DEUXIEME PARTIE
peut nous inspirer des sentimens ou des passions analogues à ceux que la vue de cet objet produirait en nous ; comme, en contemplant une église gothique, nous nous sentons pénétrés d'un sentiment religieux, comme la vue d'un tombeau nous inspire la mélancolie, et, les emblèmes dont il est décoré, l'idée de la brièveté de notre existence, comme une musique harmonieuse charme notre oreille, etc.;
a° D'autres fois, ils agissent comme signe d'institution ou de convention, en vertu d'une liaison établie arbitrairement entre eux et les idées ou les sentimens qu'ils expriment, union fortifiée par l'habitude, conservée de génération en génération, soit en se transmettant des pères aux enfans, soit par lude que chacun peut faire des signes en usage chez les difTérens peuples.
C'est à ce second cas qu'on doit rapporter tout ce qui est langage parlé ou écrit, comme les langues, l'écriture alphabétique ou hiéroglyphique, les signaux de tout genre , les gestes de convention des sourdsmuets, les signes propres à certaines sciences, etc.
Commençons par les groupes de vérités relatifs au premier cas.
Si.
Sciences du troisième ordre relatives aux moyens qui agissent par eux-mêmes sur nos idées , nos sentimens , nos passions, etc. $ moyens, dont f'ctude est l'objet des beaux-arts.
Avant de nous occuper des sciences dont nous avons à parler dans ce paragraphe, je crois devoir établir d'une manière précise la limite qui sépare les beaux-arts des arts mécaniques dont l'étude appartient aux sciences cosmologiques. Le caractère qui distingue les premières est dans l'influence qu'ils exercent sur lagensée humaine, en faisant naître en nous les idées que l'artiste se propose de nous transmettre, les sentimens qu'il veut nous inspirer. C'est ainsi que l'architecture est un des beaux arts* quand elle a pour but d'exprimer dans la construction d'un temple, d'un palais, d'un tombeau, des sentimens de piété, d'admiration , de tristesse et de douloureux souvenir^ tandis que la construction d'un bâtiment, où Ton n'a en vue que ce qu'exigent le bien-être de ceux qui doivent l'habiter ou les besoins de l'industrie qui doit y être exercée , fait partie de la technologie, de même que la construction d'une machine ou d'une route. C'est ainsi que la plantation d'un jardin ou d'un parc dans la vue de nous donner c^es idées de grandeur et de magnificence , ou de plaire à nos yeux , comme le ferait le plus aimable paysage i
en nous inspirant les divers sentimens que pourrait exciter en nous la vue de la nature même, est l'objet d'un des beaux-arts : celui du jardinier paysagiste, qu'on a mal à propos confondu avec l'architecture. Il en diffère trop par les moyens qu'il emploie pour qu'il puisse y être réuni. D'un côté, ce sont des constructions dont la nature ne nous présente réellement aucun modèle; de L'autre, des mouvemens de terrains, des distributions d'eaux , d'arbres et de plantes , qui nous affectent en général d'autant plus agréablement qu'ils imitent mieux les beautés dont elle charme nos regards ; au lieu que la plantation d'une forêt , d'un verger , d'un jardin d'orangers , faite seulement pour tirer le plus grand prout possible du bois ou des fruits qu'ils doivent nous procurer , appartient^ l'agriculture.
o. Énumération et définitions, i . Terpno graphie. Nous trouvons d'abord ici la science du troisième ordre qui a pour objet une première étude, soit des chefs-d'œuvre en tout genre que les beaux-arts offrent à notre admiration, soit de celles de leurs productions qui , sans mériter ce titre, ne laissent pas d'être digues de notre intérêt pour les beautés qui peuvent quelquefois y briller, par leur originalité ou l'époque qui les a vu naître. Quand cette étude ne peut pas se faire sur les objets eux-mêmes, elle a lieu au moyen de descriptions qu'en ont faites ceux qui les ont vus, ou des repré-
sentations que nous en offre celui des beaux-arts à l'aide duquel il nous est facile de multiplier ces représentations : Y art de la gravure.
J'ai donné à cette science d'observation immédiate et où par conséquent les beautés et les défauts des objets de l'art ne doivent être iudiqués qu'autant qu'ils nous frappent à la première vue, le nom de terpnographie, du mot grec repirvôç, ce qui est agréable, ce qui plaît.
a° Terpnognosie. Après que la terpnographie nous a fait connaître ce qui, dans les productions des beaux-arts, est soumis à l'observation immédiate, il nous reste à étudier le sujet que représente un tableau, une statue, les sentimens qu'un compositeur a voulu exprimer dans une pièce de musique , les idées que s'est proposé de léguer à la postérité l'auteur d'une médaille, les beautés et les défauts de détail que nous découvre dans un ouvrage d'art un examen plus approfondi, en un mot , tout ce qui peut concourir à nous donner une connaissance complète de cet ouvrage, du but que s'est proposé l'artiste et de la manière dont il l'a atteint. Tel est l'objet de la science que j'ai nommée terpnognosie.
3. Technesthétique comparée. La comparaison des créations du génie dans les beaux-arts conduit à une nouvelle science. Cotte comparaison nous révèle les règles que doivent suivre le sculpteur, le peintre, l'architecte, le jardinier-paysagiste, les lois de la
composition musicale, de la déclamation, etc. L'application de ces règles et de ces lois vient ici compléter ce qu'il appartient à la terpnographie et à la terpnognosie de dire sur les beautés et les défauta soit d'ensemble, soit de détail, d'un ouvrage d'art. Ces
gué ces beautés ou ces défauts font naître sur nous. C esta la technesthétique comparée à les apprécier, à les discuter d'après les lois et les règles dont nous venons de parler. Là , se trouve encore l'histoire des beaux-arts et celle des hommes qui se sont fait un nom dans cette carrière. Tel est le triple but de la technesthétique comparée.
4- Philosophie des beaux-arts. Mais bientôt se présente un autre objet de recherches : en quoi consiste ce beau dont les règles et les lois n'ont été jusqu'à présent établies que d'une manière en quelque sorte empirique? Quelle en est l'origine ? Est-il arbitraire? ou repose-t-il invariable sur la nature du cœur humain , ou même sur des archétypes éternels? comme le supposait Platon? Quelles sont les causes qui ont développé le génie des arts à telle époque ou chez tel peuple, etc. ? Ces hautes questions sont l'objet d'une quatrième science du troisième ordre qui couronne toutes les connaissances que nous pouvons avoir relativement à l'objet qui nous occupe; nous la nommons Philosophie des beaux-arts.
h Gassincatloa.
Toutes les vérités relatives aux beaux-art* leur place dans Tune ou dans l'autre de ces quatre sciences du troisième ordre que nous venons de par* courir. De leur ensemble se compose une science du premier ordre que je nomme TECHNESTHÉTI- QUE, de T^v«, art, et àeQnmç, sentiment; en sorte que ce mot signifie ce qui dan* les arts se rap» porte au sentiment. Cette science dû premier ordre se divise en deux du second ; la terpwoj-ogie et la techiîesthétiqub PROPREMENT dite. Cette dernière expression est justifiée parce que ce n'est que dans la science du second ordre qu'elle désigne, qu'on trouve les préceptes qui doivent guider l'artiste, et qu'on étudie les causes auxquelles les beaux-arts ont dû leurs développemens successifs. La première de ces deux sciences du second ordre comprend la terpnographie et la terpnognosie, et l'autre la technesthetique comparée et la philosophie des beaux-arts.
Voici le tableau de cette classification :
Science du i« ordre. | Sciences du 2« ordre, j Sciences du 3« ordre.
. ^ /Terpnographie.
teghisesthétiqueJ ;
Î Technesthetique comp.
Philo» op. des beaux-arts.
Observations. Cette classification des sciences relatives aux beaux-arts est fondée sur les mêmes considérations que toutes
celles qui Font précédée. La terpnographie , qui fut connaître ce que les productions des beaux-arts offrent à l'observation immédiate, est évidemment le point de vue autoptique de la technesthétique. La terpnoguosie en est le point de vue cryptoristique , puisqu'elle étudie ces mêmes productions d'une manière plus approfondie, et découvre ce qu'elles contiennent de ctchè. La technesthétique comparée, qui s'occupe des changemens qu'elles ont éprouvés suivant la diversité des lieux et des temps, présente tous les caractères du point de vue troponomique. Enfin, la philosophie des beaux-arts , où l'on se propose de rechercher des causes , de résoudre de véritables problèmes , est toute cryptoristique. Nous trouvons donc , dans les quatre sciences du troisième ordre dont se compose la technesthétique, une nouvelle application des quatre points de vue.
Sciences du troisième ordre relatives aux langues et à tous les systèmes de signes institués pour
exprimer nos idées, nos sentimens , nos pas-
sions , etc.
Tout système de signes institués est uu véritable langage, soit qu'ils s'adressent à la vue ou à l'ouie. Le caractère qui dislingue ce moyen spécial d'agir sur l'intelligence ou la volonté de nos semblables consiste en ce que cette action n'a lieu qu'en vertu tVune liaison arbitraire, qu'on peut appeler conventionnelle, entre les signes et les idées auxquelles ils sont associés.
Nous allons parcourir dans ce paragrapbe les sciences qui se rapportent à la communication entre
les hommes, des idées, des sentimens, des passions, à l'aide de signes institués.
0. Énumération et définitions, i . Lexiographie. Quels sont les mots par lesquels les hommes désignent les objets et leurs qualités, les rapports qu'ils aperçoivent entre eux, lçs actions et manières d'être diverses qu'ils veulent exprimer? Quelles modifications éprouvent ces mots d'après le rôle qu'ils jouent dans les phrases dont ils font partie? Quelles places doivent-ils occuper dans le discours? en un mot, toutee qui compose le vocabulaire et la grammaire des diverses langues ; voilà ce que l'observation immédiate peut nous en apprendre; et c'est ce qui constitue une première science du troisième ordre à laquelle je donne le nom de Lexiographie, de XiÇtç , mot , parole.
Ce mot lexiographie doit être soigneusement distingué de lexicographie, qui vient de Xifrxôv, dictionnaire, et qui n'a, par conséquent, qu'un sens extrêmement restreint , en comparaison de la signification très étendue du mot lexiographie,
i. Lexiognosie. Dans toutes les langues il y a* des mots dont le sens varie suivant les divers usages qu'on en fait, et d'autres qui expriment des idées ou des rapports tellement rapprochés qu'ils ne sont distingués que par des nuances légères. Déterminer le vrai sens des mots, distinguer ceux que Ton doit préférer à leurs synonymes, en rechercher 1 etymologie et
signaler les changement de signification qu'éprouvent certains mots en passant d une langue dans Une autre , tout cela constitue une science du troisième ordre que, d'après ce que j'ai dit pages 3 et 4, je nomme Lexiognosie , parce qu'elle a pour but de nous donner yne connaissance plus approfondie de chaque mot.
Tout ce que je comprends dans la lexiognosie fait partie de la science à laquelle on a donné le nom dé philologie. J'avais même cru d'abord devoir employer ce dernier mot à la place de lexiognosie pour conserver le plus possibe les noms usités en français; mais celui de philologie n'est point restreint à cette seule signification ; on y comprend ordinairement, non seulement les lois générales des changemens qu'éprouvent les mots en passant d'une langue dans une autre, lois qui appartiennent à une science du troisième ordre , dont je m'occuperai dans l'article suivant sous le nom de glossonomie , mais encore l'interprétation des passages obscurs, la restauration des textes altérés des ouvrages que l'on commente, travail qui se rapporte à une autre science, encore du troisième ordre, dont je parlerai dans le paragraphe suivant , et à laquelle je donnerai le nom de bibliognosie.
3. Glossonomie. Quand on a acquis les notions précédentes sur plusieurs langues, on peut les comparer entre elles pour découvrir leurs rapports et en déduire les lois générales du langage, ou la gram-
maire générale. Cette comparaison nous fait aussi connaître les bis particulières d'après lesquelles certains sons éprouvent des modifications déterminées dans tous les mots qu'une langue emprunte à une autre; et elle nous conduit à la connaissance de tous les faits relatifs à la filiation et à la classification naturelle des langues. On connaît les beaux travaux des philologues de toutes les nations sur ce sujet. La science qui réunit toutes les vérités résultant de la comparaison dont il est ici question est la glossonomie, de yW« , langue.
4- Philosophie des langues. Lés recherches et comparaisons dont je viens de parler préparent la solution des questions suivantes qu'on peut faire relativement aux langues : Quelle est leur origine ? Ontelles été inventées parles hommes 5 et si elles l'ont été, comment ont-elles pu l'être? T a-|-il eu une seule langue primitive , dont toutes les autres sont dérivées, ou y en a-t-il eu plusieurs essentiellement différentes ? Comment les langues sont-elles sorties les unes des autres ? Les ressemblances que l'on remarque entre des langues différentes proviennent- elles d'une origine commune ou de la nature de l'intelligence
qui est la même dans tous les homme?? Quelle est h
c#use tant des différences que Von trouve entre les langues dont l'origine est la même , que des variations
que les langues éprouvent d'une époque à une autre,
e$„ Toute* ce* recherches sont l'omet dune
science qu'on ne peut confondre avec les précédentes, et que j'appelle Philosophie des langues.
b. ClaMificttion.
Toutes les vérités qui concernent les langues se trouvent renfermées dans les quatre sciences du troisième ordre que je viens de définir, et dont la réunion constitue une science du premier ordre : la GLOSSOLOGIE. Celle-ci se divise naturellement en deux sciences du second. La première renfermant là lexiographie et la lexiognosie , je lui donnerai le nom de glossologie élémentaire -, quant à la seconde qui comprend la glossonomie et la philosophie des langues, elle mérite à tous égards le nom de glossokomie d'après la valeur que nous avons toujours attribuée en général à cette désinence.
Voici le tableau de cette classification :
Science du- i« ordre. | Sciences du 2« ordre. 1 Sciences du 3e ordre.
t Lexiographie.
ÎGLOJSOLOGlIKLKMEKTAtat. < (L«xiogQo*ie.
I Glossonomie.
Glosiockosie {
^Philosophie des langues.
Observations. Il suffit d'appliquer la considération des quatre points de vue à l'objet spécial de ces sciences , pour reconnaître aisément que dans la lexiographie cet objet est considéré sous le point de vue autoptique. La lexiognosie , qui s'occupe de ce qu'il y a de caché dans les mots : les nuances de leur signification, leur étymologie , etc. , offre tous les caractères du point de vue cryptoristique. Le point de tue troponomique n'est pas moins manifeste dans la glossonomie , où l'on établit les lois de la grammaire générale , et où l'on compare entre elles les .diverses lan-
gues ou une même langue à diverses époques. Quant aux recherches qui sont l'objet de la philosophie des langues , elles sont évidemment cryptologiques dans le sens que nous avons donné à ce mot.
Sciences du troisième ordre relatives aux écrits de tout genre existant dans les diverses langues.
L'étude des langues doit être suivie de celle de cette foule d'écrits où les auteurs ont consigné les connaissances qu'ils possédaient et les sentimens qu'ils éprouvaient, les résultats de leurs travaux, de leurs méditations. C'est là l'objet spécial des sciences dont nous allons nous occuper dans ce paragraphe.
a. Ènamération et définitions.
i. Bibliographie. Tant que l'usage des langues est borné à la parole, les communications de pensées ou de sentiment qu'il établit entre les hommes n'offrent que des avantages passagers qui s'évanouissent en quelque sorte à mesure que l'on s'en sert. Mais , depuis l'invention du langage écrit , ces mêmes communications ont pu s'établir entre les hommes de tous les climats et de toutes les époques. De là est née une science bien faite pour intéresser le philosophe : la connaissance générale des ouvrages que nous ont légués les peuples qui nous ont précédés , et de ceux qui naissent tous les jours chez les peuples civilisés. Celte science ne consiste pas seulement à savoir les titres des divers ouvrages et les époques de
leur publication \ «lie consiste surtout dans un compte rendu de ce que l'ouvrage contient de plus important , de la manière dont il est exécuté , du but que l'auteur s'est proposé et des résultats auxquels il est parvenu. Un recueil méthodique de comptes rendus de ce genre , relatifs à tous les ouvrages qui existent, formerait précisément un traité complet de la science que j'appelle Bibliographie, du grec pi&tov, livre, en étendant la signification du mot bibliographie, conformément à son étymologie, et non en la restreignant, comme on le fait assez souvent , aux litres des ouvrages, à l'indication des principales éditions , des époques où elles ont paru et des prix qu elles ont dans le commerce. Sous ce point de vue restreint, la bibliographie n'appartiendrait même au règne des sciences noologiques, qu'autant qu'elle pourrait guider le littérateur dans ses recherches , car le prix d'un objet quelconque doit être rapporté à la technologie, dans l'espèce d'industrie à laquelle il se rattache. Mais , vu l'utilité dont la connaissance des titres et des diverses éditions peut être à ceux qui s'occupent de recherches littéraires, cette bibliographie incomplète appartiendrait encore a la littérature, comme une zoographie qui ne contiendrait sur chaque animal que la synonymie et l'indication seulement de caractères suffisans pour le distinguer de tout autre , tels que les caractères dont Linné a formé ses phrases spécifiques , serait encore de la
zoographie , mais une zoograpfaie incomplète; tandis que la bibliographie complète, telle qu'on la fait aujourd'hui dans les comptes rendus qui paraissent dans les journaux, correspond à une zoographie complète , où Ton expose, outre les caractères spécifiques dont nous venons de parler, les détails relatifs à la manière de vivre , aux moeurs, au climat, etc., de chaque animal.
Mais , dira-t-on , une telle bibliographie embrassant tous les ouvrages qui existent, serait bien ail dessus des forces d'un seul homme ou même d'une réunion de bibliographes. Ce n'est pas là une objection, car il en est de même de la plupart des sciences que j'ai signalées jusqu'ici , et de celles dont il reste à m' occuper. Une technographie qui comprendrait la description de tous les arts, une lexiographie où l'on trouverait les dictionnaires et les grammaires de toutes les langues des peuples qui existent sur la surface de la terre ou qui y ont existé, en. offrent des exemples frappans. Aussi, lorsqu'il est question de ces sciences, les hommes qui s'en occupent n'en cultivent ordinairement qu'une partie. Ils se bornent, eu technographie, à étudier les procédés de l'art qu'ils veulent exercer et y joignent tout au plus la connaissance de ceux qu'on emploie dans quelques arts analogues. S'il s'agit des langues, ils n'en apprennent qu'un certain nombre, qui est souvent très restreint. C'est aussi ce que nous trouverons
dans les sciences dont nous n'avons pas encore parlé.
Je crois devoir ajouter à ce que je viens de dire sur la science que je nomme bibliographie, que lorsqu'il est question d'un ouvrage destiné à plaire ou à émouvoir, l'indication de l'impression qu'il nous fait, des beautés, des défauts qu'il présente en général , fait évidemment partie du compte rendu de cet ouvrage et appartient par conséquent à la bibliographie. Mais, il en est ici comme pour les beaux-arts; l'appréciation ou la discussion de ces beautés etdeces défauts d'après les lois du goût, et la comparaison de l'ouvrage dont il s'agit avec les modèles, en un mot, ce qu'on appelle critique littéraire, doit être rapporté à la science dont nous parlerons tout à l'heure sous le nom de Littérature comparée.
2. Bibliognosie. Mais cette sorte de description de ce que contient un ouvrage ne constitue que la moindre partie de l'étude qu'on doit en faire, quand on veut s'en former une idée complète. Il reste à rechercher la manière dont l'auteur s'est acquitté de la tâche qu'il s est imposée et jusqu'à quel point il a rempli son but; à interpréter les passages obscurs, à rétablir les textes qui auraient été altérés; et, si l'ouvrage renferme des pensées que l'auteur n'a fait qu'indiquer, ou des allusions à des faits bien connus de ses contemporains et plus ou moins oubliés depuis , à retrouver toute la pensée de l'auteur sous le voile dont il l'a recouverte , en un mot à faire ce
Uigitize
qu'on appelle le commentaire de son ouvrage. Tel est l'objet de la science qui a pour but de nous en procurer une connaissance approfondie et à laquelle je donnerai le nom de Bibliognosie.
On voit donc que ce qu'on appelle le commentaire d'un ouvrage appartient à la bibliognosie , comme le simple compte rendu est l'objet de la bibliographie. Quant aux beautés littéraires et aux défauts d'un ouvrage destiné à nous plaire et à nous émouvoir , la bibliogii' sie peut , en le commentant , indiquer plus en détail que la bibliographie les morceaux où l'auteur a atteint son but, ceux où il a été moins heureux, mais toujours en considérant l'ouvrage individuellement et non sous le point de vue de comparaison et de lois générales , sous lequel il doit être jugé dans la littérature comparée.
3. Littérature comparée» Ceïui qui aura ainsi étudié individuellement un grand nombre d'ouvrages possédera toutes les connaissances nécessaires poulies comparer et déduire de cette comparaison les lois de l'art d'écrire et les règles du goût. Ces lois et ces règles lui serviront à faire une appréciation plus juste des beautés et des défauts des ouvrages dans cette branche de la littérature comparée, à laquelle on a donné le nom de critique littéraire. Enfin, le tableau général de tous les écrits, que le temps a épargnés ou qu'a produits l'époque où nous vivons constitue une dernière partie de la littérature comparée. DICXIIM1 partis. s
Cette partie est à la fois la plus étendue et la. plus importante*, c'est elle qui nous révèle les idées et les sentimens des auteurs que nous étudions, les seuls que nous puissions connaître immédiatement; car les idées et les sentimens des hommes qui ne les ont consignés dans aucun écrit, ne peuvent être qu'indirectement conclus de leurs actions. Il n'en est pas de même des écrivains en tout genre ; nous pouvons en quelque sorte lire dans leur pensée et y trouver des types de l'état intellectuel et moral des sociétés humaines dans les lieux et aux époques où ils écrivaient.
La science du troisième ordre que je nomme Littérature comparée se trouve complètement définie par l'indication que je viens de faire du triple but qu elle se propose.
4. Philosophie de la Littérature. Il reste maintenant à rechercher la raison et le fondement des lois et des règles dont nous venons de parler, si elles sont arbitraires ou puisées dans la nature; les causes qui développent le génie littéraire dans les individus , celles qui l'ont développé chez certains peuples , dans des circonstances sociales et à des époques déterminées. La solution de ces grandes questions est l'objet d'une quatrième science du troisième ordre , à laquelle je donne le nom de Philosophie de la Littérature.
b. Classification.
La LITTÉRATURE est le nom de la science du
premier ordre qui embrasse les quatre sciences du troisième que nous venons de distinguer et de définir. Tous les écrits appartiennent plus ou moins à cette science du premier ordre, comme nous le verrons dans le cinquième paragraphe de ce chapitre, où npus aurons à circonscrire et à définir d'une manière précise les sciences du premier ordre qui y sont indiquées. La littérature se cpmpose de deux sciences du second ordre : la bibliologie qui coinpçend Ifr kiïliQgrapèfc et h„bihliQgmsie la littérature proprement dite , formée par la réunion de la littérature comparée et de la philosophie de la littérature. Cette division est exprimée dans le tableau suivant ; .„ . ^ , . : . . , .
Science du iw ordre. | Sciences du 2* ordre. | Sciences du 3« ordre.
| Bibliographie.
Bibliognosie.
! Littérature comparée.
Philosophie de la littérat.
Observations. Cette classification des sciences qui ont pour objet d'étudier les ouvrages où les hommes qui les ont écrits ont consigné leurs idées , leurs sentimens , leurs passions, et qui, grâce à l'invention de l'imprimerie, racontent ces idées , ces sentimens , ces passions à tous ceux qui peuvent les lire et les comprendre y est fondée sur les mêmes considérations que toutes les classifications semblables obtenues précédemment.
-L'analogie des divisions et subdivisions de la littérature avec celles de la technesthétique est partout frappante. Cette analogie vient de ce que la littérature est aux signes institués de la glosso-