‹ Essai sur la philosophie des sciences;Chapitre 54 sur 70 · Archéologie. Autant il est aisé de définir l'ar · texte numérisé non relu

Archéologie. Autant il est aisé de définir l'ar

cbéologie en disant qu'elle a pour objet de décrire, d'inlerprëter , de constater l'authenticité et de découvrir l'origine des monument^ et en ajoutant qu'on comprend sous ce nom de monumens tous les témoins qui nous restent de l'existence des peuples qui ont passé sur la terre, autant il est difficile de séparer l'archéologie, par des limites précises, de plusieurs autres sciences qui ont avec elle des points de contact très intimes. C'est surtout à l'égard de la glossologie et de la techneslhéiique que cette difficulté se fait sentir; ainsi, pour la première, on ne voit pas d'abord bien clairement ce qui doit être rapporté à l'archéologie et ce qui doit l'être à la glossologie , dans un travail comme celui du célèbre Champollion sur les hiéroglyphes égyptiens. Je pense à ce sujet qu'il faut rapporter à la première de ces deux sciences l'interprétation des caractères soit hiéroglyphiques , soit phonétiques tracés sur les monumens égyptiens de tout geiîre , tant que la signification de ces caractères est inconnue ; mais quand celte interprétation sera complète et qu'on ne pourra plus méconnaître dans le cophte la langue des anciens Egyptiens, l'étude des caractères dont ils se sont servis pour l'écrire appartiendra à la glossologie.

Quant à la tcchnesthétique , la difficulté vient de ce qu'un même monument peut être étudié sous des rapports très difTérens, et que si cette élude appartient à l'archéologie, tant qu'elle est faite, cofiime il

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vient d'être dit, elle se rapporte à la lechueslhétique lorsqu'il s'agît des beautés et des défauts de ce même monument considéré comme un produit de l'art, indépendammentde ce qu'y chercliel'archéologue. Nous avons déjà vu plus d'une fois que le même objet considéré sous divers rapports , peut appartenir à des sciences différentes 5 et cette idée a été développée , pages 168, 169, etc., de la première partie, en prenant pour exemple une fonction organique qui doit être rapportée à la zoologie, quand elle est considérée en elle-même , et qui , quand il s'agit des causes qui la déterminent, des maladies où il convient en général de la provoquer, ou de son emploi dans une maladie individuelle, doit l'être à différentes branches des sciences médicales.

Quant à la place que l'archéologie doit occuper dans la série des connaissances humaines, elle se trouve nécessairement déterminée par la considéralion que cette science , d'une part , sert de complément à la géographie des anciens peuples, et, de l'autre, prépare à 1 étude de l'histoire, à laquelle elle est si intimement liée, que j'ai même hésité quelques momens sur la question de savoir si elle devait précéder l'histoire, ou être placée immédiatement après.

En effet, l'explication d'un monument ne peut quelquefois être trouvée qu'à Taide de ce que l'histoire nous apprend sur les hommes qui en ont été les au-

leurs, et ce serait une raison pour placer riiistolre avant Tajcbéologie. Mais il arrive bien plus souvent que l'étude des monumens , que la découverte d'une médaille ou d'une inscription antique nous révèlent l'existence de nations, de souverains, d'événemeus quelconques qui n'ont laissé aucune autre trace-, et lors même que les historiens en ont parlé, c'est encore à ces monumens seulement qu'on en doit une connaissance exacte et dont la certitude soit à l'abri de toute discussion. Ce sont là les secours que l'histoire est obligée d'empruntée à l'archéologie, et qui, plus nombreux et plus importans que ceux qu'elle lui prêle, ne permettentpas d'établir entre cesdeuxsciences un ordre difiéreui de celui où je les range ici.

3. Histoire. Jusqu'ici nous n'avons eu à considérer dans l'ethnologie et l'archéologie que ce qu'on pourrait appeler le matériel des nations : les régions qu'elles habitent et celles d'où elles sont sorties j les villes qu'elles ont bâties , les monumens de tout genre qu'elles ont laissés, etc. Nous allons maintenant, tant dans le reste de ce chapitre que dans le chapitre suivant, voir les nations agir comme des individus, obéir à des sentimens , à des passions , à des croyances , pourvoir à leurs besoins , à leur défense , et assurer la tranquillité publique par des lois et des gouverïiemens. C'est alors que 1 enumération de toutes les sciences relatives aux sociétés humaines étant achevée, îa lâche que nous nous étions imposée sera acconi-

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plie. Et d'abord nous avons à dous occuper de l'histoire, à indiquer ton! ce qui doii être compris dans celte science, et à tracer les Uniitcs dans le>squelles elle doit être renfermée.

Ici se présente une question importante. Il existe beaucoup d'ouvrages qui ont pour objot cVexnoser les progrès successifs par lesquels les diûereuies sciences sont arrivées aux degrés de perfection où elles se trouvent aujourd'hui , et qui portent le nom d'histoire de ces diverses sciences, comme histoire des matuématiqucs, histoire des sciences naturelles, de la médecine, de la peinture, de la sculpture, du commerce, de la législation, etc. Ces ouvrages doivent-ils être rapportés à la science dont il s'agit ou doivent'ils iètrcà chacun des srrounes de vérités dont ils racontent les progrès? La seconde manière de voir me semble préférable. L'histoire est une science ethnologique; c'est celle desdifférens peuples considérés comme des réunions d'hommes qui se forment, s\accroissent, sont suscepiiblcs de passer par divers éiats de civilisation, de vieillir et de mourir. Les hommes qui se sont f^.it un nom dan's la posiérîté n'en font essentiellement partie que par l'influence qu'ils ont eue sur la destinée dL^s nations. L'histoire de ceux dont les travaux ont accru le domaine de chaque groupe de vérités appartient à ces groupes, et c'est avec raison que dans beaucoup de traités scientifiques, on place celte histoire à la lèîe de Tou-

vrage comme uue sorte d*introdurtion. Peut-être seraii-il encore plus ralionnrl de !a placer à la fin. Par là elle serait plus intelligible et on n'aurait à parler au lecteur que de ce qu il connaît déjà. Cette réflexion s'applique et aux sciences de diflerens ordres, et aux groupes de vérités plus généraux , comjne les sous-embranchemens, les cmbranchemens, etc. On conçoit, en eflet , qu'on pourrait, par exemple, faire soit une histoire suivie, soit un dictionnaire biographique des travaux, des découvertes, de la vie des chiuiistes ou à la tète d'un traité de chimie , ou dans un ouvrage à part, et que, dans tous les cas, cet ouvrage appartiendrait à lachimie , enycomprenanttout ce qui se rapporte réellement à cette science. Il en serait de même par rapporta l'analyse mathématique, qu'où pourrait suivre ainsi dans tous ses progrès , de l'Inde où elle a pris naissance à l'école d'Alexandrie, dans ce qui nous reste de Diophante, chez les Arabes et chez les Algébristes modernes, jusqu'aux traites de cette science qui servent aujourd'hui à l'enseignement. Ce sont là les sciences du troisième ordre. La même chose peut avoir lieu pour une science du second, pour une du premier, pour un sous-cmbranchemenl, pour un embranchement, par exemple , un traité, ou un diciioiinaire biographique, des découvertes, etc., etc. (i).

( ») Mon père avait d'abord envisagé autrement le but et le do-

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4. Hiérologie. Quoique celle science soit suffisamment définie, dès qu'on a indiqué Tobjet spécial

maine de l'histoire. En respectant sa dernière pensée , j'ai cru devoir conserver le morceau qu'on va lire. Ou verra comment son puissant esprit pouvait saisir les deux côtés d'une question , et combien il sayait rendre plausibles même les opinions qu'une méditation plus approfondie lui faisait abandonner.

« On a, en général, beaucoup trop restreint le champ de « l'histoire en n'y comprenant presque exclusivement que ce qui « est relatif au gouvernement et aux événemens militaires. Ce « n'est pas là l'histoire complète ; elle doit embrasser toutes les « vicissitudes de l'esprit humain , en différens lieux , en diiïérens « temps. Tous les hommes qui ont laissé leur nom à la postérité, « pour quelque raison que ce soit, y doivent également trouver « place; Homère, Raphaël et Newton appartiennent à l'histoire « tout autant qu'Alexandre , Geogiskan , ou Louis XIV. La cou- « struction de Saint-Pierre de Rome est un événement tout aussi « historique que la fondation d'Alexandrie , une découverte dans « les sciences autant qu'une bataille.

« On doit définir Thistoire : la connaissance de tous les événeu mens qui , sous quelque rapport que ce soit , se rattachent à « l'homme considéré dans le temps ; c'est pourquoi un diclion- « naire biographique est un ouvrage historique; c'est pourquoi « une histoire complète du genre humain devrait comprendre K toutes les subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre de « cette science , relatives aux différentes branches des connais- « sances humaines, telles que l'histoire des mathématiques, celle « du commerce et de l'industrie , celle des sciences naturelles ou « médicales , celle de la philosophie , de la littérature et des arts « libéraux , de la législation , etc. ; comme d'autres subdivis ons « de la même science réunissent les faits relatifs aux mêmes « lieux , telles que l'histoire d'un peuple , d'une province , d'une <( ville, etc., ou aux mêmes époques, comme l'histoire ancienne,

qu'elle étudie , il peut cependant rester quelques difficuhc's , tant sur les limites qui la séparent des autres sciences , que sur la place qu'il convient do lui assicruer dans la série des connaissances et sur Tembranchement de ces sciences dans lequel elle doit être comprise: c'est de la solution de ces difficultés que nous avons à nous occuper.

La première est relative à la limite qui sépare l'hiérologie de la théologie naturelle et de la théodicée. Le but commun que ces sciences se proposent également est d'éclairer l'homme sur les rapports qui peuvent exister entre lui et son Créateur, et sur la première origine de toutes choses. Mais les moyens qu'elles emploient pour y parvenir sont trop différens pour que ce soit un motif de les réunir, lorsque,

• celle du moyen â;e et l'histoire moderne. Sans doute cette hig- « toire complète , sufBsammeot détaillée , qui n'existe point encore , serait au-dessus dps forces , non seulement d'un scu^ (t auteur, mais peut-être même d'une réunion de savans, à moins c qu'on ne supposât cette réunion très nombreuse ; mais ce n'est K point une raison pour ne pas comprendre dans la science dont X il est ici question , tout ce qu'elle doit embrasser ; et si la plut part des historiens en ont négligé une si grande partie pour < s'attacher presque exclusivement à la partie politique et mili- « taire, c'est qu'ils ont modelé leurs ouvrages sur ceux des his« « toriens de la Grèce et de Rome, écrits à une époque où Ton « ne s'était point encore élevé à cette idée : que la marche de « l'esprit humain était, plus encore que les faits matériels, le vé- « riUble objet de Thistoire. »

d'une part , la théologie naturelle et la théodicée ne peuvent être séparées des deux autres sciences du troisième ordre comprises dans la métaphysique et qui ont pour but de résoudre les différentes questions qu'on peut se proposer sur la nature des substances, soit matérielles , soit spirituelles -, que serait en effet un cours de philosophie où il ne serait pas question de Dieu ? et , de l'autre, comment l'hiérologie pourrait-elle précéder l'histoire, qui ne peut venir qu'après l'étude des facultés intellectuelles et morales, des passions et des caractères des hommes, des langues , des arts libéraux, de l'ethnologie et de l'archéologie ? car, c'est sur les témoignages de l'histoire que reposent tous les faits qui servent de base à la révélation et les preuves que doit développer la controverse. L'histoire sainte, l'histoire ecclésiastique sont évidemment du domaine de l'histoire comme toutes les autres branches de cette dernière science , comme la géographie de la Palestine appartient à la géographie comparée. Comment ranger l'hiérologie dans les sciences philososophiques sans y mettre aussi cette partie de l'histoire et de la géographie comparée qui ne sauraient y être placées ?

Peut-être quelques lecteurs penseraient au contraire que l'hiérologie est si intimement liée à l'histoire que j'aurais dû l'y comprendre , au lieu d'en faire une science à part. Mais alors il y aurait eu les mêmes motifs pour y placer aussi d'autres sciences

et particulièrement colles dont nous parlerons dans le chapitre suivant sous le nom de nomologie. Il y a dans riiicrologie, comme dans toutes les autres branches des connaissances humaines , une partie histori- (lue qui est comprise dans l'histoire, mais il y a aussi une partie d'exposition et de discussion nui doit être considérée comme appartenant à une science du premier ordre distincte de toutes les autres.

Une troisième difficulté consiste à savoir si l'hiérologie ne pourrait pas être considérée comme une des sciences qui s'occupent des moyens d'agir sur les sociétés humaines et comme devant par conséquent êire rangées parmi les sciences de l'embranchement suivant. J'ai moi-même hésité si ce n'est pas là que je la placerais; mais j'ai pensé qu'il y avait entre Ihiérologie et ces sciences dont je m'occuperai dan» le chapitre suivant. sous le nom de sciences politiques, une ditTérence qui ne permettait pas de la réunir avec elles dans un même embranchement. Les sciences politiques ont pour objet le bien-être physique des nations 5 mais ce n'est pas de ce bonheur qu'il s'agit dans les sacrifices que l'homme religieux s'impose. Le législateur peut changer les lois, les constitutions des états -, il ne dépend pas de lui que celui (jui croit cesse de croire, ou croie autrement. C'est en vain que les empereurs romains qui pouvaient à leur gré disposer des armées et changer les lois , ont employé toute leur puissance à anéantir la

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religion que prêchaient les apôtres. La religion d'un peuple , quand el'e est profondément gravée dans les k cœurs , est un fait au dessus de la puissance qui décide du son des états. J'uuiais cru avilir ce qu'il y a de plus respectable sur la terre, si, en le plaçant dans l'em branchement des sciences politiques , je Tavais considéré comme un simple moyen d'ordre public. Sans doute que la croyance d'un peuple est une des causes qui agissent le plus puissamment sur son état social; mais son influence est d'une nature particulière et très ditlérenle de celle des autres insliluiions civiles et politiques. J'aurai bientôt l'occasion de revenir sur ce sujet.

b, Claisifîcation.

Les quatre sciences du premier ordre que je viens défaire connaître, embrassant toutes les vérités qui ■ se rapportent à la simple connaissance des sociétés i humaines , j'en formerai un embranchement auquel je donnerai le nom de SCIENCES ETHNOLOGI- QUES. Cet embranchement sera lui-même subdivisé en deux sous-embianchemens , l'un des scie>ces ETHNOLOGIQUES PROPP.EMEiNT DITES, renfermant Telhnologie et l'archéologie j l'autre des sciences historiques , comprenant l'histoire et Thiérologie , comme on le voit dans le tableau suivant :

Embranchement . i Sous^embranc^iemens . I Scienas du i*' ordre.

I SouS'embranc^iemens . I

I Ethnologie.

t Archéologie.

rH«to.re,

HliT0StQCEJ }

\ Hie'rolo^ie.

OBSBRVATioîfs. Il est impossible , surtout quand on se rappelle qu'il faut prendre ici les divers points de Tue dans un sens plus large que lorsqu'il s'agit des sciences du troisième ordre , de méconnaître, dans l'ethnologie, le point de vue autoptique de l'objet général des quatre sciences du premier ordre dont nous venons de parler. Le point de vue cryplorislique de cet objet est encore plus manifeste , s'il est possible , dans l'archéologie. Dans l'histoire qui s'occupe de toutes les vicbsitudes successives de l'existence des nations , et où l'on cherche quelles sont les lois générales qui présidente ces changemens, on reconnaît aisément tous les caractères du point de vue troponomique. Enfin, les religions sont, parmi les causes qui influent sur le sort des nations, ce qu'il y a de plus mystérieux et de plus c^ché. L'hiérologie, qui les étudie, correspond donc au point de vue cryptologique du même objet général. Je remarquerai à ce sujet que les autres causes qui influent également sur le sort des nations sont les objets des quatre sciences du premier ordre dont nous nous occuperons dans le c\ apilre suivant. Elles diffèrent de l'hiérologie en ce que ces objets dépendent beaucoup plus immédiatement du choix qu'en funt les hommes. Elles ont toutes plus ou moins le caractère cryptologi^fue ; car, comme nous le verrons dans les observations placées à la fin du cinquième chapitre, l'embranchement qu'elles forment par leur réunion répond au point de vue cryptologique, pris dans un sens encore plus étendu, de toutes les sciences uoologiques. Le lecteur a dû observer la mime chose dans les sciences cosmologiques ; la zootecboie , qui

cherche les moyens de tirer des animaux toute Tutilité possible, répond au point de vue cryptologique , en tant qu'elle présente ce point de vue relativement à l'objet général des sciences naturelles ; et Ton emarque plus ou moins le même caractère cryptologique dans a physique médicale , l'hygiène et la médecine pratique , parce que l'embranchement qui est formé de la réunion de ces sciences , correspond à ce même point de vue dans l'ensemble des sciences cosmologiques.

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