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Sciences du troisième ordre relatives aux effets produits en général par tes divers agens et les différentes circonstances qui peuvent modifier tes phénomènes vitaux dans l'homme et dans les animaux qu’il s'est soumis .
Occupons-nous d’abord de l’influence des agens et circonstances par lesquels nous produisons ou qui produisent malgré nous des modifications dans l’organisme, soit, dans l’un et l’autre cas, quelles nous soient utiles ou nuisibles ; car, ainsi que nous allons le voir, en énumérant ces agens, il n’est pas moins utile de connaître les avantages que nous pouvons retirer des premiers , que les suites fâcheuses que peuvent avoir les seconds , pour se servir des uns et éviter les autres , la distinction qu’on établit entre ces agens ou circonstances , suivant qu’ils sont utiles ou nuisibles, ne pouvant
conduire qu’à des subdivisions du quatrième ou cinquième ordre , dont il ne doit point être question dans cet ouvrage.
a. Enumération et définitions.
I. Pharmaceutique. Nous avons d’abord à considérer les effets produits par diverses substances qui , n’entrant pas dans le régime habituel des êtres animés , ont la propriété de modifier les phénomènes vitaux , ou même de les faire entièrement cesser. On a donné à ces substances le nom de remèdes ou de poisons , selon que l’action en est avantageuse ou funeste, distinction qui ne saurait être prise en considération , quand il s’agit de définir la science qui doit également les étudier, pour qu’on puisse avoir recours aux uns , quand ils peuvent être utiles , et se préserver des dangers auxquels on pourrait être exposé par les autres. C’est pourquoi j’ai désigné la science qui s’occupe des effets produits par ces diverses substances sous le nom de pharmaceutique , du mot grec çap^ax«vT<Kii , qui vient de <pap/u.ax«v<r<{ , action de médicamenter, et aussi d’empoisonner, à cause du double sens du mot <pap/*axov ; celui de <papwaxtv«-<£ étant tout a fait étranger à la préparation des médicamens nommée en grec <pa.f/j,a.KC7roiia. Aussi , emploient-ils 1 expression «paep^axivT/Kii > dans le sens que je donne ici au mot pharmaceutique, comme celui de «fiamrnx» dans le sens que je conserverai pour désigner la
science dont je parlerai tout à l’heure sous le nom de diététique : seulement comme ils ne distinguaient pas la physique médicale des autres sciences du premier ordre dont je vais m’occuper dans la suite de ce chapitre , et qu’ils ne traitaient des moyens d’agir sur l’économie animale que sous le point de vue de leur utilité , ils considéraient la diététique et la pharmaceutique comme faisant partie de ces sciences , et ils n’y admettaient que les connaissances relatives aux régimes et aux substances médicinales qui nous sont utiles ; tandis que je comprends , en outre , dans la diététique la détermination des effets nuisibles des régimes insalubres ; et, dans la pharmaceutique, celle de l’action que les poisons exercent sur l’organisme, conformément à la double signification du mot primitii !
(pap/x aKoi».
2. Traumatologie . Nous avons ensuite à étudier l’action qu’exercent sur l’organisation de l’homme et des animaux les agens extérieurs qui l’altèrent ; soit lorsque cette action sépare des parties nalurellement unies , comme il arrive dans les coupures , les ruptures, les fractures, et dans les opérations chirurgicales où I on retranche ce qui nuirait à la vie , où l’on ouvre les vaisseaux et les diverses cavités du corps, etc. ; soit quand la même action s’exerce en comprimant ces parties, les contondant ou les désorganisant d’une manière quelconque , tant lorsque cela a lieu par accident, que quand le chirurgien s en sert comme d'un moyen de guérison ,
Tels sont les cITets produits par les brûlures , l’action des caustiques , etc. ; mais s’il s’agit de piqûres , de morsures , on pourra avoir à considérer séparément la blessure en elle-même qui doit être étudiée ici , et l’introduction dans les tissus organiques d’une substance qui est un véritable poison, et dont l’action est par conséquent du ressort de la pharmaceutique.
Il n était pas facile de trouver un nom convenable pour la science que nous avons à considérer dans cet article , parce que ceux que l’usage a assignés aux différentes branches de l’art de guérir, ontété en généralchoisis seulement dans l’intention de désigner l’usage qu’on fait dans cet art des moyens qu’on emploie pour conserver la santé , pi'éserver des maladies ou les guérir , et que , comme je l’ai déjà dit, on ne doit point séparer, dans l’étude des agens de même nature, les recherches oû l’on se propose seulement d’en connaître les effets, de celles qui ont pour objet d’en tirer, comme moyens de guérison, tous les avantages qu’ils peuvent nous procurer. L’étymologie du mot pharmaceutique et celle des noms diététique et phrénygiétique, par lesquels je désignerai les sciences du troisième ordre dont je m’occuperai tout à l’heure, me permettaient d’en étendre la signification conformément à ce principe; mais il u’en est pas de même des mots chirurgie ou méde-
cine opératoire. (Quoique la connaissance des cllets funestes produits par les plaies , les fractures , etc., soit aussi nécessaire au chirurgien que celle des instrumens dont il se sert et des opérations qu’il doit pi'atiquer, et que ces deux genres de connaissance , si on voulait les distinguer, ne pussent donner lieu, dans la science du troisième ordre qui nous occupe , qu’à une de ces divisions du quatrième ou du cinquième, étrangères au plan Je mon ouvrage, il m était évidemment impossible de donner cette extension à la signification des mots chirurgie ou médecine opératoire, dont l’étymologie , conforme à l’usage qu’on en fait , est en contradiction manifeste avec une semblable extension. J’ai donc cru devoir adopter, pour désigner la science du troisième ordre dont nous parlons , le nom de traumatologie , de-rp civ/a-a., plaie , contusion , blessure , et dont rien n’empêche d étendre la signification, comme on l’a fait pour tant d’autres dans les mots scientifiques que nous avons tiréf*du grec. Dès lors le mot traumatologie s’appliquera également bien à tout ce que j’ai rapporté à la science que je nomme ainsi , soit qu’il s’agisse des blessures , compressions , etc., arrivées par accident; de celles que le chirurgien est dans le cas d’opérer ; des moyens ou des instrumens auxquels il a recours pour atteindre son but; soit même des expériences faites sur les animaux vivans , par lesquelles
on se proposerait (l'essayer les moyens chirurgicaux avant de les pratiquer sur l’homme , mais s’il s’agissait de fournir à la physiologie animale les faits sur lesquels elle repose , et ceux dont elle attend les nouveaux progrès qu elle ne peut faire que par ce moyen, ce serait à cette dernière science, et non à la traumatologie , qu’appartiendraient les expériences faites dans ce but; de même que ce n’est pas dans la pharmaceutique , mais dans la physiologie animale , qu’on doit placer les expériences sur lintroduction de matières insolites dans l’organisation , qui seraient faites uniquement dans la vue de résoudre des questions relatives à la physiologie.
3. Diététique. Dans les deux sciences précédentes , les effets des moyens qu elles étudient se manifestent en général presque immédiatement , en sorte que rien n’est plus facile que de les constater par l’observation ou l’expérience. Il n’en est pas^de même des effets produits par les causes de modifications organiques dont je vais m’occuper. L’action plus lente de ces causes ne peut ordinairement être reconnue que par la comparaison de ce qui arrive , dans des circonstances semblables , à des individus dont les uns sont soumis à celte action , et les autres ne le sont pas. Elles comprennent tout ce qui est relatif au régime, lorsqu’on prend ce mot dans le sens le plus général , et qu’on l’applique non-seulement à l’homme, mais
encore aux animaux que nous pouvons observer d’assez près pour les étudier sous ce point de vue. Ces causes sont, par exemple, les alimens dont ils se nourrissent , la température ou les divers degrés d’humidité de l’air qu ils respirent, les lieux qu’ils habitent, leurs travaux habituels, les divers genres d'exercices des organes locomoteurs et des organes des sens , les différens modes de repos plus ou moins prolongés, etc. L’étude des modifications utiles ou nuisibles produites dans l’économie animale par ces différentes causes , est lobjet d'une science que les grecs ont nommée «ha-cm-nx»' , d’où nous avons tiré le nom de diététique que je lui conserverai.
Ce que nous avons remarqué plus haut relativement à la traumatologie et à la pharmaceutique, s applique également à la diététique. On doit, par exemple, comprendre dans cette dernière science les expériences faites dans la vue de juger des avantages que nous pourrions retirer des nouvelles substances alimentaires proposées par ces hommes qui , en multipliant nos moyens d existence , se sont placés au premier rang des bienfaiteurs de l’humanité , mais non celles qu’on ferait pour étendre nos connaissances en physiologie, expériences qui doivent être rapportées à cette dernière science.
C’est aussi dans la diététique qu on doit étudier les conséquences nuisibles d’un exercice forcé ou
trop long-temps continué des organes musculaires., de même qu'une trop constante application tic ceux de nos sens que cette application pourrait altérer ou détruire , comme il n’arrive que trop souvent à celui de la vue.
Les exercices gymnastiques , les procédés orthopédiques et les expériences par lesquelles on peut chercher à les perfectionner et à en constater les avantages , doivent cire décrits ici , tandis que l’application de ces procédés pour prévenir ou guérir des infirmités , qu’on, doit regarder comme des maladies , appartient à des sciences dont nou,s parlerons plus tard , la prophylactique et la thérapeutique spéciale ; de même que les opérations de la chirurgie doivent être décrites dans la traumatologie , tandis que leur application, dans les divers cas où il convient d’y avoir recours , appartient aussi aux deux sciences que nous venons de nommer.
4- Phrénygiélique . Les phénomènes vitaux peuvent être modifiés par un dernier genre de causes qu’on a eu tort, si je ne me trompe, de ne pas considérer comme devant être l’objet d’une science à part; car l’étude des effets qui leur sont dus , aussi nécessaire au médecin que celle de la pharmaceutique , de la traumatologie et de la diététique , ne peut évidemment être comprise dans aucune de ces trois sciences. Je veux parler des modifications que les causes morales apportent
dans l’organisation; telles sont les passions, la concentration de l’attention sur certaines idées , la tristesse, la gaieté, une profonde douleur, une grande joie, le changement dans les relations ordinaires de l’homme avec ceux qui l’entourent , soit qu’il résulte d’une nouvelle position sociale , ou qu'il soit prescrit par le médecin , etc. , etc. Je réunirai tout ce qui est relatif aux effets produits par des causes de ce genre dans une science du troisième ordre, à laquelle je donnerai le nom de jjhrénjrgiétiij ue , déduit, précisément comme diététique l’a été de J'iamx, du mot composé <pp«w>i£/a ( i ) , par lequel j’ai cru pouvoir supposer que les Grecs auraient désigné l’influence utile ou nuisible que le moral de l’homme peut exercer sur sa santé . s ils avaient eu ces idées à exprimer, de même qu’ils auraient probablement nommé çpivo\oyiu la science qui porte en français le nom de phrénologie.
C’est à la plirénygiétique qu’appartient l élude des phénomènes si dignes d’attention , qui soni dus à cette exaltation de la sensibilité et de quelques-unes de nos facultés intellectuelles , qui a été désignée sous les noms d’extase, de somnambulisme et de magnétisme animal.
Il n’est pas nécessaire, pour observer les effets
( i) J ’ai tu rmé ce mot de <Pp«‘', qui signifie en général la force •le l arne ou de la penser , el qui comprend, par conséquent, le> elfcls qu’elle peut produire sur l'organisation , et de vyma., saule.
produits sur l'organisation par les pensées et les passions humaines, d’avoir étudié celles-ci comme le fait le moraliste; il suffit d’en avoir cette connaissance générale que les relations sociales en donnent à tous les hommes. Ce n’est donc pas là un emprunt que les sciences médicales font aux sciences du règne noologique , qui ne viennent qu’ après dans ma classification ; mais c’est , au contraire, si l’on plaçait dans ces dernières les vérités dont se compose la phrénygiétique , qu’on tomberait dans l’inconvénient d’être obligé , en traitant des seiences médicales dont nous allons parler sous les noms d 'hygiène , de nosologie et de médecine pratique , d’avoir recours à des sciences qu’on ne connaîtrait pas encore ; car on ne peut se passer, dans la théorie comme dans la pratique <le la médecine, des connaissances relatives à l’iniluence que le moral de l’homme exerce sur sa santé.
b. Classification.
La réunion de ces quatre sciences du troisième ordre forme une science du premier à laquelle je donne le nom de PHYSIQUE MÉDICALE.
Pour se faire une idée nette du sens que j’attache à ce nom , et de l’emploi que j’en fais pour désigner une science du premier ordre, tandis que je donnerai celui de physiologie médicale à une science du troisième qui eu est bien distincte , il laut faire attention a la signification toute différente que 1 u-
sage a assignée aux deux mois physique et physiologie, quoique, d’après leur étymologie, ils semblent devoir être synonymes. Je regarde comme un principe fondamental, en fait de nomenclature, de n’avoir aucun égard à l’étymologie des mots devenus français , et dont l’usage a fixé la signification. Or, quoique physique et physiologie soient dérivés du même mot <p ùa-ts. qui n’aui'ait dû s’appliquer qu’aux êtres qui naissent, croissent, se reproduisent et meurent , le Jus et norma loquendi a décidé , en français , que le mot physique comprendrait tout ce que nous savons en général sur les corps, et particulièrement tout ce qui est relatif à leurs propriétés inorganiques et aux phénomènes qui en résultent, soit qu’on l’ait appris par l’observation et l’expérience, soit qu’on l’ait déduit de Implication des phénomènes. D’un autre côté, l’usage a décidé que le mot physiologie, non-seulement ne s’appliquerait qu’à des connaissances relatives aux corps organisés, mais encore ne désignerait que celles de ces connaissances qui sont relatives soit à l’explication des fonctions et de la formation des organes , soit â celle des modifications que peut éprouver l'organisation elle-même, c’està-dire , en général , à la recherche des causes de la vie, et aux diverses applications des résultats qu’on déduit de la connaissance de ces causes.
C’est d’après la signification assignée par l’usage aux deux mots dont il est ici question, que j ai dû
donner le nom de physique générale à la science du premier ordre relative aux propriétés inorganiques des corps , les seules qui restent aux matériaux des corps organisés , quand , après leur mort , on isole ces matériaux pour les étudier sous les rapports physiques et chimiques. J’ai dû aussi nommer physique industrielle , physique minérale, des sciences du troisième ordre comprises dans la technologie et l’oryctotechnie , et où l’on applique les principes de la physique générale à la recherche des causes et des effets qu’elles doivent produire, parce que, dans ces dernières, les corps sont encore considérés sous le rapport de leurs propriétés inorganiques. Dès lors la restriction donnée par l’usage au mot physiologie ne me permettait de l’employer pour aucune science du premier ordre, mais seulement pour des sciences du troisième composées de vérités relatives à la dépendance mutuelle des causes et des effets , considérée dans les êtres vivans, telles que les sciences auxquelles j’ai donné les noms de physiologie végétale , agricole , animale.
Maintenant qu’il s’agit d’étudier les effets produits par les circonstances physiques et les divers agens qui, de quelque règne qu’ils soient tirés, agissent à la manière des corps inorganiques , j’ai dû donnera la science du premier ordre , qui considère successivement ces circonstances et ces agens sous les différens points de vue que présente leur étude , le nom de physique médicale dans le même
lens où j’avais ilit physique générale. J appliquerai, au contraire, quand il sera question des maladies et des traitemens qui leur conviennent , celui de physiologie médicale à la science du troisième ordre, où l’on s’occupe des causes des phénomènes qu elles présentent et des effets qui résultent des divers traitemens prescrits aux malades.
Il est évident que l’action du moral sur le physique de l’homme produisant des effets organiques dont il faut que le médecin s’occupe, comme des autres circonstances qui peuvent modifier les phénomènes vitaux , la phrénygiétique doit être comptée parmi les sciences médicales et comprise dans le premier règne ; tandis que l’action du physique sur le moral , étudiée par le philosophe lorsqu’il cherche à découvrir les causes de tout genre qui déterminent les caractères , les mœurs , les passions des hommes, doit être comprise, au contraire, dans le second règne , où les vérités relatives à cette action trouveront place dans la science à laquelle j'ai donné le nom d’ Ethogénie.
La physique médicale se divisera en deux sciences du second ordre. Je donnerai à la première le nom de physique médicale proprement dite , parce que les moyens d’agir sur l’économie animale dont elle s’occupe produisent des effets qui ont lieu et s observent en quelque sorte immédiatement, comme cmx que détermine l action mutuelle des corps inorganiques soumis aux expériences delà
physique générale ; elle comprendra la pliai maceuetique et la traumatologie. Pour la seconde , composée de la diététique et de la phrénygiétique , iï fallait nécessairement faire un nouveau mot ; j ai adopté celui de BIOTOLOGIE, de /3/orn , qenre de vie , tout ce qui est habituel dans la manière dont chacun vit.
\ oici le tableau de cette classification :
Science du i«r ordre»
Sciences du i e ordre .
Sciences du 3« ordre.