‹ Essai sur la philosophie des sciences; ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humainesChapitre 19 sur 34 · IV · texte numérisé non relu

IV

Sciences du troisième ordre relatives aux religions

qui ont régné ou qui régnent actuellement parmi * . les nations.

Il eu est des religions comme des gouvernemens sous

lesquels les peuples ont vécu ou vivent actuellement;

l'ethnographie doit les indiquer en signalant les différences que présentent les diverses nations. L'histoire doit en raconter les vicissitudes; mais l'exposition, l'interprétation, la comparaison de leurs rits, de leurs dogmes, etc.. les recherches relatives à leur origine et à la manière dont elles se sont répandues sur la surface de la terre, tout cela appartient à une science du premier ordre , que , bien qu'elle soit intimement liée à l'histoire dont elle est une sorte de complément, il convient d'étudier à part, de même qu'on doit le faire à l'égard des lois et des institutions politiques des divers peuples. C'est de cette science du premier ordre que nous avons à nous occuper dans ce quatrième paragraphe.

a. É numération et définitions*

Hiérographie. L'étude, plus ou moins approfondie , suivant le but qu'on se propose , des rits , des croyances, des dogmes, etc. , des diverses religions , est le sujet d'une première science du troisième ordre , à laquelle j'ai cru devoir donner le nom d' 'hiérographie , de Upoç, sacré.

Considérée dans toute son étendue, elle embrasse les religions de tous les peuples , de ceux qui ne sont pins , comme des nations existantes aujourd'hui sur

le globe. Elle peut 8e partager en autant de subdivl*

sions que Ton compte de cultes principaux; mais ce sont là évidemment de ces divisions du quatrième ou du cinquième ordre dont je n'ai point à m1 occuper dans cet ouvrage. Elles sont semblables è celles que Ton pourrait établir dans l'ethnographie ou la diégématique , en s occupant séparément soit des diverses divisions de la surface de la terre , soit des événemens qui se sont passés dans des lieux ou à des époques déterminées. Et quand, dans chaque pays, on borne renseignement de Y hier o graphie , pour ceux qui professent une religion, pour ceux même* qui doivent en être les ministres, aux rits et aux dogmes de cette religion , c'est qu'on regarde comme inutile l'étude de ceux des autres cultes; étude qui, en effet , n'est guère susceptible d'intéresser que ceux qui veulent approfondir cette branche de nos connaissances , et y puiser des matériaux pour les autres sciences du troisième ordre dont nous avons à parler dans ce paragraphe.

2. Symbolique. Ces rits , ces dogmes cachent souvent des idées autrefois réservées à un petit nombre d'initiés, et dont le secret, enseveli avec eux, peut cependant être retrouvé par ceux qui font une étude approfondie des renseignemens de tout genre qui nous restent sur ces anciennes croyances et sur les cérémonies qu'elles prescrivaient. De là une science à laquelle on a donné le nom de symbolique, que je

lui conserverai et où Ton se propose de découvrir ce qui était caché sous des emblèmes si divers.

3. Controverse. Les hommes ont ud grand intérêt à comparer les religions entre elles, à examiner quels en sont les fondemens, les preuves qu'elles invoquent en leur faveur, et les objections qu'on peut élever contre elles; car c'est cette étude qui fixera leur opinion sur un objet si important par l'influence qu'il doit exercer sur tout l'ensemble de ieur vie morale, et qui, lorsqu'ils sont incertains relativement à la vérité de la religion dans laquelle ils ont été élevés, dissipera leurs doutes ouïes conduira à embrasser celle dont les preuves ne leur laisseront rien à désirer. Je donne à la science qui résulte de ce genre d'examen et de discussion, et sur laquelle on a écrit un si grand nombre d'ouvrages, le nom de controverse, que l'usage lui a consacré depuis long-temps.

• 4» Hiêrogénie. Enfin , il reste à rechercher quelles sont les causes et l'origine de tant de religions répandues sur la terre. Y a-t-il eu plusieurs religions .primitives , ou sont -elles toutes des transformations successives d'une première religion? Parmi des croyances si diverses et si multipliées, y a-l-il une religion que Dieu même ait donnée à l'homme et qu'il ait marquée de caractères qui ne permettent pas de la méconnaître? La comparaison des diverses religions conduit à la solution de ces graves questions. Toutes

les vérités résultant de ce genre de recherches constituent une science du troisième ordre, à laquelle je donne le nom iïhiêro génie.

Par l'étude des causes et de l'origine des religions, je n'entends pas seulement Pétude de ce que l'histoire nous fait connaître des hommes qui les premiers ont enseigné ou propagé les religions, celle des altérations successives ou des réformes qu'elles ont éprouvées \ ces recherches appartiennent bien à l'hiérogénie 5 ce sont des emprunts qu'elle fait à l'histoire 5 mais elle a encore d'autres objets à considérer, elle doit chercher dans la nature de l'esprit humain, dans l'imagination , dans les caractères et dans les passions des hommes , ce qui a déterminé la forme qu'ont prise les fausses religions et les modifications qu'elles ont subies \ comment la plupart , mystérieuses et terribles d'abord , ont dégénéré en fables ridicules , puériles ou gracieuses , qui , perdant peu à peu toute influence sur la conduite des individus, n'ont presque plus été pour eux qu'un sujet d'amusement ; comment il est arrivé que les hommes aient cru honorer la divinité par des sacrifices humains, par des mutilations honteuses, par des rits infâmes. Il faut bien que cette aberration si singulière ait sa racine dans la nature de l'esprit .humain, puisqu'on la retrouve chez presque tous les peuples de l'antiquité; c'est au philosophe de tâcher de l'expliquer en la liant à l'étude de toutes les circonstances que présente la pensée humaine considé-

rée aoh eu elle-même, soit relativement aux changemens qu'on remarque, suivant les lieux et les temps, dans le développement de l'intelligence 9 dans les sentimeus et les passions des hommes.

b. Cla&sificatûM.

Les quatre sciences du troisième ordre don t nous venons de parler, embrassent toutes les vérités qui concernent les religions : objet spécial de ce paragraphe; nous les réunirons donc en une science du premier ordre : l'HIÉROLOGIE. Ce mot est formé de l'adi jectif grec Upôç, sacré. L'biérologie doit être divisée en deux sciences du second ordre : la sébasm atique, de <rtë%an<x. , culte $ et Thiérologie comparée $ la première renferinera l'hiérographie et la symbolique, et la seconde la controverse et l'hiérogénie , ainsi qu'on le voit dans le tableau qui suit :

Science du i«* ordre. J Sciences du a« ordre, j Sciences du 3»

t Hierographie.

SipASMAUQDI. . . . ! . I

( Symbolique.

H1ÉROLOGIE, , .

! Controverse.

Htérogénie.

Obseevatiohs. Le lecteur accoutumé par tout ce qui précède à voir comment un objet d'étude considéré sous les quatre points de vue autoptique, cryptoristique, tropouomique, cryptologique,

donne lieu à det sciences diverses, aura certainement reconnu de lui-même dans ce tableau un nouveau résultat de la correspondance des quatre points de vue , avec la division naturelle de chaque science du premier ordre en quatre sciences du troisième.

11 me parait d'autant moins nécessaire d'insister sur ce sujet, que je ne pourrais le faire qu'en répétant ce que j'ai dit dans les observations précédentes relativement aux quatre sciences du troisième ordre dont se compose l'histoire. Je remarquerai seulement que la symbolique , qui a , comme la chronologie, des inconnues à découvrir, prend le caractère interprétatif qui s'est déjà manifesté dans un grand nombre de sciences appartenant au même point de vue ; ce qui, du reste, n'en marque que mieux les caractères du point de vue cryptoristique dans la symbolique.

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