HISTOIRE
! Histoire comparée.
Philoiophie de l'hist.
Obsbavations. Si les faits que raconte la chronographie ne sont pas et n'ont pu être obserrés par celui qui étudie cette science , elle n'en constitue pas moins le point de Tue autoptique de l'objet spécial de l'histoire, d'après ce que nous avons déjà dit qu'il faut attribuer à ce point de vue , non-seulement ce que nous avons vu nous-mêmes , mais ce qui Ta été par autrui. La chronognosie entre dans un examen plus approfondi de ces faits ; elle en discute la vérité et se propose d'en fixer la date précise , toutes les foij que cette date est sujette à quelques difiElcultés ; c'est bien là le point de vue cryptoristique du même objet. £nfin, l'histoire comparée, qui rapproche, relativement aux analogies et aux dissemblances qu'ils présentent , les cbangemens successifs des gouvernemens , de la civilisation et de la prospérité ou de la décadence des diverses nations, en est évidemment le point de vue troponomique, comme la philosophie de l'histoire, qui recherche les causes de ces roémei cbangemens, en est le point de vue crypto« logique.
§iv.
Sciences du troisième ordre relatis^es aux religions qui ont régné ou qui régnent actuellement parmi les nations.
Il eu est des religions comme des gouveruemens sous
lesquels les peuples ont vécu ou vivent actueilemeni^ l'ethnographif? âoh les indiquer en signalant les différences que présentent les diverses nations. L'histoire doit en raconter les vicissitudes; mais l'exposition, riuterprétaiion 5 la comparaison de leurs rits, de leurs dogmes, etc., les reclierclies relatives à leur origine et à la manière dont elles se sont répandues sur la surface de la terre, tout cela appartient à une science du premier ordre , que , bien qu'elle soit intimement liée à l'histoire dont elle est une sorte de complément, il convient d'étudier à part, de même qu'on doit le faire à l'égard des lois et des institutions politiques des divers peuples. C'est de cette science du premier ordre que nous avons à nous occuper dans ce quatrième paragraphe.
a. énumération et définitions*
H iéro graphie. L'étude, plus ou moins approfont die , suivant le but qu'on se propose , des rits , des croyances, des dogmes, etc. , des diverses reli» gions , est le sujet d'une première science du troisième ordre ^ à laquelle j'ai cru devoir donner le nom dihiérographie , de ispô?, sacré.
Considérée dans toute son étendue, elle embrasse les religions de tous les peuples, de ceux qui ne sont plus , comme des nations existantes aujourd'hui sur
le globe* Elle peut se partager en autant de subdivisions que l'on compte de cultes principaux*, mais ce sont là évidemment de ces divisions du quatrième ou du cinquième ordre dont je n'ai point à m' occuper dans cet ouvrage. Elles sont semblables à celles que Ton pourrait établir dans Tethnograpbie ou la diégématique , en s'occupant séparément soit des diverses divisions de la surface de la terre, soit des événemens qui se sont passés dans des lieux ou h des époques déterminées. Et quand, dans cbaque pays, on borne l'enseignement de Y hiétv graphie , pour ceux qui professent une religion, pour ceux mêmes quî doivent en être les ministres, aux rits et aux dogmes de celte religion , c'est qu'on regarde comme inutile l'étude de ceux des autres cultes; étude qui, en effet , n'est guère susceptible d'intéresser que ceux qui veulent approfondir cette branche de nos connaissances, et y puiser des matériaux pour les autres sciences du troisième ordre dont nous avons à parler dans ce paragraphe.
2. Symbolique. Ces rits , ces dogmes cachent souvent des idées autrefois réservées à un petit nombre d'initiés, et dont le secret, enseveli avec eux, peut cependant être retrouvé par ceux quî font une étude approfondie des renseignemens de tout genre qui nous restent sur ces anciennes croyances et sur les cérémonies qu'elles prescrivaient. De là une science à laquelle on a donné le nom de symbolique , que je
]ui conserverai et où Ton se propose de découvrir ce qui était caché sous des emblèmes si divers.
3. Controverse, Les hommes ont un grand intérêt à comparer les religions entre elles, à examiner quels en sont les fonderaens, les preuves qu'elles invoquent en leur faveur, et les objections qu'on peut élever contre elles; car c'est cette étude qui fixera leur opinion sur un objet si important par Tin- ^uence qu'il doit exercer sur tout l'ensemble de leur vie morale, et qui, lorsqu'ils sont incertains relativement à la vérité de la religion dans laquelle ils ont été élevés, dissipera leurs doutes ou les conduira à embrasser celle dont les preuves ne leur laisseront rien à désirer. Je donne à la science qui résulte de ce genre d'examen et de discussion, et sur laquelle on a écrit un si grand nombre d'ouvrages, le nom de controx^erse, que l'usage lui a consacré depuis long-temps.
4. Hier o génie. Enfin , il reste à rechercher quelles sont les causes et l'originede tant de religions répandues sur la terre. Y a-t-il eu plusieurs religions primitives , ou sont-elles toutes des transformations successives d'une première religion? Parmi des croyances si diverses et si multipliées, y a-t-il une religion que Dieu même ait donnée à l'homme et qu'il ait marquée de caractères qui ne permettent pas de la méconnaître? La comparaison des diverses religions conduit à la solution de ces graves questions. Toutes
les vérités résultant de ce genre de recherches constituent une science du troisième ordre, à laquelle je donne le nom (ïhiérogénie.
Par Tétudedes causes et de Torigine des religions^ je n'entends pas seulement l'étude de ce que l'histoire nous fait connaître des hommes qui les premiers ont enseigné ou propagé les religions, celle des altérations successives ou des réformes qu'elles ont éprouvées^ ces recher( lies appartieîinenl bien à l'hiérogénie ; ce sont des emprunts qu'elle fait à l'hisloiie; mais elle a encore d'autres objets à considérer, elle doit chercher dans la nature de l'esprit humain, dans l'imagination , dans les caractères et dans les passions des hommes , ce qui a déterminé la forme qu'ont prise les fausses religions et les modifications qu'elles ont subies ; comment la plupart , mj'stérieuses et terribles d'abord , ont dégénéré en fables ridicules , puériles ou gracieuses , qui , perdant peu à peu toute influence sur la conduite des individus, n'ont presque plus été pour eux qu'un sujet d'amusement ; comment il est arrivé que les hommes aient cru honorer la divinité par des sacrifices humains, par des mutilations honteuses, par des rits infâmes. Il faut bien que cette aberration si singulière ail sa racine dans la nature de l'esprit humain, puisqu'on la retrouve chez presque tous les peuples de l'antiquité; c'est au philosophe de tacher de l'expliquer en la liant à l'étude de toutes les circonstances que présente la pensée humaine considé-
rée soit en elle-même, soit relativement aux changemens qu'on remarque, suivant les lieux et les temps, Oans le développement de rintelligence , dans les scnlimens et les passions des hommes.
b. Classification.
Les quatrescîencesdutroisièmeordredontnous venons de parler, embrassent toutes les vérités qui concernent les religions : objet spécial de ce paragraphe; nous les réunirons donc en une science du premier ordre : l'HIÉROLOGIE. Ce mot est formé de Tadi jectif grec îspC'Ç, sacré. L'hiérologie doit être divisée en deux sciences du second ordre: la sébasmatiqxje, de aioxGiiz , culte ; et Thiérologie comparée ; la première renfermera l'hiérograpbie et la symbolique, et la seconde la controverse el l'hiérogénie, ainsi qu'on le voit dans le tableau qui suit :
Science du 1*1 Ordre. 1 Sciences du 2* ordre. | Sciences Ju 3* ordre.
I Hierographie.
SÉBASHAXIQUI.
HIEROLOGIE.
HûtOLOCU COHTAMI.
( Sjoxbolique.
i Controverse.
\ Hiërogenie.
OisBRTÀTiOHs. Le lecteur accoutumé pir tout ce qui précède à ▼oir commeut un objet d'étude considéré sous les quatre poiatf de rut tuloptiquc, cryptorbtique, tropononûque, cryptologîque,
donne lieu à des sciences diverses, aura certainement reconnu de lui-même dans ce tableau un nouTeau résultat de la correspondance des quatre points de Tue , ayec la dÎTision naturelle de chaque science du premier ordre en quatre sciences du troisième.
11 me paraît d'autant moins nécessaire d'insister sur ce sujet , que je ne pourrais le faire qu'en répétant ce que j'ai dit dans les obserTatioûs précédentes relatÎTement aux quatre sciences du troisième ordre dont se compose l'histoire. Je remarquerai seulement que la symbolique , qui a , comme la chronologie, des inconnues à découvrir, prend le caractère interprétatif qui s'est déjà manifesté dans un grand nombre de sciences appartenant au même point de ?ue ; ce qui, du reste, n'en marque que mieux les caractères du point de Tue cryptoristique dans la symbolique.
Définitions et classification des sciences du premier ordre qui ont pour objet V étude des sociétés hu' maines et toutes les circonstances de leur existence actuelle ou passée.
Les quatre sciences du premier ordre que nous venons de parcourir se rapportant à un même objet général : V étude des sociétés faite seuiement dans la vue de les connaître, il nous reste à en former un embranchement, à en déterminer les limites respectives, les rapports mutuels, et l'ordre dans la classification naturelle des connaissances humaines.
a. ÉnamératioD et définitions.
1. Ethnologie, La definitiou de rethiiologîe ne peut soufTrir aucune difficulté; ce nom même en indique l'objet , et c'est ce qui m'a engagé à le préférer à celui de géographie, qu'on emploie ordinairement pour désigner la science du premier ordre dont il est ici question , par suite d'un ancien usage établi à une époque où l'on n'avait pas même songé à faire de la géographie une science à part. Pour continuer de se servir de cette expression , il faudrait y joindre une ëpithète qui en exclut la géographie physique , que la place qu'elle occupe dans le premier règne sépare entièrement de la science dont il s'agit icij il faudrait dire, par exemple, géographie sociale, ce qui serait une innovation plus forte encore que d'adopter le nom d'ethnologie , déjà employé par plusieurs auteurs. D'ailleurs, en décrivant le pays occupé par une nation, il peut être utile d'indiquer la nature et les accidens du sol des diûérentes parties de ce pays, les fleuves qui l'arrosent, les mers qui en baignent les rivages, et d'autres circonstances qui tiennent à la géographie physique, où elles sont seulement étudiées en elles-mêmes, au lieu de l'être , comme dans l'ethnologie , par rapport à l'influence qu'elles peuvent exercer sur le caractère des habitans, les limites qui séparent une na-
lion des nations voisines , les migrations des peuples; ce sont alors des emprunts faits à la géographie physique par l'ethnologie; emprunts qui ne présentent aucun inconvénient dans l'ordre naturel des connaissances humaines , puisque la première de ces deux sciences s'y trouve placée bien avant la seconde.
La ligne de démarcation entre ces deux sciences étant ainsi tracée d'une manière précise, il ne peut rester de difficulté sur les limites qui séparent l'ethnologie des autres sciences , qu'à l'égard de la quatrième science du troisième ordre qui y est comprise: V Elhnogénie. On pourrait croire en effet que celleci devrait être considérée comme étant du domaine de l'histoire-, mais qui ne voit qu'à ce compte la géographie comparée en serait aussi ? Ces deux sciences sont évidemment inséparables, l'origine et les migrations des peuples n'étant en quelque sorte qu*un cas particulier des changemens de tout genre qu'ont éprouvés les nations et qui sont l'objet de la géographie comparée. DWWeurs l'ethnogéniepeut en général être étudiée, indépendamment de l'histoire proprement dite; et ses deux bases principales : les caractères physiques des différentes races et Vanalogie ou la diversité des langues, ont déjà été étudiées dans les siences énumérées précédemment: la première dans la zoologie , et la seconde dans la glossologie.