‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 3)Chapitre 29 sur 42 · ZOOTECHNIE · texte numérisé non relu

ZOOTECHNIE

' Zootechnie élémentaire..

^Zootechnie comparée..,,... <

{Zoochrésie.

Zooristique.

[ OEcionomie.

[ Threpsiologie,

Observations. La zootechnie est relativement à la zoologie ce que l’agriculture est par rapport à la botanique. La considération des mêmes points de vue donne ici naissance à des divisions absolument analogues. Il serait superflu de les expliquer en détail.

Définitions et classification des sciences du premier ordre relatives aux êtres vivans , 'végétaux et animaux .

Reprenons maintenant les quatre sciences du premier ordre que nous venons de parcourir , pour justifier l’ordre dans lequel nous les avons rangées, déterminer avec plus de précision le caractère distinctif de chacune d’elles , et les limites qui la séparent des autres.

a. Enumération et définitions.

1. Botanique. La botanique est suffisamment» définie quand on a dit que c’est la science qui a, pour objet la connaissance des végétaux. Je me bornerai à remarquer ici que ce n’est pas parce que l’on a toujours placé les végétaux entre les corps inorganiques et les animaux, que je leur ai assigné cette place. Il est aisé de voir que , dans l’ordre naturel, les végétaux doivent précéder les animaux. La vie n’y est, pour ainsi dire, qu’à son premier degré : ce n’est que dans les animaux qu’elle atteint, tout son développement par la sensibilité et la locomotion. D’ailleurs, l’on conçoit très-bien que la terre a pu être couverte de végétaux sans qu’il y eût un seul animal , tandis que les animaux ne peuvent exister sans les végétaux. Enfin, le botaniste peut se faire une idée très-nette d un végétal , sans penser aux animaux qui s’en nourrissent; tandis que le zoologiste , pour avoir une connaissance complète des animaux , doit savoir de quels végétaux se nourrit le ruminant ou le rougeur , sur quelle plante vit l insecte dont il étudie les mœurs. Comment parler du ver à soie , sans dire quel est l’arbre dont la nature a destiné les feuilles à lui servir d’aliment?

2. Agriculture. C’est encore là une science suffisamment définie , quand on a fait connaître le but qu elle se propose. Elle est d’abord distinguée de la botanique , parce qu’au lieu de s’occuper seu-

lcmentdela connaissance des végétaux , elle a pour objet d’en retirer l’utilité ou l’agrément qu’ils peuvent nous procurer. Elle se distingue de la zootechnie , dont nous allons parler , et qui a été confondue avec elle dans la plupart des ouvrages sur 'agriculture , en ce qu’elle doit être restreinte à la culture et à l’utilité que nous retirons des végétaux, comme la zootechnie à l’éducation des animaux et aux avantages qu’ils nous procurent. La seule difficulté que puisseprésenter la circonscription de celte science, c’est la détermination précise de la limite qui la sépare de la technologie. On pourrait se demander à laquelle de ces deux sciences appartiennent les procédés par lesquels on fait du vin avec du raisin , on retire l’huile des substances oléifères , etc.. Nous dirons, comme lorsqu’il a été question des limites de l’oryctotechnie , que ces procédés doivent appartenir à l’agriculture , dans laquelle on doit comprendre tous les travaux dont les substances végétales sont l’objet, jusqu’au moment où les produits sortent des mains de l’agriculteur pour passer dans celles du consommateur , ou pourêtre livrés au commerce et à l’industrie. On a vu , dans l’article de la géoponique, que j’y comprends également les procédés pour se procurer les substances que produisent les végétaux que la nature seule fait naître dans les lieux où l’homme n’a pas étendu son empire ; parce que ces procédés sont aussi des moyens de se procurer des substances végétales, il

faut peut-être pour cela donner au mot agriculture une acception un peu plus étendue que celle qu’il a ordinairement ; mais , comme je l’ai déjà dit , je ne fais en cela que suivre l’exemple de ceux qui ont écrit sur cette science. Quelques auteurs ont cru au contraire devoir restreindre l’acception du mot agriculture , en n’y comprenant que les travaux relatifs à la culture des céréales; cette restriction n’est pas seulement contraire à l’usage, elle l’est aussi à l’étymologie du mot agriculture; ager est le terme générique, c’est arvum qui a le sens restreint dont il est ici question, et si l’on veut désigner cette partie de 1 agriculture, il faut adopter le mot d ’«/•viculture , comme on a donné celui d’ horticulture à une autre partie de la même science. Il est évident que ces subdivisions de l’agriculture ne peuvent être considérées que comme des sciences du quatrième et du cinquième ordre, dont je n’ai point à m’occuper.

3. Zoologie. La distinction entre la zoologie et les deux sciences précédentes est assez déterminéee par la diversité des objets dont elles s’occupent ; mais ici se présente entre ces dernières et la zoologie quelque chose de semblable à ce que nous avons vu quand , après l’arithmolcgie et la géométrie , nous avons passé à la mécanique. Dans l’arithmologie , il n’était question que de la mesure des grandeurs en général; dans la géométrie , de la mesure d’une espèce particulière de grandeur ,

rétendue: mais, dans la mécanique, à ces considérations de grandeur sont venues se joindre des idées de mouvemens et de forces. Au lieu d’examiner des rapports abstraits de grandeur , ouïes propriétés de l’étendue vide et immobile, elle a porté ses regards sur la matière, sans laquelle on ne peut concevoir ni mouvement, ni force , ni cette propriété d inertie par laquelle se conserve le mouvement une fois imprimé. De meme , dans la botanique , on étudie les végétaux en général , ces êtres où la vie est en quelque sorte réduite à ses termes les plus simples , naître, croître, se reproduire, mourir; dans l’agriculture , on ne s’occupe que de certains végéiaux, ceux qui peuvent nous être utiles ; mais dans les animaux, objet de la zoologie, à ce premier degré de la vie viennent se joindre ces mouvemens spontanés, ces forces locomotrices qui les distinguent des végétaux, et la sensibilité sans laquelle la faculté de se mouvoir serait inutile.

C’est dans la zoologie que l’homme , qui ne s’est montré jusqu’ici que comme étudiant les objets dont il est entouré et leurs rapports mutuels , ou exerçant sur eux son industrie pour les approprier à ses besoins , commence à devenir lui-même un des objets de ses études ; mais il ne l’est encore ici que sous le rapport de son organisation , plus parfaite mais de même nature que celle des animaux , entre lesquels il est placé à son rang par le zoologiste. A mesure que nous avancerons dans

l’échelle des connaissances humaines, il acquerra toujours plus d’importance. A peine dans la psychologie y aura-t-il encore une faible partie de cette science consacrée aux animaux ; et bientôt l’homme considéré sous le rapport de ses plus nobles attributs deviendra l’unique objet des sciences qui nous resteront à parcourir.

L’importance que l’homme a dû attacher naturellement à l’étude de sa propre espèce, et surtout le but qu’on se proposait en s’occupant de la partie de cette étude où il est question de sa description et des fonctions de ses organes, d’en appliquer les résultats à l’art de guérir, a fait confondre les limites qui séparentlazoologie des sciences médicales, dont je parlerai dans le chapitre suivant. Ce qui précède suffit pour faire cesser cette confusion : mais elle a eu des conséquences sur lesquelles je dois appeler l’attention du lecteur. i°. Dans les ouvrages où , sous le nom de zoologie , on s’est surtout occupé de zoographie et de zoonomie , la division de ces sciences a été empruntée à celle des animaux eux-mèmes. On a donné les noms d oj’nithologie , ichlhj ologie , entomologie , etc., à la description et à la classification des oiseaux , des poissons , des insectes , etc. Dans ma classification, où la zoographie est distinguée de la zoonomie , on ne pourrait admettre celte division qu’en partageant la première en sciences du quatrième ordre, qu’on nommerait ornithograjjhic, ichlhy ographie , eiito-

mographie , elc. ; et la seconde en ornithonomie , ichthyonomie , ento mono mie , etc. Je suis loin de penser que de telles divisions dussent être admises dans la science , et je ne vois aucun inconvénient à conserver les dénominations reçues, afin que celui qui ne veut traiter que d’un des groupes du règne animal, puisse indiquer, par le titre même de son ouvrage , quel est le groupe dont il s’occupe. Je pense seulement que ce serait trop restreindre le sens des mots tels qu’ornithologie , ichthyologie , entomologie , etc. , que d’en borner l’emploi à la description et à la classification des animaux compris dans ces divers groupes. Chacune des sciences ainsi dénommées devrait contenir quatre subdivisions; l’une pour les descriptions, l’autre pour l’anatomie des animaux qui en seraient l’objet ; une troisième pour leur classification et les lois générales qui s’y rapportent , et la dernière pour tout ce qui est relatif aux fonctions de leurs organes.

2°. Au contraire , ceux qui ont écrit sur l’anatomie et la physiologie, s’occupant surtout de l’homme , ont tiré les subdivisions qu’ils ont établies dans ces sciences d’une tout autre considération , celle des différens organes étudiés , soit en euxmêmes , soit dans leur formation et leurs développemens successifs ; et c est ainsi qu’on a divisé l’anatomie animale en ostcologie , nécrologie , splanchnologie , etc. , et qu’on a distingué dans

la physiologie animale Y organogénie des autres parties de la science , celle-ci se subdivisant naturellement en ostéogénie , névrogénie , etc. 11 en est de ces dénominations comme de celles des diverses parties de l’anatomie- Bien loin de croire qu’on doive les rejeter , je les regarde comme présentant un véritable avantage , par la nécessité où l’on est , quand une science est fort étendue , d’en traiter les différentes parties dans des ouvrages spéciaux, surtout quand il se rencontre un de ces hommes rares que le développement d’une seule idée conduit à des découvertes tellement nombreuses et tellement multipliées, que de leur ensemble résulte en effet une science nouvelle, comme nous avons vu naître l 'organogénie des recherches d’un des plus grands physiologistes dont la France s’honore.

Mais il est évident que toutes ces subdivisions de la zoologie correspondantes au v divers groupes d’animaux, ne peuvent être admises dans une classification générale des sciences, parce que rien ja’ en détermine le nombre , et qu’on pourrait l’étendre ou le restreindi’e , pour ainsi dire, à volonté. Celui qui publierait un ouvrage sur les singes seulement , pourrait, par exemple, donner le nom de pithécologie à la partie de la science dont il s’occuperait. Le bel ouvrage de M. Dejean prendrait le nom de coléoptérologie , etc. Chaque monographie pourrait devenir une science. Les divisions de l’anatomie animale seraientégalement

arbitraires : l’étude des organes respiratoires, comparés dans toutes les classes d’animaux, pourrait également être considérée comme une science à part, etc. , et il n’y aurait pas de raison pour ne pas établir des divisions semblables dans l’anatomie végétale , en considérant , par exemple , sous le nom de carpologie , les travaux de Gærtner et des autres botanistes qui ont pris le fruit pour objet spécial de leurs recherches.

4. Zootechnie . Quant à la zootechnie , les caractères qui la distinguent de l’agriculture et de la zoologie étant déjà déterminés , sa circonscription ne peut souffrir de difficultés qu’à l’égard de la limite qui la sépare de la technologie. Cette limite doit encore être fixée à l’instant où , soit les produits des animaux, tels que la laine , la soie , le lait, le miel, la cire, soit les animaux eux-mêmes , ou leurs dépouilles , passent des mains de ceux qui se les sont procurés dans celles qui les transformeront pour les approprier à nos besoins.

J’ai déjà remarqué qu’on a presque toujours réuni la zootechnie avec l’agriculture , et moi-même je ne les avais pas séparées dans mes premiers tableaux des connaissances humaines. Un de nos agronomes les plus distingués (1), dont je m’honore d’être l’ami ,. me fit le premier observer que puisque

(1) M. de Gasparin , correspondant de l’Institut.

je séparais la zoologie de la botanique, rien ne pouvait m’autoriser à ne pas séparer de meme la zootechnie de l’agriculture; il me dit que , dans un ouvrage sur tous les travaux de la campagne, dont il s’était long-temps occupé , il avait cru devoir traiter à part de l’agriculture proprement dite, et de tout ce qui est relatif à l’éducation des animaux domestiques , ainsi qu’à la chasse et à la pêche. Je me refusai d’abord à cette distinction, dont j’ai reconnu plus tard la justesse.

Ou pourrait diviser la zootechnie en plusieurs sciences analogues aux subdivisions qu’on peut, comme nous venons de le dire, faire dans la zoologie, en partant, soit des différens groupes d’animaux, que l’homme approprie à ses besoins, soit des divers genres d’utilité qu’il en retire; distinguer, par exemple, la zootechnie des mammifères de celle des oiseaux, des poissons, des insectes, etc.; parler dans l’une du soin des troupeaux, dans l’autre de ceux qu’exigent la basse-cour, le colombier, le vivier, le rucher ou la magnanière ; ou bien , séparer l’art d’engraisser les animaux qui servent à notre nourriture , de l’art de dompter et de soumettre au travail ceux qui nous sont utiles sous ce rapport; traiter à part des moyens de chasse ou de pêche, et les subdiviser même, d’après les divers groupes d’animaux, comme quand on a voulu faire une science sous le nom barbare d ' civiceplologie. Mais de telles subdivisions ne sauraient être admises dans une classilication générale des sciences.

b. Classification.

Ces quatre sciences du premier ordre, qui ont pour objet général l’étude des êtres organisés , forment un embranchement bien distinct des précédens , par le grand phénomène de la vie qui se manifeste dans ces êtres. Je lui ai donné le nom d’embranchement des SCIENCES NATURELLES.

J’ai déjà remarqué combien c’est mal à propos qu’on a réuni la minéralogie avec la botanique et la zoologie sous le nom d 'Histoire naturelle ; et j’ai indiqué la nécessité de faire d’un caractère aussi profondément tracé que l’est celui des phénomènes de la vie , le caractère qui partage en deux sousrègnes le règne des sciences cosmologiques. Je remarquerai à ce sujet que si on avait fait plus d’attention à l’étymologie du mot nature , on n’aurait peut-être pas songé à comprendre la minéralogie dans les sciences dites naturelles . Ce mot dérive de natus , nasci , né , naître ; il ne devrait donc s’appliquer qu’aux êtres qui naissent , et , par conséquent , croissent , se reproduisent et meurent. Le mot monde , dans son acception propre , ne devrait , suivant moi , comprendre que l’ensemble inorganique de l’univers, et celui de nature devrait être restreint aux êtres organisés qui 1 habitent. Le mondr , ja nature , l’homme embrassant l’univers dans sa pensée et s’élevant par elle jusqu’à son créateur, les sociétés humaines enfin , tels seraient alors

îos quatre objets auxquels se rapporteraient toutes nos connaissances.

L’embranchement des sciences naturelles se divise évidemment en deux sous - embranchemens : celui des sciences phytologiques , et celui des SCIENCES ZOOLOGIQUES PROPREMENT DITES ; la restriction exprimée par ces derniers mots est nécessaire, parce qu’autrement le nom de sciences zoologiques comprendrait non - seulement celles dont il est ici question, mais encore tout l’embranchement suivant. Voici le tableau de cette classification.

Embranchement. | Sous-embranchement. J Sciences du ordre.

ST.ce. NATURELLES

Sciences rinTocociQUEs

( Sciences zoolociqües mor* dites

Botanique.

Agriculture-

Zoologie.

Zootechnie.

Observations. Arrivés à la mécanique, nous avons remarqué que toutes les sciences du troisième ordre dont elle se compose , offraient quelques caractères du point de vue troponomique; qu’un de ces caractères relatif aux changemens de situation des corps qui se meuvent , se présentait également dans la cinématique et dans la dynamique ; mais que celui qui consiste dans la comparaison des objets dont on s'occupe , et dans les lois qui résultent de cette comparaison, ne se manifestait que dans la dynamique, véritable point de vue tropouomique de la mécanique. Ici , ce n'est pas à l'égard des quatre sciefices du troisième ordre , que renferme toute science du premier, mais relativement aux quatre sciences du premier ordre qui composent chaque embranchement, qu’on peut faire une remarque analogue. Les végétaux éprouvent, comme les animaux, des changemens continuels; comme eux, ils naissent, croissent, se reproduisent et meurent ; comme eux , ils ne subsistent que par les nombreux rapports qui existent entre eux et tout ce qui les entoure : le sol où ils plongent leurs racines , l'eau , l’air, la

Page 1