‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 3)Chapitre 41 sur 42 · première partie · texte numérisé non relu

première partie

Ap rès avoir passé en revue successivement toutes les sciences cosmologiques ; après avoir posé leurs limites respectives , montré leurs rapports, leurs liaisons , et la place qu'elles occupent dans une classification naturelle , il me reste à les réunir dans un tableau général. Afin qu'il ne soit pas incomplet, j’y comprendrai les sciences noologiques dont je dois m’occuper dans la seconde partie de cet ouvrage. Par là , le lecteur pourra embrasser , d’un seul coup d’œil , l’ensemble de ma classification. D’ailleurs , après avoir lu ce qui précède, et quelques développemens qu il m’a paru nécessaire d’ajouter ici , je pense qu’il lui sera facile de se faire une idée assez nette des principes sur lesquels elle repose , pour comprendre ce qui , dans ce tableau , se rapporte aux sciences noologiques, en attendant que je développe les raisons d’après lesquelles j’ai établi le nombre de ces sciences, les caractères qui les distinguent, la place que cliacune d’elles occupe dans l’ensemble des connaissances humaines, et choisi les noms les plus convenables pour désigner celles des sciences du second règne qui n’en avaient pas encore.

Au lieu de présenter cet ensemble dans un tableau unique, comme il était si aisé de le faire, j’ai cru devoir le partager en trois tableaux particuliers,

afin il offrir à l’esprit du lecteur , des points de repos , qui lui donnent plus de facilité pour juger si je suis parvenu à la disposition la plus naturelle des vérités et des groupes de vérités dont se composent toutes nos connaissances. Parla, j’appellerai séparément son attention, d’abord, sur les grandes divisions, objet du premier tableau: les règnes, les sous-règnes et les embranchemens ; ensuite, sur la subdivision des embranchemens en sous-embranchemens, et en sciences du premier ordre , exposés dans le second tableau ; et enfin sur celle des sciences du premier ordre en sciences du second et du troisième, qu’offre le dernier tableau.

En effet, bien que ce soit également de la distinction des différens points de vue principaux ou subordonnés (i), sous lesquels tout objet peut être considéré d’après la nature même de notre intelligence , qu’on puisse déduire les divisions et subdivisions que présente chaque tableau , cependant la grande extension des premières divisions , et le peu d étendue des dernières subdivisions , mettent tant de différence entre les motifs qui militent en faveur de leur admission , et les difficultés qu’on peut éprouver à les adopter, qu’il arrivera peut- être que plusieurs lecteurs , tout en donnant leur assentiment à mes deux premiers

(i) Voyez te que j’ai dit de i es deux sortes de points de vue, préface, papes vij et suivantes.

tableaux, pourraient être portés à ne pas le donner au troisième, ou que même il n’y en aurait qu’un seul des trois qu’ils crussent devoir admettre. C’est pourquoi je désire moi-même que l’on discute séparément chaque tableau , sous le triple rapport des analogies qui existent réellement entre les diverses branches de nos connaissances , des lignes de démarcation qui les séparent de la manière la plus naturelle , et de l’ordre suivant lequel elles doivent se succéder.

Dans le premier, se trouve d’abord la division de toutes nos connaissances en deux règnes. La distinction que j’ai établie entre ces deux règnes est trop conforme à la manière dont on considère généralement les sciences où l’on s’occupe du monde matériel , comme toutes différentes des sciences philosophiques, historiques et politiques, pour que je puisse craindre, à cet égard, des objections sérieuses.

Quant à la subdivision de l’ensemble de nos connaissances en quatre sous -règnes, je crois devoir entrer dans quelques détails , qui me paraissent propres à l’éclaircir et à la justifier. D’abord elle répond aux quati'e grandes carrières qui s ouvrent devant ceux que leur éducation et leurs talens appellent à jouer un rôle dans la société : celle des sciences mathématiques et physiques et des arts industriels , que tracent à ceux qui s’y destinent l’école polytechnique , les écoles d’application auxquelles elle conduit , et les écoles industrielles ;

celle des sciences naturelles et médicales , objets de l’enseignement donné au Jardin des plantes, dans les écoles de médecine, les institutions agricoles , et les écoles vétérinaires ; la carrière de la philosophie , des lettres et des arts libéraux , pour laquelle , outre l’enseignement ordinaire qui y est presque exclusivement consacré , on a aussi établi des écoles spéciales; enfin , celle des sciences historiques , de la jurisprudence, de l’art militaire et delà politique , carrière ouverte surtout à ceux qui sont appelés à défendre ou à gouverner les hommes.

Cette division correspond encore aux quatre principaux buts d’utilité , que le genre humain peut retirer de l’étude des sciences. Sans doute , c’est l’amour de la vérité pour elle-même, qui seul a presque toujours guidé les grands hommes qui les ont créées , et ceux dont les longs travaux les ont amenées au point de perfection qu’elles ont atteint aujourd’hui ; mais s’il faut reconnaître dans l’homme cette noble avidité de savoir dépouillée de toute vue d'utilité , ce n’est pas une raison pour ne pas considérer les sciences sous le point de vue des avantages qu’ elles nous procurent. Sous ce point de vue, celles qui sont comprises dans chaque sous - règne , semblent toutes tendre à un même but , qui n’est atteint complètement que dans la dernière; avec cette différence, néanmoins, entre les sciences cosmologiques et les sciences nooiogiques, que, dans les premières, le but est

atteint en grande partie dès l’antépénultième , et que, dans les secondes, ce n’est qu’à la dernière qu’il appartient de s’en occuper directement.

En rappelant les noms des écoles que suivent ceux qui se consacrent à l’étude des sciences du premier sous-règne, j’ai suffisamment indiqué le but général de ces sciences, atteint en partie dans la technologie, et complètement dans l’oryctotechnie. De même , toutes les sciences du second sous-règne tendent à la conservation de la vie , ou au rétablissement de la santé des hommes , dont s’occupent spécialement l’hygiène et la médecine pratique ; la première chose, en effet, pour la conservation de la vie , c’est la nourriture et le vêtement, et Ion peut dire que l’agriculture n’enseigne à cultiver la terre , la zootechnie à se procurer les substances animales nécessaires à nos besoins, que pour nous procurer l’une et l’autre.

Qui ne voit encore que toutes les sciences du troisième sous-règne se rapportent au grand objet dont s’occupe spécialement la pédagogique , qui est de rendre les hommes meilleurs et plus heureux? N’est-il pas évident, enfin , que le but final des sciences , dont se compose le dernier sousrègne , est le gouvernement et l’amélioration des nations ; et c’est précisément ce but que la politique se propose , et quelle atteint , à l’aide des moyens que lui fournissent les sciences qui la précèdent dans le même sous-règne.

Quant à la distinction des huit cmbranchemens entre lesquels j’ai distribué toutes les connaissances humaines , les noms par lesquels je les ai désignés , déjà presque tous consacrés par l’usage, attestent assez que cette division est conforme à la manière dont on considère généralement les sciences; il est vrai que l’ordre que j’ai adopté diffère, à beaucoup d’égards , des divers arrangemens proposés pour les sciences par la plupart des auteurs de classifications artificielles dont j’ai parlé au commencement de cet ouvrage. Mais celui que j’ai suivi n’est pas , comme dans ces classifications fondé sur des idées préconçues , et des principes choisis plus ou moins arbitrairement pour y tout rapporter ; il l’est sur la nécessité de placer les premières les sciences qui n’ayant besoin que des idées les plus simples ou les plus familières à tous les hommes, sont indispensables pour qu’on puisse étudier complètement les sciences suivantes. Dans cet ordre , les idées que suppose chaque science, se compliquent de plus en plus, à mesure qu’on avance dans la série. On ne s’occupe d’abord que des rapports de grandeur et de position des coi’ps , puis des mouvemens et des forces; on y joint ensuite la considération de toutes les propriétés inorganiques. Ces rapports et ces propriétés se retrouvent dans les êtres vivans , qui nous présentent , en outre , cet ensemble de nouvelles propriétés résultant du grand phénomène de la vie.

C est à toutes ces idées que viennent se joindre alors nos connaissances sur les agens et les diverses circonstances qui peuvent modifier les phénomènes vitaux. Mais l’homme n’est pas seulement un corps organisé, dont la santé est susceptible d’altérations, qui peuvent être prévenues ou guéries par divers agens, diverses circonstances. Son intelligence , ses sentimens, ses passions, etc., dont l’élude suppose celle de ses organes et du monde qu’il habite , sont 1 objet des sciences philosophiques, qui ne doivent, par conséquent, venir, dans l’ordre naturel, qu’après celles dont je viens de parler. Toutes les idées qu’on a à considérer dans les sciences philosophiques , se retrouvent dans l’embranchement suivant , jointes aux nouvelles idées que nous acquérons en étudiant les divers moyens par lesquels l'homme communique à ses semblables tout ce qui est dans sa pensée. C’est par ces moyens que les hommes peuvent se réunir en société; et il est évident que les sciences sociales , soit qu elles étudient les sociétés humaines seulement pour les connaître , soit quelles aient pour but de les conserver, de les régir ou de les améliorer , ne peuvent être placées dans une classification naturelle qu’après toutes les autres sciences.

Dans le second tableau , on aura à discuter si la division de chaque embranchement en deux sousembranchemens est la plus naturelle , et si les deux sciences du premier ordre , comprises dans

chacun des sous-embrancliemens , sont réellement celles qui se rapprochent par des analogies plus intimes et plus multipliées. A légard des sciences du premier règne , où cette distribution ne me présenta aucune difficulté, je ne vois pas trop à quelles objections elle pourrait donner lieu. On a toujours distingué les sciences mathématiques proprement dites, des sciences physico-mathématiques, quelle que soit l’analogie quelles présentent, soit relativement à la nature des principes dont elles partent, soit à celle des calculs par lesquels on en développe toutes les conséquences. La distinction entre les sciences physiques et les sciences géologiques, telle que je l’ai établie (pag. 97 et 98), me paraît aussi de nature à être adoptée. Il ne peut également s’élever aucun doute sur la division des sciences naturelles en sciences phytologiques et zoologiques proprement dites. Enfin , il me semble qu’on ne pourra guère se refuser à admettre la distinction des sciences médicales en sciences physico-médicales , qui étudient les différentes causes qui peuvent modifier la vie dans les animaux, et leur emploi pour la conservation de la santé , des sciences médicales proprement dites , qui ont pour objet la guérison des maladies.

Mais , comme je l’ai dit dans la Préface , pag. xv et xvj , de toutes les parties de mon travail , ce qui m’a offert le plus de difficultés , c’est la distribution des sciences du second règne entre les quatre

embranchemens Je ces sciences , et leur réunion Jeux à Jeux en sous - e'mbi’anchemens. Pour les sciences philosophiques , la Jivision était toute tracée par celle qu’on fait or Jinairement Je ces sciences en psychologie , métaphysique et morale , la logique étant éviJemment une partie Je la psychologie ; et par cette consi Jération , que si, Jans Jans les sciences philosophiques proprement Jites, on Joit distinguer la psychologie , où l’on étudie l’intelligence humaine sous le point Je vue subjectif, de la métaphysique , où l’on examine la réalité objective de nos connaissances, on doit, parla même raison, séparer, dans les sciences morales, l éthique, composée d’observations subjectives sur les mœurs, les caractères, les passions des hommes, de la thélésiologie , où l’on remonte aux fondemens objectifs des vérités morales. Le rapprochement de la glossologie et de la littérature ne soulèvera, si je ne me trompe, aucune objection. L’on ne doit pas non plus être surpris que dans l’autre sous-embranchement des sciences où l’on étudie tous les moyens par lesquels l’homme peut communiquer à ses semblables des idées , des sentimens , des passions , etc. , j’aie placé la pédagogique , qui fait évidemment partie de ces sciences , et que je l’y aie réunie aux arts libéraux. L’art de l’éducation n’est-il pas, en effet, le premier de ces arts? L’instituteur ne se propose-t-il pas de faire un homme vertueux et éclairé , comme le peintre un bon tableau, et le sculpteur une belle statue :

Dans les sciences ethnologiques , où l’on étudie successivement les lieux* qu’habitent les nations , et les races d’où elles tirent leur origine , les monumens qu’ont laissés les peuples qui nous ont précédés , 1 histoire de leurs progrès et de leur décadence , et les religions qu’ils professent , l'ordre des quatre sciences du premier ordre correspondantes à ces quatre objets spéciaux , et leur réunion deux à deux en sous-embranchemens ne paraissent pas d’abord aussi nettement déterminés ; mais , dans les deux premières , on considère ce que l’on pourrait appeler le matériel des nations, indépendamment des passions, des croyances qui les font mouvoir , et dont les eÜ’cls sont étudiés dans l’histoire et l hiérologie. Celle considération me paraît suffisante pour justifier la réunion que j’ai faite des deux premières, dans l’embranchement des sciences ethnologiques proprement dites , et des deux dernières dans celles des sciences historiques. Il était d’ailleurs nécessaire que ces quatre sciences fussent coordonnées entre elles , de manière que l’archéologie précédât l’histoire à laquelle elle fournit ses plus solides fondcmens.

La nomologie et l’art militaire ont pour objet les deux grands moyens par lesquels les gouvernement se soutiennent, font régner la justice, maintiennent la paix au dedans , et font respecter l’indépendance nationale au dehors. Cette considéra-

tion suffit pour motiver leur rapprochement. C’est ensuite à la politique à déterminer, dans chaque cas , l’emploi qu’il convient de faire de ces moyens ; mais elle ne peut se passer pour cela des connaissances que doit lui fournir l’économie sociale ; il est donc nécessaire que celle-ci la précède immédiatement , et forme avec elle le dernier sous-embranchement de toute ma classification des connaissances humaines. Si ces motifs paraissent suffisans au lecteur pour la lui faire adopter, la détermination que j’ai faite du nombre des sciences du premier ordre dont se compose mon second règne , et de l’ordre dans lequel je les ai rangées , se trouvera en même temps justifiée.

Venons au troisième tableau. Ici, on aura à examiner non-seulement si la division que j’ai faite de chaque science du premier ordre , en deux sciences du second , et en quatre du troisième , est naturelle, mais encore si ces divisions sont toutes assez importantes pour devoir être signalées , et si lorsqu’on se propose d écrire un ti’aité complet, ou de faire un cours sur une science du premier ordre, ou même du second, les divisions que j’ai adoptées sont, en général, celles qui sont les plus convenables pour la distribution des dilïérentes parties de ce traité ou de ce cours.

Et d’abord, la plupart des sciences du premier ordre se composent de deux sortes de vérités, les unes plus simples, plus faciles à comprendre, et

qui sont , pour ainsi dire, à la portée de tous les esprits ; les autres plus difficiles , exigent une étude plus approfondie ; dans ce cas , c’est de la réunion des premières que fai formé une première science du second ordre , et j’ai réservé les dernières pour en composer la seconde science du même ordre.

Alors , pour les sciences du premier ordre , dont l’enseignement est partagé entre des élablismens de deux degrés différens , on ne devrait , en généi’al , enseigner dans le premier, que ce qui appartient à la première science du second ordre , et réserver, pour l’établissement supérieur, ce qui est compris dans la seconde.

C’est, au reste, ce qui s’est, en général, fait comme de soi-même toutes les fois que ces deux sortes d établissemens existent, si ce n’est lorsque la crainte que les cours supérieurs ne fussent suivis que par un petit nombre de ceux qui avaient reçu l’enseignement du premier, a fait franchir les limites naturelles des deux établissemens , et enseigner dans le premier des choses qui auraient dû être réservées à l’établissement supérieur.

Dans les sciences dont se composent les derniers embranchemens de chaque règne, ce n'est plus pour la même raison que la première science du second ordre, comprise dans une science du premier, se distingue de la seconde. On ne peut plus dire alors qu elle est plus élémentaire , ainsi que je l’ai remarqué , page 107 , mais la ligne de démarcation

entre ces deux sciences n’en est alors que plus tranchée , et l’ordre dans lequel elles doivent être rangées, que plus complètement déterminé. Il suffit, eu effet, de jeter les yeux sur les tableaux dont nous parlons, pour voir que les deux sciences du second ordre , dont se composent les différentes sciences du premier, comprises dans ces deux embranchemens , se rapportent à des objets réellement différens , et que l’ordre où elles doivent se succéder est fondé sur ce que la première peut toujours être étudiée indépendamment de la seconde , et sur ce que . quand il s’agit de l’hygiène, de la nosologie, de la médecine pratique , de la nomologie , de l’art militaire et de la politique ( i) , la seconde suppose nécessaire-

(t) J’ai suffisamment expliqué dans cet ouvrage quels sont les objets qu’c'tndicnt les deux scienres du second ordre, comprises dans l’hygiène, lajnosologic et la médecine pratique, quoique je ne dusse faire connaître que dans la seconde partie les objets des deux sciences du second ordre, dont se composent la nomologie, l’art militaire et la politique; je crois nécessaire, pour faciliter l’intelligence de ce que je viens de dire, d’avertir dès it présent que la nomologie proprement diteîne s occupe que des lots qui ont existé on existent encore et de leur interprétation, connaissances qui, du moins ponr celles du pays qu on habite, sont indispensables .S ceux qui en font ou en réclament 1 application , tandis que la législation ayant pour objet de déterminer quelles sont les meilleures lois possibles, relativement à l’état où se trouve chaque peuple, soit d’après les données de l’expérience, soit d’après les principes éternels du juste et du vrai, constitue une science nécessairement réservée è ceux qui ont le loisir et la c.a-

ment la connaissance de la première. A l'egard de l’ordre dans lequel doivent être rangées les deux sciences du troisième ordre dont se composent la physique médicale et l’économie sociale , où le premier de ces deux caractères est moins marqué , le second suffit pour déterminer cet ordre. Il est aisé de voir en effet que les moyens dont s occupe la physique médicale proprement dite, tiennent à l’action de causes qui, n’agissant pas habituellement sur l’organisation , sont suivies plus ou moins immédiatement d’effets qu’il est toujours facile de leur rapporter • tandis que les moyens que considère la biotologie faisant partie de la vie habituelle, on ne peut en apprécier les effets que par une suite d observations comparées , et des recherches aussi longues que difficiles ; et pour la seconde , de ce que la chrématoîogie ne

pacité ncccssaucs pour appiofondir de si hautes questions; que par l’hoplismatique , j’entends l’étude de tout ce qui est relatif aux armes anciennes et modernes, aux fortifications, vaisseaux de {pierre, etc., et aux exercices militaires , préparatifs indispensables avant d’entrer en campagne que tout otficier doit connaître, tandis que l’art militaire proprement dit, c’est la science du general; enfin que ce rpie j’appelle syncimenique est la connaissance de toutes les relations, de tous les traités qui existent entre les nations, et de l'interprétation de ces derniers, connaissances nécessaires il tous ceux qui s’occupent des rapports des gouvernemens entre eux, depuis l’ambassadeur jusqu’au consul, au lieu que la |>oliliquc proprement dite est l’art même de gouverner et de choisir dans chaque cas et <>■ qu'on peu et ec qu'on doit fane, science dis hommes d’iital.

s’occupe que des faits et de leurs causes immédiates , tandis que l’économie sociale proprement dite étudie, à l’aide de considérations d’un ordre bien supérieur, les effets qui résultent de la manière dont les richesses sont distribuées et toutes les autres causes qui peuvent influer sur le bonheur et la pi-ospérité des nations.

Nous arrivons enfin aux sciences du troisième ordre. Ici, je n’ai plus à craindre qu’une seule objection. On pourra penser que plusieurs de celles que j’ai admises , n’avaient pas assez d’importance pour être signalées ; on ne verra peut-être pas, pour quelques-unes de ces sciences, les avantages qui résultent de leur distinction. Voici ce que je crois devoir répondre à cette difficulté : Pour la plupart des sciences du second ordre , leur division en deux du troisième, telle que je l’ai établie, existait déjà, et se trouvait consacrée par les mots qui les désignent ; pour d’autres , quoiqu’elles n’eussent pas encore l'eçu de nom, leur existence n’était pas moins réelle, ni leur distinction moins marquée, ainsi que je l’ai fait voir quand je me suis occupe de leur classification , et j’ai attaché une grande importance à les signaler à leur rang. Eh effet , selon les besoins des lecteurs auxquels s’adresse un traité d’une science, on peut vouloir se borner à une seule des sciences du troisième ordre , ou réunir les deux qui en composent une du second , soit en les confondant comme lorsque, dans un traité de zoo-

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logie élémentaire , on place l'anatomie de chaque animal à la suite de sa zoograpliie , soit en les traitant successivement dans deux parties séparées , comme si l’on faisait un traité de zoologie élémentaire sur le plan que j indiquerai tout à l’heure. Or, il faut bien que par le titre de son ouvrage l’auteur puisse indiquer clairement non seulement quels sont les objets dont il va traiter , mais encore sous quels points de vue il se propose de les considérer; c’est à la classification générale des connaissances humaines à lui fournir , dans ce but , des noms pour désigner tant la science du second ordre que les deux sciences du troisième ordre dont elle se compose. C’est la raison que j’opposai à l’opinion d’un des hommes que ses travaux ont placé au premier rang dans les sciences naturelles , et qui m’objectait que la phytographie et l’anatomie végétale ne devaient être considérées que comme une seule et même science ; qu’il en était de même de la zoographie et de l’anatomie animale. Je lui fis remarquer cpae les sciences résultant de ces réunions existaient , en effet , dans ma classification , sous les noms de botanique élémentaire , zoologie élémentaire; mais qu'il ne m’en paraissait pas moins utile, après avoir signalé ces deux sciences, de les subdiviser chacune en deux autres, dont la première contînt la description de tout ce qui peut être observé immédiatement dans les êtres vivans dont on s’occupe , et la seconde de

tout ce qui est relatif à leur organisation intérieure ; que cette distinction était nécessaire, d’abord parce qu’il y aura toujours des personnes qui se borneront à la première étude; en second lieu, parce que je pense, contre une opinion peut-être trop généralement admise aujourd’hui , que, même dans un ouvrage élémentaire où les deux études sont réunies, elles doivent y être traitées séparément, dans l’ordre où je les ai présentées.

On conçoit , en effet , qu’avec peu de temps à donner à l’étude des végétaux et des animaux, on se propose seulement de connaître l’extérieur des plantes , les lieux où on peut les trouver , les époques où elles fleurissent, où elles fructifient, etc.; c’est-à-dire, tout ce que je comprends danslaphytographie ; que de même on se plaise à lire l’histoire des animaux comme l’avait conçue Buffon , à connaître leurs caractères extérieurs , et tous les détails si intéressans de leurs mœurs , de l’industrie merveilleuse que développent certains mammifères, certains oiseaux , de l’admirable instinct de tant d’insectes , etc. ; à savoir quelles espèces on peut trouver dans le pays qu’on habite , les saisons auxquelles on peut les observer, etc. , et que les mêmes personnes n’aient aucune raison pour consacrer à la connaissance des détails anatomiques le temps quelle exigerait. D’un autre côté, ne serait-il pas préférable qu’un traité élémentaire de botanique ou de zoologie, au lieu d’offrir d’abord aux com-

mençansces détails trop souvent inintelligibles pour eux , fût divisé en deux parties ; la première consacrée à la phytograpliie ou à la zoographie , offrant l’histoire des végétaux ou des animaux dans l’ordre où ils s’enchaînent naturellement, sans qu’on y annonçât d’avance aucun principe de classification, et faisant naître successivement les notions de genres , de familles , d’ordres, de classes et d’embranchemens, à mesure qu’on aurait décrit les espèces dont ces groupes sont composés , conformément à la marche analytique que j’ai suivie dans cet ouvrage, en classant les sciences. Ce n’est qu’à la fin de cette première partie , et sous forme de résumé qu’on devrait donner une idée des divisions et subdivisions de la classification naturelle des végétaux et des animaux , non-seulement sans en discuter les motifs , qui ne peuvent l’être que quand on traite de la phytonomie ou de la zoono^mie ; mais même en se bornant aux caractères extérieurs qui distinguent ces divisions et subdivisions. Ce n'est que dans une seconde partie, qu’en suivant la marche synthétique et parlant de l’anatomie de l’espèce qu’on aurait prise pour type , on ferait connaître , dans l’ordre naturel, les chanchangemens successifs qu’éprouve ce type, en parcourant , dans cet ordre , les mêmes divisions et subdivisions dont on aurait déjà pris une idée à la fin de la première partie, et qu’il s’agirait alors de caractériser complètement.

Je n’ai pas besoin d’ajouter qu'il faudrait, suivant moi , que cette division en deux parties correspondantes aux deux sciences du troisième ordre comprises dans une même science du second , fût généralement adoptée dans les ouvrages élémentaires , où sont exposées les diverses sciences du second ordre que j’ai placées au premier rang dans chaque science du premier; qu’un traité d’arithmologie élémentaire fût divisé en arithmograpliie et analyse mathématique; qu’un traité de géométrie élémentaire le fût en deux parties , dont l’une contiendrait la géométrie synthétique, et l’autre l’application de l’algèbre à la géométrie, comme Newton l’a donnée dans son arithmétique universelle , en finissant par la manière de représenter les lignes par des équatious, et la discussion de celles des deux premiers degrés, préliminaire indispensable pour passer à l’étude de la théorie des courbes, naturellement réservée aux établissemens supérieurs. Un ouvrage oû l’on traiterait d’abord de la cinématique, et ensuite de la statique, contiendrait toute la partie élémentaire de la mécanique , et en commençant par la première, présenterait non-seulement les avantages dont j’ai parlé pag. 5 2 et 53 , mais encore familiariserait l’esprit des commençans avec l’idée des effets résultant des mouvemens relatifs, sans laquelle ils ne peuvent comprendre ce qu’enseigne l’uranologie élémentaire relativement aux phénomènes célestes , surtout dans la seconde

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