‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 3)Chapitre 35 sur 42 · CL. Enumération et définitions · texte numérisé non relu

CL. Enumération et définitions

i. Crasiographie . On a écrit beaucoup de volumes sur les tempéramens , quoiqu’on li ait pas encore donné de nom à la science qui s’en occupe. Mais je ne pouvais l omettre dans une classification

qui doit embrasser sans exception tout l’ensemble de nos connaissances, et où je me suis proposé de préparer une place à tous les ouvrages qui existent. D’ailleurs, l’importance du sujet eût seule suffi pour me déterminer à distinguer d’abord sous le nom de erasiographie, du motxpôV<s dont les médecins grecs se sont servis pour désigner ce que nous nommons tempérament , une science du troisième ordre qui ait pour objet de décrire les divers tempéramens et toutes les circonstances qui les accompagnent. D’après son étymologie, ce mot peut être pris dans une acception très-étendue , et comprendre, nonseulement les différences d’àge, de sexe, de race, etc., qui peuvent exister entre les divers individus , mais encore, pour ne rien omettre de tout ce qui doit faire partie de la science dont il est ici question , les différences qui tiennent à 1 état où se trouve l’individu, par exemple, à celui de la gestation, de l'allaitement , etc.

2. Crasioristique. Le médecin reconnaîtra-t-il toujours sûrement le tempérament de celui qui le consulte? ne faudra-t-il pas qu’il distingue les signes seulement symptomatiques de ceux qui sont vraiment idiopathiques? C’est là une sorte de diagnostique qui est, par rapport aux tempéramens , ce que la diagnostique proprement dite, dont je parlerai tout à l’heure, est par rapport aux maladies. La connaissance des signes auxquels on distingue les divers tempéramens, et de la valeur relative de ces signes.

m a semblé devoir être l’objet d’une autre science du troisième ordre à laquelle j’ai donné le nom de crasioristique.

3 • Hygionomie. Après qu’on a étudié, d’une part, dans les quatre sciences du troisième ordre dont se compose la physique médicale , tous les genres d action que peuvent exercer sur l’homme et les animaux les divers exercices des organes soumis à 1 empire de la volonté , les agens et toutes les circonstances extérieures qui peuvent modifier les phénomènes vitaux; de l’autre, dans la crasiographie et la crasioristique , les circonstances organiques indépendantes de la volonté , qui influent sur ces modifications, et font que ce qui est utile à l’un peut être nuisible à l’autre , on a tout ce qu’il faut pour qu’en partant de la comparaison de tous les faits observés relativement à ces divers genres d’action modifiés par toutes les circonstances organiques qui tiennent au tempérament, à l âge, au sexe, etc., des individus et à l’état où ils se trouvent, on en déduise des lois générales d’après lesquelles on puisse , pour chacun d’eux, déterminer les exercices et le régime les plus convenables pour la conservation et l’amélioration de sa santé. C’est de l’ensemble de ces lois que se compose la science du troisième ordre à laquelle je crus, dans le premier moment , devoir donner le nom d’hygiène , mais je n’eus pas besoin de beaucoup de réflexions pour remarquer qu’il y avait une autre science du même ordre qui s’occupait aussi de

la conservation de la santé, en cherchant de quelles maladies un individu donné peut être menacé , et quels sont les moyens qu’il doit employer pour les prévenir; cette science dont je vais parler sous le nom de prophylactique, devait dès lors , comme la précédente, faire partie de l’hygiène. Enfin, je reconnus que la signification de ce dernier mot , suivant l’usage adopté par les médecins , était encore plus étendue, et que, dans la science ainsi nommée, il fallait comprendre en outre tout ce qui est relatif à la connaissance des tempéramens , c’est-à-dire, la crasiographie et la crasioristique. J’ai donc été obligé de créer un nouveau mot pour celle qui se borne à l’emploi des moyens hygiéniques et aux lois qui doivent le régler, et je n’ai point trouvé d autre moyen de lui assigner un nom convenable , que de la désigner sous celui d’bygionomie, ou science des lois relatives à la santé, vynia. , conformément à ce que j'ai fait pour les sciences où l’on se propose de déduire des lois générales de la comparaison des faits observés. On dira peutêtre que I on peut déterminer théoriquement , dans certains cas , les exercices et le régime qui conviennent aux divers tempéramens ; mais qui ne voit que toute théorie à ce sujet ne peut être déduite elle-même que de la comparaison des faits , et que si l’observation n avait pas fait remarquer les bons effets de ce qui est utile , les iuconyéniens de ce qui est nuisible , on n’aurait pas

même pu soupçonner que la conservation Je lu santé dépendît de remploi de ces moyens. C’est dans l’hygicnomie qu’on doit placer l’étude approfondie de tout ce qui est relatif à l’éducation physique des enfans, aux exercices et aux régimes qui conviennent aux nourrices, aux femmes enceintes, aux gens de lettres, à ceux qui exercent des professions insalubi'es, aux précautions que doivent prendre ceux qui habitent ou surtout qui vont habiter les pays chauds, etc.; tout cela doit être considéré comme formant dans cette science du troisième ordre des subdivisions du quatrième ou du cinquième dont je n’ai point à m’occuper ici.

4. Prophylactique. Les hommes sont sujets à des maladies différentes, selon leurs divers lempéramens (1). Un tempérament sanguin fait*craindre 1 apoplexie, tel autre tempérament expose à telle autre maladie ; il en est de même de l’état où se trouve l’individu , et d'une foule d autres circonstances qui peuvent annoncer ce dont il est menacé.

(1) Les anciens n’avaienl distingué que quatre tempéramens : tes modernes en ont reconnu quelques-uns de plus, les tempérainens nerveux, athlétique, etc. Mais, si je ne me trompe, on devrait donner à ce mot une plus grande extension , en signalant , par exemple , le tempérament phthisique dans ceux qui, sans être encore atteints de phthisie, en offrent les signes précurseurs; les tempéramens rachitique , scrophuleux , etc. L’étude des signes auxquels 011 reconnaît res tempéramens, caractérisés par les maladies qu’ils font craindre, est une partie importante de la crasiol'istiquc,

C’est de toutes les recherches relatives aux moyens à employer pour prévenir les maladies qu’on redoute, que se compose la science à laquelle on a donné le nom de prophylactique , à l imitation des grecs qui 1 appelaient 5rpo<pvAax-nx>). Les moyens généraux de se préserver, par des précautions convenables, de certaines maladies auxquelles pourraient donner naissance des agens ou des circonstances extérieurs, doivent aussi appartenir à cette dernière science.

h. Classification.

Nous réunirons ces quati’e sciences sous le nom commun d’HYGIÈNE , conformément à la signification assignée à ce mot, sinon dans l’usage qu’on en fait ordinairement dans la conversation , du moins dans les cours et les ouvrages où l’on traite de cette science (1). Elle se divisera en deux scien-

(1) On divise ordinairement l'hygiène en trois parties. La première, qui traite de ce qu’on nomme le sujet de l'hygiène , c’està-dire , de toutes les différences d’àges , de sexes , de tempéramens, etc., et des signes qui les caractérisent, se compose précisément des deux sciences du troisième ordre que j’ai comprises dans la crasiologie; la seconde, qui a pour objet ce qu’on appelle la matière de l’hygiène, c’est-à-dire, les moyens par lesquels on peut agir sur l’économie animale pour conserver la santé et prévenir les maladies, ferait ici un double emploi, puisque, tant qu’ils sont considérés d’une manière générale, ces moyens ont dù être étudiés dans la physique médicale , particulièrement dans la diététique et la phénvgiéliquc , et que tout ce qu’on peut avoir à en dire relate-

ces du second ordre, la CRASïOLOGlE et I'hyGIÈne proprement dite ; car , d’après l'étymologie et même d après l’usage ordinaire de ce mot dans la conversation, c’est cette dernière science que désigne proprement le mot hygiène. La crasiologie comprendra la crasiographie et la crasioristique ;

vement au cas où ils sont appliques à la conservation de la santé', rentre dans ce qu’on regarde comme la troisième partie de l’hygiène. Cette troisième partie, dans la division qu’on fait ordinairement, doit en effet s’occuper, suivant l’expression usite'e, des applications de l’hygiène. Elle est composée de l’hygionomie et de la prophylactique , et répond exactement à la science du second ordre que j’ai nommée hygiène proprement dite.

Ainsi, la signification que je donne au mot hygiène ne diffère de celle ou il a été employé par ceux qui l’ont pris dans l’acception la plus étendue, qu’en ce que je n’y comprends que la première et la troisième partie dont ils composent cette science, et que je place la seconde dans la physique médicale ; mais qui ne voit que l’action sur l’économie animale des différens exercices, des divers régimes , n’appartient pas plus à l’hygiène qu’aux sciences dont je parlerai bientôt sous les noms de thérapeutique générale et de thérapeutique spéciale; car ce sont aussi des moyens de guérison qui font partie du traitement général des diverses maladies, et de celui qu’il convient de prescrire aux individus malades d’après leur tempérament et les circonstances où ils se trouvent. Si donc on plaçait l’étude de ces moyens dans l’hygiène , il faudrait en traiter de nouveau dans les deux sciences dont je viens de parler. Or, ces sortes de répétitions sont précisémentl’inconvénient que j’ai voulu éviter en réunissant à part, dans une science du premier ordre , la physique médicale, tout ce qui est relatif aux causes de tout genre qui peuvent agir sur l’organisme , considérées indépendamment du but qu’on se propose lorsqu’on a recours à leur action, soit qu’elles aient pour effet de conserver , altérer , rétablir ou détruire l’ordre normal des phénomènes vitaux.

et dans l’hygiène proprement dite seront réunies l’hygionomie et la prophylactique. Voici le tableau de cette classification :

Science du i*r ordre*

Sciences du 2' ordre.

Sciences du 3« ordre.

/ Cft.LSIOI.OGTE.

Page 1