‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 3)Chapitre 22 sur 42 · III · texte numérisé non relu

III

Sciences du troisième ordre relatives à la composition du globe terrestre , à la nature et à l’arrangement des diverses substances dont il est formé.

C’est le globe que nous habitons qui va maintenant nous occuper. Les sciences que nous avons parcourues jusqu’ici nous ont fourni les mesures, les procédés d’expérience et d’analyse , les inst.rumens , les moyens de transport , et , en général , tout ce qui est nécessaire pour qu’on puisse se livrer, avec succès , à cette nouvelle étude.

a. Enumération et définitions.

1 . Géographie physique. La première chose que doit faire celui qui se propose de connaître le globe, c’est d’étudier non-seulement les accidens de sa surface , les mers , les fleuves , les plaines , les montagnes, les directions et les hauteurs respectives de leurs chaînes ; mais encore tout ce qui est relatif à l’aspect général qu’offrent dans chaque pays les végétaux et les animaux qui l’habitent , aux variations que présentent, en divers lieux et en divers

temps , les phénomènes dont la physique expérimentale ne traite que d’une manière générale, tels que sont l’inclinaison et la déclinaison de l’aiguille aimantée, la pression atmosphérique, la température moyenne et les températures extrêmes , celle des mers à différentes profondeurs , celle des eaux thermales, la nature et la quantité des substances que les unes et les autres tiennent en dissolution , la quantité plus ou moins grande des pluies , la direction ordinaire des vents suivant les diverses saisons, etc. , etc. , et surtout la nature des dif- Jerens terrains qui , par leur superposition, forment le sol des plaines , et qui s’offrent à découvert sur les flancs des montagnes. En décrivant ces différens terrains , on doit les caractériser par les phénomènes physiques et chimiques qu’ils présentent , et les débris organiques de différente nature qu’ils renferment , sans toutefois s’occuper en détail des diverses substances minérales dont ils sont composés , ce qui est l’objet d’une autre science du troisième ordre , dont, nous allons parler, sous le nom de minéralogie. Quant à celle dont il est ici question , je lui conserve le nom qu’on lui a donné depuis long- temps de géographie physique , et j’y comprends l'hydrographie , qui n’est évidemment qu une de ses subdivisions.

a. Minéralogie. Les divers terrains , qui recouvrent le globe terrestre jusqu’à la profondeur où il est donné à 1 homme de pénétrer , ne sont étudiés

dans la géographie physique que sous le l'apport des propriétés qu’ils offrent à l’observation immédiate : nous avons maintenant à examiner les matériaux dont ils sont composés. Ces matériaux ont reçu le nom de minéraux,, et la science qui en traite celui de minéralogie.

Ce ne sont pas seulement les substances minérales homogènes, soit simples , comme le soufre , un métal à l’état natif; soit composées, telles qu’un oxide, un sulfure, un sel , etc. , quon doit étudier en minéralogie ; mais encore les substances hétérogènes , telles que le granité et les autres roches composées , qui diffèrent des précédentes en ce qu’elles sont formées par la réunion de plusieurs minéraux homogènes qu’on peut séparer mécaniquement; ces deux sortes de substances entrent l’une et l’autre dans la composition des terrains dont le minéralogiste doit, sans distinction, déterminer tous les matériaux, tandis que c’est au chimiste qu’ap; partient la décomposition ultérieui'e, en leurs principes constituans , de ceux de ces matériaux qui sont homogènes. Il est » d’ailleurs , évident que la minéralogie ne peut venir, dans la classification naturelle de toutes nos connaissances, qu’ après la géographie physique, puisqu’il faut bien, quand on parle d’un minéral, pouvoir dire dans quelles parties du globe , dans quelles chaînes de montagnes , dans quelles sortes de terrains , ce minéral se trouve

On s’étonnera peut-être ici de deux choses . de

ce que je ne réunis pas la minéralogie à la botanique et à la zoologie , comme on a coutume de le faire sous la dénomination commune d’histoire naturelle; 2°. de ce que j’en fais une science du troisième ordre, tandis que j’élève au premier ordre la botanique et la zoologie , ainsi qu’on le verra dans le chapitre suivant. Je dois donner ici quelques explications à cet égard.

l°. La réunion qu’on fait ordinairement de la minéralogie et des deux sciences dont je viens de parler, ne saurait être admise dans une classification naturelle des sciences. Nous avons vu que, dans une telle classification , on a d’abord à considérer un premier règne qui comprend toutes les vérités relatives au monde matériel, et qui doit être divisé en deux sous-règnes , dont le premier se compose de celles qui se rapportent aux propriétés inorganiques des corps, et le second , des vérités que nous fait connaître l’étude des êtres vivans. Dès lors, la minéralogie ne peut être placée que dans le premier sous-règne, et se trouve ainsi entièrement séparée de la botanique et de la zoologie qui appartiennent au second.

a0. La minéralogie en elle-même , séparée des sciences qu’on y a jointes mal à propos , n’est réellement qu’une science du troisième ordre. En effet, lorsque la simple observation d’un minéral a fait connaître ses propriétés géométriques , c’est-à-dire, ses formes cristallines quand il en présente ; ses

propriétés physiques , telles que sa pesanteur spécifique, sa dureté, sa transparence ou son opacité, sa conducibilité pour le calorique ou l’électricité , et que la chimie nous a appris de quels élémens il est composé , la connaissance qu'on a de ce minéral est complète. D'ailleurs , pour les minéraux, 1 n y a point d’autre classification à faire que celle qui est (ondée sur leur composition. Ajoutons qu’il n’y a point chez eux ces cliangemens continuels qui constituent la vie des végétaux et des animaux , qu’il n’y a point de fonctions à expliquer, et que , par conséquent, dans leur étude, il n’y a rien qu’on puisse comparer à ces divisions de la botanique et de la zoologie, que je nommerai physiologie végétale et physiologie animale. La minéralogie se trouve ainsi bornée à décrire, dénommer, ranger, d’après la nature de leurs élémens , toutes les substances inorganiques qu’offre le globe, soit dans son sein , soit à sa surface ; elle y parvient à l’aide des emprunts qu elle fait aux sciences précédentes : la géométrie moléculaire , la physique, la chimie, etc. , et n’est, dès loi’S, qu’une des sciences du troisième ordre comprises dans celle du premier, qui a pour objet spécial l’étude complète de notre planète.

3. Géonomie. Quand on a étudié, dans la géographie physique , la configuration et la nature des différens terrains , les propriétés physiques et chimiques qui les caractérisent ; que la minéralogie nous a appris de quelles substances minérales , de quels agrégats de ccs substances chaque terrain est

composé , il est temps de déterminer les lois de leur situation respective , et celles de la dépendance mutuelle par laquelle certains minéraux ne se trouvent que là où se rencontrent aussi certains autres minéraux. Tel est l’objet d’une science du troisième ordre que j’appelle géonomie , de >» ou yalti, terre , et riy.es, loi.

4- Théorie de la terre. Remonter aux causes des lois dont nous venons de parler, découvrir quels changemens successifs ou quelles révolutions soudaines ont mis le globe dansl’étatoùnous levoyons, les causes qui ont amené ces formations successives dont nous reconnaissons aujourd’hui l’existence, et qui ont incliné ou brisé çà et là les couches composant l’écorce du globe ; tout cela est l’objet d’une science du troisième ordre, qui complètel’ensemble de nos connaissances relatives au globe terrestre , et que je nommerai théorie de la terre. Sous ce nom on a désigné autrefois des hypothèses qui n’étaient que de vains romans ; mais aujourd’hui , grâce aux travaux des géologues modernes , et surtout à ceux de M. Elie de Beaumont , la théorie de la terre s’est élevée au rang d une véritable science.

h. Classification.

La réunion de ces quatre sciences , qui ont pour objet spécial de nous faire connaître le globe que nous habitons , constitue une science du premier ordre , embrassant toutes les connaissances qui y sont relatives. Je donnerai à celte science le nom

de GEOLOGIE. Les deux premières forment une science du second ordre, que j’appellerai GÉOLOGIE élémentaire. Quant à la science du meme ordre , qui comprend les deux dernières , comme celles-ci reposent uniquement sur la comparaison des faits géologiques , je pense que le nom le plus convenable pour en désigner la réunion, est celui de GÉOLOGIE COMPARÉE, d’autant que le mot géognosie , que j’avais cru d’abord devoir assigner à cette réunion , est employé par ceux qui en font usage , dans une acception toute différente , comme un synonime du mot géologie, à cela près qu’ils en écartent précisément les recherches dont se compose la théorie de la terre.

Ces divisions de la géologie nous donnent le tableau suivant :

Science du ordre. 1 Sciences du 2e ordre .

Sciences du 3* ordre.

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