‹ Essai sur la philosophie des sciences; ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humainesChapitre 24 sur 34 · ART MILITAIRE · texte numérisé non relu

ART MILITAIRE

Art militai»! prou. dit.

Observations. U est aisé de reconnaître le point de vue tutoptique dans l'hoplographie ; mais le caractère cryptoristique ne se montre pas d'abord aussi manifestement dans la tactique. Cependant, il s'agit encore ici de problèmes à résoudre, d'inconnues à chercher. Quelle est la disposition la plus avantageuse à donner aux guerriers , les mouvemens dont il est le plus utile qu'ils contractent l'habitude ; quels sont les moyens de leur faire exécuter des mouvemens avec autant de régularité que de précision , etc. ? Telles sont les questions dont la tactique cherche la solution , précisément comme la traumatologie cherchait les procédés les plus sûrs et les moins douloureux pour faire les opérations chirurgicales; comme la toporistique et la chronologie ont pour objet de déterminer la vraie position d'un lieu , ou la vcritabU époque d'un événement , etc. La tactique présente un nouTel exemple de ce caractère d'art , que le point de tue toporistique prend dans un assez grand nombre de cas que le lecteur a pu remarquer. Quant au point de tue troponomique, on ne peut le méconnaître dans la stratégie , tout occupée de comparer les forces militaires respectives des nations belligérantes, les positions qu'elles occupent ou doivent occuper, les effets nuisibles ou avantageux qui peuvent résulter de leurs divers mouvemens,

etc. Enta U nicologie , où il est question de reoherehér les causes qui ont déterminé l'issue des batailles que nous racontent les historiens , présente tous les caractères du point de ? ue cryptologique.

§ ra.

Sciences du troisième . ordre relatives aux lois civiles et politiques qui régissent les sociétés humaines.

Après que l'économie sociale a étudié les moyens par lesquels les nations subsistent et prospèrent, que l'art militaire leur a procuré ceux qu'elles réclament pour leur défense , il reste à faire régner la paix et le bon ordre par des lois qui règlent le rapport des citoyens soit entre eux , soit avec les gouvernemens. Les codes et les constitutions , établis pour atteindre ce but, sont l'objet spécial des sciences dont nous avons à nous occuper dans ce paragraphe.

a. Énumération et définitions.

i • Nomographic. La première étude à faire des loi» civiles et politiques de tous les peuples, c'est celle du texte même de ces lois, à quelque époque qu'elles appartiennent. Je donne a la science qui résulte de cette étude , le nom de Nomographie, Elle peut se partager de plusieurs manières, en subdivisions du

as

quatrième ou du cinquième ordre, suivant qu'on s'occupe des loi» d'un peuple, soit de celles qui le régissent actuellement , soit de toutes celles auxquelles il a obéi successivement, ou suivant que Ton se borne à l'étude des lois relatives à un objet déterminé. C'est sous ce dernier rapport qu'on a fait les distinctions des divers Codes: civil, pénal, rural, administratif, etc., et une classe à part des lois politiques ou constitutions, qui règlent les droits réciproques des peuples et de leurs gouvernemens. Mais , pour restreindre la nomographîedans les limites que je crois convenable de lui donner, je dois remarquer qu'étant une science de faits, diflerens cbez les différens peuples , elle ne comprend ni le droit naturel qui appartient à la science dont je parlerai tout à l'heure sous le nom de théorie des lois, ni le droit des gens qui règle les rapports des nations entre elles, et qui, par conséquent , doit faire partie des sciences dont il sera question dans le paragraphe suivant.

2. Jurisprudence. Mais quelque claires et prédises que soient les lois, il est impossible qu'elles trouvent une application également facile , à tous les cas particuliers qui peuvent se présenter, et qu'elles les aient tous prévus. De là, la nécessité de chercher ce qui est caché sous le texte des lois , soit dans leur esprit , soit dans les motifs d'après lesquels elles ont été établies. C'est cette recherche que l'avocat fait autant qu'il le peut dans le sens favorable à sa cause et que

le juge est chargé de foire avec impartialité. Tout commentaire sur les lois, tout recueil d'arrêts où Ton voit comment, dans chaque cas particulier, les lois qui s'y rapportaient ont été interprétées parles tribunaux , appartiennent à une science que je nommerai, comme tout le. monde , Jurisprudence,

3. Législation comparée. Dans les deux sciences précédentes, on étudie et on interprète les lois telles qu'elles existent ou ont existé 5 il n'y est pas question de les examiner sous le rapport de leurs avantages ou de leurs inconvéniens. Il s'agit maintenant d'un autre objet d'étude. Quelles sont les meilleures lois à établir, ou quelles modifications convient-il de faire aux lois actuelles , eu égard à toutes les circonstances où se trouve un peuple , à ses moeurs, au degré de civilisation auquel il est parvenu, aux habita* des qu'il a acquises sous l'empire des lois qui l'ont régi jusqu'à ce montent, etc. ? Deux voies s'ouvrent pour parvenir à la solution de cette grande question 5 chacune d'elles a été suivie exclusivement par l'une des deux écoles rivales qui s'en sont occupées et dont . les travaux , qui me paraissent également imporlans, doivent servir de base aux deux sciences du troisième ordre dont il nous reste à traiter dans ce paragraphe. La première de ces deux voies , celle dont il est ici question, a pour objet de se guider dans le choix des meilleures lois , par la comparaison de tous les systèmes de législation connus et des effets qui en

sont résultés soit en bien , soit en mal , sur l'état social des divers peuples. C'est à celte science que j'ai

donné le nom de Législation comparée.

4» Théorie des lois. L'autre voie pour parvenir à la détermination des meilleures lois consiste à les déduire , autant qu'il est possible , des principes éternels du juste et de l'injuste. Mais, comme celles qui existent n'y sont pas malheureusement toujours conformes, il faut en même temps rechercher les causes qui ont fait établir les bonnes et les mauvaises lois , quelles circonstances particulières ont déterminé l'adoption des difîerens codes qui , par l'influence de ces circonstances, présentent tant de diversité suivant les lieux et les temps-, enfin, considérant les lois elles-mêmes comme des causes, il faut voir comment on peut ramener à des règles générales l'influence qu'elles doivent exercer, et prévoir les effets d'une loi nouvelle. Tels sont les divers objets dont s'occupe la Théorie des lois.

b. Classification.

Toutes les vérités qui concernent les lois, toutes les recherches dont elles peuvent être l'objet, trouvent leur place dans l'ensemble des sciences du troisième ordre que nous venons d'énumérer. La réunion de ces quatre sciences en forme une du premier ordre que j'appellerai NOMOLOGIE. La nomologie se divisera

en deux sciences du second ordre. Je donnerai & la première, qui comprend la nomographie et la jurisprudence , le nom de homologie proprement oite, parce qu'elle consiste dans la connaissance plus ou moins approfondie des lois qui existent ou ont existé; et celui de législation à la seconde, qni se compose de la législation comparée et de la théorie des lois , et qui ayant en général pour objet le choix des meilleures lois à établir, est proprement la science du législateur.

Voici le tableau des divisions et subdivisions de la nomologie:

Science du i« ordre. I Sciences du * ordre. I Sciences du 3« ordre.

! Nomographie.

Jurisprudence.

NOMOLOGIE. . . . : {

f Législation comparée.' Lbgulatio» il

(Théorie des lois.

Observations, Dans la gradation qu'on peut ces quatre sciences du troisième ordre , et dans les rapports de chacune d'elles avec l'objet spécial de la nomologie , on reconnaîtra facilement une application nouvelle des quatre points de vue autoptique , cryptoristique, troponomique et cryptologique. En effet, la nomographie étudie ce qui est patent dans Le texte des lois , et la jurisprudence , ce qui y est en quelque sorte caché et qu'il faut découvrir par l'interprétation de ce texte et sa juste application aux divers cas qui peuvent se présenter ; la législation comparée rapproche et compare les divers systèmes de lois, et part des résultats de cette comparaison pour discerner les

Ml qui contiennent le mieux à chaque peuple; enfin , la théorie

des lois remonte à leur origine, aux causes qui les ont fait établir, et choisit celles qu'on doit préférer , en prévoyant les effets qui en résulteront.

Siv.

Sciences du troisième ordre relatives aux moyens par lesquels les gouvernement veillent à la sûreté extérieure des étais et font régner dans leur sein V ordre et la paix.

Pour la conservation d'un état , il ne suffit pas qu'il possède des élémens de prospérité intérieure, des forces au moyen desquelles il puisse repousser lea attaques du dehors , des lois qui règlent les rapports des citoyens entre eux et avec le gouvernement; il faut encore établir, entre cet état et les autres nations, les traités nécessaires au plus grand développement de son industrie et au maintien de la paix, assurer son indépendance , garantir sa dignité, faire exécuter les lois, prévenir autant que possible les désordres et les crimes, et tendre à l'amélioration ,

so,us tous les rapports, de l'état social.

«. ÉnuméraUon et définitions, i. Ethnodicée. Les rapports de nation à nation

n'ont d'abord été réglés que par des usages qui s'étaient établis comme d'eux-mêmes; mais, avec les progrès de la civilisation , sont venus des traités formels basés sur les intérêts réciproques des peuples qui les ont conclus. De ces usages, de ces traités et de la loi suprême du juste et de l'injuste qui existe de peuple â peuple, comme d'individu à individu, se compose le droit public des nations, qui est l'objet de la science du troisième ordre que je nomme Ethnodicce, d'ÏOvoç , nation, et , le droit.

a. Diplomatie. Mais ces usages et les traités ont, comme les lois, et peut-être plus encore, besoin d'être interprétés ; car ils s'occupent d'intérêts qui excitent en général des passions plus violentes, conduisent trop souvent à l'emploi de la force et appellent ainsi sur les nations rivales tous les fléaux de la guerre. Cette interprétation suppose la connaissance de toutes les circonstances qui ont donné naissance aux usages, aux traités, de l'esprit qui a présidé à leur formation, des intérêts qu'ils ont ménagés ou compromis, etc. Tel est l'objet de la science qui a reçu depuis long-temps le nom de Diplomatie.

3. Cybernétique. Les relations de peuple à peuple , étudiées dans les deux sciences précédentes , ne sont que la moindre partie des objets sur lesquels doit veiller un bon gouvernement ; le maintien de l'ordre public, l'exécution des lois, la juste réparti* tion des impôts , le choix des hommes qu'il doit em-

ployer, et tout ce qui peut contribuer à l'amélioration de l'état social , réclament à chaque instant son

attention. Sans C6SSC il a à choisir entre diverses mesures celle qui est la plus propre à atteindre le but ; et ce n'est que par l'étude approfondie et comparée des divers élémens que lui fournit, pour ce choix , la connaissance de tout ce qui est relatif à la nation qu'il régît, à son caractère, ses mœurs, ses opinions, son histoire, sa religion, ses moyens d'existence et de prospérité , son organisation et ses lois , qu'il peut se, faire des règles générales de conduite , qui le guident dans chaque cas particulier. Ce n'est donc qu'après toutes les sciences qui s'occupent de ces divers objets qu'on doit placer celle dont il est ici

question et que je nomme Cybernétique , du mot xu6*pviT«à , qui, pris d'abord, dans une acception restreinte, pour l'art de gouverner un vaisseau, reçut de 1 'usage, chez les Grecs même, la signification, tout autrement étendue , de Vart de gouverner en général.

4- Théorie du pouvoir. Enfin il nous reste à rechercher les causes qui ont amené l'établissement des divers gouvernemens , qui les conservent ou les ébranlent, qui produisent ou préviennent ces grandes crises qu'on appelle des révolutions, à remonter jusqu'à l'origine du pouvoir et à examiner les différons systèmes relatifs au principe même sur lequel il repose , tels que ceux du droit divin , de la souverai-

neté nationale, de la raison ou de la nécessité des choses , d'un contrat explicite ou tacite entre les peuples et ceux qui sont appelés à les gouverner. De la une dernière science du troisième ordre qui a pour but de résoudre ces grandes questions et que je désignerai sous le nom de Théorie du pouvoir.

*. Clarification.

Les quatre sciences que nous venons d enumérer et de définir, comprennent toutes les vérités relatives aux moyens par lesquels les gouvernement conservent les sociétés, en assurent la paix au dedans et l'indépendance nationale au dehors ; leur réunion constitue une science du premier ordre: LÀ POLI- TIQUE. Celle-ci se divise en deux sciences du second ordre. J'ai donné à la première , qui se compose de Tethnodicée et de la diplomatie, le nom de sybciméhique, tirée de ffvyactfuua , traité, convention, ainsi que je l'ai expliqué pages xliv et xlv ; et à la seconde, formée par la réunion de la cybernétique et de la théorie du pouvoir, celui de politique proprement dite, comme on le voit dans le tableau suivant :

Science du i« ordre. | Science* du 2« ordre. I Sciences du 3« ordre.

iEthnodicle.

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