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Définitions et classification des sciences du premier ordre qui ont pour objet V étude des sociétés humaines et toutes les circonstances de leur existence actuelle ou passée.
Les quatre sciences du premier ordre que nous venons de parcourir se rapportant à un même objet général : Y étude des sociétés faite seulement dans lu vue de les connaître, il nous reste à en former un embranchement , à en déterminer les limites respectives, les rapports mutuels, et Tordre dans la classification naturelle des connaissances humaines.
a. Énamération et définitions.
i. Ethnologie. La définition de l'ethnologie ne peut souffrir aucune difficulté 5 ce nom même en indique l'objet, et c'est ce qui m'a engagé à le préférer à celui de géographie , qu'on emploie ordinairement pour désigner la science du premier ordre dont il est ici question , par suite d'un ancien usage établi à une époque où l'on n'avait pas même songé à faire de la géographie une science à part. Pour continuer de se servir de cette expression , il faudrait y joindre une épithète qui en exclût la géographie physique , que la place qu'elle occupe dans le premier règne sépare entièrement de la science dont il s'agit ici; il faudrait dire , par exemple, géographie sociale, ce qui serait une innovation plus forte encore que d'adopter le nom d'ethnologie , déjà employé par plusieurs auteurs. D'ailleurs, en décrivant le pays occupé par une nation, il peut être utile d'indiquer la nature et les accidens du sol des différentes parties de ce pays, les fleuves qui l'arrosent, les mers qui en baignent les rivages , et d'autres circonstances qui tiennent à la géographie physique , où elles sont seulement étudiées en elles-mêmes, au lieu de l'être , comme dans l'ethnologie , par rapport à l'influence qu'elles peuvent exerce» sur le caractère des habitans , les limites qui séparent une na-
lion des nations voisines , les migrations des peuples; ce sont alors des emprunts faits à la géographie physique par l'ethnologie ; emprunts qui ne présentent aucun inconvénient dans l'ordre naturel des connaissances humaines , puisque la première de ces deux sciences s'y trouve placée bien avant la seconde.
La ligne de démarcation entre ces deux sciences étant ainsi tracée d'une manière précise, il ne peut rester de difficulté sur les limites qui séparent l'ethnologie des autres sciences, qu'à l'égard de la quatrième science du troisième ordre qui y est comprise : Y Ethnogénie. On pourrait croire en effet que celleci devrait être considérée comme étant du domaine de l'histoire; mais qui ne voit qu'à ce compte la géographie comparée en serait aussi ? Ces deux sciences sont évidemment inséparables , l'origine et les migrations des peuples n'étant en quelque sorte qu'un cas particulier des changemens de tout genre qu'ont éprouvés les nations et qui sont l'objet de la géographie comparée. D1 ailleurs l'ethnogénie peut en général être étudiée, indépendamment de l'histoire proprement dite ; et ses deux bases principales : les caractères physiques des différentes races et V analogie ou la diversité des langues, ont déjà été étudiées dans les siences énumérées précédemment: la première dans la zoologie , et la seconde dans la glossologie.
a. Archéologie. Autant il est aisé de définir l'ar-
cbéologie en disant qu'elle a pour objet de décrire , d'interpréter , de constater l'authenticité et de découvrir l'origine des monumens, et en ajoutant qu'on comprend sous ce nom de monumens tous les témoins qui nous restent de l'existence des peuples qui ont passé sur la terre , autant il est difficile de séparer l'archéologie, par des limites précises, de plusieurs autres sciences qui ont avec elle des points de contact très intimes. C'est surtout à l'égard de la glossologie et de la technesthélique que cette difficulté se fait sentir; ainsi, pour la première, on ne voit pas d'abord bien clairement ce qui doit être rapporté à l'archéologie et ce qui doit l'être à la glossologie , dans un travail comme celui du célèbre Champollion sur les hiéroglyphes égyptiens. Je pense à ce sujet qu'il faut rapporter à la première de ces deux sciences l'interprétation des caractères soit hiéroglyphiques , soit phonétiques tracés sur les monumens égyptiens de tout genre , tant que la signification de ces caractères est inconnue ; mais quand cette interprétation sera complète et qu'on ne pourra plus méconnaître dans le cophte la langue des anciens Egyptiens, l'étude des caractères dont ils se sont servis pour récrire appartiendra à la glossologie.
Quant à la technesthé tique , la difficulté vient de ce qu'un même monument peut être étudié sous des rapports très différens , et que si cette élude appartient à l'archéologie , tant quelle est faite, comme il
vient d'être dit, elle se rapporte à la technesthétique lorsqu'il s'agit des beautés et des défauts de ce même monument considéré comme un produit de l'art, indé peu dam ment de ce qu'y cherche l'archéologue. Nous avons déjà vu plus d'une fois que le même objet considéré sous divers rapports , peut appartenir à des sciences différentes 5 et cette idée a été développée , pages 168, 169, etc., de la première partie, en prenant pour exemple une fonction organique qui doit être rapportée à Ja zoologie, quand elle est considérée en elle-même, et qui, quand il s'agit des causes qui la déterminent, des maladies où il convient en général de la provoquer, ou de son emploi dans une maladie individuelle, doit l'être à différentes branches des sciences médicales.
Quant à la place que l'archéologie doit occuper dans la série des connaissances humaines, elle se trouve nécessairement déterminée par la considération que cette science , d'une part , sert de complément à la géographie des anciens peuples, et, de l'autre, prépare à l'étude de l'histoire, à laquelle elle est si intimement liée, que j'ai même hésité quelques momens sur la question de savoir si elle devait précéder l'histoire, ou être placée immédiatement après.
En effet, l'explication d'un monument ne peut quelquefois être trouvée qu'à l'aide de ce que l'histoire nous apprend sur les hommes qui en ont été les au-
leurs, et ce serait une raison pour placer l'histoire avant l'archéologie. Mais il arrive bien plus souvent que l'étude des r^onumens , que la découverte d'une médaille ou d une inscription antique nous révèlent l'existence de nations, de souverains, d'événemens quelconques qui n'ont laissé aucune autre tracent lors même que les historiens en ont parlé, c'est encore à ces monumens seulement qa'on en doit une connaissance exacte et dont la certitude soit à l'abri de toute discussion. Ce sont là les secours que l'.histoire est obligée d'emprunter à l'archéologie, et qui, plus nombreux et plus importans que ceux qu'elle lui prête, ne permettentpas d'établir entre* eesdeuxsciences un ordre difiérent de celui où je les- range ici.
3. Histoire. Jusqu'ici nous n'avons eu à considérer dans l'ethnologie et l'archéologie que ce qu'on pourrait appeler le matériel des nations : lés régions qu'elles habitent et celles d'où elles sont sorties-, les villes qu'elles ont bâties , les monumens de tout genre qu'elles ont laissés, etc. Nous allons maintenant, tant dans le reste de ce chapitre que dans le chapitre suivant, voir les nations agir comme des individus, obéir à des sentimens , à des passions , à des croyances , pourvoir à leurs besoins , à leur défense * et assurer la tranquillité publique par des lois et des gouvernemens. C'est alors que l'énumcration de toutes les sciences relatives aux sociétés humaines étant achevée, la tâche que nous nous étions imposée sera accom-
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plie. Et d'abord nous avons à nous occuper de l'histoire , à indiquer tout ce qui doit être compris dans cette science , et à tracer les limites dans lesquelles elle doit être renfermée.
Ici se présente une question importante. Il existe beaucoup d'ouvrages qui ont pour objet d'exposer les progrès successifs par lesquels les diffère» les sciences sont arrivées aux degrés de perfection où elles se trouvent aujourd'hui , et qui portent le nom d'histoire de ces diverses sciences, comme histoire des mathématiques , histoire des sciences naturelles , de la médecine, de la peinture, de la sculpture, du commerce, de la législation, etc. Ces ouvrages doivent-ils être rapportés à la science dont il s'agît ou doivenuls l'être à chacun des groupes de vérités dont ils racontent les progrès? La seconde manière de voir me semble préférable. L'histoire est une science ethnologique; c'est celle des différens peuples considérés comme des réunions d'hommes qui se forment, s'accroissent, sont susceptibles de passer par divers états de civilisation, de vieillir et de mourir. Les hommes qui se sont fait un nom dans la postérité n'en font essentiellement partie que par l'influence qu'ils ont eue sur la destinée des nations. L'histoire de ceux dont les travaux ont accru le domaine de chaque groupe de vérités appartient à ces groupes, et c'est avec raison que dau£ beaucoup de traités scientiGques, on place cette liistoire à la tète de l'ou-
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vrage comme une sorte d'introduction. Peut-être serait-il encore plus rationnel de la placer à la fin. Par là elle serait plus intelligible et on n'aurait à parler au lecteur que de ce qu'il connaît déjà* Cette réflexion s'applique et aux sciences de différen s ordres, et aux groupes de vérités plus généraux , comme les sous-embranchemens, les embrancbemens, etc. On conçoit, en effet, qu'on pourrait, par exemple, faire soit une bistoire suivie, soit un dictionnaire biogra-
pbique des travaux, des découvertes, de la vie Ses chimistes ou à la tète d'un traité de chimie , ou dans un ouvrage à part, et que, dans tous les cas, cet ouvrage appartiendrait à la chimie , en y comprenant tout ce qui se rapporte réellement à cette science. Il en serait de même par rapporta l'analyse mathématique, qu'on pourrait suivre ainsi dans tous ses progrès , de l'Inde où elle a pris naissance à l'école d'Alexandrie, dans ce qui nous reste de Diophante, chez les Arabes et chez les Algébristes modernes, jusqu'aux traités de celte science qui servent aujourd'hui à l'enseignement. Ce sont là les sciences du troisième ordre. La même chose peut avoir lieu pour une science du second , pour une du premier, pour un sous- embranchement, pour un embranchement, par exemple , un traité, ou un dictionnaire biographique, des découvertes, etc., etc. (i).
(0 Mon père avait d'alxÉi envisagé autrement le but et le do-
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4. Hierologie. Quoique cette science «oit suffisamment définie, dès qu'on a indiqué l'objet spécial
mai ne de l'histoire. En respectant sa dernière pensée , j'ai cru devoir conserver le morceau qu'on va lire. On verra comment son puissant esprit pouvait saisir les deux côtés d'une question , et combien il savait rendre plausibles même les opiuions qu'une méditation plus approfondie lui faisait abandonner.
« On a , en général , beaucoup trop restreint le champ de « Thistoire en n'y comprenant presque exclusivement que ce qui « est relatif au gouvernement et aux événemens militaires. Ce « n'est pas là l'histoire complète ; elle doit embrasser toutes les « vicissitudes de l'esprit humain , en différent lieux , en dilférens « temps. Tous les hommes qui ont laissé leur nom à la postérité, « pour quelque raison que ce soit , y doivent également trouver « place; Homère, Raphaël et Newton appartiennent à Thistoire « tout autant qu'Alexandre , Gengiskan , ou Louis XIV. La con* « struction de Saint-Pierre de Rome est un événement tout aussi « historique que la fondation d'Alexandrie , une découverte dans « les sciences autant qu'une bataille.
« On doit définir l'histoire : la connaissance de tous les événe- « mens qui , sous quelque rapport que ce soit , se rattachent à « l'homme considéré dans le temps ; c'est pourquoi un diciion- « naire biographique est un ouvrage historique; c'est pourquoi « uue histoire complète du genre humain devrait comprendre « toutes les subdivisions du quatrième ou du cinquième ordre de « cette science, relatives aux différentes branches des coonais- « sances humaines , telles que l'histoire des mathématiques, celle a du commerce et de l'industrie , celle des sciences naturelles ou « médicales , celle de la philosophie , de la littérature et des arts « libéraux, de la législation , etc.; comme d'autres subdivis ons « de la même science réunissent les laits relatifs aux mêmes « lieux, telles que Thistoire d'un peuple , d'une province, d'une « ville, etc., ou aux mêmes époques, comme Thistoire ancienne,
qu'elle étudie , il peut cependant rester quelques difficultés , tant sur les limites qui la séparent des autres sciences, , que sur la place qu'il convient de lui assigner dans la série des connaissances et sur l'embranchement de ces sciences dans lequel elle doit être comprise: c'est de la solution de ces difficultés que nous avons à nous occuper.
La première est relative à la limite qui sépare l'hiérologie de la théologie naturelle et de la théodicée. Le but commun que ces sciences se proposent également est d'éclairer l'homme sur les rapports qui peuvent exister entre lui et son Créateur, et sur la première origine de toutes choses. Mais les moyens qu'elles emploient pour y parvenir sont trop différons pour que ce soit un motif de les réunir, lorsque,
« celle du moyen âge et l'histoire moderne. Sans doute cette hit- « toire complète , suffisamment détaillée , qui n'existe point encore , serait au-dessus des forces , non seulement d'un seul « auteur, mais peut-être même d'une réunion de sa? ans, à moins « qu'on ne supposât cette réunion très nombreuse ; mais ce n'ait « point une raison pour ne pas comprendre dans la science dont k il est ici question , tout ce qu'elle doit embrasser \ et si la plur part des historiens en ont négligé une si grande partie pour « s'attacher presque exclusivement i la partie politique et mili- « taire, c'est qu'ils ont modelé leurs ouvrages sur ceux des his* h toriens de la Grèce et de Rome, écrits à une époque oû l'on « ne s'était point encore élevé à cette idée : que la marche de « l'esprit humain était, plus encore que les faits matériels, le vè- « ritable objet de l'histoire, »
d'une part , la théologie naturelle et la théodicée ne peuvent être séparées des deux autres sciences du troisième ordre comprises dans la métaphysique et qui ont pour but de résoudre les différentes questions qu'on peut se proposer sur la nature des substances, soit matérielles, soit spirituelles; que serait en effet un cours de philosophie où il ne serait pas question de Dieu ? et , de l'autre , comment l'hiérologie pourrait-elle précéder l'histoire, qui ne peut venir qu'après l'étude des facultés intellectuelles et morales, des passions et des caractères des hommes , des langues , des arts libéraux, de l'ethnologie et de l'archéologie ? car, c'est sur les témoignages de l'histoire que reposent tous les faits qui servent de base à la révélation et les preuves que doit développer la controverse. L'histoire sainte, l'histoire ecclésiastique sont évidemment du domaine de l'histoire comme toutes les autres branches de cette dernière science , comme la géographie de la Palestine appartient à la géographie comparée. Comment ranger l'hiérologie dans les sciences philososophiques sans y mettre aussi cette partie de l'histoire et de la géographie comparée qui ne sauraient y être placées ?
Peut-être quelques lecteurs penseraient au contraire quj l'hiérologie est si intimement liée à l'histoire que j'aurais dû l'y comprendre , au lieu d'en faire une science à part. Mais alors il y aurait eu les mêmes motifs pour y placer aussi d'autres sciences
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et particulièrement colles dont nous parlerons dans le chapitre suivant sous le nom de noniologie. Il y a dans l'hiérologie, comme dans toutes les autres branches des connaissances humaines , une partie historique qui est comprise dans l'histoire, mais il y a aussi une partie d'exposition et de discussion qui doit èlre considérée comme appartenant à une science du premier ordre distincte de toutes les autres.
Une troisième difficulté consiste à savoir si l'hié-» rologie ne pourrait pas être considérée comme une des sciences qui s'occupent des moyens d'agir sur les* sociétés humaines et comme devant par conséquent être rangées parmi les sciences de l'embranchement suivant. J'ai moi-même hésité si ce n'est pas là que je la placerais; mais j'ai pensé qu'il y avait entre Thiérologie et ces sciences dont je m'occuperai dans le chapitre suivant, sous le nom de sciences politiques, une différence qui ne permettait pas de la réunir avec elles dans un même embranchement. Les sciences politiques ont pour objet le bien-être physique des nations ; mais ce n'est pas de ce bonheur qu'il s'agit dans les sacrifices que l'homme religieux s'impose. Le législateur peut changer les lois , les constitutions des états ; il ne dépend pas de lui que celui qui croit cesse de croire , ou croie autrement. C'est en vain que les empereurs romains qui pouvaient à leur gré disposer des armées et changer les lois , ont employé toute leur puissance à anéantir 1*
religion que prêchaient les apôtres. La religion d'un peuple , quand elle est profondément gravée dans les cœurs , est un fait au dessus de la puissance qui dé* cide du sort des états. J'aurais cru avilir ce qu'il y a de plus respectable sur la terre, si, en le plaçant dans l'embranchement des sciences politiques , je l'avais considéré comme un simple moyen d'ordre public. Sans doute que la croyance d'un peuple est une des causes qui agissent le plus puissamment sur son état social ; mais son influence e3t d'une nature particulière et très différente de celle des aulres institutions civiles et politiques. J'aurai bientôt l'occasion de revenir sur ce sujet.
». ClUiiûcition.
Les quatre sciences du premier ordre que je viens défaire connaître, embrassant toutes les vérités qui se rapportent à la simple connaissance des sociétés humaines , j'en formerai un embranchement auquel je donnerai le nom de SCIENCES ETHNOLOGI- QUES. Cet embranchement sera lui-môme subdivisé, en deux sous-embranchemens , l'un des sciences ethnologiques proprement dites, renfermant l'ethnologie et l'archéologie ; l'autre des sciences histoeiques , comprenant l'histoire et l'hiérologie , comme on le voit dans le tableau suivant :
Embiwtchgittcnt .
Sous-cmbrnnchemens. I Scienas du i«f