PHYSIQUE
Ce qui, chez les anciens, constituait la science de la physique, était surtout «ne recherche des conditions essentielles de la matière, une sorte de métaphysique sur les phénomènes naturels, laquelle s'etforçait de trouver dans une loi générale rexplicalion des faits particuliers. Ce que les modernes entendent par physique est, au contraire , une science qui commence par rinvesligation des faits particuliers, et qui se propose, comme but suprêfne, de tirer de leur comparaison des lois de plus en plus générales, des formules de plus en plus compréhensives. C'est une longue expérience , c'est l'impuissance des méthodes divinatoires , c'est l'insuccès des esprits les plus hardis et les plus vigoureux qui a ramené les écoles modernes dans des spéculations hasardées aux obser-
valions patientes et minutieuses, et les théories destinées à expliquer les faits aux faits destinés à fonder les théories. Retrouver, dans les observations isolées qui se multiplient, le lien qui les unit ; mettre en relief, d'une manière évidente à tous, la raison cachée qui y est contenue ; arracher l'apparence trompeuse qui les montre différentes, el manifester, dans un fragment du système, un fragment de la loi universelle, c'est une des œuvres les plus difKiciles de la science moderne ; c'est aussi une de celles qui importent le plus à son avancement et qui honorent le plus les efforts du génie.
M. Ampère, dans ce domaine des découvertes laborieuses et influentes, a signalé son nom par ses travaux éiiinents et définitifs sur le problème , si compliqué au premier coup d'oeil , des phénomènes électro-magnétiques. Comme ses travaux formeront dans l'avenir la gloire principale de M. Ampère , et lui assureront un nom dans les annales de la science, il est important d'exposer, avec quelque détail, en quoi ils ont consisté. On avait déjà remarque à différentes fols que l'électricité exerçait une action sur l'aiguille aimantée. Ainsi, la boussole, sur des vaisseaux frappés du tonnerre , perdait la
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propriété de se tourner vers le nord et de marquer la roule du bâlioient. Quand ces flammes électriques, que les marins connaissent sous le nom de feux Saint-Elme, brillaient avec un vif e'clat a la pointe des mâts, Taiguille était, de la même façon , dépouillée de sa faculté caractéristique ; ou bien les pôles en étaient renversés, de sorte que la pointe, qui se dirige vers le nord, se dirigeait vers le sud ; ou bien elle restait complètement insensible à l'action magnétique de la terre, et demeurait immobile dans toutes les positions. De fortes décharges d'électricité, produites avec la bouteille de Leyde ou une grande batterie , avaient modifié de la même manière , dans les expériences instituées pour cet objet, les aiguilles aimantées. On en avait conclu que l'électricité agissait par son choc , et Ton en était resté là. L'influence réciproque de cet agent et du magnétisme était à peine soupçonnée , et rien ne mettait encore sur la voip des faits merveilleux et des importantes conséquences que conlenaitTexamen de Taction entre une petite aiguille et un fil d'archal traversé par un courant éleclriquc.
M. OErsied , physicien danois, qui s'entretenait depuis long-temps dans des inductions
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théoriques sur l'essence des fluides électrique et magnétique , découvrit , en 1820 , un phénomène capital , qui est devenu le point de départ des travaux subséquens. Ce qui avait échappé à ses prédécesseurs, et ce qui n'échappa point à M. OErsted , c'est une condition à laquelle nul n'avait songé : à savoir, que l'électricité n'agit sur le magnétisme qu'autantqu'elle est eu mouvement. En effet, le physicien danois mettant en action la pile voltaïque , et plaçant l'aiguille aimantée à portée du fil métallique qui en réunifies deux pôîes, remarqua que l'aiguille est déviée de sa direction et qu'elle tend à se placer en croix avec le fil conducteur du fluide électrique. Voilà le fait dans sa simplicité primitive, fait qui ouvrit une vaste carrière aux découvertes et qui enrichit la science , en un court espace de temps, d'observations fécondes et de belles théories.
Ce ne fut pas M. OErsted qui s'engagea dans cette route : le fait bien observé, il l'interpréta mal. Les accidens très variés du phénomène lui firent illusion ; il ne sut rien y voir de constant, et il n'était pas assez maître de l'analyse mathématique pour ramener à un principe commun les mouvemeus complexes qu'il cbser-
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vail. En effet, le pôle de raignille airnautée qui se lourne vers le nord, est, par Flnfluence d'un courant électrique , porté soit vers l'orient, soit vers l'occident, suivant que le courant, auquel on donnera la direction du nord au sud, passe au-dessus ou au-dessous de Taiguille. Les complications qui naissaient de ces variations et d'une foule d'autres analogues embarrassaient beaucoup les physiciens. M. OErsled supposa, pour expliquer les phénomènes , une sorte de tourbillon électrique qui, semblable aux tourbillons de Descaries, circulait en dehors du fil conducteur perpendiculairement a ce fil , entraînait Targuille, et la dirigeait de manière à la mettre perpendiculaire a la ligne de la plus courte distance qui la séparait du courant. Cette explication n'était, pour ainsi dire, que la reproduction du fait lui-même, contenait une hypothèse gratuite, et n'offrait aucun moyen de retrouver géométriquement les phénomènes particuliers dans une formule générale. Ce n'était point là une théorie dans la bonne acce[)tion du mot; ce n'était qu'une manière d'exprimer que l'aiguille aimantée se met en croix avec la direction du courant électrique. Mais cette idée, émise par M. OErsted , sans qu'il y attachât
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beaucoup d'importance, était toul-à-fail inacceptable pour les géomètres ; car, en supposant gratuitement une action rotaloire , elie renversait le principe même de la philosophie de INewton , principe suivant lequel toute action , attractive ou répulsive entre deux corps , s'exerce suivant la ligne droite qui les unit.
Telle est la première phase de l'électro-magnétisme. Un fait important, le fait d'une action constante de l'électricité en mouvement sur l'aiguille aimantée, est établi d'une manière incontestable. A M. OErsted en appartient rhonneur. Il ne s'agit plus de ces influences variables de la foudre ou du choc électrique sur la boussole ; il s'agit d'un phénomène aussi fixe que celui qui dirige le pôle sud de l'aiguille aimantée vers le pôle nord du monde , et qui, sans doute , est mystérieusement lié aux plus puissantes et aux plus universelles forces de la nature. Ce que la terre fait incessamment sur toute aiguille aimantée, le courant électrique le fait sur celte aiguille : par l'attraction du globe, elle dévie dans un sens déterminé, et se tourne toujours vers le nord; par l'attraction du courant électrique , elle dévie avec non moins de constance, et se met toujours en croix avec
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lui. Ainsi, un pheuonièiie, reconnu avec exaôtilude et précision , d(:montre une singulière afllnité cnlre le magnétisme et Téleclricité, sisnale des analogies merveilleuses entre Taction de la terre et Taciion des courans électriques , et permet d'entrevoir que la science touche là a d'importans secrets. Remarquable ^ lenteur dans la découverte des phénomènes naturels; il y a plusieurs siècles que l'on sait que le nord dirige raiguille de la boussole, et c'est hier seulement que Yoa a appris qu'un courant électrique la dirige aussi.
Peut-être la science se serait - elle arrête'e long-temps devant l'observation de IM. OErsted, et, égarée par des théories insuffisantes et fausses, comme par de vaines lueurs, aurait-elle perdu la voie véritable des découvertes qui devaient si rapidement Teurichir. ?Jais heureusement il se trouva alors un esprit aussi systématique qu'habile à manier l'analyse malhcmatique; celui-là ne s'arrêta pas devant les apparences du phénomène. Trop habitué, par sa nature même, à remonter du particulier au général, trop instruit des lois rationnelles de la mécanique pour croire qu'il eût trouvé quelque chose d'important , s'il n'avait pas trouvé
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une formule qui conîînt tous les faits sans exception, M. Ampère se mit à l'œuvre, et donna à la de'couverte de M. OErsted une face toute nouvelle et une portée inattendue. Non seulement il l'accrut par des observations fécondes, mais encore il la résuma dans une loi simple, qui ne laisse plus rien à désirer.
« Les époques , a dit j1. Ampère dans sa Théorie des plié?iomènes électror dynamiques , page i3i, où l'on a ramené à un principe unique des phénomènes considérés auparavant comme dus à des causes absolument diffeVentes, ont été presque toujours accompagnées de la découverte de nouveaux faits, parce qu'une nouvelle manière de concevoir les causes sug^ gère une multitude d'expériences a tenter, d'explications a vérifier. C'est ainsi que la démonstration donnée par Voîta, de Tidentité du galvanisme et de l'électricité, a été accompagnée de la construction de la pile, et suivie de toutes les découvertes qu'a enfantées cet admirable instrument. » Ces réflexions de M. Ampère s'appliquent parfaitement à ses propres travaux. A peine eut-il saisi , pai* le calcul, la loi des nouveaux phénomènes, signalés, pour la première fois, par M. OErsled, que deux observations,
Ixviij de la plus liaute imporiance, vinrent accroître la science, et récompenser magnifiquement les eiîorts du physicien français.
M. OErsted avait vu qu'un courant électri- (|ue exerce une action sur Taiguiile aimantée ; M. Ampère pensa qu'une action semblable devait è teexcicée par deux courans électriques, de l'un sur Tautre. Ce n'était nullement une conséquence nécessaire et forcée d^ la découverte de M. OErsted, car on sait qu'un barreau de fer doux , qui agit sur Taiguille aimantée, n'agit pas cependant sur un autre barreau de fer doux. Il se pouvait que le courant électrique fût, comme le barreau de fer, incapable d'agir sur un autre courant, tout en ayant une influence constante sur l'aiguille magnétique. Ce sujet de doute n'en était pas un pour M. Ampère , dont l'esprit systématique avait vu dès le premier abord (le fait de M. OErsted étant reconnu) la nécessité de celui qu'il cherchait a son tour. Mais il fallait le démontrer par l'expérience, seule capable en ceci de lever toutes les incertitudes. M. Ampère ne se montra pas moins ingénieux dans IVtablissement de l'appareil nécessaire à sa démonstration , qu'il ne s'était montré doué d'une sagacité pénétrante
en devinant le phénomène qui allait s'accomplir sous ses yeux. Il s'agissait de rendre un courant électrique mobile; il le rendit mobile; et quand toutes les conditions de l'expérience furent établies, quand l'électricité circula dans les deux fils qu'il avait mis en présence, celui auquel une disposition ingénieuse avait permis de changer de position, obéit à la force qui le sollicitait, et vint prendre la direction que les prévisions de M. Ampère lui avaient assignée. C'est certainement une heure de pures et nobles jouissances, lorsque le savant, attentif a dévoiler les merveilles de la nature, et plus récompensé quand il lui arrache un de ses secrets, que celui sous les yeux duquel brille soudainement un trésor enfoui, voit s'accomplir un phénomène qu'il a pressenti , se manifester l'effet d'une force mystérieuse , et agir une de ces grandes lois qui entrent dans les rouages du monde.
M. Ampère, par cette découverte, se plaçait sur un terrain tout nouveau, et jetait un jour inattendu sur l'affinité des deux agens que Ton appelle magnétisme et électricité. L'efiPet que l'électricité produisait sur le magnétisme, elle le produisait aussi sur elle-même, de telle sorte
qu'auprès du grand fait, reconnu par M. OErsted, de Faction d'un courant électrique sur une aiguille aimantée, venait se ranger l'observation de M. Ampère sur une action identique entre deux courans. Le rapprochement e'tait visible, les conséquences manifestes ; et la science se trouvait ainsi toucher de plus près b ces agens merveilleux , dont les opérations viennent se mêler à tout. Rien de plus puissant en effet, rien de plus frappant, rien de plus magique que ces choses que les physiciens appellent fluides impondérables; que cette éleclricité et ce magnétisme, partout semés et partout agissans ; que ces flammes destructives de la foudre , et ces brillantes et froides clartés qui parent les nuits des régions polaires ; que ces attractions et ces répulsions singulières ; que celte fidélité d*une aiguille aimantée à obéira Tappel du pôle arctique ; et cette pénétration irrésistible de Télectricité jusqu'entre les atomes qu'elle sépare et dissocie! Le moindre fait qui se rattache à ces agens est curieux et intéressant ; mais combien ne le devient -il pas davantage quand, portant sur les conditions essentielles de leur existence, il permet de pénétrer profondément dans ces phénomènes placés si loin de notre
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intelligence, quoique si près de nos yeux ? La découverte que M. Ampère venait de faire le menait directement à une autre qui en était la conséquence et qui couronnait toutes ses recherches dans un champ si fécond pour lui. La terre agissait sur Taiguilie raagoélique ; un courant électrique agissait de son côté et sur Taiguilie et sur un autre courant électrique; la terre devait donc exercer aussi une attraction sur un courant électrique, et lui donner une direction. Ce globe si grand, qui nous emporte, nous et tous les êtres vivans, autour de son soleil ; cette masse prodigieuse qui roule avec une effroyable rapidité dans les espaces; cette terre immense, couverte à sa surface de longues plaines, de montagnes escarpées et d'océaiiS mobiles, est dans un rapport nécessaire et mystérieux avec la petite aiguille qui tremble sur la pointe acérée d'un pivot dans la boussole et oscille en obéissant. M. Ampère a trouvé à cette grande planète un autre rapport non moins constant, non moins délicat, non moins merveilleux, et il a fait voir qu'un fil d'archal mx)bile, dès qu'il venait h être traversé par un courant électrique, passait sous l'influence des forces occultes qui émanent du corps terrestre,
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cl était dirige aussi régulièrement qu'une mince aiguille d'acier aimanlé, ou qu'une immense planète lancée éternellement dans la même orbite.
C'est ainsi que la science s'agrandit peu a peu, et qu'un fait, qui semble d'abord isolé, ouvre la voie à des conséquences inattendues et à des rapports dont le haut intérêt frappe les moins clairvoyans. La faible action qui s'exerce entre un courant électrique et une aiguille aimantée , a été le point de départ qui a conduit les physiciens jusqu'au globe de notre planète elle-même, et jusqu'aux puissances qui proviennent de ce grand corps. Le plus petit phénomène se lie au plus grand, et M. Ampère, eu poursuivant dans des déductions inaperçues la découverte de M. OErsted, et en développant ce qu'elle contenait, mais ce que personne n'y voyait , a mis dans son plus beau jour cette faculté éminenle qu'il possédait, de saisir les rapports des idées éloignées, et d'arriver, par des combinaisons conçues avec profondeur, à d'éclatantes vérités, qui font sa gloire. Certes, quand on considère le chemin parcouru par M. Ampère, ou ne peut s'empêcher d'admirer celte sagacité divinatoire, ce génie systémati
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que, qui, dans l'action d'un courant électrique sur une aiguille aimantée, lui montre Taction de deux courans électriques l'un sur l'autre, et l'action de la terre sur tous les deux. L'homme Je moins habitué aux spéculations de la physique comprendra qu'en tout ceci M. Ampère n'a rien dû au hasard, et qu'il n'a trouvé que ce qu'il a cherché. Le grand poète allemand Schiller, représentant Christophe Colomb voguant à la découverle d'un nouvel hémisphère, lui dit ; « Poursuis ton vol vers l'ouest, hardi navigateur; la terre que tu cherches s'élèverait, quand bien même elle n'existerait pas, du fond des eaux à la rencontre ; car la nature est d'intelligence avec le génie. )) Il y a la, sous la forme d'une grande image et d'une splendide exagération, l'expression d'une des conditions les plus réeiles du vrai génie dans les sciences, à qui les découvertes n'arrivent point par un hasard, mais qui va au devant d'elles par une sorte de pressentiment.
Il ne faut pas oublier de noter ici avec quelle adresse ingénieuse M. Ampère sut exprimer le mouvement de l'aiguille aimantée soumise à l'influence d'un courant électrique. Comme ce mouvement change suivant que le courant est
placé au-dessus, au-dessous, à droite, à gauche de l'aiguille, rien n'est plus malaisé que d'énoncer, avec clarté et en peu de mots, la direction que Taiguille prendra dans un cas donne. Par une supposition, bizarre si l'on veut , mais qui remplit merveilleusement son objet, M. Ampère a levé toutes les difiicuhés que l'on avait a exprimer les diverses relations du courant et de l'aiguille : il s'est montré, on peut le dire, aussi ingénieux dans cet artifice que dans la manière de préparer ses expériences. Il faut se représenter le courant électrique comme un homme qui a des pieds et une têie, une droite et une gauche; Il faut, en outre, admettre que l'électncité va des pieds, qui sont du côté du pôle zinc, à la tête , qui est du coté du pôle cuivre , et que cet homme a toujours la Face tournée vers le milieu de l'aiguille. Cela étant ainsi conçu, le pôle austral de la boussole, c'est-à-dire celui qui regarde le nord , est toujours dirigé à la gauche de la ligure d'homme que ron suppose dans le courant. Rien de plus facile alors que de déterminer, pour chaque position du courant, la position correspondante de l'aiguille et de Tex-
primer brièvement et clairement. Cest à M. Ampère qu'on le doit.
Ces expériences cjue je viens d'énumérer, et bien d'autres moins importantes que fit M. Ampère, je les ai exposées comme s'il les avait instituées pour examiner les phénomènes qui devaient se produire. Mais, dans la vérité, elles dérivaient pour lui d'une conception plus haute , d'une formule plus précise , d'une loi enfin qu'il avait trouvée et qui contenait, dans leurs détails les plus minutieux, tous les phénomènes de rélectro-magnéiisme. Au point de vue oii il se place, le fait découvert par M. OErsted n'est plus qu'un cas particulier; tout dérive d'un fait plus général, qui est l'action exercée par un courant électrique sur un autre courant. C'est cette action que M. Ampère soumet au calcul , et qu'il renferme dans une formule savante; et c'est de là, comme d'un point élevé , qu'il voit se dérouler devant lui tous les phénomènes électro-magnétiques, s'éclaircir ce qui paraît obscur, se siniplifier ce qui parait compliqué , se réduire à la loi générale ce qui paraît le plus exceptionnel, et se manifester dans tout son jour ]a régularité ralionuelie de la nature. Voici la formule qui
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contient tout rélectrc-magnëtisme ; avec elle , celui qui saur.ilt le calcul, pourrait retrouver tous Jes laits, et un gëomèue en déduirait même les phénomènes qu'il ne connaît pas : deux éiéraeûs de courant électrique , placés dans le même plan et parallèles, s'attirent en raisou directe du produit des intensités électriques , et en raison inverse du carré de la distance si ces courans élémentaires vont dans le même sens, et se repoussent, suivant les mêmes lois, s'ils vont eu sens contraire. Fornjule admirable qui a placé rélectro-magnétisme dans le domaine de la philosophie de iSewton, en prouvant géométriquement que les mouvemens rotatoires observes étaient produits par une action en ligne droite.
Newton, lorsqu'il a dit que les corps s'attirent en raison directe de leur masse , et en raison inverse du carré de leur distance , a trouvé la forme qui contient l'explication des mouvemens planétaires; et l'on sait qu'en partant de ce principe si bref, et pourtant si fécond , lui et les géomètres qui Font suivi , ont expliqué mathématiquement, ont calculé rigoureusement , ont prévu d'avance les mouvemens de ces grands astres qui circulent incessamment
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autour du soleil. La loi n'a fait défaut nulle part; et soit qu'il s'agît de de'monlrer la marche de rimmeiise Jupiter et sa rotation rapide, ou de suivre Uranus, reculé jusqu'aux confins de notre monde , dans son orbite lointaine et dans son année de quatre-vingts de nos années ; soit qu'il fallût appliquer la loi à la singulière disposition de Tanneau qui l'ait sa révolution autour de Saturne, ou h ces systèmes du monde en miniature, tels que les satellites de Jupiter ou notre propre lune , tout est venu se ranger dans les conséquences rigoureuses du fait générateur et suprême que Newton avait établi. De même sur l'étroit théâtre d'une observation entre une aiguille aimantée et un courant électrique, M. Ampère a jeté une de ces formules compréhensives d'où le calcul sait tirer l'explication de tous les phénomènes particuliers. Continuant ces généralisations, il vint ù y^enser que l'aimant résultait d'une infinité de courans infiniment petits , circulant perpendiculairement à la ligne des pôles. Ce fut là le dernier terme où M. Ampère arriva, soit en faits, soit en théorie. La découverte de plusieurs phénomènes électro-magnétiques de la plus haute importance j rétablissement d'une
dans son sein, toiues les formules qui représentent lesraouvemens des corps célestes. C'est ainsi que les théories malhe'maliques , contrairement aux systèmes philosophiques, sont choses permanentes et stables a toujours. Aussi M. Ampère , pour consoler Fourrier des contrarie'tës qu'il éprouva , rappelait-il à l'illustre auteur de la théorie mathématique de la chaleur que ses formules n'avaient plus rien à craindre , même des progrès ultérieurs de la science, et qu'une connaissance plus intime des phénomènes du calorique y ajouterait sans en rien retrancher. C'est cette propriété des théories mathématiques qu'il faut bien concevoir : elles s'ajoutent les unes aux autres , elles ne se remplacent pas.
Il fallait un homme comme M. Ampère, imaginant les expériences et les méthodes de calcul , pour débrouiller des phénomènes aussi compliqués en apparence que les phénomènes électro-dynamiques , et arriver à une loi aussi simple que celle qu'il a trouvée. Sans lui, ils seraient encore dans une confusion inextricable; la théorie en serait restée un dédale pour les physiciens, et parle fait c'est la plus difiicilc de toutes les théories. D'autres savans j avaient
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dëj4 échoue, et Ton peut juger, par leurs explications , quel conflit de théories , plus fausses les unes que les autres, auraient inondé la science sur cet objet.
Ce fut sans doute a cause de la profondeur de la loi qu il avait découverte , et du genre de démonstration analytique qu'il employa , que M. Ampère éprouva tant de difficultés à la faire comprendre et admettre par les savans. Les physiciens français se montrèrent d'abord contraires, croyant que les idées théoriques de M. Ampère étaient opposées à la doctrine de Newton , d'après laquelle toutes les actions et réactions s'exercent suivant une ligne droite et jamais circulairement. Repoussé de toutes parts, ou plutôt mal écouté et mal compris, M. Ampère ne se décourageait pas ; il soumettait à Laplace tous ses calculs analytiques ; il prouvait aux géomètres que sa loi sur les attractions magnétiques et électriques rentrait dans le principe même de Newton, et que ces raouvemens gyratoires résultaient d'attractions et de répulsions directes. De tous les membres de l'académie, Fourier est peut-être le seul qui ait accueilli favorablement les idées de M. Ampère. Néanmoins aucune objection par écrit ne
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lui fut faite en Fiance par des géomètres, et peu à [MMx les préventions étant tombées, les difiicultés étant levées , et ses travaux ayant été enfin compris , sa théorie devint une acquisition définitive pour la physique.
La résistance des savans français fut cependant moins grande que celle des savans étrangers. Ceux-ci , trop incapables de suivre les déductions analytiques du physicien français, persistèrent dans leurs vagues explications sur le tourbillon électrifjue ; Berzelius ne dit pas un mot de :M. Ampère dans les avant-propos de physique qui sont à la tète de sa chimie ; MM. Humphry Davy, Faraday, Seebeck, Delarive, Prévost, jNobili , et une foule d'autres savans élevèrent objections sur objections, toutes plus singulières les unes que les autres ; et M. Ampère n'eut gain de cause en Angleterre, que lorsque .'>]. Babbage qui, dans un voyage à Paris, avait reçu les explications orales du physicien français , eut rapporté a Londres une démonstration qui avait eu tant de peine a pénétrer paru^i les savans : triomphe complet que les principes de la philosophie naturelle de Newton ont remporté, appuyés de l'autorité d'un géomètre français.
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En même temps que M. Ampère était un mathématicien profond, un physicien ingénieux , et un homme capable de combiner les expériences et le calcul de manière à reculer les limites de la science , il était perlé , par la nature de son esprit et par une prédilection particulière , vers les études métaphysiques. Il n'avait vu (j)as plus au reste que Desoarles, Leibnifz ou d'AIembert), dans ses travaux mathématiques, rien qui le détournât des hautes spéculations philosophiques. Après avoir professé, pendant quelque temps, la philosophie, il n'abandonna jamais cette étude, la cultiva à côté de celles qui lui avaient ouvert l'entrée de l'Institut, et il ne cessa, jusqu'à la fin de sa vie, d'y consacrer une partie de ses heures et une partie de ses forces. Beaucoup a été par lui médité, écrit, jeté dans des notes ; mais peu de chose a été livré à la publicité. Un volume, qu'il a fait imprimer sur une classification des sciences, est le plus important de ses travaux philosophiques. M. Ampère, dont l'esprit avide d'instruction se plaisait à se promener d'étude en étude, fut amené à considérer ce sujet d'un point de vue scientifique, et à essayer de refnre, sur un meilleur plan, ce qui avait été tenté plusieurs fois en
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vain, même par des hommes supérieurs. Toutes les fois que ron réunit ensemble des généralihLs dans un ordre logique, il en ressort des enseianeniens de (oute nature, ainsi que plus de ju.slcssc dans les aperçus; et l'esprit humain, revenant ainsi sur lui-même, se rend mieux rom})iC de ce qu'il a fait et de ce qu'il peut faire, reconnaît la voie qu'il avait suivie , apprend h chercher en connaissance de cause ce qu'il avait j)huot poursuivi par instinct, et acquiert ainsi une sorte de maturité scientifique dont les effets se font toujours heureusement sentir. Les idées générales que Ton rassemble et que Ton coordonne, les classifications qui en dépendent et qui naissent, comme elles, de Texamen approfondi des détails, développent la réflexion et sont semblables a ces retours que Thomme, h mesure qu'il avance en âsje, fait sur lui-même, et qui constituent pour lui le résumé de son expérience et le meilleur fondement de sa moralité.
Les classifications ont toujours été une œuvre difticile. Ignorées dans Tenfance des sciences, oh les choses sont vues en bloc, elles commencent à naître lorsque les objets particuliers commencent eux-mêmes l\ être mieux connus;
et d'essais en essais, elles se perfeclionnenî, c est-à-dire se rajDprochent de plus en plus des divisions établies dans la nature elle-même ; car c'est un fait remarquable que moins elles pénètrent au fond des choses , plus elles sont artificielles. Il en coûte beaucoup moins à l'homme d'inventer une méthode où il fait entrer, de gré ou de force, la nature incomplètement observée, que de saisir les caractères vrais et profonds qu'elle a imprimés aux choses,
La classification des sciences appartient de droit à la philosophie , et ce n'est pas une des moindres questions qu'elle se puisse proposer. En elî'et , si la philosophie a une double étude a poursuivre, celle de la psychologie et celle de l'ontologie, il est évident qu'une féconde instruction se trouvera pour elle dans l'usage que l'homme a fait de ses propres facultés et dans le jour sous lequel les diverses relations ontologiques , telles que celles du temps , de l'espace et de la substance, lui ont apparu. Entre la nature de l'esprit humain et ses applications, entre ses conceptions sur le monde et le monde lui-même, il est des rapports nécessaires, source d'idées profondes, qui ne ressortent jamais mieux que quand tout ce qui est appelé science
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se trouve rangé dans un ordre méthodique et réuni sous un seul coup d'œil.
On peut citer, comme exemple d'une classification artificielle des sciences, celle de l'Introduction de l'Encyclopédie, oii elles sont disposées suivant trois facultés que Ton considéra comme fondamentales dans l'intelligence : la mémoire, la raison et l'imagination. Il en résulte (ce qui est, au reste , le vice de toutes les classifications artificielles ) que les objets les plus disparates furent accolés les uns aux autres, et les plus analogues séparés. Ainsi l'histoire des minéraux, des végétaux, se trouve placée h côté de l'histoire civile ; la zoologie , séparée de la botanique par l'interposition, entre ces sciences, de l'astronomie, de la météorologie et de la cosmologie. M. Ampère , au contraire , a cherché une méthode naturelle qui rapprochât les sciences analogues et les groupât suivant leurs affinités. Gomme il était parti d'un principe philosophique suivi avec rigueur, il en est résulté, dans son travail, une régularité remarquable. Voici quel est le principe qui y a présidé : Toute la science humaine se rapporte uniquement à deux objets généraux , le monde matériel et la pensée. De là nait la division na-
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turelle en sciences du monde ou cosmologiques, et sciences de la pensée ou noologiques. De cette façon, M. Ampère partage toute nos connaissances en deux règnes ; chaque règne est , à son tour, l'objet d'une division pareille. Les sciences cosmologiques se divisent en celles qui ont pour objet le monde inanimé et celles qui s'occupent du monde animé; de là deux embranchemens qui dérivent des premières et qui comprennent les sciences mathématiques et physiques ; et deux autres embranchemens qui dérivent des secondes et qui comprennent les sciences relatives à l'histoire naturelle et les sciences médicales. La science de la pensée , à son tour, est divisée en deux sous-règnes, dont l'un renferme les sciences noologiques proprement dites et les sciences sociales ; et il en résulte, comme dans l'exemple précédent, quatre embranchemens. C'est en poursuivant celte division qui marche toujours de deux en deux, que M. Ampère arrive a ranger^ dans un ordre parfaitement régulier, toutes les sciences , et à les mettre dans des rapports qui vont toujours ens'éloignant. Ce tableau, s'il satisfait les yeux, satisfait aussi Tesprit ; et c'est certainement avec curiosité et avec fruit que l'on voit ainsi
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se dérouler la série des sciences, et toutes provenir de deux points de vue principaux, Tëlude du monde et Tétude de Thomme.
Sous ces noms que ÎVÎ. Ampère a classes, sous ces chapitres qu'il a réunis, se trouve renfermé tout ce que l'humanité a conquis et possède de plus précieux. Là est le grand héritage de puissance et de gloire que les nations se lèguent et que les siècles accroissent. Sans doute c'est un beau speclaclc que d'observer les changements (|ue l'homme a apportés dans le domaine terrestre ; ces villes qu'il a semées sur la surface de la terre et qui se forment, comme des ruches, à mesure que les essaims de l'espèce humaine se répandent de tous côtés ; ces forêts qu'il a abattues pour se faire une place au soleil ; ces routes et ces canaux qu'il a tracés; ces excavations profondes qu'il a creusées pour y chercher les pierres , les métaux et la houille ; cette innombrable multiplication de végétaux qui lui sont utiles, substitués au luxe sauvage des campagnes désertes, tout cela attestela puissance du travail humain. Mais ce travail est la moindre partie de ce que l'homme a fait ; le trésor de sciences , qui s'est accumulé depuis l'origine des sociétés , est plus précieux que
tout ce qu'il a fait produire à la terre , édifié à sa surface , arraché à ses entrailles. Une catastrophe dissiperait en vain tous ces ouvrages de ses mains, il saurait à Tinstant refaire ce qui aurait été détruit ; sa condition n'en serait qu'un moment troublée et peut-être même les choses nouvelles sortiraient de ses mains plus régulières et moins imparfaites. Mais s'il venait à perdre ces sciences qui lui ont tant coûté à acquérir, si son savoir, oublié soudainement, périssait avec les livres qui le renferment , rien ne compenserait pour lui une pareille perte. Pientré dans une seconde enfance , il errerait, sans pouvoir les imiter et sans même les comprendre , parmi les monuments de générations plus puissantes, comme le Troglodyte au milieu des temples splendides et des ruines gigantesques de Thèbes aux cent portes ; et il faudrait reprendre ce travail de découvertes, cet enseignement pénible acquis dont l'origine commence pour nous dans les nuages de l'histoire primitive , avec la civilisation égyptienne , et qui s'étend peu h peu sous nos yeux à toutes les races et sur tous les points du globe.
M. Ampère s'est complu à faire ressortir quelques uns des avantages secondaires que
peut produire une classification vraiment naturelle des sciences. Qui ne voit qu'une pareille classification devrait servir de type pour régler convenablement les divisions en classes et sections d'une société de savans qui se partageraient entre eux l'universalité des connaissances humaines? Qui ne voit également que la disposition la plus convenable d'une grande bibliothèque , et le plan le plus avantageux d'une bibliographie générale, en seraient encore le résultat, et que c'est à elle d'indiquer la meilleure distribution des objets d'enseignement? Et si Ton voulait composer une encyclopédie vraiment méthodique, où toutes les branches de nos connaissances fussent enchaînées, au lieu d'être disposées par Tordre alphabétique, dans un ou plusieurs dictionnaires, le plan de cet ouvrage ne serait-il pas tout tracé dans une classification naturelle des sciences ? Mais M. Ampère n'a pas oublié de signaler les points de vue plus élevés qui appartiennent à la classification des sciences , ou plutôt à ce qu'il appelle la mathésiologie. (cSi le temps m'eût permis d'écrire un traité plus complet , dit-il pnge 22 de son Essai sur la Philosophie des Sciences . j'aurais eu soin , en parlant de
chacune d'elles, de ne pas me borner à en donner une ide'e générale : je me serais appliqué à faire connaître les vérités fondamentales sur lesquelles elle repose; les méthodes qu'il convient de suivre , soit pour l'étudier, soit pour lui faire faire de nouveaux progrès ; ceux qu'on peut espérer suivant le degré de perfection auquel elle est déjà arrivée. J'aurais signalé les nouvelles découvertes, indiqué le but et les principaux résultats des travaux des hommes illustres qui s'en occupent; et quand deux ou plusieurs opinions sur les bases mêmes de la science partagent encore les savans , j'aurais exposé et comparé leurs systèmes, montré l'origine de leur dissentiment, et fait voir comment on peut concilier ce que ces systèmes offrent d'incontestable. »
u Et celui qui s'intéresse aux progrès des sciences, et qui, sans former le projet insensé de les connaître toutes à fond, voudrait cependant avoir de chacune une idée suffisante pour comprendre le but qu'elle se propose, les fondemens sur lesquels elle s'appuie , le degré de perfection auquel elle est arrivée, les grandes questions qui restent à résoudre , et pouvoir ensuite, avec toutes ces notions préliminaires.
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se faire une idée juste des travaux actuels des savans dans chaque partie, des grandes découvertes qui ont illustre' notre siècle, de celles qu'elles préparent , etc. ; c'est dans l'ouvrage dont je parle que cet ami des sciences trouverait à satisfaire son noble de'sir. »
Il est très regrettable que M. Ampère n'ait pas exécuté un pareil projet. Un homme qui, comme lui, s'était occupé avec intérêt de toutes les sciences et en avait approfondi quelques unes, était éminemment propre à cette lâche. Exposer les idées fondamentales qui appartiennent à chaque science , déduire les méthodes suivant lesquelles elles procèdent, expliquer les théories qui y sont controversées, indiquer les lacunes que Texamen contemporain y découvre, tout cela forme un ensemble, touchant de très près à tous les problèmes philosophiques auxquels M. Ampère avait si Icngtemps songé. C'est par un détour revenir a l'investigation de l'esprit humain, c'est contempler l'instrument dans ses œuvres , la cause dans ses effets ; et , à toute époque , une puissante étude ressortira de l'examen comparatif entre les sciences que l'homme crée et les facultés qu'il emploie à cette création ; en ce sens et en bien
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d'autres, on peut dire que Je progrès de la philosophie dépend du progrès du reste des connaissances humaines.
M. Ampère était porlé^ par la nature même de son esprit, vers l'examen des méthodes et l'élude des classifications. Il a publié divers essais en ce genre sur la chimie, sur la physiologie et sur la distinction des molécules et des atomes. Possesseur de connaissances spéciales profondes , ses vues élevées sur Tordre dans les sciences et sur le lien qui en unit les diverses parties , le rendaient capable de composer , mieux que qui que ce soit, le programme d'un cours et d'en diriger l'esprit. Peut-être était-il moins apte à faire lui-même un cours élémentaire : cependant il a été longtemps professeur d'analyse à l'École polytechnique , et professeur de physique expérimentale au Collège de France.
Ses travaux mathématiques , parmi lesquels on cite ses Considérations sur la Théorie mathématique du Jeu y lui ouvrirent de bonne heure l'entrée de l'Académie des Sciences. M. Ampère est un remarquable exemple d'une vocation naturelle. Jamais il n'avait pris de
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leçons ; il avait seul étudié les mathématiques ; à treize ans il avait découvert des méthodes de calcul très élevées qu'il ne savait pas être dans les livres, et il se plaisait souvent à répéter que, dans ce travail solitaire de sa jeunesse, il avait appris autant de mathématiques qu'il en avait jamais su plus lard. A seize ans il avait appris le latin de lui-même. Cette habitude de s'instruire par ses propres efiPorls , cette curiosité pour de nouvelles connaissances ne l'abandonnèrent jamais; M. Ampère étudiait toujours, apprenait toujours , et avait sur toutes choses des idées originales et des aperçus profonds. Avec un esprit de sa trempe et une méthode d'apprendre comme la sienne , il n'en pouvait pas être autrement.
On prétend que je ne sais quel mathématicien, après avoir entendu réciter des vers, demanda : Qu'est-ce que cela prouve? Ce n'est pas M. Ampère qui aurait fait une pareille question ; il avait un goût inné pour la belle et noble poésie, et il n'avait rien trouvé, dans ses profondes études sur la physique et la philosophie, qui diminuât sa sensibilité pour le charme des beaux vers. Il est des esprits sourds à cette
harmonie , comme il est des oreilles pour lesquelles la musique n'est qu'un vain bruit; mais c'est une erreur de croire que l'ëtude des sciences émousse le sentiment de la poésie; bien plus, elles ont, quand elles atteignent certaines hauteurs , une naturelle affinité pour elle; et ce n'est pas sans avoir entrevu cette vérité, que le grand poète de Rome a dit : « Heureux celui qui peut connaître la cause des choses ! ))
Notre temps présent, qui a été jadis de l'avenir, deviendra à son tour du passé 5 et il arrivera une époque où toute notre science paraîtra petite. Ce que Sénèque a dit de son siècle , nous pouvons le répéter pour le nôtre: la postérité s'étonnera que nous ayons ignoré tant de choses. Le bruit des renommées ira en s'affaiblissant par la distance du temps, comme le son baisse et s'amortit par la distance de l'espace. Nos volumes, tout grossis par la science contemporaine , se réduiront à quelques lignes durables qui iront former le fond des livres nouveaux. Mais dans ces livres, à quelque degré de perfection qu ils arrivent , quelque loin que soient portées les connaissances qu'ils renfermeront sur la nature, quelque élémen-
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taire que puisse paraître alors ce que nous savons , une place sera toujours réservée au nom de M. Ampère et à sa loi si belle et si simple sur Vélectro-magnétisme.
E. LlTTRÉ.
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EXPOSITION ANALYTIQUE D'UNE CLASSIFICATION NAKJRELLE DE TOUTES LES CONNAISSANCES HUMAINES.
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