‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 3)Chapitre 23 sur 42 · GÉOLOGIE · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE

rG£OLOGIB ÉlÉMENTÀIRR.,

.Géologie comparée..

Géographie physique.

Minéralogie.

Geonomie.

Théorie de la terre.

Obseuvatiods. Le point de vue autoptique de l étude du globe se reconnaît évidemment dans la géographie physique; comme son point de vue cryptoristique dans la minéralogie, qui va chercher dans les divers terrains les matériaux dont ils sont composés. La géonomie , qui classe ccs terrains , et compare leurs situations respectives dans tous les lieux où l'on a pu jusqu’à présenties observer , pour en déduire des lois , est essentiellement troponomique ; de même que la théorie de la terre , qui remonte aux causes si long temps cachées de son état actuel, est le point de vue cryplologiquc de l’ensemble de nos connaissances sur le globe que nous habitons.

§ IV

Sciences du troisième ordre relatives aux procédés par lesquels nous nous procurons les substances qui se trouvent à la surface ou dans le sein de la terre , destinées à être ensuite transformées de la manière qui nous est la plus avantageuse.

De même que la connaissance des propriétés inorganiques des corps , acquise dans la physique, a été appliquée à l’utilité de l’homme dans les diverses branches de la technologie ; de même , quand la géologie nous a fait connaître la nature des diverses substances qui entrent dans la composition du globe terrestre, et leur disposition, soit dans son sein , soit à sa surface , nous sommes naturellement conduits à étudier tout ce qui est relatif aux moyens par lesquels l’homme se procure celles de ces substances qui peuvent lui être utiles.

a. Énumération et déCnilions.

I. Exploitation des mines. La première science qui se présente ici, a pour ohjetde décrire tous les procédés par lesquels on se procure les substances minérales, soit qu’il faille les aller chercher dans le sein de la terre, soit qu’on les trouve à sa surface, comme le sable aurifère sur le bord de certains fleuves , soit que la mer les recèle. Elle doit comprendre en outre l’indication des lieux et des terrains où se rencontrent les diverses substances minérales que peuvent réclamer les besoins de la société. Je donnerai à cette science le nom d’ Exploitation des

mines , qu’on emploie généralement pour la désigner. Seulement, il faut en étendre la signification de manière à y comprendre , non-seulement les procédés employés dans le premier cas , mais encore ceux qui le sont dans les deux autres : par exemple , toutes les opérations par lesquelles on retire le sel marin des eaux de la mer ou des sources salées. Car, comme je l’ai déjà dit, il vaut mieux étendre la signification d’un mot, lors même que l’étymologie semblerait s’y refuser, que de tomber dans l’inconvénient infinimentplus grave de séparer d’une science des objets d’étude qui doivent en faire partie , d’après la nature même des choses.

2. Docimasie. Pour diriger une exploitation de mines, pour en tenter une nouvelle, il importe surtout de déterminer le bénéfice ou la perte qui peut résulter d’une entreprise de ce genre. Tour cela , la première chose à faire c’est de découvrir la richesse du minerai qu’on veut exploiter. L’art de faire les essais nécessaires , ou d évaluer par les procédés du travail en petit les produits et les avantages du travail en grand , s’appelle docimasie , de J'oki/xol^u, j éprouve, j essaie. Il faut de plus calculer tous les frais de main d’œuvre, de combustible, de transport, d’administration, etc., pour pouvoir les comparer au profit qu’on espère, et aux chances de ventes. Je comprendrai toutes ces recherches sous le nom de docimasie, aimant mieux étendre ainsi la signification ordinaire de ce mot, que d’en faire un nouveau.

o. Oryxionomie. Il n’est pas moins de l’intérêt de celui qui a une mine à exploiter de comparer les divers procédés qui peuvent être employés, pour choisir les plus avantageux. Cette comparaison peut se faire de deux manières : d’abord, en partant des résultats obtenus pardes procédés usitésen différens temps et en diflerens lieux, ce qui suffit souvent pour déduire de celte comparaison des lois ou des règles sûres d’après lesquelles il puisse juger quels sont ceux qu’il doit préférer. Pourdésigner cette science, j’ai formé le mot & otyxionomie, du grec «pvîj/r, action de fouiller le sein de la terre, et »°Vof > loi. J’avais d’abord cru pouvoir lui donner le nom de métallurgie; j'y trouvais l’avantage d’employer un mot connu, mais il fallait en altérer le sens; car ce qu5on entend ordinairement par métallurgie , c’est cette partie de l’exploitation des mines qui enseigne les procédés qu’on emploie pour séparer les métaux des minerais qui les contiennent. Ce sens m’a paru depuis trop éloigné de l’idée que j’avais à rendre, et c’est ce qui m’a déterminé à créer un nom nouveau.

4- Physique minérale. Mais cette comparaison de résultats que souvent on ne pourrait obtenir qu’avec beaucoup de temps et de dépenses , peut se faire bien plus facilement quand on remonte aux causes des phénomènes physiques et chimiques qui se passent dans les divers traitemens qu’on fait subir aux minerais, ce qui d’ailleurs peut seul con-

duire à découvrir de nouveaux agens ou de nouveaux procédés , et en faire prévoir les résultats. C’est la science que j’appellerai physique minérale , parce que , comme je l’ai dit plus haut , je comprends la chimie dans la physique générale.

b. Classification.

Ces quatre sciences du troisième ordre nous font connaître tout ce que nous pouvons savoir relativement à leur objet spécial, l’étude des moyens par lesquels nous nous procurons les substances minérales destinées à nos usages. Leur réunion formera une science du premier ordre, que j’appellerai ORYCTOTECHNIE , d’ifWTs, minéraux , et de tIx"* , arL. Cette science du premierordre peut se diviser en deux du second , dontl une, l’ORYCTOTECH- NIE élémentaire , comprendra l'exploitation des mines et la docimasie ; tandis que l’autre renfermera l’oryxionomie et la physique minérale, sous le nom d’ORYCTOTECHNlE COMPAREE; j’ai été conduit à choisir cette expression par les motifs que j’ai exposés plus haut, en parlant de la technologie comparée.

Voici le tableau de cette division :

Science du ordre.

Sciences du 2® ordre.

Sciences du 3e ordre.

ORYCTOTECHNIE..

R YCTOTECHNII ELEMENT**

\ OuïCf OTBCBNll COMPARÉE

Exploitation de* minea.

Docimasie.

Oryxionomie.

Physique minérale.

Observations. Il est impossible de méconnaître , dans ers quatre sciences du troisième ordre , une nouvelle application de nos quatre points de vue , autoptique, cryptoristique , etc. , précisément comme dans les quatre sciences du troisième ordre qu'embrasse la technologie. Voyez pages 84 et 85.

Définitions et classification des sciences du premier ordre qui ont pour objet les propriétés inorganiques des corps et leur arrangement dans le globe de la terre.

Après avoir parcouru toutes les sciences du premier ordre qui se rapportent à cet objet général , et qui doivent , par conséquent , être réunies en un même embranchement, il nous reste à les définir indépendamment des sciences du troisième ordre renfermées dans chacune d’elles , à en déterminer l’ordre et les limites respectives , et à les classer.

a. Enumération et définitions.

\ . Physique générale. Dans toutes les sciences qui ont précédé la physique générale , le monde était considéré dans son ensemble; celle-ci examiue en détail les propriétés des corps inorganiques dont se compose ce vaste ensemble ; et quelle que soit l’analogie qui existe entre elle et l’uranologie , ce caractère suffit pour tracer entre deux*sciences, d’ailleurs si voisines , la ligne de démarcation qui les sépare , et distingue en même temps l’embranchement des sciences mathématiques de celui des

sciences physiques. L’homme se propose ici un nouvel objet de recherches , et acquiert en même temps un nouveau moyen d’investigation : jusquelà borné à la simple observation, il pourra désormais y joindre l’expérience.

2. Technologie. La technologie est distinguée de la physique générale , en ce que , dans cette dernière , nous n’étudions les corps que pour connaître leurs propriétés et les phénomènes qu’ils nous offrent , tandis que , dans la première , c’est pour découvrir l’utilité qu’ils peuvent nous procurer, et les moyens par lesquels nous les appi’oprions à nos besoins.

3. Géologie. La distinction de la physique générale et de la géologie est suffisamment déterminée, par cela seul que la première considère les corps en général , et que la seconde les étudie seulement comme faisant partie du globe terrestre. Cette distinction, quand on en vient au détail , est cependant sujette à quelques difficultés , et c’est ce qui m’a engagé à la préciser, en disant que l’étude des propriétés et des phénomènes que présentent les corps partout et en tout temps , est l’objet de la physique générale ; tandis que l’étude comparative des modifications dont ces propriétés et ces phénomènes sont susceptibles en divers lieux et en divers temps, est celui de la géologie.

En effet, il appartient à la physique générale de dire que l’aiguille aimantée se dirige vers le nord ,

en déclinant plus ou moins , soit à l’est , soit à l’ouest ; que la pression atmosphérique fait équilibre à une colonne de mercure sujette à varier par un grand nombre de circonstances ; que l’eau s’évapore , se condense en nuages , et retombe en pluie ; que les diverses substances dontse composelesol sur lequel nous marchons sont ordinairement disposées en couches sensiblement parallèles, etplusou moins inclinées, etc. Mais c est à la géographie physique de dire quelle est la déclinaison de l’aiguille aimantée , la hauteur moyenne du baromètre , la quantité plus ou moins grande de pluie qui tombe dans les différens lieux et les différens temps ; et c’est à la géonomie à nous apprendre quelle est, dans ces divers lieux , la nature et 1 inclinaison des couches dont le sol est formé. De même la météorologie, tant quelle considère d’une manière générale des phénomènes atmosphériques , n’est qu’une division de la physique générale; mais quand elle s’occupe des différences que ces phénomènes présentent en divers lieux, elle appartient à la géographie physique.

4. Orjctotechnie. L’oryctotechnie est séparée de la géologie par le même caractère qui distingue la technologie delaphysiquegénérale. Lagéologie étudie les matériaux du globe terrestre, seulement dans le but de les connaître ; et l’oryctotechnie dans celui de nous procurer ceux que réclament nos besoins.

Quant à la distinction de la technologie et de l’o-

ryctotechnie , elle est sujette à une difficulté relativement au point précis où l’une cesse et l'autre commence. La technologie a pour objet de transformer les corps de la manière la plus avantageuse, poulies approprier à nos besoins ; celui de l’oryctotechnie est de nous procurer les substances minérales sur lesquelles s'exercent les arts. Pour les substances qui, comme les pierres, la houille , l’ardoise , le peroxide de manganèse et plusieurs autres , sont livrées à l’industrie dans l’état même où elles sortent de la carrière ou de la mine , cette difficulté n’existe pas ; les travaux d extraction appartiennent à l’oryctotcchnie ; l’emploi qu’on fait de ces substances , à la technologie. Mais lorsqu’il s’agit des métaux , par exemple , il faut les retirer des minerais qui les recèlent , par des travaux plus ou moins compliqués , et qu’on peut regarder comme des transformations qu’on fait subir aux matières tirées de la terre , pour commencer à les approprier aux usages auxquels nous les destinons. On serait donc porté à ranger ces travaux dans la technologie; mais comme, d’un autre côté , ils font aussi partie de ceux qu'il est nécessaire d’exécuter pour se procurer le métal , l’oryctotechnie les réclame à son tour. Une considération doit décider en sa faveur : c’est qu’on doit, comme nous l’avons remarqué plus haut, placer en général, dans un même groupe, les vérités dont les mêmes hommes s occupent, et qu’il convient dès lors de réunir dans les ouvrages où ils doi-

vent les apprendre. Nous fixerons donc la limite entre les deux sciences du premier ordre dont il est ici question, à l’époque où les substances minérales sortent des mains de celui qui exploite la mine, pour être livrées au commerce et à 1 industrie.

J’ai aussi hésité d’abord sur la priorité à donner dans l’ordre naturel à la technologie , ou à 1 oryctotechnie. lime semblait, au premier coup-d’œil , qu’on devait s’occuper des moyens de se procurer les substances minérales nécessaires aux arts, avant d étudier ceux de les mettre en œuvre ; et alors nonseulement l’oryctotechnie , mais les sciences relatives à l’ utilité que nous retirons des végétaux et des animaux , et dont nous parlerons tout à l’heure, auraient dû être placées , dans l’ordre naturel , avant la technologie ; mais je vis bientôt , en y réfléchissant, qu’il n’en était pas. ainsi. En effet, on peut comprendre tous les procédés relatifs aux arts qui transforment les substances qu’on trouve dans le commerce , sans s’inquiéter des moyens par lesquels on se les procure; au lieu que c’est la technologie qui fournit à celui qui a des mines à exploiter, tous les instrumens, machines et appareils qui lui sont nécessaires , et dont on ne peut bien comprendre l’usage que quand on a acquis une connaissance suffisante des procédés des arts. Celui qui cultive les végétaux, qui nourrit les animaux, n’a pas moins besoin de cette connaissance; et , d’après cc qui a été dit au commencement de cet ou-

loi

vrage , cette seule raison suffit pour placer la technologie avant les sciences où l’on étudie les moyens de se procurer les substances de tout genre quelle emploie. Or, suivant que ces substances sont minérales , végétales ou animales , les procédés pour les obtenir sont diffiérens , et doivent, par conséquent, être l'objet de sciences différentes; tandis que la même division ne saurait avoir lieu dans la technologie , parce que les procédés qu’elle emploie n’offrent aucune différence essentielle , quelle que soit l’origine des substances qu’elle transforme, et parce quelle en réunit souvent dans un même ouvrage , qui proviennent de ces différentes origines , comme lorsque le layetier emploie fer , bois et peaux pour la fabrication d’une malle.

b. Classification.

Ces quatre sciences thi premier ordre embrassent l’ensemble des connaissances que nous pouvons avoir relativement à leur objet général indiqué plus haut. J’en formerai donc un embranchemcn t auquel je donnerai le nom de SCIENCES PHYSIQUES, et qui se divisera en deux sous-embranchemens comprenant, le premier, la physique générale et la technologie, sous le nom commun de sciences physiques proprement DITES; et le second, la géologie et l’orvetotechnie , sous celui de sciences GÉOLOGIQUES. Les motifs de cette subdivision des sciences physiques sont trop évidens pour avoir besoin d être expliqués.

Le tableau suivant rendra sensible cette classification.

Embranchement. 1 Sous-embranchemens • I Sciences du ter or di e.

/^Physiques raopaEM* ditbs.

SCcjp. PHYSIQUES.. <

^Géologiques.

Physique générale.

Technologie»

/ Géologie*

( Oryctotechnie.

Obseuvatiohs. Ici se présente la même remarque que nous avons faite au sujet des quatre sciences du premier ordre , comprises dans l’embranchement des sciences mathématiques. Toutes les recherches du physicien étant fondées sur l'obscrv ation immédiate des faits , et celle-ci ét ant constamment la pierre de touche de la vérité des formules qu’il déduit , soit de l’expérience , soit des hypothèses quil fait sur la nature des forces des atomes , il est facile de reconnaître dans cotte science le point de vue autoptique de l'embranchement auquel elle appartient. La technologie a pour but de découvrir 1 utilité que nous pouvons retirer des corps, et les moyens que nous devons employer pour les approprier à nos besoins; ce sont là autant de problèmes qui constituent le point de vue cryptoristique des sciences physiques. La géologie détermine et compare les changemens qu’éprouvent , en divers lieux et en divers temps , soit les propriétés et les phénomènes que présentent les corps, soit leur disposition à la surface et dans lo sein de la terre; c’est bien là le point de vue troponomïque. Enfin , c’est à l oryctotechnie quil appartient d’aller chercher dans le sein de la terre les substances qui y sont cachées , de découvrir les moyens auxquels nous devons recourir pour les en retirer, et do surmonter tous les obstacles que la nature oppose à leur extraction; point de vue cryptologique relativement à l’objet général des sciences dont se compose l embranchement dont il est ici question.

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