‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 3)Chapitre 31 sur 42 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Sciences cosmologiques relatives soit aux agens et à toutes les circonstances , tant externes qu internes , qui conservent , altèrent , rétablissent ou détruisent dans les animaux l’ordre normal des phénomènes -vitaux , soit aux altérations dont il est susceptible.

L 'homme et les animaux , objets de nos études dans les sciences zoologiques , y ont d’abord été considérés sous le rapport de l’organisation qui leur est commune , ensuite sous celui de l’utilité que le premier peut retirer des derniers ; mais mille agens, mille circonstances diverses, tant externes qu’internes , agissent sans cesse sur la vie dont ils sont doués , l’entretiennent , l’altèrent , la rétablissent , la détruisent. Cette organisation est en outre sujette à des modifications dues tantôt à l’action qu’exercent sur elle quelquesuns de ces agens ou de ces circonstances, tantôt à des causes internes inconnues. Il s’établit alors dans l’économie animale des séries de phénomènes particuliers, auxquels on a donné le nom de maladies. Tels sont les objets que nous avons maintenant à étudier; les notions acquises jusqu ici nous ont suffisamment préparés à cette étude.

Mais avant de m’en occuper, je crois devoir faire

quelques observations. Je remarquerai d’abord que dans la zoologie, l’homme n’entrait que sous le rapport de son organisation , et comme placé à la tête de la série des animaux. La zootechnie , par la nature même de son objet , exclut de son domaine l’homme et ceux des animaux qui ont conservé leur indépendance; à l’exception toutefois des moyens de chasse et de pêche qu’elle indique contre ces derniers. Dans les sciences que nous allons parcourir , les végétaux , qui ont déjà cessé de nous occuper , et dont la vie n’est susceptible que de modifications infiniment moins nombreuses et moins variées, ne reparaîtront plus ; nous enverrons la raison dans le chapitre Y , quand nous traiterons des sciences médicales considérées en général ; mais les animaux que l'homme s’est soumis joueront encore un rôle important, quoique l'homme lui-même soit le principal ob;'et de cette branche de nos connaissances.

Je remarquerai ensuite que les sciences dont il va être question dans ce chapitre prennent le nom de médecine , quand il s’agit de l’homme , et d art vétérinaire , lorsqu’on s occupe des animaux domestiques. Cette distinction étant une de celles qui constituent les sciences des quatrième et cinquième ordres dont j’ai annoncé que je ne m’occuperais pas , tout ce que je dirai sera général ; et comme l’homme est le principal objet dessciences dont il s’agit , pour éviter des circonlocutions qui

reviendraient sans cesse , j’avertis ici qu’au lieu de dire la médecine et l'art 'vétérinaire , l'homme et l'animal malade , j’emploîrai seulement les termes relatifs à la médecine humaine.

Enfin , j’appellerai l’attention du lecteur sur une de ces circonstances dépendantes de la nature même des objets auxquels se rapportent les connaissances qu’il s’agit de classer, et d’après lesquelles on doit modifier les formes ordinaires de la nomenclature. Nous verrons, dans les observations par lesquelles le cinquième chapitre est terminé , pourquoi toutes les vérités dont se composent les sciences dont il est question dans celui-ci, présentent plus ou moins ce caractère de considérer les objets dont elles s'occupent, seulement en tant qu’ils sont cause des effets utiles ou nuisibles qu’ils produisent sur la vie ou la santé de l'homme et des animaux, et non point en eux -mêmes ni relativement à d autres propriétés, ce qui ferait nécessairement double emploi , puisqu’ils ont dù être considérés sous ces autres rapports dans les sciences précédentes.

Il n’y a pas lieu d’être surpris qu’un même objet doive être étudié sous des rapports divers, nonseulement dans des sciences différentes appartenant à un même embranchement, mais encore, d’après la nature de ces rapports, dans divers embranchemens. Déjà nous avons dit que s’il s’agit d’un minéral , ses formes cristallines doivent être étu-

diées dans celui des sciences mathématiques , tandis que ses propriétés physiques et sa composition, l’usage qu’on en fait dans les arts , les lieux et les terrains où il se trouve, les travaux oryctotechniques par lesquels on se le procure, doivent l’être successivement dans les quatre sciences dont se compose l’embranchement des sciences physiques.

Toutes les vérités dont il sera l’objet, sous ces différens rapports, appartiendront aux deux embranchement du sous-règne relatif aux propriétés inorganiques des corps. Mais l’action qu’il exerce sur l’homme et sur les animaux , soit comme remède, soit comme poison , ne saurait faire partie de ce qui doit être étudié dans ces deux embranchemens. Elle ne peut l’être qu’après qu’on s’est occupé, dans celui des sciences naturelles , de leur organisation elle-même : et cependant ce n’est pas non plus dans ces dernières sciences qu’on doit comprendre les recherches relatives au genre d’action dont il est ici question. Il s’agit, en effet, d’une propriété appartenant à un minéral , mais qui ne lui appartenant que par rapport à des êtres vivans ne peut être étudiée qu’après ceux-ci. La seule place que puissent avoir des recherches de cette nature dans la classification générale des connaissances humaines, est donc dans un second embranchement du sous-règne organique, celui dont nous allons nous occuper, et où , pour éviter les doubles emplois, il faut admettre que quand on y traite d’un

corps, on doit considérer comme déjà connu, tout ce qu’il offre de relatif aux divers points de vue sous lesquels il a été étudié dans les embranchcmens précédens , et ne plus s’occuper que de son action sur l’économie animale.

Ainsi , par exemple, les effets nuisibles produits par les exhalaisons des marais , doivent être étudiés dans les sciences dont nous allons nous occuper ; mais la nature des gaz dent elles se composent , celle des substances qu ils entraînent avec eux, les phénomènes chimiques qui se passent dans leur production par la putréfaction des végétaux ou des animaux , qui leur donne naissance , tout cela fait partie de la, chimie ; ces végétaux et ces animaux appartiennent à la botanique et à la zoologie. C’est aussi dans cette dernière science qu’on doit faire connaître les reptiles venimeux , la sécrétion de leur venin doit être expliquée dans la physiologie animale , et il ne reste plus ici qu’à examiner l’action qu’jl exerce sur la vie de 1 homme et des animaux, et les phénomènes morbides qui résultent de cette action. De même, la composition et la préparation des médicamens , par exemple , les qualités qu’ils doivent présenter et auxquelles on en reconnaît la bonté , n’appartiennent point aux sciences dont nous allons parler , mais à la technologie. Le pharmacien les prépare et les vend comme le fabricant de couleurs prépare et vend les matières colorait-

tes ; l’un et l’autre ont également recours, pour se guider dans leurs opérations, à la chimie appliquée aux arts , qui est comprise dans la partie de la technologie à laquelle j’ai donné le nom de physique industrielle.

La préparation des médicamens suppose sans doute des connaissances plus approfondies qu il n’en faut , par exemple, pour construii’e des instrumens de chirurgie , ou pour préparer nos ali— mens ; les erreurs du pharmacien peuvent avoir des suites trop funestes pour qu’on n’exige pas de lui de longues études ; mais est-ce une raison pour ne pas comprendre l’art qu’il exerce parmi ceux dont on s’occupe daus la technologie, à moins qu on n’en séparât aussi, pour les placer dans les sciences médicales , ceux du coutelier et du cuisinier, parce que le chirurgien emploie des instrumens fabriqués par le premier , parce que le médecin prescrit des alimens préparés par le second.

De cette circonstance particulière aux sciences dont nous ax ons à traiter dans ce chapitre , il résulte d’abord que celles du troisième ordre , comprises dans une même science du premier , ne diffèrent pas seuleinent entre elles, parce que les mêmes objets y sont considérés sous dilïei'ens points de vue, mais encore par une diversité dans la nature de ces objets , qui rend les uns plus propres à être considérés sous un point de vue , les autres sous un autre, ainsi que nous le verrons à mesure

que nous en ferons l’énumération. Dès lors ces sciences du troisième ordre , appartenant à une même science du premier , sont plus indépendantes entre elles que dans les embranchemens précédens , et lorsqu’on les groupe deux à deux pour en former des sciences du second ordre, on ne saurait dire qu’une de ces dernières soit plus élémentaire que l’autre, Ne pouvant donc plus , comme je l’ai fait jusqu ici , désigner une des deux sciences du second ordre comprises dans une même science du premier, parle même nom que celle-ci en joignant à ce nom celui d’élémentaire , il a fallu recourir à un autre mode de nomenclature. Je craignis d’abord d’être obligé de créer, pour celles de ces sciences du second ordre auxquelles l’usage n avait assigné aucun nom , de nouveaux mots tirés de la langue grecque , moyen dont je ne me suis servi dans ma classification que quand cela m’a paru indispensable ; mais je tn’ aperçus bientôt que parmi les deux sciences du second ordre comprises dans chacune de celles du premier que réunit l’embranchement dont il est question dans ce chapitre, il y en avait toujours une qui se rapportait plus particulièrement à l'objet que cette dernière considéi’ait d’une manière plus générale , en sorte quelle pouvait être désignée par le même mot , suivi de l'épithète proprement dite , et que l'autre science du second ordre exigeait seule un nom à part ; seulement , tant que j’avais employé celle

d’élémen taire, c était toujours à la première science du second ordre que cette épithète s’appliquait nécessairement , tandis qu’il n’y avait pas de raison pour que ce fût la première ou la seconde à laquelle convînt celle de proprement dite , en sorte que la signification précise du nom adopté pour la science du premier ordre et la nature de l’objet auquel elle se rapportait, devaient seules être consultées à cet égard.

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