaire que celle-ci la précède immédiatement, et forme avec elle le dernier sous-embranchement de toute ma classification des connaissances humaines. Si ces motifs paraissent suffisans au lecteur pour la lui faire adopter, la détermination quej'ai faite du nombre des sciences du premier ordre dont se compose mon second règne, et de l'ordre dans lequel je les ai rangées, se trouvera en même temps justifiée.

Venons au troisième tableau. Ici, on aura à examiner non seulement si la division que j ai faite de chaque science du premier ordre, en deux sciences du second, et en quatre du troisième, est naturelle, mais encore si ces divisions sont toutes assez importantes pour devoir être signalées, et si lorsqu'on se propose d'écrire un traité complet , ou de faire un cours sur une science du premier ordre, ou même du second , les divisions que j'ai adoptées sont, en général , celles qui sont les plus convenables pour la distribution des différentes parties de ce traité ou de ce cours.

Et d'abord, la plupart des sciences du premier ordre se composent de deux sortes de vérités , les unes plus simj.les, plus faciles à comprendre, et qui sont, pour ainsi dire, à la portée de tous les esprits; les autres, plus difficiles, exigent une étude plus approfon-

die; dans ce cas , c'est de la réunion des premières que j ai formé une première science du second ordre, et j'ai réservé les dernières pour en composer la seconde science du même ordre.

Alors, pour les sciences du premier ordre, dont l'enseignement est partagé entre des établissemens de deux degrés difTéreus , on ne devrait , en général , enseigner dans le premier , que ce qui appartient à la première science du second ordre , et réserver pour l'établissement supérieur ce qui est compris dans la seconde.

C'est, au reste, ce qui s'est , en général, fait comme de soi-même toutes les fois que ces deux sortes d'établîssemens existent, si ce n'est lorsque la crainte que les cours supérieurs ne fussent suivis que par un petit nombre de ceux qui avaient reçu l'enseignement du premier, a fait franchir les limites naturelles des deux établissemens, et enseigner dans le premier des choses qui auraient dû être réservées à rétablissement supérieur.

Dans les sciences dont se composent les derniers erabranchcmens de chaque règne , ce n'est plus pour la même raison que la première science du second ordre, comprise dans une science du premier, se distingue de la seconde. On ne peut plus dire alors qu'elle est plus élémentaire , ainsi que je Tai remarqué, page 187^ mais la ligne de démarcation entre ces deux sciences n'en est alors que plus

tranchée, tt Tordre dans lequel elles doivent être rangées, que plus complètement déterminé. Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur les tableaux dont npU9 parlons, pour voir que les deux sciences du second ordre , dont se composent les ditVérenies sciences du premier, comprises dans ces deux embranchemens , se rapportent à des objets réellement ditférens , et que Tordre où elles doivent se succéder est fondé sur ce que la première peut toujours être étudiée indépendamment de la seconde, et sur ce que, quand il s'agit de Thygiène , de la nosologie, de la médecine pratique, de la nomologie, de Tart militaire et de la politique (i), la seconde suppose nécessairement la

(i) J'ai suffisamment expliqué dans cet ouvrage quels sont Ie« objets qu'étudient les deux sciences du second orJre , comprises dans l'hygiène , la nosologie et la médecine pratique , quoique je ne dusse faire connaître que dans la seconde partie les objets des deux sciences du second ordre, dont se composent la liomo'ogic, l'art militaire et la politique; je crois nécessaire, pour faciliter l'intelligence de ce que je viens de dire , d'avertir dés à présent que la nomologie proprement dite ne s'occupe que des lois qui ont existé ou existent encore et de leur interprétation, coniiaias^nces qui, du moins pour celles du pays qu'on habite, sont indispensables à ceux qui en font ou en réclament l'application , taudis que la législation ayant pour oV»jot de déterminer quelles sont les meilleures lois possibles , relativement à l'état où se trouve chaque peuple, soit d'après les données de i'eipérieiicc , soit d'après les principes éternels du juste et du vrai , constitue une science nécessairement réservée à ceux qui ont le loiair et la capacité nécpsfairrs pour approfondir de<«i haute" question»: que

connaissance de la première. A l'égard de Tordre dans lequel doivent être rangées les deux sciences du troisième ordre dont se composent la physique médicale et l'économie sociale, où le premier de ces deux caractères est moins marqué, le second suffit pour déterminer cet ordre. Il est aisé de voir en effet que les moyens dont s'occupe la physique médicale proprement dite, tiennent à l'action de causes qui , n'agissant pas habituellement sur l'organisation, sont suivies plus ou moins immédiatomeni d'effets qu il est toujours facile de leur rapporter -, tandis que les moyens que considère la biotologie faisant partie de la vie habituelle , on ne peut en apprécier les effets que par une suite d'observations comparées, et des recherches aussi longues que difficiles -, et pour la seconde, de ce que la chrématologie ne s'occupe que des faits et de leurs causes immédiates, tandis que

par l'hoplismatique , j'entends Tétude de tout ce qui est relatif aux armes anciennes et modernes , aux fortifications , vaisseaux de guerre , etc., et aux exercices militaires , préparatifs indispensables avant d'entrer en campagne, que tout officier doit connaître, tandis que l'art militaire proprement dit , c'est la science du général ; enfin que ce que j'appelle synciménique est la co -naissance de toutes les relations, de tous les traités qui existent entre les nations, et de l'interprétation de ces derniers, connaissances nécessaires à tous ceux qui s'occupent des rapports des gouvernemcns eutre eux , depuis l'ambassadeur jusqu'au consul , au lieu que la politique proprement dite est l'art même de gouverner et de choisir dans chaque cas et ce qu'on peut et (c qu'on doit faire^ çpience des hommes d'État=

récouomie sociale proprement dite étudie , à l'aide de considérations d'un ordre bien supérieur , les effets qui résultent de la manière dont les richesses sont distribuées et toutes les autres causes qui peuvent influer sur le bonheur et la prospérité des nations.

Nous arrivons enfin aux sciences du troisième ordre. Ici, je n'ai plus à craindre qu'une seule objection. On pourra penser que plusieurs de celles que j'ai admises n'avaient pas assez d'importance pour être signalées j on ne verra peut-êire pas, pour quelques unes de ces sciences, les avantages qui résultent de leur distinction. Voici ce que je crois devoir répondre à celte difficulté : Pour la plupart des sciences du second ordre, leur division en deux du troisième, telle que je l'ai établie, existait déjà et se trouvait consacrée par les mots qui les désignent 5 pour d'autres, quoiqu'elles n'eussent pas encore reçu de nom, leur existence n'était pas moins réelle, ni leur distinction moins marquée , ainsi que je l'ai fait voir quand je me suis occupé de leur classification, et j'ai attaché une grande importance à les signaler à leur rang. En effet, selon les besoins des lecteurs auxquels s'adresse un traite d'une science, on peut vouloir se borner à une seule des sciences du troisième ordre, ou réunir les deux qui en composent une du second, soit en les confondant comme lorsque, dans un traité de zoologie éàémenlairc, ou place l'analomie de cha«

que animal à la suite de sa zoographie, soit en les traitant successivement dans deux parties séparées , comme si Ton faisait un traité de zoologie élémentaire sur le plan que j'indiquerai tout à l'heure. Or, il faut bien que par le titre de son ouvrage l'auteur puisse indiquer clairement non seulement quels sont les objets dont il va traiter, mais encore sous quels points de vue il se propose de les considérer 5 c'est à la classification générale des connaissances humaines à lui fournir dans ce but des noms pour désigner tant la science du second ordre que les deux sciences du troisième ordre dont elle se compose. C'est la raison que j'opposai à l'opinion d un des hommes que ses travaux ont placé au premier rang dans les sciences naturelles , et qui m'objectait que la phyto;;raphie et l'anatomie végétale ne devaient être considérées que comme une seule et même science ; qu'il en élaii de même de la zoographie et de Tanalomie animale. Je lui fis remarquer que les sciences résultant de ces réunions existaient en effet dans ma classification , sous les noms de botanique élémentaire, zoologie élémentaire^ mais qu'il ne m'en paraissait pas moins utile, après avoir signalé ces deux sciences, de les subdiviser chacune en deux autres, dont la première contînt la description de tout ce qui peut être observé immédiatement dans les êtres vivans dont on s'occupe, et la seconde de tout ce qui est relatif à leur organisation intérieure^ que celte

distinction était nécessaire, d'abord parce qu'il y aura toujours des personnes qui se borneront à la première étude 5 en second lieu, parce que je pense, contre une opinion peut-être trop généralement admise aujourd'hui, que même dans un ouvrage élémentaire où les deux éludes sont réunies, elles doivent y être traitées séparément, dans l'ordre où jeles ai présentées.

On conçoit en effet qu'avec peu de temps à donner à l'élude des végétaux et des animaux, on sepropose seulement de connaître l'extérieur des plantes, les lieux où onpeutles trouver, les époques où elles fleurissent, où elles fructifient, etc. *, c'cst-à-dire^tout ce que je comprends dans la phytographie 5 que de même on se plaise à lire l'histoire des animaux comme l'avait conçue Buflfon, à connaître leurs caractères extérieurs, et tous les détails si intéressans de leurs moeurs, de l'industrie merveilleuse que développent certains mammifères, certains oiseaux , de l'admirable instinct de lant d'insectes, etc. j à savoir quelles espèces on peut trouver dans le pays qu'on habile, les saisons auxquelles on peut les observer, etc., et que les mêmes personnes n'aient aucune raison pour consacrer à la connaissance des détails anatomiques le temps qu'elle exigerait. D'un autre côté, ne serait-il pas préférable qu'un traité élémentaire de botanique ou de zoologie, au lieu d'offrir d'abord aux commen- ^.ans ces détails trop souvent ininielligibles pour eux,

fut divisé en deux parties 5 la première consacrée à la phytograpliie ou à la zoographie, offrant l'histoire des végétaux ou des animaux dans l'ordre où ilss'enchaioent naturellement, sans qu*on y annonçât d'avance aucun principe de classification, et faisant naître successivement les notions de genres, de familles, d'ordres, de classes et d'embranchemeas , à mesure qu'on aurait décrit les espèces dont ces groupes sont composés, conformément à la marche analjtiqueqne j'ai suivie dans cet ouvrage, en classant les sciences. Ce n'est qu'à la fin de cette première partie, et sous forme de résumé, qu'on devrait donner une idée des divisions et subdivisions de la classification naturelle des végétaux et des animaux, non seulement sans en discuter les motifs , qui ne peuvent l'être que quand on traite de la phytonomie ou de la zoonomie ; mais même en se bornant aux caractères extérieurs qui distinguent ces divisions et subdivisions. Ce n'est que dans une seconde partie, qu'en suivant la marche synthétique et partant de l'anatomie de l'espèce qu'on aurait prise pour type, on ferait connaître, dans l'ordre naturel, les changemens successifs qu'é" prouve ce type , en parcourant , dans cet ordre, les mêmes divisions et subdivisions dont on aurait déjà pris une idée à la fin de la première partie , et qu'il s'agirait alors de caractériser complètement.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il faudrait, suivant moi, que cette division en deux parties correspoD"

dantes aux deux sciences du troisième ordre comprises dans une même science du second, fût généralement adoptée dans les ouvragt^s élémentaires , où sont exposées les diverses sciences du second ordre que j'ai placées au premier rang dans chaque science du premier^ qu'un irp.iléd'arilhmologie élémentaire fût divisé en ariihmographie et analyse mathématique j qu'un traité de géométrie élémentaire le fût en deux parties, dont Tune contiendrait la géométrie synthétique, et l'autre l'application de l'algèbre à la géométrie, comme Newton l'a donnée dans son arithmétique universelle, en finissant par la manière de représenter les lignes par des équations, et la discussion de celles des deux premiers degrés, préliminaire indispensable pour passer à 1 étude de la théorie des courbes, naturellement réservée aux établissemens supérieurs. Un ouvrage où l'on traiterait d'abord de la cinématique, et ensuite de la statique, contiendrait toute la paitie élémentaire de la mécanique, et en commençant par la première, prcsenicrail non seulement les avantages dont j'ai parlé pages 62 et 53, mais encore familiariserait l'esprit des commençans avec l'idée des ellets résultant des mouvemens relatifs, sans laquelle ils ne peuvent comprendre ce qu'enseigne l'uranologie élémentaire relativement aux phénomènes célestes, surtout dans la seconde partie de celte science où l'on s'occupe des mouvemens réels.

Il est inutile que j'entre ici dans de plus amples développemens sur ce sujet j que je dise qu'un traité de physique générale élémentaire, destiné à l'enseignement, doit contenir d'abord la physique expérimentale, et ensuite la chimie, tandis que dans un ouvrage complet sur la même science, fait pour être consulté au besoin par ceux qui en font l'objet de leurs travaux, il pourrait entrer dans le plan de l'auteur de confondre les deux sciences du troisième ordre dont elle se compose, en réunissant à l'article de chaque corps l'exposition de ses propriétés physiques, de sa forme primitive, quand il est susceptible de cristalliser , du nombre et de la proportion de ses élémens, etc. Dans un tel ouvrage, par exemple, les propriétés électriques de la tourmaline, que personne ne peut songer à ne pas comprendre dans la physique expérimentale, seraient réunies à la détermination de la manière dont elle cristallise et de sa composition chimique. Un ouvrage fait sur ce plan n'appartiendrait ni à la physi(jue expérimentale, ni à la chimie, mais bien à la science du second ordre que'j'ai nommée physique générale élémentaire. Ne serait-ce pas parce qu'on semait le besoin d'avoir un mot pour désigner l'ensemble de celte science, qu'on a récemment imaginé, contre i'éiymologie et l'usage universellement adopté jusqu'alors, de donner au moi chimie une telle extension qu'on y comprît tout ce qui est du ressort de la physique générale élémen-

taire, ainsi que je l'ai remarqué, pages 3o6 el 20n ?

Il me reste maintenant à expliquer ce que j'ai cru devoir ajouter aux tableaux partiels répandus dans tout cet ouvrage, lorsque je les ai réunis en un la« bleau général, pour rendre ce dernier plus utile, et en faciliter l'intelligence.

D'abord, j'ai cru devoir assigner à tous les groupes de vérités qui y sont énumérés et dénommés, des signes consistant dans une lettre, dans un nombre, ou dans la réunion, soit d'une lettre avec un nombre, soit de deux lettres, de manière à ce que ces signes fussent de même nature ou de nature différente, suivant que les groupes correspondans étaient de même ordre ou d'ordres difiérens, et à ce qu'ils indiquassent en même temps la place qu'occupe chaque groupe, tant dans la classification de toutes nos connaissances, que dans les groupes plus étendus où ils se trouvent compris. Voici comment je m'y suis pris pour atteindre ce but.

J'ai désigné les quatre sous-règnes par les quatre premières majuscules A, B, C, D, les huit embranchemens par les chiffres romains de I à VIII, et les sous-embranchemens par les seize premières lettres de l'alphabet romain. Jusque-là, l'esprit est assez familiarisé avec le numéro d'ordre de chaque lettre dans l'alphabet, pour qu'on voie sur-le-champ que, par exemple, l'embranchement VI est le second des deux embrancViemens du sous-règne C, et que le

sous-embranchement 1 est le premier des deux sousembranchemens compris dans l'embranchement VI, et le troisième des sous-embranchemens compris dans le sous-règne C. Mais si j'avais continué à n'employer ainsi qu'un seul signe pour désigner les sciences des ditlérens ordres, il serait devenu à peu près impossible, vu la multiplicité des divisions, de reconnaître facilement les rapports semblables qui exîstent entre des groupes d'un ordre inférieur, soit les uns à l'égard des autres, soit relativement aux groupes plus étendus dans lesquels ils sont compris. C'est ce qui m'a déterminé à attribuer à chaque science des signes formés par la réunion d'une des quatre lettres A, B, C, D, de l'alphabet majuscule, avec un nombre ou une lettre italique. Cette notation m'a été suggérée par la distinction essentielle, expliquée pages 128, 129, qui se trouve entre les sous-règnes, et qui est si naturelle et si frappante, qu'une fois qu'elle a été saisie, elle ne peut plus sortir de la mémoire. Alors, je n'ai plus eu qu'à marquer la place de chaque science du premier ou du second ordre dans le sous-règne auquel elle appartient, de la même manière que j'avais exprimé la place que chaque embranchement ou chaque sousembranchement occupe dans l'ensemble de nos connaissances, avec cette seule différence de me servir de chiffres arabes au lieu de chiffres romains, et de lettres italiques au lieu de lettres romaines ; en sorte

nue le chiffre \ désignant le cinquième embranchement de cet ensemble, et la lettre h le huitième sousembranchement, B 5 indiquât la cinquième science du premier ordre du second sous-règne, et B h, la huitième science du second ordre du même sousrègne.

Restait à trouver, pour les sciences du troisième ordre, une notation qui fit connaître à la fois, et le SOUS' règne, et la science du premier ordre dont elle faisait partie. Pour cela, je remarquai que, puisqu'il ne se trouvait jamais plus de huit sciences du premier ordre dans un même sous-règne, les nombres qu'il fallait joindre aux lettres A, B, C, D, pour désigner ces sciences, n'ciaient jamais formés que d'un seul chiffre^ et je pensai qu'on aurait une notation commode pour exprimer les sciences du troisième ordre, en écrivant, à la suite des mêmes lettres, non plus un nombre d'un seul chiffre, mais un nombre qui en contiendrait deux , celui des dizaines marquant le rang qu'occupe la science du premier ordre, à laquelle appartient celle du troisième qu'il s'agit de désigner, dans le sous-règne qui les comprend toutes deux, et le chiffre des uniiés, le rang de la science du troisième ordre dans celle du premier; en sorte que C 52 exprimât, par exemple, la seconde des quatre sciences du troisième ordre comprises dans la cinquième science du premier appartenant au troisième sous-règne. Quant à la division de toutes nos

connaisances en deux règnes , pour laquelle il est moins important d'avoir des signes caractéristiques , j'ai pensé que je pouvais me borner à indiquer le premier par un astérisque*, et le second par deux**.

Indépendamment de ces signes, j'ai ajouté à mon tableau des vers latins par lesquels, conformément i un vieil usage , trop abandonné peut-être aujourd'hui, j'ai cherché à exprimer et à graver ainsi plus facilement dans la mémoire, les objets auxquels se rapportent les vérités comprises dans chacune des divisions de ma classification. Pour marquer la correspondance de ces vers avec les sciences auxquelles ils se rapportent , j'ai fait usage des signes dont je viens de parler.

Les vers compris sous le titre de Proœmium expliquent le premier tableau, vis-à-vis duquel ils se trouvent placés. Le premier de chaque colonne indique la division de toutes les connaissances humaines eu sciences cosmologiques, ut mundum noscas, et en sciences noologiques, ad mentem referas, et la subdivision dechaque règne en deux sous-règnes: c'esld'un côté, moles ^ et vita » notandcBj les sciences cosmologiques proprement dites, et les sciences physiologiques -, de l'autre, quœ menti ^ aut gentibus ** insunt, les sciences noologiques proprement dites et les sciences sociales. Les vers suivans exposent la division de chaque sous-règne en deux embranchemens.

Mensura et motus', voilà les mailiématiques j mox corpora**, les sciences physiques, etc.

Dans \es prolegomena, ']Ri exposé la subdivision des huit embrancliemens, chacun en quatre sciences du premier ordre, telle qu'on la voit dans le deuxième tableau ^ le lecteur reconnaîtra aisément Tariilimologie, la géométrie, la mécanique et Turanologie, dans le vers,

Jam numéros ', spatium », vires ' et aidera 4 noris :

et ainsi des autres.

Vient enfin le sjyiopsis, que j'ai ainsi nommé, parce qu'il offre , sous un même coup d'œil, les dernières divisions de ma classification. Il explique le troisième tableau. Les vers dont il est composé expriment la division de chaque science du premier ordre en sciences du troisième. Ici, les lettres A, B, C, D, rappellent toujours les sous-règnes des deux précédens tableaux, et le chiffre unique qui est en avant des vers, les diverses sciences du premier ordre, comme on les a vues dans le deuxième tableau. Mais il faut remarquer l'artifice des nombres placés comme des exposans à la suite de chaque développement, et toujours composés de deux cliiffres. Le premier de ces deux chitlrc's, celui des dizaines, apprend à quelle science du premier ordre appartient la science da troisième qui se trouve développée dans la phrase ou

partie de phrase qui l'accompagne-, ainsi, par exem^ pie, dans le quinzième vers de la deuxième colonne :

5 Jam Terbonim usas ^ , etc.,

le chiffre 5 annonce qu'il s'agit de la cinquième science du premier ordre du sous-règne C^ c'est-àdire, de la glossologie, et le chiffre i désigne la première science du troisième ordre de cette science du premier 5 c'est donc la lexiographie qui est développée dans le commencement du vers, comme lalexiognosie dans la fin du même vers qu'accompagne le nombre 52 :

Et Terbis quse sit origo ^*, etc.

Ces vers offrent encore un moyen facile de trouver la place qu'occupe dans ma classification une quelconque des sciences qu'elle renferme, et de reconnaître, tout en faisant cette recherche , quelles sont les divisions d'ordre supérieur dont elle fait partie. Soit, par exemple, la Critique littéraire : on se demande d'abord si elle appartient aux sciences relatives ad MUNDUM, ou ad MENTEM ^ OU volt asscz quc c'est aux dernières, et alors comme le mot mentem porte le signe **, on va au tableau, où l'on voit qu'il désigne le règne des sciences noologiques. On lit ensuite le premier vers de la seconde colonne du proœmium :

Ad MB>TBM ** referas quae menti ^ aut genlibus » insunt j qui indique le partage de ces sciences en deux sousrègnes. Comme la Critique littéraire n'a rien de com-

PBIlilBHI PARTIS. 18

mu

mun avec les sciences concernant les nations, on voit qu'elle se rapporte au sous-règne C ; le premier tableau apprend que c'est celui des sciences noologiques proprement dites -, et la lettre C renvoie au vers suivant :

c. Nempcanimum t disces, animi quae flectcre sensns Ars queal ^' (l).

La Criiique littéraire ayant pour objet un des moyens par lesquels les hommes se transmettent leurs idées, leurs senlimens, leurs passions, etc., elle appartiendra à l'embrancliement VI, désigné par ces mots :

animi quse flectere sensus ti

Aris queat...

Le même tableau montre que cet embranchement est celui des sciences dialegmatiques , et le nombre \ I renvoie en même temps au troisième vers de la deuxième colonne des Prolegomena , où on lit le développement de cet embranchement dans ces deux vers :

VI. Tarn voces * et scripla simul % lum noveris arles Ingenuas % et quae paeri sit cura magistro ^.

Entre les quatre sciences du premier ordre qu'ils

(i) J'ai cru devoir, pour mieux exprimer le caractère dc« sciences dialegmatiques, changer ainsi le vers qui se trouve dans rexpUcation de mes tableaux , déjà imprimée en regard de ces tableaux. Ce changement et quelques autres m'ont engagé à placer une nouvelle rédaction de cette explication à côté de l'ancienne.

expriment, on voit que r.'esi à la littérature, désignée par le mot scripla, qu'appartientla Critiquelittéraire; ici, puisque nous sommes dans le sous-règne C, le chiffre 6 nous conduit d'abord dans le deuxième lableau à la littérature, science du premier ordre, doubla Critique littéraire fait partie, et ensuite aux vers suivans du synopsis :

NuDC aima poësis ,

6. Nec minus arridens interdùm sermo pedestris Pectora mulcebunt ^'^ ; scripta explorare libebif^^ ; Et quae dignalegi indignis secernere *^; et arte Noscere quâ sacrum nomen mereare poëtje ^'.

Or, c'est la Critique littéraire qui a pour objet de discerner les ouvrages qui méritent d'être lus de ceux qui en sont indignes ; c'est donc elle qui est désignée par ces mots :

Et quae digna legi indignis secernere '^'^

Le nombre 63, placé à la suite de ces mots, renvoie à la Critique littéraire qui, dans le troisième tableau, est en effet marquée de ce nombre parmi les sciences du sous-règne C.

Un usage bien plus important de ces vers consiste dans l'application du même procédé à un groupe de vérités qui n'a point reçu de nom comme science, ou qui n'est pas marqué dans mon tableau, quoique l'usage lui en ait assigné un , parce qu'il ne constitue qu'une de ces sciences du quatrième ou du cinquième ordre que je n'ai pas comprises dans ma classification. En cherchant, de la manière que je viens d'indiquer.

la place que ce groupe y doit occuper, on est conduit à la science du troisième ordre dans laquelle il doit être rangé. C'est ainsi, par exemple, qu'en opérant à l'égard , soit de la toxicologie, soit de la matière médicale, comme je viens de le faire relativement à la Critique littéraire, on arrive également à la science du troisième ordre que j'ai nommée pharmaceutique, et que j'ai formée de la réunion de ces deux sciences du quatrième.

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