‹ Essai sur la philosophie des sciences; ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humainesChapitre 25 sur 34 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

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Observations. Il est aisé de voir dans Pethnodicée la partie de la politique donnée immédiatement par la simple lecture des traités et des conventions , c'est-à-dire le point de tue autoptique de l'objet spécial de la politique ; dans la diplomatie , la recherche d'une inconnue : le véritable sens des traités et les moyens les plus propres à résoudre les difficultés qui peuvent survenir entre les peuples. Ce sont bien là les caractères du point de vue cryptoristique. On reconnaît avec la même facilité ceux du point de vue troponomique dans la cybernétique , qui est , à l'égard du gouvernement des nations , ce qu'est la stratégie relativement à la conduite d'une armée. Enfin , c'est dans la théorie du pouvoir, qui s'occupe de causes et d'origine , que se trouve le point de vue cryptologique de l'objet spécial de la politique.

Définitions et classification des sciences du premier ordre relatives aux moyens par lesquels les nations pourvoient à leurs besoins, à leur défense et à tout ce qui peut contribuer à leur conserva' lion et à leur prospérité.

Conformément au plan que jê me suis tracé, je vais maintenant reprendre les quatre sciences du premier ordre relatives à la conservation et à la prospérité des sociétés. Ces sciences terminent la série des connaissances humaines. Il ne me reste donc plus, pour remplir la tâche que je me suis imposée, qu'à en former un embranchement et à montrer quelles sont les limites qui les séparent, ainsi que les

raisons qui m'ont fait adopter l'ordre dans lequel je les ai présentées.

o. ^numération et définition*.

i. Economie sociale. De même que c'est par l'ethnologie que j'ai du commencer l'embranchement des sciences ethnologiques , c'est l'économie sociale qui doit être placée la première parmi les sciences comprises dans le présent paragraphe. S'il ne peut y avoir ni archéologie, ni histoire, ni hiérologie, avant qu'il n'y ait des nations, il faut bien aussi qu'un peuple ait les moyens de subvenir à ses besoins pour qu'il puisse lever des armées , obéir à des lois et se donner un gouvernement. *■

On a souvent restreint l'économie sociale à ce que j'ai appelé l'économie sociale proprement dite, c'està-dire à l'étude de ce qui existe, sans s'occuper de cette autre partie de la science où l'on examine comment les divers modes de distribution des richesses et tant d'autres circonstances influent sur le bonheur des individus, la puissance et la prospérité des nations. C'est évidemment oublier le but 6nal de l'économie sociale ; c'est comme si , dans les sciences industrielles, on se bornait à la partie élémentaire de ces sciences , c'est-à-dire à la connaissance des procédés usités et des profits qui en résultent , sans re» chercher quels sont les meilleurs procédés et les rai-

tons pour lesquels ils doivent être préféras. Ce but a été étrangement méconnu par une école trop célèbre qui s'est efforcée de substituer aux pensées généreuses généralement admises avant elle, des vues contraires à toute amélioration dans l'état social. Mais , déjà une nouvelle école re vient à des idées plus saines, et ses travaux conduisent à faire concourir toutes les parties de l'économie sociale vers la solution de cette grande question : faire vivre sur un terrain donné le plus grand nombre d'hommes, avec la plus grande somme de bonheur possible.

2. Art militaire. L'économie sociale ne s'occupe que des moyens de prospérité intérieure; mais la conservation et l'état florissant d'une nation ne dépendent pas seulement de ces moyens, qui lui suffiraient , si elle n'avait à redouter aucune attaque du dehors. Elle a, en outre , besoin de pouvoir repousser ses ennemis et de faire respecter son indépendance. De là , l'art militaire que l'on peut regarder comme une sorte de complément de l'économie sociale, puisqu'il est /ainsi qu'elle, un moyen de conservation et de puissance. La place que je lui assigne ici parmi les sciences politiques, ne peut donc présenter aucune difficulté. D'ailleurs, l'art militaire ne doit venir qu'après les sciences dont il emprunte des secours ; or, ce n'est pas seulement à la géométrie, qui lui fournil des plans de fortification , à lamécanique, qui lui apprend à juger des efTetsdes

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projectiles , à la technologie, qui lui procure les vaisseaux et les instrutnens de guerre de tout genre , qu'il doit avoir recours, c'est encore à la connaissance du cœur humain et des moyens d'agir sur l'esprit des guerriers , à la géographie, tant physique qu ethnologique , qui lui fait connaître , d'une part , tous les accidens du terrain qui doit être le théâtre de la guerre, de l'autre , les points qu'il convient d'attaquer ou de défendre , les dispositions des habitans , etc., à l'histoire enfin , où il trouve tant de renseir gnemens sur les circonstances qui peuvent déterminer la perte ou le gain d'une bataille.

Quant aux limites qui le séparent des autres sciences , elles sont tellement tranchées par la nature même de l'objet spécial dont il s'occupe , qu'il me paraît inutile d'entrer dans aucun détail à cet égard.

B. Nomologie. L'économie sociale et l'art militaire n'embrassent , pour ainsi dire , que les élémens matériels de l'existence , de la prospérité et de la puissance des nations. Celles-ci ont d'autres besoins

qu'on pourrait appeler moraux et auxquels les lois d'abord ,et subsidiairementlesgouvernemens chargés de les faire exécuter, ont pour objet de satisfaire (i).

(0 Je crois devoir appeler l'attention du lecteur sur une correspondance remarquable entre la manière dont nous iront divisé les sciences ethnologiques en deux sous-embranchemeni ,

Cette considération place la nomologie immédiatement après les deux sciences dont nous venons de parler. De toutes les branches des connaissances humaines dont il a été question jusqu'à présent, c'est avec l'hiérologie qu'elle parait au premier coup d'œil avoir lê plus d'analogie; et c'est ce qui m'avait porté dans un premier essai de ma classification publié en i832 dans la Revue encyclopédique, à rapprocher ces deux sciences sous le nom de sciences institutionnelles; mais de nouvelles réflexions me montrèrent hientot que cette analogie était plus apparente que réelle ; que non seulement ces deux sciences ne devaient pas être aussi intimement rapprochées , mais «que l'hiérologie appartenait , ainsi que nous l'avons vu, à l'embranchement des sciences ethnologiques, tandis que les lois faisant partie des moyens par les-

comprenant, Pan, Pethnologie et l'archéologie, l'autre, l'histoire et l'hiérologie , et la division semblable en deux sous-embrancbemens j des sciences dont nous nous occupons ici , qui résultera de ce que nous disons dans ce paragraphe. En effet nous avons vu, déjà, que l'ethnologie et l'archéologie s'occupaient du matériel des nations , tandis que l'histoire et l'hiérologie en étudiaient la partie morale; et noua trouvons de même dans les sciences du premier ordre relatives aux moyens par lesquels }e§ nations pourvoient à leurs besoins , à tout ce qui peut contribuer à leur conservation et à leur prospérité , que l'économie sociale et l'art militaire ont pour objet ceux de ces moyens qu'on peut appeler matériels, tandis que la nomologie et la politique se proposent de subvenir aux besoins moraux de ces mêmes nations.

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quels les nations pourvoient à leurs besoins , à leur défense et à tout ce qui peut contribuer à leur conservation et à leur prospérité , il fallait ranger la noimologie dans l'embranchement dont nous nous occujpons actuellement. Comme il s'agit ici d'un rapport existant entre deux sciences d'embranchement différent, c'est au chapitre V qu'il convient de renvoyer l'examen de cette question.

4* Politique. Vient enGn la politique, qui a le double objet: i° de régler de la manière la plus avantageuse les relations de chaque nation avec les autres , et de juger dans quelles circonstances cette nation peut se trouver forcée d'avoir recours aux armes pour défendre ses droits; a0 de concourir au développement de tous les genres d'industrie et de tout ce qui peut contribuer à la félicité publique, de faire respecter les lois et régner l'ordre dans toutes les branches de l'administration , par le choix des hommes les plus propres a bien remplir les fonctions qui leur sont confiées. Cette science est dans le règne noologique, par i apport aux trois précédentes, ce que la médecine pratique est dans le règne cosmologique , relativement aux autres sciences médicales. C'est elle qui règle l'emploi des moyens que lui fournissent les premières, comme la médecine pratique celui des moyens qui appartiennent aux dernières.

». Classification.

La réunion de ces quatre sciences du premier ordre, toutes relatives à un objet commun, mais considéré sous des points de vue différens, constitue un embranchement auquel je donne le nom de SCIEN- CES POLITIQUES. Cet embranchement est composé de deux sous-embranchemens : le premier comprend l'économie sociale et l'art militaire; c'est celui des sciences physico-sociales, que j'appelle ainsi parce qu'elles s'occupent des moyens physiques de conserver et de faire fleurir les sociétés. Le second sous- embranchement est formé de la nomologie et de la politique. L'analogie me portait à réunir ces deux sciences sous le nom de sciences politiques proprement dites-, mais j'ai craint qu'en adoptant les dénominations d'embranchement des sciences politiques, de sous-embranchement des sciences politiques proprement dites, de politique, et de politique proprement dite, il n'en résultât quelque confusion; c'est pourquoi j'ai préféré, pour les deux sciences du premier ordre dont se compose ce dernier sous-embranchement , la dénomination de sciences ethnégétiques (i), formée de «0voç , nation , et de » conduite, gouvernement.

(i) Ces deux sous-embranchemens ne sont pas composés des mêmes sciences du premier ordre que dans mon ancien tableau. Le premier Tétait de ta nomologie et de l'art militaire, que je

Voici le tableau de cette clasaifica

tmbranchemênt. I Sous-em branchement. I Sciences du i«

POUTIQUES. < f Nomologie.

Observations i Nous ayons déjà ru que la considération des

réunissais sous le nom de sciences ethnorytiques, de 59w, nation, et de fvriift qui veille à la conservation, entendant par là que les lois et les forces militaires étaient les deux grands moyens de conservation des sociétés ; tandis que je nomme sciences ethnégétiques , Péconomie sociale et la politique , malgré le peu d'analogie qui eiiste entre ces deux sciences. Je ne puis guère ■n'expliquer pourquoi je les avais ainsi réunies dans un même sous-embranchement, si ce n'est par l'influence que conservait sur mon esprit le rapprochement que j'en avais fait à l'époque où je donnais, conformément à l'usage à peu près général alors, ainsi qu'on l'a vu dans la préface, page xvn, le nom d'économie politique à la première. C'était une analogie qui était plus dans les noms que dans la nature des choses. Au contraire, en réunissant , comme je le fais ici , l'économie sociale avec l'art militaire, et la nomologie avec la politique , on forme , de ces quatre sciences , des groupes vraiment naturels , ainsi qu'on le voit par ce que je viens de dire. La dénomination : sciences physico-sociales, se présente alors comme de soi-même pour designer le* deux premières, et il est aisé de comprendre que l'expression sciences ethnégétiauêt, convient aussi bien à la nomologie qu'à 1* politique, et beaucoup mieux qu'elle ne pouvait s'appliquer I l'économie social*;

quatre points de vue ne s'appliquait pas seulement à la division des sciences du premier ordre en sciences du troisième, mais encore à celle de chaque embranchement en quatre sciences du premier ordre. Nous en retrouvons ici un exemple frappant. Seulement, il ne faut pas oublier que les caractères de ces points de f ue doivent alors être pris dans un sens plus large. Dans ce sens général on ne peut méconnaître le point de vue autoptique dans l'économie sociale , dont toutes les données sont d'observation immédiate. Quant à l'art militaire , son but est de découvrir les armes que l'on doit préférer, la meilleure manière d'organiser les armées, les opérations militaires par lesquelles le générai conduit ses soldats à la victoire , et enfin les causes qui ont déterminé l'issue des batailles que nous raconte l'histoire. Ce sont là autant d'inconnues qui caractérisent le point de vue cryptoria^ tique auquel l'art militaire appartient, précisément par les mêmes raisons que lui appartiennent la technologie, l'oryctotechnie, l'agriculture, etc. Les actions par lesquelles un homme cherche à nuire à ses semblables, les désordres et les crimes qui troublent l'ordre public, sont à la vie sociale, ce que sont les maladies à l'égard de la vie animale ; la nomologie étudie d'abord les lois qui ont pour objet de les réprimer, et ensuite choisit entre ces lois , celles qui sont les. plus propres à atteindre ce but ; comme la nosologie étudie d'abord les maladies, et puis les meilleurs moyens de les guérir. La nomologie, qui est fondée, d'ailleurs, sur la comparaison des causes perturbatrices du bon ordre , et des moyens de les combattre, présente donc le point de vue troponomique de l'objet général des sciences comprises dans cet embranchement Enfin , la politique s'occupe spécialement d'étudier les causes qui influent sur la prospérité des nations, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et de prévoir les effets utiles ou nuisibles qui peuvent en résulter, pour se guider dans le choix des mesures à prendre relativement à toutes les parties de l'administration des états ; elle emploie pour cela toutes les données qui lui sont fournies par les trois sciences précédentes. Cette étude des causes, cette prévision des effets qui doivent en résulter, constituent évidemment le point de vue cryptolegique du même objet générât

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