CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, BUT ET PLAN DE L'OUVRAGE
Des classifications en général , de leur utilité , et de ce quon doit entendre par classification des connaissances humaines.
Aussitôt que rhommea acquis un certain nombre de notions sur quelque objet que ce soit, il est porté naturellement à les disposer dans un ordre déterminé, pour les mieux posséder , les retrouver , les communiquer au besoin. Telle est l'origine des classifica» lions , qui non seulement procurent à l'homme les avantages dont nous venons de parler, mais encore contribuent à augmenter la somme de ses counaissan-
rmSMIK&B PAATIl. i
ces relatives à chacun des objets dont il s'occupe, eu l'obligeanià considérer cet objet sous différentes facesL, et eijklui faisant découvrir de nouveaux rapports, qu0;, sans cela , il aurait pu ne pas apercevoir.
Il y a long-temps qu'on, a senti combien une classification géndraîe des sciences et des arts pouvait être utile, et l'on sait quek ont été sur ce sujet les H'avaux des Bacon ,)des d'Alembert et de tant d'autres. Mais ces tentatives rt'ont pas eu le suocèfe désiré, et l'on peut en assigner plusieurs causes. A l'époque de Bacon, il n'existait dans aucune science de classification fondée sur les véritables rapports de leurs objets, ou n'avfLiji pas même encore idéç;de ce qu'on nomme aujourd'hui; une classification naturelle. Comme Bacon l'avait fait lui-même, ceux qui sont venus après lui n'ont cherché à classer que les groupes de vérités auxquels le caprice de l'usage avait donné des noms*,. et ils n'ont pas senti la double nécessité soit de grouper d'abord toutes les vérités d'une manière rationnelle, soit d'imposer des noms noirvcaux à chacun des groupes ainsi formés qui n'ea avaient pas encore reçu. Enfin, on parlaitd'un principe choisi arbitrairement , d'après lequel on supposait qu'elles devaient éire faites. Par exemple, le Système figure des connaissances humaines, qui e.-t à la tf'tte de rEncyrlopédic, a pour principe, comme leluî de Bncofi , dont il est imité, de faire d'abord trois grandes fîi\i:ioiis des sciences , correspondantes
aux trois facultés auxquelles on avait cru , à cette époque , pouvoir réduire toute riutclligence humaine*, la mémoire, lar raison et l'imagination. Pour que le résultat de ce travail put être considéré comme une bonne classification, il faudrait du moins que les sciences les plus disparates ne fussent pas comprises dans une même division, et surtout que celles qui sont réellement rapprochées par de nombreuses analogies, ne se trouvassent pas , partie dans une division , partie dans une autre.
Or, il suffit de jeter les yeux sur ce Système figuré, pour voir, d'une part, l'histoire des minéraux , des végétaux , des animaux , des élémens , à côté de l'histoire civile , sciences entre lesquelles on n'aperçoit aucune analogie réelle, tandis que la minéralogie , la botanique , la zoologie et la chimie , qui se confondent avec les premières ou n'en diffèrent tout au plus que par le point de vue sous lequel les mêmes objets y sont considérés, se trouvent dans une autre des trois grandes divisions ;, réunies à la méiaphvsîque, à la logique, à la morale et aux mathématiques*, pour voir, d'autre part, la zoologie séparée de la botanique, par l'inlerposilion entre ces sciences de l'astronomie ^ de la météorologie et de la cosmologie ,;qui sont à leur tour séparées des sciences physico-mathématiques par cette même zoologie.
Les classifications proposées depuis par divers auteurs ne présentent peut-être pas toujours des ano-
malles aussi singulières. Mais toutes ollVentdes rapprochemens dont il est difficile de deviner le motif, et séparent des sciences dont l'analogie est évidente. Il en est où la confusion est étrange. On trouve, par exemple, dans une classification toute récente, les malliématiques entre la chimie et l'analomie^ et la physique , qui a tant besoin des malliématiques , placée avant celles-ci , à la suite de la zoologie et de la botanique, par lesquelles elle est séparée de la minéralogie et de la géologie , liées à la physique par des rapports si intimes. Enfin , l'astronomie, qui est encore plus étroitement unie avec les maihémaliques, dont elle n'est, pour ainsi dire, qu'une application, se trouve placée à la tète du tableau, comme la science la plus simple de toutes , et la plus saisissable; et voilà ce que l'auteur appelle grouper les sciences en familles naturelles , de manière à passer facile^ ment de Vune à Vautre et à n avoir que peu de redites. Jusqu'à présent il n'y a que les classifications auxquelles on est parvenu en histoire naturelle, après tant de tentatives et d'essais malheureux , qui puissent soutenir un examen un peu sévère ; et ce sont en effet celles qui devaient les premières atteindre un certain degré de perfection , parce que les objets qu'on y considère présentf^nt des caractères déterminés avec précision , et dont le simple énoncé suffit pour définir les divers groupes qu'en forme le naturaliste; au lieu que quand on entreprend de mettre de l'ordre dans
cet immense ensemble de toutes les connaissances humaines, la première difficulté qui se présente, est de savoir ce qu'on doit précisément entendre par une science.
On dislingue ordinairement les arts des sciences. Cette distinction est fondée sur ce que dans les sciences l'homme co^/zrtf^ seulement, et que dans les arts, il connaît et exécute; mais si le physicien connaît les propriétés de l'or, telles que sa fusibilité, sa malléabilité, etc., il faut bien que l'orfèvre , de son côté, connaisse les moyens à employer pour le fondre, le bat- Ire en feuilles, ou le tirer en fil, etc.*, et dans les deux cas , il y a également connaissance. Il n'y a donc réellement , quand il s'agit de classer toutes les vérités accessibles à l'esprit humain , aucune distinction à faire entre les arls et les sciences : les premiers doivent, comme les secondes, entrer dans cette classification^ seulement les arts n'y entrent que relativement à la connaissance des procédés et des moyens qu'ils emploient, abstraction faite de l'exécution pratique qui dépend de la dextérité de l'artiste , et non de l'instruction plus ou moins complète qu'il a acquise , suivant qu'il est plus ou moins sav^ani dans son art.
Sous le rapport de la connaissance , tout art , comme toute science, est un groupe de vérités démontrées par la raison, reconnues par l'observation ou perçues par la conscience, que réunit un caractère commun \ caractère qui consiste soit en ce que ces
vt'iités se rapporU'iu à des olyels do mon c nature, soil en ce que les objets qu'on y étudie y sont considérés sous le mêaie point de vue.
Ainsi , la botanique est séparée de la zoologie ptr la nature des objets auxquels ces deux sciences sont relatives 5 elle est, au contraire, distinguée de l'agriculture, qui se rapporte comme elle aux végétaux, en ce que, dans la botanique, ils sont considérée sous le point de vue de la simple connaissance, et dans l'agriculture, sous celui de leur utilité et des procédés que nous employons pour les multiplier et en retirer les substances dont nous avons besoin.
L'agriculture nous otl're un exemple de ces groupes deyérités relatives aux moyens dont nous nous servons pour atteindre un but déterminé, auxquels on a donné le nom d'art, par opposition aux sciences proprement dites, mais que, pour abréger, je corn* prendrai comme ces dernières, sous le nom général de sciences , puisque ces deux sortes de groupes de vérités font également partie de l'ensemble de nos connaissances.
On peut dire qne dans la classification de toutes les connaissances humaines, le philosophe doitconsidé* ler les vérités individuelles comme le naturaliste cmsi 1ère les diverses espèces de végétaux et d'animaux. Ue même que celui-ci, pour classer les corps organisés, commence par réunir en genres les espèces les plus voisines*, qu'il rapproche ensuite dans
une môme famille les genres qui ont enlre eux le plus d'analogie -, qu'il groupe à leur tour les familles en ordres, les ordres en classes, celles-ci en embranchemens, et les embrancîiemens en règnesj de même le philosophe doit former successivement avec les vérités qu'il veut classer des groupes de différens ordres. Les groupes où se trouveront réunies les vérités qui ont entre elles les rapports les plus intimes, correspondront aux genres du naturaliste, et seront des sciences du dernier ordre. Elles se réuniront en sciences de l'ordre immédiatement précédent, comme les genres se réunissent en familles. De ces nouvelles sciences se formeront des sciences plus étendues qui correspondront aux ordres adoptés en histoire naturelle , et ainsi de suite , jusqu'à ce qu'on arrive à deux grandes divisions de vérités qu'on puisse comparer au règne végétal et.au règne animal.
De même encore que la classification des espèces se compose , i* de la réunion des espèces en genres j 2® de la classification de ces genres j ainsi la classification de toutes les vérités que l'homme peut connaître se composera , i° de la réunion de ces vérités en sciences du dernier ordre , et ■2° de la classification dé ces sciences.
Mais si , comme il arriva à l'égard des végétaux, lorsque Bernard de Jussieu eut formé ses familles naturelles de tous les genres alors connus, on avait déjà, à l'égard des connaissances humaines, réuni les véii-
les dont elles se composent en sciences plus étendues , correspondantes non aux genres , mais aux familles des plantes, il ne resterait plus qu'à classer ces dernières sciences comme le digne héritier du nom et du génie de ce grand botaniste acheva son ouvrage en classant les familles naturelles.
Lorsque plusieurs sciences d'un certain ordre se trouvent ainsi comprises dans une science de Tordre précédent, leur distinction peut provenir de ce que chacune d'elles n'embrasse qu'une partie des objets dont cette dernière étudie l'ensemble, ou bien de ce que ces sciences, en quelque sorte partielles, embrassent également tout cet ensemble, mais que chacune d'elles l'étudié sous un point de vue particulier. En réunissant, par exemple, sous le nom de zoologie toutes les vérités relatives à la connaiisance des animaux, on dira dans le premier cas, que la zoologie comprend lamammalogie, l'ornithologie, l'entomologie , etc. -, et dans le second , qu'elle se compose de la zoographie, à laquelle s'est bornéBufTon^ de l'auatomie animale, objet des travaux de d'Aubenton; de l'anatomie comparée de 1 illustre Cuvier, etc. ^ ces sciences embrassant également tout le règne animal, mail le considérant, la première sous le point dé vue des formes extérieures et des moeurs des animaux , la seconde sous celui de leur organisation intérieure, la troisième sous le point de vue des lois générales de cette organisation, résultant de la comparaison de toutes les modifications qu'elle présente.
Distinction entre les classifications naturelles et les classifications artificielles, — Caractère distinctif des premières , et conditions auxquelles elles doivent satisfaire.
On a distingué deux sortes de classifications : les naturelles et les artificielles. Dans ces dernières, quelques caractères choisis arbitrairement, servent à déterminer la place de chaque objet -, on y fait abstraction des autres, et les objets se trouvent par là même rapprochés ou éloignés souvent de la manière la plus bizarre. Dans les classifications naturelles, au contraire, on emploie concurremment tous les caractères essentiels aux objets dont on s'occupe, en discutant l'importance de chacun d'eux ^ et les résultats de ce travail ne sont adoptés qu'autant que les objets qui présentent le plus d'analogie se trouvent toujours les plus rapprochés , et que les groupes des divers ordres qui en sont formés, se trouvent aussi d'autant plus voisins qu'ils offrent des caractères plus semblables, de manière qu'il y ait toujours une sorte de passage plus ou moins marqué de chaque groupe au groupe qui le suit.
Par cela même que les classifications artificielles reposent sur des caractères dont le choix est arbitraire , on peut en imaginer à volonté. Mais ces différens systèmes qui se succèdent et s'effacent comme
les flols de la mer, loiu de coiilribuer au progrès des sciences , ne servent trop souvent qu'à y porter une confusion fâcheuse. Leur principal inconvénient est de disposer ceux qui les suivent à n'examiner dans les objets que ce qui se rapporte au mode de classification qu'ils ont adopté. C'est ainsi que les disciples de Linné ne tenaient souvent compte, dans leurs descriptions des végétaux et des animaux , que des caractères relatifs au système de leur maître. Au contraire, les classifications naturelles, précisément parce qu'elles emploient tous ceux qu'offrent les objets, exigent qu'on en considère toutes les faces, qu'on en étudie tous les rapports, et conduisent ainsi à la connaissance la plus complète qu'il soit donné à l'homme d'atteindre.
Mais cette nécessité même d'étudier à fond les objets dont on s'occupe, fait qu'à mesure qu'on découvre de nouveaux rapports, il faut modifier les classifications ; modifications qui tendent de plus en plus à les rapprocher de la perfection, à laquelle elles ne pourraient parvenir que si l'homme n'ignorait rien de tout ce qui est relatif aux objets classés. On ne doit donc pas s'étonner de ce que, occupé depuis trois ans d'une classification naturelle des sciences, j'ai fait de nombreux thnngemens à celte classification. Il serait loutà-fail inutile que j'cssavassexle retracer rci tous les motifs qui m'ont déterminé à ces divers changemefts. Ce sera au lecteur à jugerai, en classant toutes lei tn*" o lut div li <■ r
ventes dont se composent' nos connaissances, je suis parvenu à les disposer de manière quechacime d'elles fut la plus rapprochée possible de celles avec lesquelles elle aie plus d'analogie, cl si j'ai satisfait en même temps à d'autres conditions qui sont particulières à la classification naturelle des sciences, etdonl je parlerai tout à Theure. Je me bornerai ici à remarquer combien la marche de celui qui cherche à faire une classification vraiment naturelle , diffère de la marche suivie par l'auteur d'une classification artificielle. Ce derniei', maître des caractères d'après lesquels il l'établit, choisit d'abord ceux des premières divisions , et ensuite ceux d'après lesquels il forme leurs subdivisions successives -, l'autre, au contraire, doit commencer par les dernières subdivisions, composées d'individus moins nombreux, et dont les analogies sont plus frappantes et plus aisées à déterminer. En réunissant celles de ces subdivisions, qui se rapprochent le plus, il établit les divisions de l'ordre précédent , et n'arrive ainsi qu'en dernier lieu aux grandes divisions par lesquelles le premier avait commencé. Ce n'est qu'après ce travail qu'il doit chercher à déterminer les caractères par lesquels il définira chaque groupe, de même que ce ne fut qu'après la distribution en familles naturelles, faite par Bernard de Jussieu, des genres déjà formés par Linné et ses prédécesseurs, qu'on- dut s'occuper de la classification de ces familles , et chercher ^djiDS !•
nombce des cotylédons, dans rinseriion desétamines, dans la présence ou l'absence de la corolle, 1rs caraclères d'après lesquels on devait définir les groupes composant cette classification.
Caractère particulier à la classification naturelle des sciences, — De V ordre général qui doit y être suivi.
D'après ce que nous avons dit plus haut, les deux principaux moyens de caractériser une science et de fixer les limites qui la séparent de toutes les autres, sont, d'une part, la nature des objets qu'on y étudie: de l'autre, le point de vue sous lequel on considère ces objets. Ce n'est qu'en combinant ces deux moyens de définition et de classification , qu'on peut espérer de trouver l'ordre dans lequel elles s'enchaînent le plus naturellement, et les réunir en groupes dediflérens ordres, d'après leurs véritables analogies.
Il semble d'abord que la nature des objets devrait seule être consultée; mais si c'est à ces objets que se rapportent les vérités qu'on a à classer , ces vérités 5ont conçues par l'intelligence humaine : les sciences sont faites par l'homme et pour l'homme, et de là la Decessité d'avoir égard aux divers points de vue dont nous venons de parler. C'est pour cela aussi qu'il y a deux sortes de caractères auxquels on peut reconnaître si une classification générale des connaissances
humaines est vraiment naturelle; tandis qu'il n'y en a qu'une sorte, ceux qui dépendent de la nature des objets, lorsque ce sont les èlres eux-mêmes qu'il s'agit de classer.
Quant à la première sorte de caractère, on reconnaîtra que les sciences sont effectivement classées comme elles doivent l'être, lorsque, excepté dans le cas où la nature même de la science exige une distribution différente, les groupes qu'on aura formés avec les vérités dont elles se composent , correspondront aux groupes qu'on aurait formés avec les objets euxmêmes, s'il n'avait été question que de la classification de ces derniers ; et lorsque l'ordre dans lequel ces groupes sont rangés correspond de même à l'ordre naturel des objets. Mais relativement à la seconde espèce de caractère, il faudra en outre que l'on trouve en général réunies dans un même groupe les sciences dont les mêmes hommes s'occupent ; cette circonstance indiquant entre elles une analogie réelle. Il faudra aussi qu'elles soient disposées dans un ordre tel qu'un homme qui voudrait en parcourir toute la série, les trouve rangées à la suite les unes des autres, de manière qu'en les suivant dans cet ordre, il n'ait jamais besoin, du moins autant que cela est possible, d'avoir recours, pour l'étude d'une science, à d'autres connaissances qu'à celles qu'il aurait acquises en étudiant les sciences précédentes. Satisfaire à cette condition c'est faire à l'égard des sciences ce que M. de
Jussieu a fait à l'égard des végétaux, en en commençaat, Tordre naturel par ceux dont Torganisaiion est la plus simple, et en l'élevant graduellement à ceux dont rorganisalion devient de plus en plus compliquée. Depuis, ou a jugé préférable de renverser cet ordr^, en commençant par ces derniers. L'une et l'autre méthodes peuvent être également suivies, lorsqu'il s'agit de la classification naturelle des êtres organisés \ mais on ne peut balancer quand il est question de celle des connaissances humaines ; puisqu'en commençant par les sciences qui reposent sur un plus petit nombre d'idées et de principes, celui qui les étudie n'a besoin, pour comprendre successivement chacune d'elles, que des connaissances qu'il a déjà acquises 5 au lieu (jue,s'il voulait commencer par les plus compliquées, il lui faudrait continuellement recourir à des connaissances qu'il n'a pas encore.
C'est cette idée qui m'a guidé dans les premiers essais de mon travail, bien avant que je pusse soupçonner le développemcnlqu'il prendrait. Je vis alors que dans toute classification vraiment naturelle des sciences, c'est par celles qu'on réunit ordinairement sous le nom de maihématiqucs, que l'on devait commencer ; parce que ces sciences, comparativement aux autres, ne se composent que d'un petit nombre d'idées qui dérivent toutes des uotions de grandeur, d'étendue, de mouvemcîis et de forées, et parce qu'on peut les étudier sans rien emprunter aux autres sciences.
Aux matliémaliques doivent succéder les sciences où l'on s'occupe des propriétés inorganiques des corps, celles-ci n'ayant, comme on sait, de secours à réclamer que des mathématiques. On doit placer ensuite toutes les sciences où Ton étudie les êtres vivons, le naturaliste et le médecin ayant souvent besoin de recourir aux .sciences mathématiques et physiques ^tandis que le mathématicien n'a jamais, et que Ip physicien n'a que bien rarement à emprunter quelques données aux sciences naturelles, ^.f,^
Mais l'ensemble de ces sciences qui nous font connaître le monde et les êtres organisés qui l'habillent, ne renferment qu'une moitié des vérités que nous avons à classer; car parmi ces êtres organisés qui peuplent la surface de la terre, il en est un qui doit nous intéreâser et nous occuper à lui seul autant que le reste de l'univers : c'est Thomme lui-même^ dont l'étude est si importante pour nous. De là toute la série des sciences philosophiques, morales et politiques.
L'étude de l'homme ne doit venir qu'après celle du monde et de la nature ; car de même que nous nous servons de l'œil sans connaître sa siructure et la manière dont s'opère la vision ^ de même le mathématicien, le physicien, le naturaliste peuvent se passer, dans leurs travaux, de letude philosophique des facultés qu'ils emploient à mesurer l'univers, à observer et à classer les faits relatifs à tous les êtres
qu'il renferme. Tandis que c'est dans une connaissance au moins générale des sciences mathématiques, physiques et naturelles , que le philosophe trouvera des matériaux pour étudier les facultés de Tintelligence humaine, dont ces sciences mêmes sont le plus beau produit-, c'est là qu'il voit les méthodes qui ontcouduit l'esprit humain à la découverte de toutes les ?érités dont elles se composent. Et d'ailleurs, dans ses recherches sur la nature des facultés intellectuelles et morales de l'homme, que de secours ne doit-il pas tirer de la connaissance physiologique de notre organisation , qui fait partie des sciences naturelles !
Alors il est temps d'étudier les moyens par lesquels les hommes se transmettent leurs pensées, leurs sentimens, leurs passions, etc. Ici vient se placer l'étude des langues, de la littérature et des arts libéraux, en comprenant parmi ces derniers , dans un rang à part, le premier de tous, celui d'instruire les hommes en les guidant dès leur jeunesse dans la route de la vertu et de la science. Sans doute le philosophe a besoin du langage pour fixer ses idées , pour déterminer les rapports qui existent entre elles et les signes qui les représentent j mais il en fait alors usage comme le mathématicien des méthodes de raisonnement , sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient l'un ni l'autre .examiné la nature des inslrumens dont ils se servent. Au contraire, on ne peut se livrer à une étude ap-
profondîe des moyens par lesquels l'homme commumque à ses semblables des pensées, des sentimens, des passions, etc., sans connaître ses facultés intellectuelles et morales, les différens senti mens qu*il peut éprouver, la manière dont il acquiert et combine ses idées, etc.
A Télude des langues, à celle des lettres et des arts libéraux doit eu succéder une autre, c*est Tétude des sociétés humaines et de tout ce qui se rapporte, soit aux faits relatifs à leur existence passée ou actuelle, soit aux institutions qui les régissent.
Ainsi se trouve réalisé le caractère, dont nous parlions tout à rheure . du passage de chaque science à une science voisine. Car comment ne pas voir l'analogie qui existe entre les mathématiques et les sciences relatives aux propriétés inorganiques des corps? entre ces sciences et celles qui ont pour objet des êtres organisés , entre ces dernières et l'étude des facultés humaines? Enfin, de cette élude à celle des langues, de la littérature et des arts libéraux^ et de celles-ci aux sciences sociales, la liaison n'est-elle pas également évidente ?
§iv.
Avantages d'une classification naturelle des coh' naissances humaines.
Les nombreux essais qu'on a faits jusqu'ici pour classer les sciences, prouvent combien l'on sentait
rîmporlance d'une telle classification. J^ai dit plus haut pourquoi ces tentatives ont eu en général si peu de succès, pourquoi elles ont si peu servi aux progrès des sciences. Mais il n'en serait pas ainsi d'une classification fondée sur la nature même des choses et de rintelligcnce humaine, elle présenterait de grands avantages, dont plusieurs frappeutau premier aperçu.
Tout le monde voit qu'une classification vraiment naturelle des sciences devrait servir de type pour régler convenablement les divisions en classes et sections, d'une société de savans qui se partageant entre eux l'universalité des connaissances humaines, voudraient que sciences mathématiques, physiques, morales et politiques, histoire, procédés des arts, etc., rien ne fut étranger à leurs travaux.
Qui ne voit également que la disposition la plus convenable d'une grande bibliothèque, et le plan le plus avantageux d'une bibliographie générale ou même d'un catalogue de livres plus restreint, serait encore le résultat d'une bonne classiGcalion de nos connaissances ? que c'est à elle d'indiquer la meilleure distribution des objets d'enseignement et le nombre des cours, soit dans les établlsseraens destinés à l'instruction commune, soit dans les écoles supérieures ?
Et si Ton voulait composer une encyclopédie vraimenl niéiho(li(jue, où toutes les branches de nos connaissmcts fussent enchiiîiars, an lieu d'être dispcr-
ti
sées par Tordre aîpliabélîque , dans un ou plusieurs dictionnaires, le plan de cet ouvrage iie sèrait-iï pas tout trace dans une classification naturelle dès sciences? Quel avantage pour l'àùteur de pouvoir éviter là confusion et les redites, et pour le lecteur ttè trouver ces sciences tellement graduées, qu'il n^eût, autant qu'il est possible, jamais besoin, pour comprendre celle qu'il étudie, de recourir à celles qui viennent après?
Il est d'autres avantages peut-être moins apparens, mais non moins réels. On sait comment, en général, les sciences se sont faites : trop souvent le hasard a présidé à leur formation. Ceux qui ont cherché à réunir les vérités relatives à un objet pour en former des sciences, n'ont pas toujours su ou embrasser cet objet, ou s'y borner 5 ils ont rarement songé à chercher les rapports des vérités dont ils s^occupaieht^ avec l'ensemble des connaissances humaines. De ta tant dé sciences dont les limites sont mal tracées ; par exemple, pour séparer Talgèbrè de l'arithmétique, au lieu de s'attacher au caractère essentiel fondé suf la nature même des opérations , qui ne changé reèîlemerit que lorsqu'on arrive aux équations. On n'a eu égard qu'à un caractère artificiel , la différericè Jes signes par lesquels les grandt^urs sont représentées. De même la cristallographie a été mal à propos associée à la minéralogie -, car, concernant également tous les corps, produits de la nàiùre ou de l'âr^ , qiii pré-
sentent des formes déterminées, c'est une science purement gcoméuiquc, el qui ne s'applique à la minéralogie, bornée aux corps que la nature nous offre tout formés, que comme les autres brandies des mathématiques s'appliquent elles-mêmes aux sciences physiques et ualurcUes. La minéralogie, de son côté, (|ue l'usage réunit à la botanique et à la zoologie , sous le nom d'histoire naturelle, ne doit réellement être considérée que comme une partie de la zoologie, ainsi que je le ferai voir en son lieu ^ dans les sciences médicales , les limites qui en séparent les diverses parties, ont été fixées arbitrairement, et quelquefois même entièrement méconnues ; ou est allé, par exemple, jusqu'à prendre la matière médicale et la thérapeutique pour une seule et même science, comme si connnître les propriétés générales des raédicamens était la même chose que de savoir les appliquer convenablement à chaque maladie. La confusion est plus grande encore dans les sciences philosophiques : les divers noms donnés à leurs subdivisions ont été pris dans des acceptions toutes diflerentes, selon les systèmes divers des auteurs^ en sorte, par exemple, qu'une science qui, selon les uns, n'est qu'une branche d'une autre , devient, suivant d'autres philososophes , la science générale dont celte dernière fait partie.
On verra, quand je parlerai des sciences médicales el philosophiques , la manière dont j'ai circonscrit
chacune de leurs subdivisions, et les raisons qui m'ont déterminé dans le choix des caraclères distinctifs par lesquels je les ai définies. Celui qui entreprend une classification générale des connaissances humaines, doit planer en quelque sorte au dessus de ce vaste ensemble, en bien démêler les parties, et assigner à toutes leur rang et leurs véritables limites ; s'il est assez heureux pour être à la hauteur d'une telle entreprise, il produira un travail véritablement utile, où le lecteur pourra voir clairement l'objet et l'importance relative de chaque science, et les secours qu'elles se prêtent mutuellement.
C'est ce que je me suis efforcé de faire ] et pour qu'on puisse apprécier mon travail, ou du moins avant qu'on ne condamne les réformes qu'il m'a paru nécessaire d'introduire, soit dans les noms des sciences, soit dans les coupes que j'ai établies entre elles, je désire qu'on daigne peser les motifs qui m'ont déterminé à les proposer.
Une distribution plus naturelle des sciences, si elle était admise dans l'enseignement public, contiibuerait certainement à le rendre plus méthodique et même plus facile à comprendre. Si j'ai atteint mon but, celui qui se proposerait de faire un cours sur une partie quelconque des connaissances humaines, ou de l'exposer dans un traité, trouverait dans la manière dont j'ai divisé les sciences du premier ordre en sciences du second et du troisième , une sorte de
plan loui |ai|., pour disposer dnns l'oidre le plus palurel les raalicrcs qu'il doit traiter dans son cours on dans son ouvrage. Voudrait-il embrasser tout l'ensemble d'une science du premier ordrç, il verrait qu'il doit le distribuer en autant de parties séparées que cette science en contient du troisième. S'il voulait, au contraire, se borner à une science du second, les sciences du troisième ordre qui y sont renfermées lui donneraient encore une division naturelle de $on ouvrage. Mais c'est surtout daps ces élablissemens où l'enseignement supérieur esi partagé eptre plusieurs professeurs isolés, que cette meilleuredistributiondes sciences sçrail utile, pourque rienjne fût omis, et que cbaque cours fut renferpié dans ses limites naturelles, ^'ouvrage qu'on va lire n'est que le programme d'un traité de maihésiologie plus complet, que j'aurais publié à la place de cet Essai, si le tçpips m'eût permis de l'écrire. Alor$, j'aurais eu soin, en parlant de chacjuc science, de ne pas me borner à en donper une idée générale : je me serais appliqué à faire connaître jes vérités fondamentales surlesqueiles elle repose j les méibodes qu'il convient de suivre, soit pour l'étudier, soit pour lui faire faire de nouveaux progrès-, ceux qu'on peut espérer suivant le degré de perfection auquel elle est déjà arrivée : j'aurais signalé les nouvelles découvertes, indiqué le but et les principaux résultats des travaux des hommes illustres qui s'en occupent^ et quand deux ou plusieurs opinions
SI
sur les bases mêmes de la science partagent encore les savans, j'aurais exposé et comparé leurs s^^slèmes, montré l'origine de leurs dissentimens, et fait voir comment on peut concilier ce que ces systèmes offrent d'incontestable.
C'est ce que j'ai essayé de faire au Collège de France, où, chargé du cours de physique , j'ai senti la nécessité de montrer les rapports de celle science avec les sciences voisines. Le grand intérêt qu'offraient ces rapprochemens m'a entraîné plus loin, et j'ai conçu le plan d'un cours ou d'un ouvrage spécial, dont je ne publie ici qu'une esquisse, mais qui, s'il existait, ne serait certainement pas sans influence sur les progrès ultérieurs des sciences.
Et celui qui s'intéresse à ces progrès , et qui, sans former le projet insensé de les connaître toutes à fond, voudrait cependant avoir de chacune une idée suffisante pour comprendre le bi^t qu'elle se propose, les fondemens sur lesquels elle s'appuie, le degré de perfection auquel elle est arrivée, les grandes questions qui restent à résoudre, et pouvoir ensuite, avec toutes ces notions préliminaires, se faire une idée juste des travaux actuels des savans dans chaque partie, des grandes découvertes qui ont illustré notre siècle, de celles qu'elles préparent, etc. 5 c'est dans le cours ou dans l'ouvrage dont je parle que cet ami des sciences trouverait à satisfaire son double désir.
Il pourrait ensuite, et sans études spéciales, $'in-
téresser également aux discussions qui partagent les diverses écoles en histoire naturelle, en médecine, en philosophie, en littérature, en pplitique, etc.*, comprendre et apprécier jusqu'à un certain point ce qu'il entend dans une séance académique, ce qu'il lit dans un journal ou dans un compte rendu des travaux d'une société savante, et, lorsqu'il aurait le bonheur de se trouver avec ces hommes qui ont jeté un si grand éclat dans les sciences, retirer plus de fruit de leurs conversations instructives et profondes.
Enfin, les membres eux-mêmes de ces sociétés, quelquefois étrangers aux travaux de leurs confrères, se plairaient peut-être à trouver dans l'ouvrage dont je parle tout ce qui leur serait nécessaire pour écouler avec plus d'intérêt les savantes communications des membres, soit d'une même classe, soit surtout d'une classe différente.
Plan de cet ouvrage.
Si, pour conduire le lecteur aux résultats auxquels je suis parvenu, je voulais tracer ici la route que j'ai suivie moi-même , je ne lui offrirais qu'un chaos de tentatives d'abord infructueuses, de fréqucns retours sur mes pas. Je dois cependant m'en rapprocher autant qu'il me sera possible, pour présenter mes idées dans l'ordre le plus naturel. Voici, pour cela, la marche que je suivrai.
Je m'occuperai d'abord des groupes formés de vérités qui, se ressemblant à la fois par la nature de l'objet et le point de vue sous lequel il est considéré, me paraissent correspondre aux familles naturelles des végétaux et des animaux. C'est à ces groupes que je donnerai le nom de sciences du troisième ordre.
a. Je parcourrai successivement ces sciences ; je les définirai en indiquant l'objet auquel elles se rapportent, et le point de vue sous lequel cet objet y est considéré^ et lorsque la limite entre une d'elles et les sciences voisines ne résultera pas immédiatement de cette indication, j'insisterai sur les caractères d'après lesquels cette limite doit être tracée. C'est à cette occasion que, quand l'usage aura établi une distinction qui ne me paraîtra pas fondée sur la nature des choses, j'exposerai les motifs qui m'ont déterminé à la changer.
b. Mais si je parcourais ainsi, sans interruption, toute la série des sciences du troisième ordre, je n'offrirais au lecteur qu'une énumération sans fin, qui lui ferait perdre de vue des rapports que je veux lui faire saisir. Dès que j'aurai examiné toutes les sciences du troisième ordre relatives à un même objet spécial considéré sous tous ses points de vue, je m'arrêterai un instant pour former, de leur ensemble, une science du premier ordre. Et comme parmi les sciences du troisième ordre comprises dans une science du premier, les unes cop tiendront des vérités qu'on trouve
par une élude directe des objeis considérés en euxmêmes, les autres des vérités qui résultent de l'observation et de la comparaison des changemens que ces mêmes objets éprouvent en différens lieux et en diflérens temps, observation et comparaison d'où Ton déduit des lois qui conduisent elles-mêmes à découvrir les causes des faits observés, je diviserai cbaque science du premier ordre en deux sciences du second, entre lesquelles se partageront les sciences du troisième ordre, comprises dans celles du premier •, Tune pour ainsi dire élémentaire, l autre donnant sur l'objet en question les connaissances les plus approfondies auxquelles les hommes aient pu parvenir.
Pour continuer de rapporter ma classiûcation des sciences à celles des végétaux et des animaux qui sont bien connues, je dirai que dans cette classification les sciences du premier ordre correspondent aux classes, et celles du second à ces divisions intermédiaires entre les classes et les familles auxquelles Cuvier a donné le nom d ordres dans son tableau du règne animal.
Quoique chaque science du premier oïdfc* ait son objet spécial, on peut considérer cet objet comme un simple point de vue d'un objet plus général; et alors toutes les sciepces du premier ordre relatives a un même objet général formeront un groupe plus étendu de vérités, et les groupes ainsi composés correspondront aux emhranchcmens que ce grand naturaliste a établis entre les règnes et les classes.
f . M^is pour réunir en efpbranphemens les sciences dw premier ordre, il ne swflit pas qu'elles soient déterminées par les défi niljons individuelles des sciences du troisième ordre qu'elles comprennent j il faut qu elles spient définies eljes-njêmes jndépendapiment des sciences qu'elles renferment: que leurs caractères propres soient tracés, et que les limites qui les séparent des sciences voisines soient fixées avec précision. C'est de ce travail que je m'occuperai d'abord.
b. Eugiiite, pour ne pas tomber dans l'inconvénient que j'ai déjà sigrialé page 25, dès que j'aurai exauuné les sciences du premier ordre relatives au même objet général, je m'arrêterai un instant pour opérer leur réunjpn en embranchemens.
Un embranchement résultera pour moi de toutes les sciences du prepiier ordre qui se rappprteront à un même objet général considéré sous tous les points de vue possibles. Mais comme nous verrpps qu'il y a, d'un côté, de ces sciences où l'objet général sera étudié en lui-même j ^e l'autre, des scjences pu l'objet sera considéré dans ses rapports dç çhangemenset de causalité, il s'ensuivra que chaque embranchement devra être pairlagé en deux spus-embranchemens, entre lesquels se distrjbuerpnt les diverses sciences du premier Prdre relatives à un même pbjet général.
Enfin, çpmme toutes les vérités que l'homme peut connaître se rapportent en définitive à deux objets plus généraux encore, le monde matériel et la pemsée,
st
A. Je m'occuperai d'abord des embranchemens relatifs au premier de ces grands objets, pour les classer, les définir, et fixer par des caractères précis les limites qui les séparent les uns des autres.
B. Quand j'aurai passé en revue tous ces embranchemens, je les réunirai en un groupe d'un ordre supérieur, auquel je donnerai le nom de règne des SCIENCES COSMOLOGIQUES ^ de zôfffioç, monde , et X070;, discours, connaissance.
Je ferai ensuite un second travail tout semblable au premier, sur les embranchemens des sciences relatives à la pensée humaine, aux sociétés que Thomme a formées sur la terre, aux institutions qui les régissent, etc., et j'obtiendrai ainsi un second groupe de vérités auquel jedonnerai le nom de règne des sciences NOOLOGiQUES, de Nôo;, pensée; en admettant avec les philosophes des écoles les plus opposées, depuis Dcscarles jusqu'à Condillac, que ce mot peméc comprend dans son acception toutes les facultés de l'entendement et toutes celles de la volonté.
Chacun de ces règnes sera à son tour divisé en deux sous -règnes. Les sciences cosmologiques contiendront, dans leur premier sous-règne, toutes les vérités relatives à l'ensemble inorganique du monde ^ cl, dans le second , toutes celles qui se rapportent aux êtres organisés. Le premier sous-règne des sciences noologiques aura j)our objet Tétude de la pensée et des moyens par lesquels les hommes se communi-
quent leurs idées, leurs seatimens, leurs passions ; tandis que le second s'occupera des sociétés humaines el des institutions qui les régissent.
Je remarquerai ici que la détermination des divers points de vue sous lesquels un objet, soit spécial, soit général, peut être étudié, donne lieu à des considérations qui jettent une grande lumière sur ma classification. Elles lient entre elles toutes les parties, en font saisir les rapports et la dépendance mutuelle, et en sont en quelque sorte la clef. Mais, comme cette classification en est indépendante, qu'elle était même presque achevée lorsque je me suis aperçu qu'on pouvait l'en déduire, je les ai rejetées à la fin de chaque paragraphe, sous le titre d'ob scrutations, et imprimées en plus petits caractères, pour averlirle lecteur qu'elles ne sont pas indispensables à l intelligence du reste de mon ouvrage.
Dans ma classification, je ne suis descendu que jusqu'aux sciences qui me semblent correspondre aux J'amilles des naturalistes. Si j'avais tenté d'en venir jusqu'à ce qu'on peut considérer comme des genres ou des sous-genres de vérités ; si j'avais, par exemple, divisé la zoologie en autant de sciences différentes qu'il y a dans le règne animal à! embranchemens ou déclasses', si, dans l'histoire, j'avais voulupoursuivre toutes les subdivisions possibles, celles des diverses époques et des divers pays, et en venir jusqu'à l'histoire spéciale d'une petite contrée, d'tine ville, d'une
îriStitulîon, d'une science, d'un homme, etc., je ttié serais jeté dans des détails infinis et Sans aucan avantage réel.
Il est encore un objet sur lequel je dois appeler Tallention du lecteur : ce sont les noms par lesquels j'ai désigrlé les sciences des divers ordres. Loin de chercher dans les désîiienteè de cctlx que j'ai employés urie symétrie ^ui, toujours conforme aux divisions de la clàssificàtîoh, n*eàt indiqué tiéÙ de plus que ce qu'expriment ces divisions elles-mêmes, j'ai fait en S^f te, quand j'ai été obligé d'étài'blîr deè dénominations nouvelles, d'indiquer, par le choix des mots, les modifications qu'éprouvent , d'après la* nature des objets, les caractères mêmes sur lesquels repose Dfia classification. Toutes lès fois que les noms consacrés pâ^ l'usage s'accordaietit avec les lifnites que j'âvafs jugé nécessaire d'assigner aux diverses sciences, Je les ai religieusement conservées : quand desâûteéifs, faute d'avoir embrassé tout l'ensemble d'une science, et ne se proposant que d'en traiter une partie, ont donne à cette partie le nonfi qUi aurait convenu à l'ensemMe, et quand l'usage, éri adoptant ce nom, a consacré cette restriction souvent peu rationnelle, j'ai cru cju'îî valait encore mfcùx conserver ce nom et en étendre là signification, que d'en îmc^gTiiét' un nouveau. Mais lorsque j'aî fenèontré des sèîenccs ^hcore sans nom, et pour lesqueilcs rtoi^c fangùe né me foui'nîssaitàucù'hè p'érlphrasè quf pùf les désigner, j'aî bîèu élê
forcé de leur en donner, comme Linné, Bernard de Jussieu et tous les auteurs de classifications quelconques, ont été obligés d'en faire pour les diverses divisions, classes, ordres, familles, qu'ils établissaient. On a vu dans la Préface d'après quels principes j'ai dérivé tous les termes nouveaux de la langue grecque; quant aux sciences elles-mêmes auxquelles j'ai donné ces noms, je ne me flatte point de les avoir inventées 5 elles existaient déjà réellement, puisque la plupart avaient été l'objet de nombreux ouvrages ; et, pour n'en citer qu'un exemple, avant que j'eusse donné le nom de cinématique à la science quej'appelle ainsi, ne se trouvait-elle pas, du moins en partie, dans ce qu'a écrit Carnot sur le mouvement géométrique, et dans le Traité sur la composition des machines de Lanz et Bétancourt?
Que s'il n'existe pas encore de traité complet sur cette science et sur plusieurs autres, peut-être me saura-t-on gré d'avoir indiqué des lacunes à combler, des travaux à entreprendre ou à achever 5 elj si j'en crois un pressentiment qui m'est cher, j'aurai peutêtre indirectement donné naissance à de nouveaux ouvrages spéciaux qui ne pourront manquer de répandre de plus en plus les sciences et leurs salutaires effets j et ce ne sera pas à mes yeux un des moindres bienfaits de la malhésiologie. C'est sous ce nom formé du mot grec p'i0>î<7tç, enseignement, que j'ai désigné dans ma classification une science dont cette classifi^
cation elle-même est la base, et qui a pour objet, non seulement de classer toutes les connaissances humaines, comme les naturalistes classent les végétaux et les animaux, mais encore de déduire de leurs rapports muluels les lois générales de la manière dont elles doivent être enseignées, pour que celui qui les étudie puisse tirer un jour de ce qu'il aura appris le plus grand parti possible, pour que son intelligence se fortifie en même temps qu'elle sVnrichil, et qu'il apprenne à déduire des sciences qu'il aura cultivées toutes les applications qu'il peut être dans le cas d'en faire. Ce n'est qu'après avoir long-temps médité sur la nature et les rapports mutuels de nos connaissances, qu'on peut bien juger des avantages et des inconvéniens des diverses méthodes d'enseignement, ainsi que des perfectionnemens dont elles sont susceptibles, et comprendre tout ce qu'il reste à faire à cet égard. Si j'éprouve un regret en publiant mon ouvrage, c'est que les limites dans lesquelles j'ai été obligé de le restreindre ne m'aient pas permis de parler des méthodes qu'il convient de préférer dans l'enseignement de chaque science, en même temps que je marquais la place que cette science devait occuper dans la classification générale des connaissances humaines.
PBEMIERE PARTIE.