‹ Essai sur la philosophie des sciences; ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humainesChapitre 1 sur 34 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Cette seconde partie de VEssai sur la Philosophie des sciences , qui est imprimée depuis plusieurs années , et dont la publication a été retardée par des circonstances indépendantes de ma volonté , a été entièrement rédigée par mon père.

Elle complète cette classification des connaissances humaines, que lui seul peut-être pouvait tenter.

Elle comprend toutes les sciences de la pensée, tout ce qui se rapporte à l'intelligence de l'homme p aux actes et aux produits de cette intelligence ; elle ferme ce cercle encyclopédique tracé d'une main et pour ainsi dire d'un compas si sûr; elle montre que

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le grand géomètre , le physicien immortel avait porte son regard partout où peut atteindre la méditation humaine , et que rien dans l'ensemble de la connaissance n'était demeuré étranger à cet esprit qui embrassait et dominait tout.

La philosophie surtout avait été l'objet des recherches persévérantes de mon père.

J'espère tirer des fragmens qu'il a laissés une partie au moins du système entièrement nouveau, par lequel il était parvenu à se rendre compte de l'origine , de la nature et de la certitude de nos idées. On trouvera déjà ici quelques aperçus profonds indiqués en passant.

Les penseurs remarqueront la théorie des rapports considérés comme ayant un mode d'existence aussi réel que les substances , bien que différent, pont jeté pour l'intelligence entre les simples apparences qui se produisent dans notre esprit et l'essence des êtres.

On sera étonné , je crois , de voir, dans les lettres , dans les beaux-arts , dans l'histoire ,

mon père se mettre sans effort au niveau des résultats les plus élevés de la science , et traiter des sujets, qu'on eût jugé devoir être peu familiers a l'inventeur de la théorie électro-dynamique , avec une lucidité et une méthode extraordinaires.

Enfln , dans les chapitres qui traitent des sciences politiques , à ceux qui ne l'ont pas connu , quelque chose sera révélé des purs sentimens d'humanité dont son âme était, on peut dire, consumée. Sous la sécheresse apparente des formules, on découvrira un vif désir du bonheur et de l'amélioration des hommes; on le verra chercher, je cite ses paroles , « à établir c des lois générales sur les rapports mutuels « qui existent entre les différens degrés du « bien-être ou du mal-aise des diverses popu- « lations , et toutes les circonstances dont ils c dépendent , telles que les habitudes et les c mœurs de ceux qui travaillent , leur plus ou « moins d'instruction , leur plus ou moins de c prévoyance de leurs besoins futurs et de ceux

c de leurs familles; le sentiment du devoir qui c se développe dans les hommes à mesure que t leur intelligence se perfectionne , les divers c degrés de liberté dont ils jouissent depuis c l'esclave jusqu'au paysan norwégien ou l'out vrier de New-Yorck ou de Philadelphie. >

Ces grands problèmes sociaux qui avaient préoccupé mon père , faisaient pour luï partie d'une science qu'il appelait la Cœnolbologie. Le mot peut sembler bizarre; mais traduisez : c'est la science de la félicité publique.Ceterme, en raison de ce qu'il désigne, méritait peut-être d'avoir une place dans le tableau encyclopédique de mon père. Qui aura le courage de l'en effacer?

II ne m'appartient pas de parler plus longtemps au lecteur quand mon père va lui parler. Louer ce qu'on est si loin d'atteindre peut sembler une familiarité irrespectueuse. Quand on est un homme ordinaire, et qu'on a eu pour père un grand homme, on doit l'admirer en silence comme on le pleure.

Entre la publication du premier volume et celle du second , mon père est entré dans la postérité.

Le lecteur ne sera pas surpris de trouver ici une Notice biographique telle qu'il est d'usage

d'en placer une en tête des écrits des illustres

morts.

M. Sainte-Beuve m*a permis de reproduire la sienne.

Jamais peut-être la finesse de sa touche et cette délicatesse exquise de sentiment qui le fait pénétrer dans les organisations d'élite ne se sont mieux montrées qtie dans les pages <w il a esquissé l'âme , le caractère f la vie intérieure de celui qui fut aussi tendre , aussi bon , aussi simple qu'il était grand.

Après l'appréciation de l'homme par M.

Sainte-Beuve, on trouvera celle que M. Littré a faite du savant, dans un morceau remarquable par la netteté de l'exposition , la hauieur des pensées et la mâle vigueur du style.

J'eusse beaucoup aimé à placer ici les juge-

mens scientifiques de M. Arago sur mon père , et le loyal et bel hommage qu'il a rendu à la théorie électro-dynamique, dont il a proclamé la vérité.

Mais , M. Arago n'a pas encore publié son éloge historique de M. Ampère. Rien ne pourra , toutefois , effacer de ma mémoire reconnaissante les paroles que l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences a prononcées dans le sein de cette compagnie , lorsque , après avoir exposé les lois qui régissent les phénomènes électro-dynamiques, il s'est écrié : On dira un jour les lois d'Ampère comme on dit les lois de Kepler !

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