CHAPITRE CINQUIÈME
Définitions et classification des divers embranche mens des sciences cosmologiques .
J USQu’a présent nous avons passé en revue toutes les sciences relatives au monde matériel , qui est le premier des deux gi’ands objets de toutes les connaissances humaines que j’ai signalés au commencement de cet ouvrage, page 28 ; nous les avons classées en sciences de divers ordres, en sousembranchemens et en embranchemens ; il convient maintenant de nous arrêter pour examiner ces embranchemens , les définir , en indiquer les principaux caractères , les réunir en sous-règnes et en règnes , et nous assurer enfin que l’ordre dans lequel nous venons de les présenter , est réellement celui que détermine la nature même de nos connaissances.
Tel est le principal objet de ce cinquième chapitre ; mais il doit contenir, en outre, des considérations d'un autre genre, qui n’ont encore pu faire partie de mon travail , parce quelles supposaient , pour être bien compi’ises , que toutes les sciences dont j'ai parlé jusqu’ici fussent définies et classées. Certaines vérités , certains groupes de vérités , tenant à la fois à plusieurs sciences, peuvent laisser dans l’indécision , relativement à la place qu’ils doivent occuper dans la classification
naturelle de toutes les connaissances humaines ; c est maintenant qu’il convient de faire cesser cette indécision, en ayant soin, à mesure qu il sera question des différentes sciences cosmologiques , de déterminer celles où ces vérités , ces groupes de vérités, doivent être rangés.
Pour cela il faut se rappeler deux principes, que fai déjà indiqués dans plusieurs endroits de cet ouvrage; savoir: i°. qu'on ne doit jamais séparer les connaissances relatives à un même objet étudié dans un même but : 20. que ces connaissances ne doivent , en général , être placées dans l’ordre naturel, qu'après les sciences sans lesquelles les vérités dont elles se composent , ou les procédés quelles étudient, ne sauraient être bien compris. Ce qui n'empêche pas qu elles ne puissent venir après une science à laquelle elles fourniraient des instrumens ou des matériaux, pourvu qu’on pût se servir de ces instrumens , employer ces matériaux, sans connaître les sciences à l’aide desquelles on construit les uns et on se procure les autres. Autrement il serait impossible de satisfaire au principe dont nous parlons. C’est ainsi , comme on l’a déjà vu , page 1 00 , que la technologie peut être placée, sans inconvéniens , avant 1 oryctotechnie , l’agriculture et la zootechnie , qui lui procurent les matériaux dont elle a besoin ; tandis que ces sciences ne pourraient !a précéder, sans qu’une partie des procédés dont elles font usage , des motifs qui en dé-
terminent les travaux, ne devînt inintelligible. De même, la géométrie, 1 uranologie , la physique pourront être placées avant, la technologie , quoique celle-ci leur fournisse les instrumens dont elles se servent, attendu que l'emploi que l'on fait de ces instrumens est indépendant des procédés à l’aide desquels ils ont été construits. Mais la technologie ne peut venir qu’après ces sciences, par la raison qu’il faut bien savoir le but que l’on se propose dans la construction d’un instrument, si l’on veut se faire une idée nette des moyens auxquels on a recours pour atteindre ce but.
A. * Énumération et définitions.
î. Sciences mathématiques. La réunion que j’ai faite dans un même embranchement, de la mécanique et de l’uranologie, avec les sciences mathé-
* Le lecteur a dà remarquer que quand il s’agissait, dans les quatre premiers paragraphes de chaque chapitre, soit d’énumérer et de définir des sciences du troisième ordre, soit de les classer en sciences du premier , j’employais , comme indication de ers deux parties de mon travail , les lettres a et A en caractères italiques ; que, lorsque dans un cinquième paragraphe, j’avais à énumérer et à définir des sciences du premier ordre , puis à les classer en embranchemens , je me servais, pour la même indication, des lettres a, h , de l’alphabet romain ; c’est pour suivre la même analogie que, dans le présent chapitre, j’ai désigné, d’abord l’énumération elles définitions des divers embranchemens qui comprennent toutes les sciences cosmologiques , et ensuite leur claui heation en un premier règne , par les majuscules A . B.
maliques pi’oprement dites , est fondée sur la nature même des vérités dont ces sciences se composent. Pouvais -je d’ailleurs balancer à rapprocher des sciences unies par tous leurs caractères d’une manière si intime que , soit dans la distribution des études, soit daus la répartition qu’on a faite des différentes branches de nos connaissances entre les classes et les sections des corps savans , et , ce qui est bien plus , dans la distinction des sciences nécessaires pour les diverses carrières sociales, l'étude des mathématiques proprement dites , n’a jamais été séparée de celle des sciences physico-mathématiques , qui se lient immédiatement aux sciences physiques. Quiconque a la moindre idée juste des mathématiques , sait assez l’impossibilité absolue d’éloigner l’arithmologie et la géométrie de la mécanique et de l’uranologie , où tout est semblable dans la nature des recherches, des calculs, etc. , soit pour en faire une classe de sciences à part, soit même pour les placer dans les sciences dont j’ai formé mon second règne, tout en laissant la mécanique et l’uranologie parmi les sciences cosmologiques. Cette dernière distribution, suggérée par des vues purement systématiques , n’a presque pas besoin de réfutation. Sans doute , les mathématiques proprement dites fournissent de nombreux secours aux sciences noologiques, mais ce n’est pas une raison pour les y réunir ; c’en est une seulement pour qu’ elles se trouvent dans tonte
classification vraiment naturelle , avant les sciences noologiques, de même que les autres sciences cosmologiques qui ne prêtent pas à ces dernières de moindres secours. C’est sur l’agriculture et la zootechnie que repose l’existence même des sociétés comme celle des individus. C’est de la technologie et de l’oryctotechnie que ces sociétés tirent leur bien-être et leurs richesses. Ce sont les sciences médicales qui leur fournissent les moyens de soulager les maux dont l’humanité est affligée. Serait-ce là une raison pour ranger ces diverses sciences parmi les sciences noologiques? Je sais, au reste , que ce n’est pas d’après des considérations de ce genre , quJon a voulu y placer les mathématiques proprement dites ; mais d’après l’idée, absolument dénuée de fondement, que les vérités dont elles se composent n’avaient aucune réalité extérieure, et se rapportaient uniquement à des vues de notre esprit , comme si les lois mathématiques du mouvement des astres ne réglaient pas ce mouvement depuis que le monde existe , et bien avant que Keppler les eut découvertes.
Quant à ceux qui ont fait de l’arithmologie et de la géométrie un groupe de sciences distinctes, pour placer la mécanique et l’uranologie dans les sciences physiques , il me paraît qu’ils ne prenaient pas le mot mécanique dans le sens que lui donnent les mathématiciens. La mécanique n’est pas une science qui s’occupe seulement des mouvcmens
que présentent les corps que nous pouvons, sur notre globe, soumettre à l’expérience , ou des machines dont nous aidons notre faiblesse. Telle que l’ont conçue les Euler, les Lagrange , les Laplace, etc., la mécanique donne des lois, comme l’arithmologie et la géométrie , à tous les mondes possibles; et la détermination de ces lois par le calcul repose sur des bases semblables aux premières données d’où l’on part dans les démonstrations de la géométrie. Nous avons vu, pages 66 et 67 , que dans cette dernière science , comme dans la mécanique, il se trouve quelques principes déduits de la seule observation. Ces deux sciences, comme l’uranologie, s’appliquent également à tous les mondes qui peuvent exister dans l’espace , tandis que rien 11e s oppose à ce que dans des globes différens du nôtre , les propriétés des corps , soit inorganiques, soit organisés, fussent toutes différentes de celles que les autres sciences cosmologiques étudient dans les corps qui nous entourent. Mais cette considération générale n’offrait pas un caractère assez précis pour distinguer les sciences mathématiques des sciences physiques. J’en ai long-temps cherché un qui déterminât avec plus d’exactitude la limite qui sépare ces deux embranchemens. Avant de m’occuper de cette recherche , j’avais déterminé quelles étaient les sciences qui devaient faire partie du premier ; et la définition de ce premier embranchement devait
être telle quelle convînt à toutes ces sciences et qu elle ne convînt qu’à elles seules. J’ai trouvé que le caractère, d’après lequel on doit définir les sciences mathématiques , consiste en ce qu’elles n’empruntent à l’observation que des idées de grandeur et des mesures ; et qu’on ne dise pas, comme on ne l’a fait que trop souvent, qu’ uniquement fondées sur des abstractions, les sciences mathématiques propre-^ ment dites n’empruntent absolument rien à l’observation. Est-ce que nous aurions même l’idée de nombre, si nous n’avions pas compté des objets en y appliquant successivement notre attention , et n’est-ce pas là observer le nombre de ces objets?De même, c’est àl observation desformes des corps , ou à celle des figures qu’on en trace lorsqu’on veut les représenter, que nous devons toutes les idées sur lesquelles repose la géométrie. En partant de la définition fondée sur ce caractère, la géométrie moléculaire et toutes les parties de l’uranologie se ti'ouvent comprises dans les sciences mathématiques, conformément à la place cjue je leur avais assignée d’après la nature des vérités dont elles se composent , avant d avoir pensé à les définir ainsi. Par cela même que les sciences mathématiques n’empruntent à l’observation que des idées de grandeur et des mesures; et, par conséquent, que celui qui les étudie se borne à connaître ce qui est , sans exercer sur les corps aucune action, on ne doit admettre dans ces sciences rien de relatif aux arts dont
le caractère essentiel est précisément d’agir sur les corps, pour les modifier de la manière qui nous estla plus avantageuse. Toute application des mathématiques aux besoins de la société appartient aux sciences comprises, soit dans les autres embranchemens du règne cosmologique, soit dans ceux du règne noologique.
Dans la récapitulation que nous allons faire des sciences physiques , naturelles et médicales , nous signalerons les applications des mathématiques qui doivent en faire partie. Quant à celles qui se rapportent à des sciences du règne noologique, c’est dans la seconde partie de cet ouvrage que j aurai à m’en occuper. Telles sont, par exemple, les applications de la théorie des probabilités à la logique et à la jurisprudence; celles de l’astronomie à une science du troisième ordre , comprise dans l elhnologie, et qui a pour objet de déterminer avec précision la position des lieux que l’ethnologiste nous fait connaître, ou qui ont été le théâtre des événemens que raconte l’historien , science à laquelle j’ai donné le nom de toporistique , et qui est , à l’égard de la situation de ces lieux , ce que la chronologie est par rapport à l’époque des faits historiques. Telles sont encore les applications de la géométrie à différentes branches de l’art militaire , et particulièrement à la science des fortifications , que, par un rapprochement tout à fait contraire, selon moi , à l’ordre naturel des connaissances hu-
maines, on a long- temps placée parmi les sciences mathématiques , arrangement qui ne me paraît pas plus fondé que si on y avait réuni la chronologie ou la statistique , à cause des calculs que l’arithmétique leur fournit.
a. Sciences physiques. Ces sciences , comme celles de l’embranchement précédent , ont pour objet les propriétés que présentent les corps indépendamment de la vie propre aux êtres organisés. Mais au lieu de se borner à celles de ces propriétés qui n’empruntent à l’observation que des idées de grandeur et des mesures, elles s’occupent de propriétés que nous ne pouvons reconnaître qu’en joignant Inexpérience à l’observation , et dès lors , tandis que les sciences mathématiques embrassent l’ensemble de l’univers, les sciences physiques sont nécessairement bornées à une étude plus spéciale des corps que l’homme peut atteindre , sans quitter le globe qu’il habite.
La physique générale, qui commence cet embranchement , n’étudie , commeles mathématiques, les propriétés des corps , que pour les connaître , indépendamment de toute application à nosbesoins; mais elle présente une circonstance qui , par la nature même des mathématiques , ne saurait se rencontrer dans ces dernières sciences , et que nous retrouverons presque toujours dans celles des embranchemens suivans. Cette circonstance consiste en ce que la première et souvent la seconde
des quatre sciences du troisième ordre, comprises dans chaque science du premier, se composentd’une multitude de faits , dont la liaison et l’ordre naturel ne peuvent être aperçus que quand on passe aux deux autres sciences du troisième ordre, qui complètent celle du premier. Cependant, pour exposer ces faits , il faut bien suivre un ordre quelconque; et, à cet égard, il y a deux partis à prendre : 1 un est de les ranger d’avance dans l’ordre naturel, sauf à expliquer plus tard les motifs de cet arrangement. 11 semble que c’est là un emprunt qu’on fait à des sciences qui ne viennent qu’après celle dont on s’occupe ; mais cet inconvénient n’a lieu qu’en apparence, parce que rien n’empêche qu’on n’expose ainsi la partie élémentaire d’une science du premier ordre , sans développer les raisons qui ont fait adopter la marche qu’on suit ; de même que le mathématicien ou le physicien peut se servir des instrumens que lui fournit la technologie , sans s’inquiéter des procédés à l’aide desquels elle les a construits. L’autre parti consiste à suivre, dans l’exposition des faits , un ordre arbitraire tel , par exemple , que l’ordre alphabétique des noms par lesquels sont désignés les objets auxquels ces faits se rapportent ; à faire , en un mot , le dictionnaire de la science. Quand on ne veut traiter que de la partie élémentaire d’une science du premier ordre, il est souvent plus commode d’en disposer les matériaux sous cette forme de dictionnaire ; tandis qu*
cette disposition , la plus artificielle de toutes , me paraît devoir être absolument rejetée, dès qu’il s’agit de la composition d’un ouvrage sur une science du premier ordre, où l’on se propose , par conséquent , de réunir les quatre sciences du troisième , dont elle se compose.
On sent bien que , par la nature même des sciences mathématiques, cette forme y est inadmissible ; qu’on ne peut mettre en dictionnaire ni l’arilhmographie, ni la géométrie synthétique, ni la cinématique , ni l’uranographie ; mais quelle convient à la physique expérimentale , à la chimie, à la technographie , à l’oryctotechnie , ainsi qu’à la phytographie , la géoponique , la zoographie , la nosographie , etc. Les ouvrages où ces différentes sciences sont ainsi traitées existent , et c’est là quelles sont exposées d’une manière complètement isolée des autres sciences du troisième ordre comprises dans les sciences du premier auxquelles elles appartiennent respectivement. Un dictionnaire de phvsique expérimentale , borné à la simple exposition des propriétés que présentent les différens corps tant que la composition n’en est pas altérée , un dictionnaire de chimie , où l’on fait connaître leur composition, et où l’on décrit les instrumens dont on se sert pour les composer et les décomposer , peuvent être regardés comme des exemples d’ouvrages qui appartiennent uniquement à ces deux sciences du troisième ordre ; de même
qu’un dictionnaire où ces deux sortes de connaissances seraient réunies n’appartiendrait plus ni à Ja physique expérimentale , ni à la chimie , mais à la science du second ordre , qui les comprend toutes deux et que j’ai nommée physique générale élémentaire. Mais cette forme ne peut être adoptée ni pour des traités spéciaux sur les deux sciences du troisième ordre dont se compose la physique mathématique , ni pour un ouvrage où elles seraient réunies, ni même pour un traité complet de physique générale , où il est toujours préférable de suivre uniquement l’ordre prescrit par l’enchaînement naturel des faits. Ce que je dis ici à l’égard de la physique générale, suivant qu’on veut écrire un ouvrage , soit sur une des sciences du troisième ordre qui y sont comprises , soit sur une du second, soit sur la réunion de toules ses parties, est en général applicable aux autres sciences du premier ordre.
La place que j’assigne à la chimie dans la classification des connaissances humaines , en la considérant comme une des quatre sciences du troisième ordre dont se compose la physique générale, semble contraire à l’usage où l’on est de parler de ces deux sciences comme de deux branches de nos connaissances, voisines à la vérité, mais en quelque sorte indépendantes l une de l’autre. Ce n’est qu’après s’être fait une idée nette de l’ensemble de la classification des sciences cosmologiques , qu’on
peut juger combien celle manière de voir esl opposée à la nature même de ces sciences , el se convaincre que la chimie est par rapport à la physique générale , ce que l’anatomie végétale et l’anatomie animale sont par rapport à la botanique et à la zoologie ; en effet , la physique générale s’occupe des propriétés que nous présentent les corps en tout lieu et en tout temps , en se bornant à celles que j’ai désignées sous le nom de propriétés inorganiques , pour exprimer qu’on les observe indifféremment dans des corps privés ou doués de la vie, par opposition aux propriétés organiques qui , résultant du grand phénomène de la vie, appartiennent exclusivement aux corps organisés. Or, c’est parmi ces propriétés inorganiques qu’on doit ranger la composition des substances homogènes , soit que ces substances proviennent originairement d’un corps inorganique ou d’un corps organisé. Le chimiste , en étudiant cette composition , s’occupe donc d’une des propriétés dont le physicien doit embrasser l’ensemble , et la chimie ne peut dès lors être considérée que comme une des branches de la physique générale.
L’importance et la multiplicité des faits relatifs à la composition des substances homogènes , n’en donnent pas moins à la chimie un des premiers rangs parmi les sciences du troisième ordre. Tlus cette science a fait de progrès et plus elle a multiplié ses rapports avec les autres branches de nos
connaissances , plus les limites qui 1 en séparent sont devenues difficiles à tracer d’une manière précise ; et c’est ce qui m’engage à entrer ici dans quelques détails à ce sujet.
Voyons d abord comment elle doit être séparée de la physique expérimentale : celle-ci s’occupe de toutes les propriétés que nous présentent les corps , tant que leur mode de composition n’éprouve aucun changement; la chimie, au contraire, étudie un corps , ou pour en séparer les élémens , ou pour combiner une partie de ces élémens , soit entre eux, soit avec d’autres corps , soit enfin pour former un composé nouveau, en unissant deux ou plusieurs substances qui se combinent sans éprouver aucune décomposition. Cette manière de distinguer ces deux sciences, long-temps seule admise, a été méconnue dans quelques écrits récens. Comme dans l’enseignement de la physique expérimentale , il est d’usage de commencer l’étude des corps par celle de leurs propriétés générales , on a eu depuis peu 1 idée de borner cette science à cette seule étude , pour transporter à la chimie celle des propriétés particulières à chaque corps. Cette distribution des vérités qui doivent être rapportées à chacune de ces sciences , ne pourrait être admise qu’en ôtant à la physique expérimentale la plupart, des recherches qui en font évidemment partie. Comment concevoir qu’on attribue à la chimie l étude des propriétés magnétiques qui ne s’obser-
vent que dans un petit nombre de métaux ; de la dureté , de la ténacité dont les corps solides sont seuls susceptibles ; de la ductilité , de la malléabilité , des effets de la trempe et de l'écrouissage , qui n’ont lieu que dans quelques métaux? Certes, ce ne sont pas là des propriétés générales , mais elles n en sont pas moins du ressort de la physique expérimentale. Tous les corps ne sont pas transparens , et ceux qui le sont ne jouissent pas tous de la double réfraction. Ce sont encore là des propriétés particulières ; et cependant qui peut douter que ce ne soit au physicien de s'en occuper ? C’est aussi lui qui doit dresser des tables des poids spécifiques , et des autres proDriétés qui peuvent être évaluées en nombre dans les différens corps ; comme c’est au chimiste à dire si ces mêmes corps sont simples ou composés, et à déterminer, dans ce dernier cas, les élémens et les matériaux dont ils sont formés , et la proportion de ces élémens et matéx-iaux. Et, réciproquement, n’y a-t-il pas dans les propriétés , qui ne peuvent être rapportées qu’à la chimie, des faits généraux que personne n’a jamais songé à retrancher du domaine de cette science , pour les reporter dans la physique? ce que devraient faire , s’ils étaient conséquens , ceux qui veulent ôter à la physique, l’examen des propriétés particulières des corps, pour ne lui laisser que celui de leurs propriétés générales.
La confusion, à l’égard des faits qui appartien-
Tient réellement à la chimie , et dont les minéralogistes ont voulu agi’andir le domaine de leur science, est plus ancienne , et consacrée jusqu’à un certain point par un usage , qu il est par cela même plus difficile de réformer et que, néanmoins, on ne peut suivre , si on veut tracer entre les diverses sciences des limites fondées sur la nature des choses. Ici, il faut se rappeler les principes qui nous ont servi à distinguer les vérités qui appartiennent à la physique générale, dont la chimie fait partie, des vérités dont se composent les sciences géologiques. Nous avons vu que tout ce qui est relatif aux propriétés inorganiques des corps, en tant qu' elles sont indépendantes des lieux et des temps, doit être rapporté à la physique générale (1), tandis que toutes les variations que ces propriétés éprouvent en divers lieux et en divers temps , appartiennent à la géologie. C’est d’après la même règle , que dans les recherches relatives à la composition des corps , il faut distinguer ce qui doit être rapporté à la chimie de ce qui doit l’être à d’autres branches des connaissances humaines.
( i) C’est pour désigner cette indépendance des lieux et des temps qui caractérise les vérités comprises dans la science dont il est ici question , que je lui ai donné le nom de physique générale , par opposition, par exemple, à la géologie, qu’on peut considérer comme la physique particulière de chaque lieu , aux différentes époques qui ont pu apporter quelque changement dans les phénomènes que les corps y présentent.
Lorsqu’il est question cle composés homogènes , mais en proportions indéfinies, il est clair que le chimiste ne peut s’occuper que des moyens généraux d’en faire l’analyse, et que celle de chacun de ces composés appartient aux sciences suivantes , d’après le besoin qu’ elles peuvent avoir d’en connaître la composition. Les potasses du commerce sont, par exemple, des composés indéfinis , dont le prix doit varier suivant la quantité de potasse pure qu’ elles renferment. C’est au chimiste à donner une méthode générale pour déterminer cette quantité ; mais la méthode une fois donnée, l’opération par laquelle on l’applique à telle ou telle espèce de potasse du commerce, fait partie de la cerdoristique industrielle. De même la chimie fournit une méthode générale pour analyser les eaux minérales,' mais l’application de cette méthode pour déterminer la composition des eaux minérales qui se trouvent en différens pays , doit êti'e placée dans la géographie physique, qui rend compte des particularités de ces divers pays. C’est encore à la chimie à donner des moyens pour l’analyse d’un minerai ; mais la détermination, à l’aide de ces moyens , de l’espèce et de la quantité des métaux que le minerai contient, faite dans la vue d’en apprécier les produits, doit être rapportée à la docimasie ; de même que c’est à la cerdoristique agricole à appliquer les procédés de la chimie à l’analyse du sol de chaque pays, pour comparer les résultats de cette aua-
lyse à la valeur des produits qu’on en retire ; à déterminer les quantités de sucre fournies soit par certaines variétés de betteraves , soit par une même variété cultivée dans divers sols , ou récoltée a des époques dilïérentes , etc.
Il n'en est pas ainsi, lorsqu’il s’agit d’un composé défini qui est le même en tout lieu et en tout temps ; la détermination des proportions de ses élémens appartient tout entière à la chimie. Peu importe la nature minérale, végétale ou animale de ce composé ; grâces aux progrès qu’ont fait faire à la chimie les découvertes des Berzélius , des Chevreul , des Dumas , ce composé sera tantôt un acide , tantôt un oxide ou un chlorure , ou un sulfure, tantôt un sel , etc. ;* et quel que soit le règne.de la nature dont il tire son origine , le chimiste devra le faire connaître à son rang , comme c’est à lui de décrire l’acide nitrique, l’oxide de fer , le chicrure de sodium , le sulfure de plomb , le carbonate de chaux, l'acide acétique , le sucre, l’alcool , l’urée , l’acide margarique , le margarate de glycérine, etc. ; en sorte qu’il appartient à la chimie , et non à la minéralogie , de chercher de combien d’atomes d’oxigène et de silicium l’acide silicique est composé ; de dire que sa forme primitive est un rhomboïde , dont les angles dièdres sont de g4° 24' et de 85° 36' ; que c’est cet acide que l’on nomme quarz , etc. , tout en laissant , d’une part , à la géométrie moléculaire le soin d’ex-
pliquer les diverses formes secondaires qui peuvent résulter de cette forme primitive, et, dé l'autre , à la minéralogie celui de décrire les différentes variétés de quarz , et les divers terrains où elles se rencontrent , suivant que le quarz est cristallisé , limpide ou coloré , ou qu’il est amorphe en masse solide , ou sous forme de sable. La chimie considérera de même le felspath comme un silicate double, à base d’alumine et de potasse, dans les mêmes proportions où ces bases existent dans le sulfate double qui est connu sous le nom d’alun. Elle ne laissera à la minéralogie qu'à examiner les variétés de formes cristallines secondaires, de couleurs , etc. , que le felspath présente dans différens terrains .
La ligne de démarcation ainsi établie entre les deux sciences dont je viens de parler, montre assez que , dans ma manière de voir, on doit reporter dans la chimie une partie des faits qu’on avait jusqu’à présent considérés comme appartenant à la minéralogie , et cela toutes les fois que ces faits sont relatifs à des composés définis, semblables à tous égards à ceux dont l’étude a toujours fait partie de la chimie.
L’erreur où l’on est tombé à ce sujet provient de ce que l’on a analysé les substances minérales long-* temps avant que la chimie eût fait assez de progrès pour qu’on pût avoir des idées justes sur la nature de ces substances. Quand on a commencé à étudier
chimiquement les matériaux immédiats des composés qui se trouvent dans les végétaux et les animaux , on ne s’était pas non plus , il est vrai , élevé aux théories d’après lesquelles ils doivent être considérés comme des acides, des oxides , des sels, etc.; mais , comme ces recherches étaient faites par des chimistes , on n’a pas pensé à commettre la même erreur à l’égard de ces matériaux ; on a laissé avec raison, dans le domaine de la chimie, la détermination des proportions de leurs principes constituans, celle de leur nature saline, acide, basique ou neutre , et des formes primitives que présente leur cristallisation , etc. Il est bien temps de rendre à la même science les travaux tout semblables exécutés sur des substances minérales à proportions définies , et qui sont , par conséquent , les mêmes en tout lieu et en tout temps.
C’est peut-être dans la première des sciences du troisième ordre dont se compose la technologie , et à laquelle j’ai donné le nom de technographie, que les faits et les procédés à décrire sont plus nombreux et plus indépendans les uns des autres. C’est pour cette raison que la forme de dictionnaire convient particulièrement à cette science , et qu elle y a été si souvent employée ; mais elle ne saurait , en général , convenir à la cerdoristique industrielle, surtout à la partie de cette science qui consiste dans les calculs , relatifs au commerce et aux divers genres d’industrie, quelle emprunte à l’arith-
mologie ; dans les formules que lui fournit la mécanique pour évaluer le produit des machines et les forces dont elles exigent l’emploi. Tout au plus pourrait-on l’employer dans cette autre partie de la cerdoristique industrielle, où il est question de la connaissance des valeurs ordinaires des marchandises de tout genre , et des signes auxquels on en reconnaît la bonne ou la mauvaise qualité ; par exemple, dans cette partie de la cerdoristique industrielle de la librairie , qui consiste dans la connaissance des diverses éditions, de leurs prix, etc. ; connaissance à laquelle on donne ordinairement le nom de Bibliographie , quoique ce rnot soit aussi employé , et ce me semble avec bien plus de raison d’après son étymologie , pour désigner une connaissance toute différente , celle , non pas de ce que coûte le livre , mais de ce qu’il contient. C’est en partant de cette dernière signification , que l’on réunit dans les journaux, sous le titre de Bibliographie , les articles où l’on donne un précis de ce qui est contenu dans les ouvrages dont on rend compte.
C’est dans la technographie que doivent être placés , non-seulement la construction des navires , mais tous les moyens qu’on emploie pour les diriger sur les mers avec plus de sûreté et de promptitude ; en sorte qu’on ne doit à cet égard regarder ce qu on nomme navigation , que comme une de ces subdivisions des sciences du troisième ordre,
dont je n’ai point à m’occuper dans cet ouvrage. Un vaisseau est une de ces machines que la technographie enseigne à construire et à faire manœuvrer, et dont les autres sciences lui empruntent l’usage ; c’est ainsi qu’elle procure , par exemple , à la géographie physique ce grand moyen d’ exploration de la surface du globe, en même temps que cette dernière lui fait connaître la disposition des côtes et des écueils que le navigateur doit éviter ; quelle prête à l’oryctotechnie les machines qu’emploie celle-ci pour extraire des mines les richesses qu elles contiennent, ou épuiser les eaux qui en entravent les travaux , et quelle fournit , à l’art militaire, des fortifications, de la poudre et des canons, comme je le dirai dans la seconde partie de cet ouvrage , en remarquant en même temps que la tactique et la stratégie navales , qui doivent être tout à fait séparées de la navigation proprement dite , appartiennent aussi-bien à l’art militaire , que la disposition et la conduite d’une armée de terre , d’un parc d’artillerie , etc.
Nous n’avons pu , en parlant de la géologie , indiquer ce qu’il y a de semblable ou de différent entre ses subdivisions et celles que présentent la botanique et la zoologie , parce que ces dernières sciences ne devaient être traitées que dans le sousrègne suivant. C’est dans ce cinquième chapitre , où nous avons à comparer entre elles les sciences du premier ordre comprises dans divers einbran-
chemens , que nous devons nous occuper d’abord des différences , et ensuite des analogies que présentent ces sciences et leurs subdivisions.
D abord, d’après la nature même des substances inorganiques , les objets à décrire dans la géographie physique ne sont pas des êtres qui , naissant , croissant, se reproduisant et mourant, constituent ce qu’on nomme des espèces ; ce sont des objets pevmanens, dont la durée est indéfinie, et qui ne peuvent cesser d’exister que par des cataclysmes qui changeraient tout à coup la surface de la terre ; ce sont des plaines , des bassins , des chaînes de montagnes , des terrains de diverses natures , des couches superposées dans un ordre qui , quoique soumises en général aux lois de la géonomie , varie d’un lieu à un autre. Les roches et les minéraux homogènes, dont sont formés les divers terrains, ne sont pas liés par des rapports mutuels , semblables à ceux qui existent entre les organes des animaux et des végétaux, et les divers tissus homogènes dont ceuxci sont composés. Les lois de la géonomie ne présentent pas , comme celles de la phylonomie et de la zoonomie , des dépendances fondées sur des conditions d’existence nécessaires à la conservation des individus et des espèces , et la même différence se remarque entre la théorie de la terre , d’une part, et la physiologie végétale et animale de l’autre.
Mais ces différences, qui résultent nécessairement de celle que la nature a mise entre les corps
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inorganiques et les corps organisés , n’empêchent pas que , sous les autres rapports , les divisions de la géologie ne correspondent à celles de la botanique et de la zoologie , comme on le voit en comparant à l'homme , retenu sur le globe qu’il habite , un insecte auquel on supposerait une intelligence semblable à la sienne , et qui ne pourrait quitter l’arbre sur lequel il est né. La botanique de cet insecte, restreinte à ce seul végétal , serait pour lui ce que la géologie est pour nous. En effet , sa phytographie consisterait à décrire les fruits , les fleurs , les feuilles , le tronc et les branches de cet arbre , à voir comment les branches sortent des boutons formés dans les aisselles des feuilles, comment les pétales se développent sous les sépales du calice et découvrent, en s’épanouissant, les étamines et les pistils, comme on voit les diverses couches de l’écorce de notre globe sortir les unes de dessous les autres, pour se montrer sur sa surface dans les diverses régions où nous les observons ; cette phytographie deviendrait alors absolument semblable à notre géographie physique. L’anatomie végétale de l’insecte , consistant à distinguer dans l’arbre les différens organes et les divers tissus dont ces organes sont composés , serait précisément pour lui ce que la minéralogie est pour nous. Dans l’impossibilité où il se trouverait de comparer ce végétal à d’autres , sa phytonomie se bornerait à la connaissance des lois soi-
van t lesquelles les différentes parties de l’arbre qu’il étudierait seraient superposées ou arrangées entre elles , et correspondrait ainsi pour lui à ce que la géonomie est pour nous. Enfin, s’il pouvait découvrir comment le même arbre , sorti d une graine, a poussé des branches , et s’est revêtu de fleurs et de fruits , il se ferait une physiologie végétale , dont l’analogie avec la science que j’ai nommée théorie de la terre n’est pas moins évidente.
Dans la place que j’ai assignée à la géographie physique , elle précède la minéralogie ; et comme c’est à la première de ces deux sciences que je rapporte l’étude des divers terrains et des caractères qui les distinguent , il faut que cette étude puisse être faite indépendamment des connaissances dont se compose la minéralogie. Cela serait une véritable difficulté , si c’était dans cette dernière science qu’on dût traiter des formes cristallines et de la composition des oxides , des chlorures , des sels , etc. , dont ces terrains sont formés ; mais nous avons vu que c’est dans la géométrie moléculaire et dans la chimie qu’on doit les déterminer ; dès lors, la difficulté dont nous parlons disparaît entièrement , et celui qui s’occupe de géographie physique n’a besoin d’aucune connaissance appartenant réellement à la minéralogie , pour comprendre , par exemple, qu’on désigne sous le nom de granité nu assemblage de petits cristaux d’acide silicique , appelé quarz ; de silicate double d alumine et de
potasse , nommé felspath , etc. Lorsque de l'étude de la géographie physique , on passe à celle de la minéralogie , on possède la connaissance des terrains, qui est indispensable pour que l’on puisse donner à cette dernière science tout le développement qu elle comporte. Déjà , en ne considérant la minéralogie que comme on le fait ordinairement , cette connaissance est nécessaire pour que le minéralogiste puisse dire dans quels terrains se trouvent chaque espèce minérale , et surtout chaque variété d’une même espèce ; mais la connaissance des terrains est bien plus nécessaire encore quand on considère la minéralogie comme je crois qu’on doit le faire , puisqu’alors cette science consiste essentiellement dans la recherche des matériaux homogènes et des roches dont les terrains sont composés , de même que l’anatomiste se propose de reconnaître les tissus homogènes et les organes dont sont composés les êtres vivans. Le principal objet de la minéralogie , considérée sous ce point de vue, est de dire : Tel minéral homogène , ou telle roche se trouve dans tel ou tel terrain , et y présente telles ou telles 'variétés. Comme l’anatomiste dit , par exemple : Le tissu osseuse ne s'observe que dans les animaux à squelette intérieur , et prend , dans la plupart de ceux qui vivent dans Veau , les caractères particuliers qui distinguent les arêtes des os des autres vertébrés , ou bien : L'organe destiné spécialement à la respiration disparait
dans les animaux dont i organisation moins compliquée permet au tégument général d en rem plir les fonctions ; il est sous forme de poumons dans tel animal , sous celle de branchies dans tel autre.
La géonomie vient après ces deux sciences pour établir les rapports généraux de superposition et de coïncidence qui existent , soit entre les terrains décrits dans la géographie physique , soit entre les diverses espèces ou variétés des substances homogènes ou des roches que nous a fait connaître la minéralogie, et les classe d’après ces rapports.
3. Sciences naturelles . Le caractère de ces sciences est tellement marqué par l'opposition qui se trouve entre le mode d’existence des corps vivans et celui de la matière inorganique , que leur définition ne peut être sujette àaucune difficulté. Ce mode d’existence consiste dans les changemens continuels par lesquels passent nécessairement les êtres vivans en recevant sans cesse les nouvelles molécules destinées à entretenir cette existence , et en en perdant d’autres devenues superflues. Ils naissent toujours d’individus semblables à eux , croissent, se reproduisent et meurent, tandis qu’un corps inorganique , sur lequel n’agit aucune cause dedestruct ion , peut rester indéfiniment dans le même état.
Si les caractères qui distinguent les êtres organisés tfe ceux qui ne le sont pas , ne présentent au<-
cune difficulté , la place que doivent occuper dans Tordre naturel les sciences qui y sont relatives ne peut également en souffrir aucune. Indépendamment des secours qu’ elles empruntent aux sciences précédentes , cet ordre serait déterminé parla seule considération qu’un corps , pour être vivant , n’en conserve pas moins toutes les propriétés mathématiques et physiques de la matière inorganique , et que les phénomènes de la vie ne peuvent être compris que quand on a des connaissances au moins générales sur l’ensemble du monde qu habitent les êtres organisés, et qui leur fournit le sol dont le végétal tire sa nourriture et sur lequel vit l’animal , l’air qu’ils respirent l’un et l autre , la lumière, qui ne leur est pas moins nécessaire, etc., etc.
Des deux sous-embranchemens dont se compose l’embranchement des sciences naturelles , 1 un est relatif aux végétaux doués de la vie seulement , c’est-à-dire, de cet ensemble de phénomènes qui consistent à naître , croître, se reproduire et mourir; l’autre aux animaux qui jouissent en outre de la sensibilité , du mouvement spontané et des forces musculaires qui le produisent (1 ).
(i) M. Dutrochet a montré que le mécanisme des mouvemens, que présentent certains végétaux et qui semblent au premier coup d’œil pouvoir être assimilés aux mouvemens spontanesdes animaux, est absolument différent du mécanisme de ces derniers, en faisant voir que les mouvemens de la sensitive, bien loin d’être le résultat d’une contraction dans le tissu végétal , sont produits par un gon-
Les divisions de ces deux sous-embranchemens en sciences du premier ordre, du second et du troisième , se correspondent exactement , à une seule exception près , qui est une suite nécessaire de la différence même que nous venons de signaler entre ces êtres , et de cette circonstance que l’homme lui -même fait partie du règne animal. Cette exception consiste en ce que toutes les vérités relatives aux végétaux sont comprises dans le seul sous-embranchement des sciences pbylologiques , tandis que celles qui le sont aux animaux se partagent entre les sciences zoologiques proprement dites , et l’embranchement entier des sciences médicales. On verra , dans l’appendice placé à la fin de cet ouvrage , que si les sciences qui se rapportent aux animaux prennent ainsi un développement beaucoup plus grand que celles qui concernent les végétaux, ce développement dépend d’une loi générale qui se retrouve dans toutes les autres branches de nos connaissances. Quant à présent , il suffira d’éclaircir les difficultés qu’on pourrait rencontrer dans la détermination précise des limites de quelques-unes des sciences naturelles.
flement du tissu antagoniste, cause' par la turgescence que détermine dans ce dernier tissu l'accumulation des liquides végétaux ; découverte qui, en changeant nos idées sur la nature de ces sortes de mouvemens observes dans différens organes des plantes , trace , d’une manière plus précise qu’on ne l’avait fait jusqu alors, la ligne de démarcation qu’on doit établir entre les végétaux et les animaux
C’est surtout à l’égard de l’anatomie et de la physiologie végétales et animales , de l’agriculture comparée et de la zootechnie comparée , que l’on peut éprouver des difficultés de ce genre. J’ai fait remarquer, page 87 , que tant que les matériaux des terrains qu’on étudie dans la géologie , sont composés de plusieurs substances qu’on peut séparer mécaniquement , c’est à la minéralogie à en opérer la séparation ; tandis que c’est à la chimie qu’il appartient d’analyser les substances minérales homogènes. Je pense qu’on doit en dire autant relativement à la limite à établir entre l’anatomie végétale ou animale et la chimie ; et, en cela, je ne fais que me conformer à l’opinion d’un homme , dont les vues profondes et les découvertes importantes ont fait faire tant de progrès à cette science. Si une anatomie délicate reconnaît , dans les organes les plus ténus des végétaux ou des animaux , les différentes parties dont ils sont composés, n’estce pas à elle qu’il convient de séparer , dans un grain de fécule, dans un globule de fibrine ou de tissu cellulaire , le tégument de la matière qu’il renferme? Et le rôle de la chimie ne doit-il pas se borner ici à analyser ultérieurement ces corps , après que l’anatomie les a isolés ; comme lorsqu’il s’agit des substances inorganiques , elle ne doit décomposer que celles qui sont homogènes.
Voyons maintenant la limite qu’il convient d’établir , soit qu il s’agisse des végétaux ou des
animaux , entre l'anatomie et la physiologie. En disant que la physiologie végétale et la physiologie animale ont pour objet d’étudier les causes de la vie , la formation et les fonctions des organes dont ces êtres sont composés, je n’ai pas entendu prendre ce mot fonctions dans un sens tellement absolu , qu’on dût en conclure que ce n’est pas au phytographe ou au zoographe, mais au physiologiste à dire que la poussière des étamines féconde l’embryon , après s’être déposée sur le slygmate ; que les membres antérieurs des animaux vertébrés servent tantôt à la préhension , tantôt à la marche, au vol, à la natation , suivant le genre de vie de ces animaux ; que c’est avec leurs dents qu’ils coupent, déchirent et broient leurs alimens ; que ce n’est pas à l’anatomiste à dire quels sont les vaisseaux qui contiennent la sève ou les sucs propres des végétaux ; que , dans les animaux , le canal intestinal conduit, d une de ses extrémités à l’autre , d’abord les alimens , ensuite les produits de la digestion , et enfin , les résidus qui doivent être rejetés au dehors ; que le cœur fait circuler le sang , et que les poumons ou les branchies le mettent en contact avec l’oxigène, etc. Dans ma manière de voir , ces usages des organes internes ne peuvent pas plus être exclus de l’anatomie, qu’on ne peut exclure de la zoographie les usages des membres ou des dents ; et quand j ai donné , de la physiologie végétale et de la physiologie animale , les définitions que je viens de rap-
peler, j’ai entendu parler, en employant ce mot fonctions , d une étude approfondie de la manière dont elles s’exécutent , et des causes des phénomènes organiques qu elles présentent. Dès lors , celui qui a appris tout ce que doivent contenir, suivant moi , l’anatomie végétale et l’anatomie animale, ne manque d’aucune des connaissances nécessaires pour juger , lorsqu’il passe à l’étude de la zoonomie , 1 importance respective des caractères tirés des organes internes , comme celui qui a fait une étude complète de la pliytograpliie et de la zoograpliie, sait tout ce dont il a besoin pour apprécier la 'valeur plus ou moins grande des caractères fondés sur l’étude comparée des organes externes. Quant à la physiologie animale ou végétale , qui n’a plus ainsi de secours à prêter à la zoonomie, mais seulement des emprunts à lui faire , elle contiendra tout ce qui est relatif à l’ explication du mécanisme des fonctions , comme à celle du mode de formation des organes ; par exemple, si le fait de la fécondation de 1 œuf 'végétal . par la poussière des étamines , appartient à la phytographie , c’est dans la physiologie qu’on doit placer l’explication des moyens que la nature emploie pour atteindre ce but , et qu’un de ses plus heureux interprètes nous a récemment dévoilés.
Tassons maintenant à l’agriculture comparée. Comme elle a pour objet de choisir entre les diverses méthodes de soigner les plantes, celles qui présentent le plus d’avantages, tant pour l’abondance,
l.i beauté et la bonne qualité des produits , que pour la conservation des végétaux , tant qu’ils peuvent nous être utiles, elle doit comprendre la détermination de celles de ces méthodes qui sont les plus propres à prévenir ou a guérir les maladies auxquelles ils peuvent être exposés, et qui priveraient l’agriculteur du fruit de ses travaux. Cette science , comme nous l avons vu , se partage en deux autres , l’agronomie , qui pour choisir entre différentes méthodes , ne consulte que l’expérience, et en réduit, quand cela est possible , les résultats en lois générales purement empiriques ; la physiologie agricole qui part , pour le même choix , de la connaissance de toutes les causes qui peuvent modifier la vie dans les végétaux , de manière à nous procurer le plus complètement possible les avantages que nous voulons en l'etirer ; en sorte que l'étude de ces causes est le principal objet de la physiologie agricole.
Remarquons ensuite que la distinction entre les vérités dont s’occupe la physiologie végétale et celles qui sont l’objet de la physiologie agricole, dépend du but qu’on veut atteindre en étudiant ces vérités. Si l’on cherche seulement à connaître les causes de la vie dans les végétaux , cette recherche appartient à la première de ces sciences ; si, au contraire , on étudie ces causes dans la vue de perfectionner la culture des végétaux dont nous retirons un genre d uldité quelconque , de les rendre pro-
près à remplir plus complètement cette destination, de prévenir ou de guérir leurs maladies , etc., cette étude appartient à la physiologie agricole ; en sorte, par exemple , qu’une même expérience doit être rapportée à l’une ou à l’autre de ces deux sciences , suivant le but que l’on se propose en la faisant. De même que , dans les sciences physiques , la combustion du gaz hydrogène appartient à la physique expérimentale, lorsqu’il est question des sons qui sont produits quand on introduit dans un tube la flamme qui résulte de cette combustion ; à la chimie , s’il s’agit de vérifier par la synthèse les proportions dans lesquelles se combinent les élé— mens de l’eau ; à la technologie , si on a pour but de se procurer un nouveau moteur en brûlant du gaz hydrogène.
Cette remarque bien comprise, il ne peut plus rester de difficulté à rapporter à la physiologie végétale et à la physiologie agricole les vérités qui leur appartiennent respectivement. Elle montre que cette dernière doit comprendre, d’une part, Y élude de toutes les causes par lesquelles la vie des végétaux peut être modifiée relativement au but d’utilité eu d’agrément que nous nous proposons d’en retirer, telles que l’application sur les végétaux de certaines préparations , les opérations par lesquelles on retranche , soit des arbres , soit des plantes herbacées , les parties malades , celles dont la conservation nuirait à leur durée ou à la beauté
de leurs fruits , les procédés de la greffe , de la décorlicatiou , etc. , les arrosemens , les engrais , les recherches relatives à la nature du sol, à l’exposition , au degré de température qui conviennent le mieux aux diverses espèces déplantés ; de l’autre, l’emploi de ces différens moyens pour conserver les végétaux , et prévenir les maladies auxquelles ils peuvent être exposés , la connaissance de ces maladies elles-mêmes , et les procédés les plus propres à les faire cesser, lorsque cela est possible ; toutes choses qui sont , par rapport aux végétaux, ce que sont , à l’égard des animaux , d’un côté , la pharmaceutique , la traumatologie et la diététique; de l’autre, l’hygiène, la nosologie et la médecine pratique, et qui néanmoins doivent appartenir à l’agriculture, quand ce ne serait que parce que ce sont les mêmes hommes qui cultivent les végétaux, et qui font usage des procédés et des moyens dont nous parlons.
Pour que l’analogie fut complète , entre toutes les sciences qui font partie du sous-embranchement des sciences phytologiques , et les sciences qui leur correspondent dans celui des sciences zoologiques proprement dites, il faudrait que toutes les vérités comprises dans les sciences médicales le fussent dans la science du troisième ordre, qui lient , dans le sous-embranchement des sciences zoologiques proprement dites , la meme place que la physiologie agricole dans l’embranchement des
sciences phytologiques , c’esl-à-dire , dans la tlirepsiologie. On concevrait la possibilité de cet arrangement , s’il n’existait que la physique médicale, l’hygiène, la nosologie et la médecine pratique vétérinaires , quoique, dans ce cas-là même, il fût encore contraire à la nature des choses telles qu’elles existent, puisque, d’une part, la vétérinaire n’est pas exercée par les mêmes hommes qui soignent, et nourrissent les animaux domestiques, et que, de l’autre, celte science suppose des connaissances tout autrement approfondies et variées que la partie de la physiologie agricole qui lui correspond. Mais , dès que l’homme , dans tout ce qui lient à son organisation, ne peut être séparé des autres animaux , et que d’ailleurs toutes les divisions de la médecine humaine se l’etrouvent dans la vétérinaire, il est évident que cette dernière science ne saurait être distinguée de la première que quand on descend aux subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre, dont je n’ai point à m’occuper dans cet ouvrage , et que , par conséquent , il est impossible que les sciences médicales soient considérées comme faisant partie d’une subdivision de la zootechnie.
Après avoir reconnu qu’il n’en est pas à l’égard des animaux comme à celui des végétaux, que toutes les vérités relatives aux moyens par lesquels nous pouvons agir sur l’organisation des uns et des autres dans un but d’utilité quelconque , appar-
tiennent à l’ agriculture , lorsqu'il s’agit de ces derniers , tandis que , quand il est question des premiers , elles doivent se partager entre la zootechnie et les sciences médicales, il ne reste plus qu’une difficulté : A quel caractère distinguera-t-on ce qui doit être placé dans la zootechnie , de ce qui doit l'être dans les sciences médicales ? La solution de celte question se trouve dans un principe analogue aux considérations dont je me suis servi , pages 99, 100 , 1 20 et 126, pour établir les limites qui séparent l’oryctotechnie, l’agriculture et la zootechnie de la technologie. Ce principe consiste en ce que ceux qui ont besoin d’étudier une science doivent trouver dans les ouvrages qui en traitent tout ce qui leur est nécessaire de savoir pour atteindre le but qu'ils se proposent. Ainsi , c’est dans un traité de zootechnie qu on doit faire connaître l’utilité que ceux qui nourrissent les animaux peuvent retirer , soit de l’emploi de quelques substances qui ne font pas partie du régime habituel auquel ils les soumettent, soit de certaines opérations chirurgicales qu'ils sont dans l'usage d’exécuter eux-mêmes ; les divers régimes qu’on doit préférer suivant l’espèce de produit qu’on veut en retirer et la différence des races ; les précautions à prendre pour prévenir les maladies qui les menacent, et enfin, les moyens de remédier aux accidens pour lesquels on peut se dispenser d’avoir recours au médecin vétérinaire. Mais , c’est dans
de* ouvrages différens , destinés à l’iuslruelion de ce dernier, qu’il faut exposer en détail toutes les connaissances qui lui sont nécessaires , et qui doivent, comme celles dont se compose la médecine humaine , être comprises dans l’embranchement des sciences médicales.
4. Sciences médicales . C est par ces considérations que j’ai été amené à reconnaître que les sciences médicales devaient former un embranchement à part, et dès lors ii ne s’agissait plu^ que de tracer entre ces sciences et les sciences zoologiques proprement dites une ligne de démar cation qui ne pût laisser aucun doute sur la distinction des vérités qui doivent être rapportées à chacune d’elles. L usage où I on est de ranger l’anatomie et la physiologie animales parmi les sciences dont on traite dans les ouvrages et les cours relatifs à la médecine, semblait devoir m’inspirer quelque doute à cet égard; mais il ne me fut pas difficile de me convaincre que cet usage était uniquement fondé sur la nécessité de bien connaître l’organisation des animaux, avant d’étudier les effets des agens et des autres circonstances qui peuvent la modifier , et sur ce que l’utilité de la médecine est cause que cette science est cultivée par une foule de personnes qui n’ayant ni le temps ni les moyens d’approfondir toutes les branches de la zoologie, se bornent à étudier, suivant la carrière quelles veulent embrasser, la partie de
i anatomie et (le la physiologie animales qui est relative soit à l’homme, soit aux animaux domestiques. Mais des considérations de ce genre ne doivent être admises , lorsqu’il s’agit de la classification générale de toutes les vérités que l’homme peut connaître , qu’autant quelles sont en harmonie avec la nature et les rapports mutuels de ces vérités. Or, les caractères d’après lesquels j’ai distingué les sciences médicales des sciences naturelles ne me paraissent laisser aucun doute sur la nécessité de ranger, dans une classification de ce genre, l’anatomie et la physiologie animales parmi ces dernières. D après ces caractères, l’anatomie animale ne peut être placée qu’à la suite de la zoographie; et quant à la physiologie animale, dont l’objet est d’expliquer la formation des organes , et leurs fonctions , telles qu’elles ont lieu en générai dans les animaux, elle doit aussi faire partie de la zoologie et y être placée après les autres sciences du troisième ordre dont cette dernière est composée ; parce qu elle suppose toutes les connaissances renfermées dans les trois précédentes , et en particulier, celles des classifications naturelles qu’établit la zoonomie, attendu que, pour traiter complètement de la physiologie animale , il faut suivre les mêmes fonctions successivement dans les divers embranchemens , classes , ordres , etc. , du règne animal.
Cette difficulté , relativement à la place que doi-
vent occuper l’anatomie et la physiologie animales, étant ainsi résolue , il m’en reste une dernière à éclaircir.
J’ai remarqué tout à l’heure que si , au lieu de classer les sciences qui existent réellement , telles quelles ont été faites par l'homme et pour l’homme, on le faisait d’une manière artificielle , d après des idées préconçues, ce serait dans la threpsiologie que rentreraient toutes les sciences médicales , et je n’ai pas eu de peine à montrer qu’un pareil arrangement était tout à fait inadmissible. Des personnes que j’avais consultées sur ma classification , sans leur expliquer suffisamment la distinction que j’établissais entre la physiologie végétale et la physiologie agricole , dont l’une s’occupe des végétaux seulement pour connaître les mystères de leur organisation , et l’autre étudie les moyens d’agii sur cette organisation , afin de la modifier de la manière qui nous est la plus avantageuse, ont pensé que c’était, non pas à la threpsiologie , mais à la physiologie animale que les sciences médicales devraient être réunies; c’est ce que je ne pouvais adop~ ter, d’après la distinction même que je viens de faire , relativement aux plantes , entre la physiologie végétale et la physiologie agricole. Cependant, pour qu il ne puisse rester aucun doute à cet égard, je crois devoir faire encore quelques observations sur la nécessité de séparer les sciences médicales , non-seulement de la physiologie animale , mais en
général , de toutes les sciences du troisième ordre, comprises dans la zoologie.
La physiologie est tellement distincte des sciences médicales, que quand elle s’occupe des mêmes objets qu’une de ces dernières , elle le fait sous un point de vue différent. S’il s’agit, par exemple, des alimeus, la physiologie explique comment ils sont digérés, comment le chyle est séparé de la masse alimentaire, comment il se mêle au sang, devient sang lui-même, etc., tandis que la diététique , supposant toutes ces connaissances déjà acquises, examine les effets avantageux ou nuisibles des dilférens régimes, établit sur ce sujet les règles qu’on doit suivre pour amener les premiers, et se préserver des seconds. Tar là, ces deux sciences se trouvent aussi nettement distinguées que l’agriculture,* par exemple, peut l’êti’e de la botanique.
A Tégard de l’hygiène , on ne pourrait en réunir les diverses parties à celles de la zoologie cpie par des rapprocliemens évidemment forcés. Il faudrait, par exemple, considérer les divers tempéramens comme constituant autant de variétés dans l’espèce humaine, si l’on voulait que la crasiograph ie devînt une partie de la zoographie. Cette dernière doit bien parler des différences qui existent entre les diverses races de l’espèce humaine ; mais non des variétés individuelles dont s’occupe la crasiographic, parce que ce n est que dans les sciences
médicales que l 'individu peut devenir un objet d’étude ; et même , à l’égard des races , la zoograpliie doit se borner à les décrire, et laisser aux sciences médicales le soin de faire connaître les cliangeinens que les modifications qui les caractérisent peuvent apporter aux régimes et aux médications qui leur conviennent.
La nosologie et la médecine pratique ne sont pas séparées de la physiologie par des raisons moins évidentes. Le physiologiste doit se borner a expliquer les fonctions des organes et les phénomènes vitaux qui ont également lieu, soit que l’animai se trouve ou non dans 1 état de santé. Mais les changemens que les maladies apportent dans les fonctions des organes et dans les phénomènes de la vie, sont un objet d’étude étranger à ses recherches , et dont on doit former , comme je le fais ici , des sciences très-distinctes de la physio logie.
B. Classification.
Ces quatre embrancliemens , relatifs au monde matériel , forment par leur réunion le règne des SCIENCES COSMOLOGIQUES , qui se divise naturellement en deux sous - règnes. Le premier embrasse toutes les connaissances humaines relatives à l’ensemble inorganique du monde. J’ai déjà remarqué, page 128, que cet ensemble inorganique est le monde proprement dit.
et c’est pourquoi je donnerai aux sciences comprises dans le premier sous- règne le nom de sciences cos- MOLOGIQUES PROPREMENT DITES ; elles renferment les sciences mathématiques et les sciences physiques. L’autre sous-règne se compose des sciences qui comprennent toutes les vérités relatives à la uature, dans le sens que j’ai donné à ce mot (page 128); je les nommerai sciences physiologiques, du grec çvVk qui , d’après son étymologie , est synonyme du mot nature, pris dans ce même sens. Dans le premier embranchement de ce sous-règne, on considère les êtres organisés dans leur état ordinaire ou naturel , et c’est ce qui justifie le nom de sciences naturelles que j’ai donné à celles que renferme cet embranchement; en sorte que, quoique les deux mots physiologique et naturel semblent désigner la même chose , on ne doit pas leur attribuer la même extension; le mot naturel, d’après l’usage qu’on en fait en français, est réellement plus restreint, en ce qu’il rappelle cette idée de l’état normal ou naturel , que le même usage n'a pas associée au mot physiologique.
Voici le tableau de cette classification :
Règne.
Sous-règnes .
Embranchement
SCIENCES 1 COSMOLOGIQUESr <
f CoS MO LO G I QUI B PROF*- DITES . S
\ Physu
^ Mathématique Physiques.
Naturelles.
Physiologiques-
Medicales
Observations. Nous avons déjà remarque celte circonstance singulière , que quoique les objets spéciaux des sciences du premier ordre présentent chacun quatre points de vue correspondant aux quatre sciences du troisième ordre, comprises dans chaque science du premier, ces quatre objets spéciaux pouvaient être considérés comme quatre points de vue semblables d'un objet général, commun à quatre sciences du premier ordre renfermées dans un même embranchement, et qui correspondaient chacune à un de ces points de vue. C’est ici le lieu de faire une remarque qui paraîtra peut-être plus singulière encore, c’est que les objets généraux des quatre embranchemens du règne cosmologique, sont encore réellement les quatre points de vue sous lesquels on peut considérer le monde matériel, objet commun de ces quatre embranchemens.
Et d’abord , les sciences mathématiques, qui se composent d idées immédiatement tirées de la contemplation de l'univers, cl qui n’empruntent à l'observation que des idées de grandeurs et des mesures , en sont évidemment le point de vue .autoptique. Les sciences physiques examinent , sous un point de vue général , les matériaux qui le constituent, comme la minéralogie étudie spécialement les matériaux des divers terrains, comme l'anatomie végétale ou animale s’occupe des tissus et des organes dont les végétaux ou les animaux sont composés; en sorte que les sciences physiques sont réellement , par rapport à l’ensemble de l’univers , ce que la minéralogie , l'anatomie végétale et l’anatomie animale sont relativement aux divers terrains , aux végétaux et aux animaux; elles présentent ainsi tous les caractères du point de vue cryptoristique.
Nous avons vu quand nous nous sommes occupés des sciences du premier ordre comprises dans l’embranchement des sciences naturelles, quelles offraient toutes plus ou moins le caractère troponomique, dans les changemens continuels par lesquels seconserve la vie; et que le caractère de ce point de vue était seulement plus essentiellement marqué dans la zoologie consacrée à l’étude des animaux, c’est-à-dire , des êtres organisés, où ces changemens sont à la fois et plus marqués et plus multi-
pliés. On en voil maintenant la raison , c'est que l'embranchement entier des sciences naturelles doit être considéré comme le point de vue troponomique de l’univers. Enfin , quoique le point de vue cryplologique soit plus manifeste dans la médecine pratique; que dans les autres sciences médicales, î ai déjà remarqué qu’il se présentait plus ou moins dans toutes, parce que toutes ont le même objet général, l'étude des causes externes ou internes , qui entretiennent , allèrent, rétablissent ou détruisent l’ordre normal des phénomènes vilaux dans l'homme et dans les animaux , et des moyens qu'il convient d’employer pour rétablir cet ordre quand il est troublé. On ne s’étonnera donc pas si je regarde 1 embranchement qui réunit toutes les sciences médicales comme le point de vue cryplologique de l’univers. Il l est par la nature même des choses , et c'est ce qui rend raison de la circonstance déjà remarquée, que toutes les sciences médicales présentent plus ou moins le caractère cryptologiquc, parce que les objets qu’elles étudient , médicameus , opérations chirurgicales , régimes , etc. , y sont seulement considérés en tant qu’ils produisent les phénomènes organiques dont ils sont les causes.
Si maintenant nous remontons de ces dernières observations à celles qui sont à la fin des chapitres et des paragraphes précédens, nous verrons relativement au premier règne , en attendant que dans la seconde partie de cet ouvrage nous retrouvions la même chose à l’égard du second :
i°. Que la considération des quatre points de vue s’applique d’abord, d une manière large et très-générale , aux objets des deux règnes dans lesquels sont comprises toutes nos connaissances , et quelle partage ainsi chaque règne dans les quatre embranchcmens déjà donnés par la nature même des objets auxquels se rapportent ces embranchemens ;
3°. Que cette même considération s’applique de nouveau, en la précisant davantage, aux objets étudiés dans chaque embranchement , et divise ainsi ces embranchemens , chacun en quatre sciences du premier ordre précisément les mêmes que celles qui résultent de la comparaison des vérités dont ces sciences sc composent ;
3“. Qu’en l'appliquant une troisième fois, d'une manière encore plus précise et plus restreinte , aux divers objets de ces sciences du premier ordre , on en déduit immédiatement la division naturelle de chacune d’elles en quatre sciences du troisième ordre.
Il me resteàfaire remarquer que ces quatre pointsde vue sont tellement inhérens à la nature de notre esprit , qu'on pourrait encore , par la même considération , partager la plupart de ces dernières sciences en subdivisions correspondantes à chaque point de vue. Mais , outre qu'il n’en résulterait que des subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre , dont, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, je n'ai point à m'occuper danscel ouvrage , on conçoit aisément que plus on subdivise ainsi les connaissances humaines , plus les subdivisions qu’on établit sont peu marquées, et finiraient , si on les poussait trop loin, par séparer des vérités que , pour la facilité de l'étude et la clarté de l’enseignement , on doit laisser unies. J'ai déjà fait observer qu à l'égard des sciences du troisième ordre comprises dans les memes sciences du premier , il est souvent préférable de ne pas les séparer, de réunir, au contraire , la zoographie , par exemple , avec l’anatomie animale , dans un traité de zoologie élémentaire. La même remarque s'applique bien plus encore aux subdivisions qu on voudrait faire , d après la considération des quatre points de vue, dans des sciences du troisième ordre: je crois devoir cependant en indiquer quelquesunes où ces subdivisions se présentent naturellement, en prenant un exemple choisi parmi les sciences de cet ordre qui appartiennent à chacun des quatre points de vue autoptique , crvptoris tique , troponomique et cryptologique.
L’uranographie , oh l’on ne s’occupe que de la description du ciel et du mouvement apparent des astres , est en général le point de vue autoptique de l’uranologie ; mais cela n’empêche pas que l’on ne puisse y former une première subdivision plus particulièrement autoptique, où l'on ne décrirait que ce que nous voyons eu effet immédiatement ; une seconde , qui présenterait le caractère cryploristique , quand , à l’aide du télescope , on découvre des choses plus cachées . telles que les taches du soleil et des planètes , l’anneau de Saturne , les phases de
Vénus , les étoiles dont se compose ce qu’on nomme une étoile double , triple , etc. , et leurs mouvemens relatifs ; une troisième, qu’on pourrait regarder comme troponomique , où l’on formerait différentes classes des astres, et où l’on établirait les lois qui président aux inégalités des mouvemens apparens du soleil et des planètes , aux progressions , stations et rétrogradations de ces dernières , etc. ; enfin , une subdivision cryplologique qui expliquerait . en se bornant toujours aux mouvemens apparens, les vicissitudes des saisons , les phases de la lune, les éclipses , etc. , et parviendrait même à les prévois, comme faisaient les anciens.
De même , la chimie est dans son ensemble cryptoristique , puisqu'il s’agit de découvrir les élémens dont les corps sont composés ; mais rien ne s'oppose à ce qu’on puisse y distinguer une partie autoptique , comme serait, par exemple, un dictionnaire de chimie , ou bien , une exposition purement expérimentale de cette science , où l’on décrirait une suite d’opérations suggérées par l'analogie , au moyen desquelles on découvrirait successivement les divers corps simples , et où l’on montrerait comment ils se combinent pour produire des corps composés , méthode qui serait peut-être préférable à toute autre pour l’enseignement de cette science . mais qui , telle que je la conçois , n’a pas même été essayée -, une partie cryptoristique , où l’on aurait pour but de déterminer les meilleurs moyens à employer dans chaque cas , pour opérer les décompositions et les recompositions qu’on se propose de faire , partie qu’on pourrait , à volonté , réunir ou non à la précédente , comme , en zoologie , il peut être plus convenable . tantôt de séparer , tantôt de réunir la zoographie et 1 anatomie animale; puis viendrait une partie troponomique où l’on classerait les corps , tant simples que composés , et où l’on ferait connaître les lois générales de la chimie ; enfin , une partie cryptoristique où Von expliquerait les faits et les lois observés d'après les divers degrés d'affinité que présentent les corps , et les difficultés plusoumoins grandes qu’oppose à leur combinaison létat où ils se trouvent.
Dans la zoonomie . qui est le point de vue troponomique de
i.i zoologie , puisqu'elle a pour objet les rapports naturels des animaux . les lois générales qui expriment ces rapports et la classification qui en résulte , on pourrait de même distinguer une première élude sous le point de vue autoplique qui se bornerait à constater ces rapports et ces lois par l observalion ; une seconde qui , sous le point de vue cryptoristique , s occuperait de la question fondamentale de la zoonomie, celle de la subordination des caractères , et aurait pour objet de découvrir ceux qu'on doit placer au premier rang , d'après le grand nombre de caractère0 secondaires qui en dépendent ; ceux qui viennent immédiatement après , et successivement les caractères de moins en moins importons , jusqu'à ceux qui ne peuvent plus servir qu'à la distinction des espèces. Le point de vue troponomique consisterait dans la comparaison des diverses classifications , pour choisir entre elles celles qui représentent le mieux l’ordre de la nature; et le point de vue cryptologique aurait pour objet de découvrir les causes des lois données par l’observation , lorsque cela est possible, c'est-à-dire, lorsqu'on peut montrer comment ces lois résultent des conditions d existence , sans lesquelles les animaux ne pourraient pas subsister.
Enfin , la prophylactique , par exemple , point de vue cryptologique de l'hygiène , parce que toute prévision de ce qui peut arriver est fondée sur l’enchaînement des causes et des effets, présente un point de vue autoptique , lorsqu'il n'est question que de décrire les moyens généraux de prévenir les différentes maladies auxquelles les hommes et les animaux sont exposés; un point de vue cryptoristique , quand on se propose de déterminer ceux qui conviennent en particulier , suivant les divers tempéramens , et toutes les circonstances d habitation, de lieu, de temps, etc., où se trouvent les individus menacés; un point de vue troponomique, dans une classification de ees moyens , où l'on rapprocherait ceux qui , ayant une' action à peu près semblable , peuvent se remplacer les uns les autres , ou être employés simultanément ; le point de vue crvplologique de la même science se trouverait dans l'explication , lorsqu on la connaît , de la manière dont agissent les diverses espèces de préservatifs.
Nous verrons dans la seconde partie de cet ouvrage que la inathésiologie , ou la science de l’enseignement de tous les genres de connaissances , est une science du troisième ordre , qui fait partie de celle du premier désignée sous le nom de pédagogique , et dont la mathésiologie est le point de vue troponomique. Quoique je ne dusse naturellement parler de celleci que lorsque j’en serai à cet endroit de mon ouvrage, je crois pouvoir montrer , dès à présent , quelle pourrait aussi être subdivisée en quatre parties correspondantes aux quatre points de vue , parce qu’ayant pour but , en écrivant cet essai sur la philosophie des sciences , de développer une partie de mes idées sur la mathésiologie , et de faire sentir toute l’importance de cette science , je trouve l’occasion d’en donner une idée plus complète et d’en faire voir toute l'étendue , en la choisissant pour dernier exemple des quatre subdivisions qu’on peut faire, d’après les quatre points de vue , dans une science du troisième ordre.
La mathésiologie , quoique troponomique dans son ensemble , oiïre une partie autoptique , telle que serait un dictionnaire ou une énumération sous toute autre forme des différentes sciences , des objets qu’elles étudient, et des caractères qui les distinguent ; une partie cryptoristique , où il s’agirait de déterminer, pour chacune d elles , les vérités fondamentales sur lesquelles elles reposent, les moyens qu’il convient d’employer pour leur faire faire de nouveaux progrès , et les méthodes auxquelles on doit avoir recours , soit dans ce but , soit dans celui d'en faciliter l’élude; une partie , plus spécialement troponomique , où l’on aurait pour objet d'établir à cet égard des lois générales , et de classer toutes nos connaissances de la manière la plus naturelle ; une partie cryptologique , enfin , où l'on chercherait à déterminer les causes des progrès , tantôt si lents et tantôt si rapides, que les sciences ont faits à différentes époques , la manière dont elles sont parvenues au degré de perfection où elles se trouvent aujourd’hui, et ce qui reste à faire poiu les élever à la hauteur qu 'elles atteindront sans doute un jour.
Ce n’est pas seulement dans les sciences du troisième ordre
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qu'on peul faire cette subdivision. En appliquant aux objets particuliers dont elles s'occupent la considération des quatre points de vue, j’ai déjà remarqué, page 124, que la même chose avait lieu à l'égard de plusieurs sciences du quatrième ou du cinquième ordre, étrangères au plan de cet ouvrage. Il en est de même de beaucoup d'autres , par exemple , de la palæontologie. Un traité complet sur les animaux fossiles pourrait avoir une partie autoptique, où les débris qui nous en restent seraient décrits; une partie cryploristique , qui aurait pour objet de déterminer à quelle partie de l’animal aurait appartenu chacun de ces débris , os , coquille , ou articulation d’un tégument corné ; une partie troponomique , où il serait question d’établir les lois générales d après lesquelles on peut déterminer l’ensemble de l’animal perdu, et retrouver la place quil doit occuper dans la classification naturelle de toutes les espèces du règne animal; une partie cryptologique, enfin, où l’on se proposerait de trouver les causes de la présence de ces débris dans les lieux déterminés où ils sont souvent réunis en si grande abondance, et celles qui ont pu contribuer à la destruction des espèces auxquelles ils ont appartenu. Il en serait de même d’un traité sur les végétaux fossiles. De tels ouvrages constitueraient, dans la zoologie ou la botanique, des subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre; mais l’étude des corps organisés fossiles, considérés seulement comme caractères distinctifs des terrains où on les trouve , appartient à la géologie , et ce n'est pas là un emprunt que cette science fait à des connaissances qui ne viennent qu’aprèselle dans la classification naturelle des sciences, puisque le géologue peut se passer des recherches du naturaliste, pourvu qu'il puisse reconnaître ces débris à l'aide de descriptions sommaires et de figures convenables.
Il me reste une dernière observation à faire au sujet des quatre points de vue dont j’ai parlé si souvent: c’est précisément parce qu’il est dans la nature de l’esprit humain d’étudier successivement tous les objets de nos connaissances sous chacun d’eux , que ces points de vue guidaient , à leur iusu , les premiers fondateurs des sciences , en sorte que les groupes de
vérités qui ont toujours été considérés comme des sciences , répondaient à ces divers points de vue , sans même qu’on en soupçonnât l’existence , à peu près comme l'homme se sert de ses organes , et applique ses facultés intellectuelles à différons objets, sans connaître ni la structure intime des uns , ni la nature des autres. Quand un de ces génies créateurs , à qui le genre humain doit tant d’admirables découvertes , se trouvait porté à étudier un objet sous un certain point de vue , il résultait de son travail une science correspondante à ce point de vue, sans, pour cela, qu’il en eût l’idée. Lorsqu’on venait ensuite à considérer le même objet sous un nouveau point de vue , on voyait naître une autre science. Si ce travail avait été complet , tontes les branches de nos connaissances , dont je viens de faire l’énumération , et toutes celles dont j’aurai à m’occuper dans la seconde partie de cet ouvrage , auraient reçu des noms , et ma classification se serait , pour ainsi dire , trouvée faite d’ellc-mêmc. Tout au plus aurais-je eu à ranger , dans l’ordre naturel donné par ces points de vue , des sciences dénommées d’avance ; mais il n’en a pas été ainsi, et quoique toutes celles dont j’ai parlé jusqu’ici eussent été réellement cultivées , plusieurs n’avaient point encore de noms et étaient en quelque sorte méconnues. N'ayant d’abord eu moi-même aucune idée de ces points de vue , ce n’est que par l’analogie que j ai été conduit à reconnaître 1 existence des sciences qui n’avaient pas reçu de nom ; aussi netait-ce pas sans une sorte de surprise que je remarquais l’exacte symétrie qui règne dans toutes les parties de la classification exposée dans cet ouvrage ; symétrie qui a été, pour plusieurs personnes à qui j’ai communiqué ma classification , un motif de la regarder comme artificielle. On voit maintenant doù vient cette symétrie ; on voit pourquoi il y a un même nombre d’embranchemens dans les deux règnes des connaissances humaines ; pourquoi chaque embranchement se divise en un même nombre de sous-embrancbemens et de sciences du premier , du second et du troisième ordre ; on voit enfin que cela vient de ce que les points de vue, qni guidaient, à leur insu, ceux qui ont créé les différentes sciences, étant fondés sur la nature de l intelligence humaine.
étaient toujours en même nombre. En se rendant ainsi raison de cette symétrie . on reconnaît facilement que , loin quelle soit un motif de penser qu il y ait quelque chose d'artificiel dans une classification où elle se trouve , on aurait pu prévoir qu elle se manifesterait, dans la classification naturelle des connaissances humaines , dès qu’on aurait complété la liste des sciences en donnant des noms à tous les groupes de vérités qui en sont réellement d'après la nature de nos facultés intellectuelles et celle des objets auxquels nous les appliquons. Et , en effet , il n’en est pas des sciences comme des objets dont s’occupe le physicien ou le naturaliste ; elles ne sont pas , comme ces objets , indépendantes de l’emploi que nous faisons de nos facultés intellectuelles; nous pouvons découvrir , mais non créer un nouveau corps simple , un nouvel animal , tandis que 1 homme , en étudiant avec plus de soin des objets dont il n’avait auparavant qu’une connaissance très-imparfaite , peut créer une nouvelle science ; cette science , si elle ne rentre pas dans une des divisions et subdivisions déjà établies , viendra remplir une lacune qu’aurait laissée une classification encore incomplète. C’est à l’analogie à indiquer cette lacune; et lors même que la science qui doit la remplir ne serait qu 'ébauchée, il convient de lui assigner un nom qui puisse fixer sur elle les regards des hommes capables de lui donner tous les développemens dont elle est susceptible. Or, en suivant ce procédé, comme il me semble que j 'ai eu raison de le faire , on est conduit à établir , pour les branches de nos connaissances que l'on n’a point encore assez cultivées , de nouvelles sciences , qui , précisément parce qu elles sont déduites de l’analogie , amènent celte sorte de symétrie dont on a cru devoir me faire un reproche. Je suis bien éloigné, sans doute, de la présenter comme un motif d'adopter ma classification ; en montrant comment clic résulte de la nature même de nos facultés intellectuelles, je n'ai voulu que prévenir une objection.
Explication des tableaux synoptiques des
sciences et des arts , placés à la fin de cette