‹ Essai sur la philosophie des sciences;Chapitre 46 sur 70 · ETHIQUE · texte numérisé non relu

ETHIQUE

I ( Morale pratique.

\ Ethogwosii j

vElhogenie.

OBSsRTATioTfs. Le lecteuî a sans doute fait ici de lui-même TapplicatioD des quatre points de vue à l'objet spécial de ces scieuces. L^éthographie, toute fondée sur robseryatiou immédiate, est autoptique; la physiognornooie qui recherche une inconnue, est cryptoristique ; la comparaison des divers systèmes des moralistes et des écoles philosophiques , et les règles de conduite que prescrit la morale pratique, font reconnaître dans cette science le point de vue troponomique. Enfin l'éthogénie , qui se propose de découvrir les causes des divers caractères, sentimens, passions des hommes, constitue évidemment le point de vue cryptologiquc de l'objet spécial de ïéthique.

§IV

Sciences du troisième ordre relatives j, la nature réelle de la volonté, au devoir et à la fin de rhomme.

De toutes les facultés de l'homme, celle qui joue le rôle le plus important, à laquelle toutes les autres •ont en quelque sorte subordonnées, c'est la volonté. L'examen de cette faculté et des questions qui la concernent , a toujours occupé une place considéra-

ble dans les ouvrages des philosophes ; ce sera l'objet des sciences que nous allons parcourir dans ce paragraphe.

a, ÉnnmératioD et définitions.

1. Thélésiographie, Qu'est-ce que la volonté? Quelle est sa nature? Est-elle libre, et en quoi consiste sa liberté? Ne faut-il pas distinguer la liberté de vouloir de la liberté de faire ce que Ton veut?.., La réponse à ces questions et autres analogues, puisée dans la simple observation intérieure des faits , l'exposition des diverses opinions des philosophes sur celte grave matière, sont l'objet d'une science du troisième ordre , à laquelle je donne le nom de thélésiographie, de Gi)./2<7tç, volonté.

2. Dicéologie. De même que l'intelligence a besoin de discerner le vrai du faux , et que la logique lui apprend à faire cette distinction, de même la volonté a besoin de distinguer le juste et l'injuste. Sur quoi est fondée cette dernière distinction? Peut-ou la faire reposer sur l'intérêt, sur la tendance au bonheur qui existe dans tous les hommes , sur une simple convention sociale? ou ne faut-il pas, au contraire , reconnaître qu'elle est indépendante des opinions des hommes, comme les vérités mathématiques le sont des /orme5 et de la nature de leur esprit, et que Dieu a créé l'homme pour accomplir le bien, comme pour connaître le vrai? Toutes les vérités qui résultent de l'examen de ces questions , constituent

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une science du troisième ordre que je nomme Dicéologie, de tô ot'xaiov, le juste»

3. Morale apodictique. Viennent maintenant les lois du devoir et les règles de conduite à suivre dans toutes les circonstances où Ton peut se trouver, fondées non plus sur 1 intérêt personnel , mais sur l'amour du juste. Ces lois , dérivées de la comparaison de ce que l'homme peut faire, de ce qu'il doit faire, et de toutes les conséquences de ses actions, forment une science à laquelle je donne le nom de morale apodiclique, du grec àTrooeiy-t/o;, démonstratif.

4. Anthropotélique . En partant de ce que les diverses branches de l'ontologie nous ont fait connaître sur la nature de l'àme humaine et les attributs de Dieu, on arrive, par une conséquence nécessaire, à la consolante perspective de l'immortalité de l'àme. Toutes les vérités qui se rapportent à cette question composent une science du troisième ordre, à laquelle j'ai douné le nom à\.4nthropotéliquey des deux mots grecs KvôûwTToç, homme y et re^txo'c, relatif à la fin*

h. Classification.

L'objet spécial des quatre sciences du troisième ordre que nous venons de définir, était de faire connaître la nature de la volonté , les fondemeus et les règles du devoir, la fin de l'homme j elles embrastîcnt, dans leur ensen^ble , tout re qui tient à ces grandes questions , et forment par leur réunion la science du premier ordre que j'appelle THELESIO-

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LOGIE. Celle-cî se divise en deux sciences du deuxième ordre ^ l'une, sous le nom de thélésiologie ÉLÉMENTAIRE, compicnd la thélésiographie et la dicéologie , qu'on peut considérer comme des éludes préliminaires à celle de la morale apodiclique et de l'anthropotélique. Ces deux dernières réunies forment la seconde science du second ordre comprise dans la Thélésiologie, et à laquelle je donne le nom de THÉi.ÉsiOGNOSiE , parcc qu'elle renferme une connaissance plus approfondie de ce qui est l'objet de ces sciences. Voici le tableau de cette classification :

Science du i*^ ordre . 1 Sciences du :i,^ ordre. 1 Sciences du ^* ordre.

l Thélésiographie.

TuÉlÉsiologie blkmem'^.

THELESIOLOGIE.

ThblÉsiocitosie.

« Dicéologie.

I Morale apodictique.

I Anthropote'lique.

Observations. La thélésiographie est le résultat de la conscience que nous avons de notre liberté ; et quoiqu'elle s'occupe aussi des opinions opposées à ce que nous révèle cette vie intérieure de nous-mêmes, elle n'en doit pas moins être considérée comme le point de vue autoptique de la thélésiologie , puisque, ainsi que je l'ai dit , lorsqu'il est question des sciences noologiques, on doit regarder les opinions même erronées comme faisant partie de la science. La dicéologie est , par rapport à la thélésiologie , ce que la logique est à l'égard de la psychologie ; elle constitue , comme cette dernière et pour les mêmes raisons, le point de vue cryptoristique de la science du premier ordre dont elle fait partie. Quant à la morale apodictique qui difîère essentiellement de ce que j'ai nommé morale pratique, en ce qu'au lieu de reposer sur des bases subjectii^es , elle est fondée sur la réalité objective des devoirs imposés à tout être libres devoir»

dont Ifl térité éternelle ne peut être comparée qu^à celle des rapports mathématiques de l'espace iofiai et nécessaire. £Ue forme, par les lois générales qu'elle établit , le point de vue troponomiquede la thélésiologie. L'anthropolélique , lorsqu'on scrute la nature des vérités dont elle s'occupe , a pour objet la solution des questions relatives au but de notre existence, solution qui, fondée sur l'enchainement nécessaire des causes et des eBéts , pénétre dans ce que la nature humaine a de plus caché et de plui mystérieux ; et l'on ne peut méconnaître ici le point de vue cryptologique de la thélésiologie.

Définitions et classification des sciences du premier ordre qui ont pour objet V étude des facultés iri' tellectuelles et morales de r homme.

Après avoir parcouru toutes les sciences du premier ordre qui ont pour objet général l'étude des facultés intellectuelles et morales de l'homme , pour nous conformer au plan que nous avons suivi dans la première partie de cet ouvrage, nous nous arrêterons un instant pour montrer les limites respectives de ces sciences , les rapports qu elles ont entre elles, et pour les classer à leur tour en embranchement et 5ous-embranchemens.

a. Énumération et définitions.

I. Psychologie, J'ai adopté le nom de p.v)^c/io/o^ie pour me conformer à l'usage presque universellement adopté aujourd'hui de désigner sous ce nom l'élude de la pensée, fondée sur cette observation intérieure que les philosophes ont appelée reflexion ou cous-

cience. Le nom à! idéologie, que l'on a voulu substituer à celui de psychologie , est évidemment trop res* treint,les idées ne faisanlqu'une partie des objets qu'étudie la science dont il est ici question et qui ne s'occupe pas seulement des idées et de leur origine, mais encore des jugemens , des raisonnemens et des méthodes. Au reste, les faits intellectuels dont l'observation lui sert de base et toutes les déductions qu'on tire de ces faits sont absolument indépendans des diverses opinions qui ont été émises sur la nature de ce qui pense en nous. Ces faits sont les mêmes pour le spirilualiste et le matérialiste , quand ils portent dans leur examen le même soin et qu'ils y procèdent également par la méthode qu'on doit suivre dans toutes les sciences et qui consiste à enregistrer les faits avant de les comparer, à les comparer et à déduire de cette comparaison des lois générales qui puissent nous servir à remonter à leur cause. C'est à la science suivante, à l'ontologie, qu'appartiennent les recherches sur la nature de la substance pensante, comme celles qui sont relatives à la réalité de l'espace, de la matière, à l'existence et aux attributs de la puissance infinie, cause première de tout ce qui est. 2. Ontologie. Par tout ce que j'ai dit sur les quatre sciences du troisième ordre comprises dans l'ontologie j'ai suffisamment fait connaître l'objet de celle-ci j mais il me semble nécessaire d'ajouter une remarque importante sur les caractères qui la distin

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guent de la seconde partie de la psychologie : la logique. Celle-ci soumet à Texamen les jugemens que nous portons tous les jours, et ceux que nous avons portés à des époques dont nous pouvons nous souvenir 5 elle apprécie la valeur des divers motifs de ces jugemens , le sens intime , l'évidence , le témoignage des sens , Te témoignage des hommes , etc., et elle détermine les conditions qu'exigent ces motifs pour donner de la certitude à nos jugemens.

Mais quand nos croyances sont dues à des jugemens qui ont précédé toutes les époques dont nous avons conservé la mémoire , on ne peut pas remonter à ces jugemens pour les examiner^ les croyances ne sauraient alors ètrejuslifiées que par une autre analyse et d'autres moyens. D'ailleurs , comme toutes les croyances fondamentales de l'intelligence , l'existence des corps , celle des substances immatéiielles et celle de Dieu même se trouvent dans ce cas , l'examen do ces croyances doit être élevé au rang des sciences du premier ordre.

Une chose qui me semble digne de remarque, c'est qu'entre les deux sciences dont nous venons de parler, il y a des rapports analogues à ceux que j'ai signalés, à l'article des sciences mathématiques, entre l'arithmologie et la géométrie: en eÛét, l'ariihmologie peut se concevoir dans un monde purement phénoraénique , puisque non seulement les phénomènes sont susceptibles d'être comptés , mais qu'ils

le seraient encore , lors même que les objets qui les produisent en nous n'existeraient pas , et que ce sont des phénomènes que nous comptons réellement , quand nous acquérons les idées des divers nombres, de même que la psychologie observe dans le monde de la conscience les phénomènes de notre sensibilité et de notre activité, indépendamment de leurs causes.

La géométrie est une application de l'arithmologie à une grandeur spéciale : l'étendue; et cependant elle a dû être considérée comme une science du premier ordre, non seulement à cause que la propriété appartenant exclusivement à l'étendue d'avoir trois dimensions donne à celte espèce de grandeur une importance toute particulière, et multiplie extrêmement le nombre des théorèmes dont elle est l'objet, en multipliant celui des rapports qui existent entre les diverses parties, mais surtout à cause que l'étendue objective dont il s'agit ici est la condition d'existence de tout ce qui peut êlre mesuré, et que, comme nous l'avons déjà remarqué page 6^7 de la première partie, les vérités géométriques ne se rapportent pas à l'étendue phénoménique, où Reid a montré que des triangles qui se présenteraient à nous comme terminés par trois droites pourraient nous olfrir trois angles droits, et même trois angles obtus, mais bien à l'étendue réelle existant hors de nous et indépendamment de nous.

De même, l'ontologie est Tapplicatioii de la psychologie à une conception spéciale: celle des substances matérielles et immatérielles; application qui mérite de même d'être considérée comme une science du premier ordre , non seulement par l'imporiance et la difficulté des recherches dont elle se compose, mais surtout parce que l'ontologie a pour objet la réalité objective des substances, comme la géométrie celle de retendue.

3. Ethique. Dans les deux sciences que nous venons d'examiner, l'homme a pour but de connaît tre ; c'est l'intelligence qui est principalement en jeu: elle s'étudie elle-même ou étudie ses connais' sances relativement à leur réalité objective. Ici on étudie non seulement l'homme agissant, déployant à la fois ses facultés intellectuelles et morales, mais encore les divers sentimens , les diiTérentes passions, et, en général , tous les motifs qui peuvent déterminer les actions. Il estais»^ d'ailleurs de remarquer l'analogie frappante qui existe entre l'éthique et la mécanique placée au même rang dans les sciences cosmologiques.

4. Thélésiologie. Après avoir étudié dans les sciences précédentes les facultés de l'àme en général , on en considère ici une en particulier, mais cette faculté domine toutes les autres : c'est la volonté. C'est elle qui est réellement la cause de toutes nos aclioasj c'est par elle que l'homme, susceptible de mé-

rite ou de démérite, est seul appelé, de tout ce qui vit sur la terre, à une autre existence.

La tliélésiologie , science du premier ordre, tient, parmi les sciences noologiques, la même place que l'uranologie parmi les sciences cosmologiques. Les théorèmes de la mécanique n'ont pas seulement besoin , comme ceux des mathématiques proprement dites, d'une étendue réelle, mais vide et immobile, pour être réalisés objectivement , ils ne le sont que là où il y a de la matière douée de mobilité et d'inertie, susceptible d'éprouver l'action des forces. Et de même qu'on peut ainsi regarder l'uranologie comme la mécanique objective, on doit considérer la tliélésiologie comme Véihique objective , en ce qu'elle déduit, de rapports éternels, indépendamment des sentimens , des passions et de tout ce qu'il y a de phénoménique en nous , la distinction du bien et du mal, le devoir et l'existence à venir, où tout être libre doit trouver la récompense , ou la punition de l'emploi qu'il a fait de sa volonté.

bt Classification.

Il est évident que ces quatre sciences du premier ordre embrassent toutes les vérités que nous pouvons connaître relativement à leur objet commun: les facultés intellectuelles et morales de lliomme; en conséquence, j'en formerai le premier embranchement du second règne , sous le nom de sciences PHILOSOPHIQUES. Cet embranchement se divisera na-

turelletnent en deux sous-embrancheraens , l'un des sciences philosophiques propreme>t dites , comprenant la psychologie et Tontologie , et l'autre des sciences morales, renfermant Téthique et la ihélésiologie, conformément au tableau qui suit:

Embranchement . I Sous-embmnchemens . I Sciences du \^t ordre»

{Psychologie.

Ontologie.

r Ethique.

MOEAI.ES j

\Thelesiologie.

Observations. Dans cette division nous retrouvons encore une application frappante des quatre points de vue à l'objet général de ces sciences, en prenant, comme nous l'avons vu à l'égard des sciences cosmologiques , ces quatre points de vue dans un sens plus large que lorsqu'il s'agit des sciences du troisième ordre. La psychologie étudie la pensée telle que nous la connaissons par l'observation immédiate ; elle en est donc le point de vue autoptique. L'ontologie se propose de résoudre le grand problème de la pensée humaine : savoir, s'il y a de la réalité dans les connaissances que nous avons ou croyons avoir de ce qui n'est pas nous-mêmes ; c'est là le caractère du point de vue cryptoristique. L'éthique, qui étudie cette multitude de divers caractères , de sentimens et de passions qu'offre le cœur humain dans les diiïérens individus , et qui lie, autant qu'il lui est possible par des lois générales , les résultats de cette étude, présente tous les caractères du point de vue troponomique. Enfin la thélésiologie , en soulevant toutes les questions sur lesquelles les philosophes ont de tout temps discuté et discutent encore, relatives à la liberté, à la distinction apodictique du juste et de l'injuste, aux lois morales qui sont une suite de cette distinction» et à ce que L'homme a à e»pérer ou à craindre dan» une autre

existence , cherche à pénétrer dans les mystères les plus profonds de la nature del'homme , dans la connaissance des causes mêmes pour lesquelles il a été créé. C'est bien là le point de vue cryptologique des sciences philosophiques.

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