CHAPITRE CINQUIÈME
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ICIBHCBS HOOLOGIQVBf.
Nous venons de parcourir toutes les sciences relatives à la pensée , qui forment la seconde des deux grandes divisions de toutes les connaissances humaines. Nous avons vu quels sont les objets tant spéciaux que généraux de ces sciences, et les rapports respectifs d après lesquels nous les avons clasiées en sciences de divers ordres , en sous-embranchemens et en embranchemens. 11 nous reste maintenant à examiner ces embranchemens eux-mêmes , à montrer leurs caractères distinctifs et à les réunir en sous- règnes et en règnes.
Mais avant de nous occuper de ce travail , il se présente une question sur laquelle je crois devoir revenir, quoique la plupart des motifs qui tendent à la décider se trouvent indiqués dans cet ouvrage et particulièrement dans l'introduction. L'ordre naturel des connaissances humaines exîge-t-il , comme
e l'ai admis, que le* sciences noologiques ne viennent qu'après les sciences cosmologiques, ou devaient-elles être placées avant ces dernières , ainsi qu'il a été fait dans quelques unes des classifications proposées par divers auteurs ? Il est évident qu'il ne peut rester de doute à cet égard , lorsqu'on consulte l'ordre naturel des objets mêmes de nos connaissances : puisque l'existence de l'homme suppose celle du monde matériel , du globe qu'il habite, des végétaux et des animaux dont il tire sa nourriture et tons les secours que ses besoins réclament le plus impérieusement. Bien d'autres considérations viennent à l'appui de cet arrangement. Il parait que ceux qui l'ont rejeté ont surtout été portés à le faire, parce qu'ils pensaient qu'il fallait d'abord s'occuper des sciences qu'ils jugeaient les plus importantes, tandis qu'on doit au contraire commencer par celles qui sont un préliminaire nécessaire pour s'élever plus haut, et terminer chaque grande division de la série par les sciences qui profitent de toutes les connaissances précédentes pour résoudre les questions d'un plus haut intérêt , soit relativement aux besoins de l'homme et à sa conservation, soit à la morale, à l'éducation , à la religion et au gouvernement des états. On a dit que Dieu étant la première cause de tout ce qui existe , les sciences religieuses devaient être placées les premières. Mais l'homme peut-il connaître Dieu , avant de connaître le monde et sa propre pensée , qui se ma*
nifestent d'abord à lui par la sensibilité , 1 activité cl
la conscience ? N'est-ce pas Tordre admirable de l'univers qui lai révèle l'intelligence et la puissance infinies ? Deux routes le mènent à Dieu ; d'abord, cet ordre même, où tout est prévu , et que n'ont pu prévoiries êtres qui lui doivent leur propre conservation; la nécessité d'une cause à tout ce qui existe , et d'une cause intelligente à l'existence d'un monde où l'intelligence est partout manifeste. Mais cette route ne pouvait conduire l'homme qu'à une connaissance bien imparfaite des attributs de son Créateur, des devoirs qu'il exigeait de lui , et de la fin pour laquelle il 1 avait créé. Il a donc fallu que Dieu suppléât à la faiblesse de l'esprit humain, en lui ouvrant, par la révélation , une seconde route qui le conduisît à lui. De là , deux objets d'étude tout-à-fait indépendant l'un de l'autre cl qu'il me parait impossible de rapprocher dans l'ordre naturel des sciences. La théologie naturelle et la théodicée font évidemment partiedes sciences philosophiques proprement dites. Que serait un cours ou un traité de philosophie où il ne serait pas question de Dieu? C'est, d'ailleurs, h ces sciences que les recherches relatives à ce grand objet ont été rapportées. La révélation , au contraire, comme l'étude de toutes les religions qui l'ont méconnue, n'appartient -elle pas aux sciences historiques? Toutes les preuves, sur lesquelles elle s'appuie, ne sont-elles pas du domaine de l'histoire? Ne
se trouvent-elles pas uniquement dans celle du peu» pie que Dieu s'était choisi , avant qu'il vint parmi les hommes les enseigner lui-même, et dans l'histoire de l'Église depuis la naissance du Christianisme ? Dès lors, sous tous les points de vue, Thiérologie et la controverse qui y est comprise , ne peuvent venir qu'à la suite des autres sciences ethnologiques, lesquelles doivent elles-mêmes èire nécessairement pré* cédées des sciences noologiques proprement dites. A toutes les raisons que j'ai déjà apportées pour que celles-ci soient placées après les sciences cosmologiques , ne faut-il pas encore ajouter les motifs aui-p vans:
i° Que les questions agitées par les métaphysiciens ne peuvent èlre traitées convenablement par ceux qui ignorent ces dernières sciences. N'est-il pas surprenant que dans le dix- neuvième siècle , les écrits de philosophes justement célèbres contiennent des assertions et des raisonnemens d'après lesquels il est évident qu'ils n'ont pas la moindre idée de la physique moderne ; telles sont , par exemple , les objections que Ton trouve dans des ouvrages qu'étudient les aspirans au baccalauréat pour répondre à l'examen de philosophie. Une de ces objections consiste en ce que des substances quelconques ne peuvent agir qu'autant qu'elles sont en contact; tandis que* depuis Newton , les mathématiciens et lès astronomes admettent généralement que le* corps célestes
s'attirent à distance , sans aucune sorte de contact entre eus. Tandis que tous ceux qui sont au courant de l'état actuel des sciences physiques savent que Faction mutuelle des molécules des corps , même de celles du fluide répandu dans tout l'espace , auquel on donne le nom d ether, a lieu à travers des intervalles vides, à la vérité extrêmement petits , qui les séparent; et comme il serait impossible de supposer que , quand deux billes se frappent , les molécules placées à la surface de Tune puissent être plus près de celles qui leur correspondent sur la surface de l'autre , que ne le sont entre elles deux molécules voisines d'une même bille , il est évident que l'action du choc se fait sans contact, en vertu des mêmes forces répulsives qui tiennent écartées les unes des autres les molécules d'un même corps. Nous avons déjà vu, à l'article de l'ontologie, comment l'expérience jointe au calcul a démontré l'existence des espaces vides dont il est ici question, d'où résulte nécessairement l'impossibilité d'un véritable contact, soit entre les molécules d'un corps, soit entre deux corps qui nous paraissent se toucher, parce qu'ils ne sont séparés que par une distance inappréciable à nos sens.
L'action immédiate et réciproque entre la substance matérielle et la substance immatérielle, soit pour que la première communique à la seconde des sensations, soit pour que celle-ci meuve la première,
ut
est la base de toute métaphysique d'accord avec l'état actuel des sciences. C'est sur cette action que Ton doit établir l'existence et la distinction de ces . deux sortes de substances , de même que c'est par elle que les hommes ont d'abord connu des substances immatérielles, comme cause motrice des xnouvemens volontaires, ainsi que je l'ai dit dans la note placée à la (in de la préface de cet ouvrage.
Quel sens une autre objection tirée de la supposition que deux substances de nature absolument différente ne sauraient agir l'une sur l'autre , peut-elle avoir aux yeux d'un chimiste, qui sait au contraire què Faction entre les molécules des divers corps est d'autant plus énergique que ces molécules sont de nature plus différente ?
Enfin, qui pourrait croire que, dans un traité de philosophie imprimé il y a quelques années, on trouve (à l'appui de l'opinion, que défend l'auteur, savoir : que les substances créées ne subsistent que par une création continuée , sans laquelle elles retomberaient dans le néant) cette comparaison : quil jaul pour quelles continuent d'exister que Dieu les recrée à chaque instant, comme les savans qui s' occupent de mécanique admettent , pour quun mouvement imprimé se conserve et que le mobile ne retombe pas dans Vétat de repos, que la force quia imprimé le mouvement continue d'agir à chaque instant.
Comment l'auteur d'une pareille comparaison ignore-t»il que ces savans pensent précisément le contraire, et qu'ils établissent conformément à l'expérience , que le corps , une fois mis en mouvement par la force qui a agi sur lui, continue à se mouvoir indéfiniment , à moins que d'autres forées ne viennent a détruire ce mouvement. Si on peut conclure quelque chose de la comparaison dont il s agit ici , c'est que la continuation indéfinie du mouvement après que l'action de la force a cessé , étant admise comme ondes principes fondamentaux de la mécanique (i), les métaDhvsiciens doivent à olus forte raison reconnaître qu'une substance une fois créée subsiste indéfiniment , à moins qu un nouvel acte de la puissance créatrice ne vienne à l'anéantir*
a» Que pour développer les preuves de l'existence de Dieu , tirées de la contemplation de l'univers, il faut bien connaître cet univers , afin de ne pas joindre, à des preuves irréfragables, des raisonnemens fondés sur des erreurs manifestes, comme on en trouve
( i ) Ce qu'on appelle inertie de la matière, c'est cette propriété, qu'à moins qu'une force n'agisse sur un corps , ce corps persévère dams l'état soit de repos , soit de mouvement où il se trouve , P*r talque cause que ce soit, et que, tant qu'aucune force n'agit actuellement sur un point matériel qui a été mis dans. l'état de mouvement par des forces qui n'existent plus , le mouvement de ce point est rectiligne, uniforme et se continue indéfiniment; c'est sur cette propriété , qui est de l'essence de la matière, que reooae toute la mécaniaue.
quelquefois dans des ouvrages écrits , soit à des époques où les sciences ne faisaient que de naître , soit par des hommes qui les ignoraient.
Ce que je viens de dire suffit pour démontrer l'impossibilité de diviser les sciences en trois règnes, sous les noms de sciences d'autorité, de raison, et d'observation ; de réunir dans le premier, comme le voudraient les auteurs des classifications que je me vois ici obligé de combattre , la partie philosophique et la partie historique des sciences religieuses , pour passer ensuite à l'étude de la pensée humaine , et enfin à celle du monde matériel. Un tel arrangement rompt évidemment les rapports naturels des sciences et place ces dernières après celles qui ne peuvent se passer de leur secours. Il suffit , d'ailleurs , de voir les résultats de cet arrangement , tels qu'on les trouve dans le tableau des connaissances humaines joint par le père Ventura à son traité de metliodo philosophant i public à Rome en 1828, pour être frappé de toutes les anomalies qui en sont la suite. On y remarque en effet que des sciences relatives aux sociétés , dont j'ai formé le dernier sous-règne de ma classification, et qui sont liées entre elles par des rapports mutuels si nombreuxwet si intimes : les unes, comme la jurisprudence, l'économie politique et la diplomatie où est placée la géographie politique et à laquelle se trouve joint le commerce, sont rangées parmi le* sciences d'autorité, tandis que les autres, l'histoire
et l'archéologie (à l'exception de l'histoire sacrée et des antiquités judaïques), ainsi que l'art militaire f ne sont pas même nommées dans le tableau du père Ventura (i).
Reprenons maintenant les quatre embranchement des sciences noologiques, pour les définir, pour tracer avec précision les limites qui les séparent et déterminer l'ordre dans lequel ils doivent être rangés.
i. Sciences philosophiques. En me servant de ce nom , je me suis conformé à l'usage , et non à l'étymo!ogie,bien convaincu qu'il ne faut pas y avoir égard dès qu'un mot a passé dans le langage ordinaire»
(0 On voit d'ailleurs, dans ce tableau , des rapprochement auxquels on ne peut qu'applaudir. Les lettres et les beaux-arts •ont réunis avec raison à l'idéologie , la dialectique et la pédagogique, quoique le titre de sciences de raisonnement ne leur convienne guère; mais les mots sont ici de peu d'importance.
bU lorsque je m'en suis occupé , parmi les sciences d'observation ; seulement elles nmjt rangées d'une manière bien singulière Cet sciences commencent par la cosmologie , vient ensuite la chimie ; et c'est immédiatement après cette dernière science que sont placées les mathématiques ; et celles-ci sont suivies de la physique particulière, dont la liaison naturelle avec la chimie se trouve ainsi rompue. A la phyeiaue particulière succède l'astronomie, suivie de la médecine et de l'histoire naturelle , dont I Ht attelle d'apercevoir les rapports avec elle.
L embranchement des sciences où l'on s'occupe de la pensée considérée en elle-même , où Ton éludie la nature , l'origine , le degré de certitude et la réalité de nos connaissances , les difTérens caractères des hommes , les lois de la morale et le principe de ces lois, se compose de vérités tellement liées entre elles , qu'on a senti le besoin de réunir ces sciences sous une dénomination commune -, et , comme la plupart d'entre elles se trouvent comprises dans la partie de l'enseignement public , à laquelle on a donné le nom de cours de philosophie, on a adopté assez généralement pour ces sciences celui de sciences philosophiques. Les limites qui les séparent, tant des sciences précédentes que de celles qui les suivent, sont si bien marquées par la nature même de leur objet, qu'elles ne peuvent offrir presque aucune difficulté. Je dois cependant remarquer ici que l'action réciproque du physique et du moral de l'homme donne lieu, entre les sciences médicales et les sciences philosophiques, à un point de contact, qui me paraît exiger quelques éclaircissemens.
C'est par le but qu'on se propose dans les diverses sortes de recherches qui sont relatives à cette action qu'il faut déterminer le règne où chacune d'elles doit être placée. Ainsi, quand on étudie l'influence du moral de l'homme sur sa santé , les travaux intellectuels, les sentimens, les passions qui peuvent l'altérer
sont considérés sous le rapport médical. La science Dioxtim partie. ii
qui eu résulte et que j'ai nommée phrénygiétîque , doit doue appar tenir aux sciences médicales ; tandis que, au contraire, c'est au moraliste à s'occuper de l'action du physique sur le moral, en même temps que de toutes les autres causes qui peuvent influer sur nos déterminations 5 et c'est pourquoi j'ai placé la physiognomoniedans les sciences philosophiques.
Quant au rang de ces sciences dans la classification naturelle des connaissances humaines, il me semble qu'après qu'on a établi que toutes celles qui sont relatives à la pensée , ne doivent venir qu'après les sciences cosmologiqucs, on ne peut se refuser à ranger, immédiatement à la suite de ces dernières, rembranchement des sciences philosophiques. Ce n'est, en etf'et, que quand on s'est livré à une étude approfondie de la pensée, qu'on peut passer à celle des divers moyens par lesquels elle se manifeste au dehors et se communique d'un individu à un autre. Sans doute, le principal de ces moyens, ïe*ïanga%e , est nécessaire pour' l'étude de la pensée , comme il Test aussi pour celle des sciences Cosmologiques ; mais ce n'est pas une raison pour placer les sciences philosophiques après telîes que j'ai nommées riootechni- 1 {jues et qui ont tant d'emprunts à leur faire. L'analyse du langage suppose celle de la pensée, comme les recherches relatives à la littérature, aux beauxarls , à l'éducation, supposent celle des sentimens, des passions, des divers caractères des hommes, etc.
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a. Sciences nootech niques. On a pu remarquer dans la première partie de cet ouvragé, que, parmi les objets des sciences du premier et du troisième embranchemens , qui sont étudiés d'une manière générale , on choisit , en quelque sorte , ceux qui tien ne ni de plus près à l'homme pour en faire le sujet des recherches a(>éciales dont se composent Je second et le quatrième embranchement. Ainsi , Amis l'ensemble du monde, objet du premier embranchement, on choisit, pour les étudier dans le second d'une manière spéciale , les corps que noua pouvons approcher et soumettre à l'expérience. De même, parmi toutas les propriétés qui distinguent les êtres vivawsdes corps inorganiques, et dont s'occupe en général le troisième embranchement, on considère à part, pour en faire l'objet du quatrième , t e qui est relatif aux moyens de conserver la vie et la santé de l'homme et des animaux qu'il s'est soumis.
La même chose se retrouve ici* Les actions des hommes sont traitées en général dans l'embranché* ment des sciences philosophiques-, sous le rapport de leurs motifs et de leurs conséquences, de la volonté qui les détermine , clc. Parmi ces actions, l'embranchement suivant : celui des sciences nootechniques , se borne à étudier celles que 1 homme fait dans la vue de transmettre à ses semblables , ses idées de tout genre , ses senti mens, ses passions , etc., de modifier leur pensée de quelque manière que ce soit. Ce
sont toujours les sciences relatives aux moyens d'agir qui viennent à la suite de celles où Ton se propose surtout de connaître.
. Ces réflexions ne peuvent laisser aucun doute sur la place qu'on doit assigner aux sciences nootechuiques ; et nous en verrons un dernier exemple lorsqu'il sera question de la division du dernier sousrègne en scierrôes ethnologiques et politiques. Quant à présent, il me suffira de remarquer que c'est ce caractère d'action exercée par l'intelligence et la volonté d'un homme sur d'autres intelligences et d'autres volontés, qui distingue les sciences nootechniques de toutes les autres, et qui place nécessairement parmi elles la pédagogique , puisque celle-ci consiste dans Y action de l'instituteur sur les facultés intellectuelles et morales de l'élève, et dans le choix des moyens les plus convenables pour que celte action produise les meilleurs résultats possibles.
3. Sciences ethnologiques. Le langage est le lien des sociétés -, sans lui , elles ne pourraient ni se former, ni subsister. Les sciences uootech niques doivent donc, dans l'ordre naturel, précéder les sciences ethnologiques.
C'est encore la pensée de l'homme qu'étudient celles-ci ; tuais ce n'est plus la pensée considérée en elle-même, ou dans les moyens par lesquels elle se manifeste : c'est la pensée dans les sociétés humaines agissant chacune comme un seul homme, possédant
un territoire, y élevant des monumens qui en conservent le souvenir aux races futures, tantôt agrandissant, s'éclairant, tantôt exposées à des revers, et quelquefois disparaissant des contrées où elles avaient fleuri, pour faire place à d'autres natious , éprouvant des révolutions politiques, des révolutions religieuses, etc., etc.
L'embranchement que j'ai formé de ces sciences me parait suffisamment caractérisé par la définition même des objets auxquels se rapportent les sciences dont il se compose. Une seule difficulté pourrait se présenter à l'égard des limites dans lesquelles il doit être circonscrit. Elle est relative à l'hiérologie que j'ai placée dans l'embranchement dont il s'agit ici, et qu'on pourrait croire plus convenable de comprendre dans les sciences politiques. Il en serait en effet ainsi dans le cas où Ton rangerait , parmi ces dernières, toutes les causes qui peuvent influer sur l'existence des nations et les vicissitudes qui en ont marqué les diverses époques : mais déjà la philosophie de l'histoire a étudié ces causes, en tant qu'elles résultent de l'enchaînement des événemens et sont indépendantes du libre choix des peuples et des gouvernemens. L'influence des religions sur les destinées des sociétés humaines présente aussi ce dernier caractère. Ce sont des causes, il est vrai, mais non pas des moyens qu'on puisse employer à volonté; et nous avons défini les sciences politiques : Sciences
noo logiques relatives aux moyens par lesquels les nations pourvoient à leurs besoins, à leur défense et à tout ce qui peut contribuer à leur conservation et à leur prospérité. Quelque analogie que présentent au premier coup d'oeil l'étude des religions d'une part, et celle des lois civiles et politiques de l'autre, ces considérations établissent, entre les sciences qui s'en occupent, trop de différence pour qu'on doive les rapprocher. Les lois sont faites à volonté par le législateur; et elles ont pour but d'assurer aux citoyens la tranquillité et la libre jouissauce de ce qui leur appartient : de là, la nécessité, dans l'intérêt des autres, de forcer à leur obéir ceux qui voudraient les enfreindre. Au coutraire, les religions reposent sur des convictions qui ne dépendent d'aucune puissance humaine ; le but vers lequel elles tendent, leur véritable objet, c'est de développer dans le cœur de l'homme tous les senlimens qui l' élèvent à son créateur par la reconnaissance et l'adoration, et d'assurer à ceux qui en suivent les préceptes, la félicité qu'elles leur montrent dans une autre vie. C'est volontairement que l'homme religieux conforme sa conduite à tous les devoirs qu'elles prescrivent; dès lors, leur étude doit être pincée daus les sciences ethnologiques, quoique celle des lois le soit dans les sciences politiques ; et compter l'hiérologie au nombre de ces dernières, ce serait profaner les rapports de l'homme avec Dieu.
4- Sciences politiques. Ces sciences sont à l'égard de celles qui les précèdent dans le second règne, ce que les sciences médicales sont par rapport aux autres sciences cosmologiqucs. Elles ont pour objet de conserver les peuples et d'améliorer leur état social f comme les sciences médicales de conserver la vie des hommes et des animaux domestiques, et de les faire jouir du meilleur état de santé possible.
Ce que nous venons de dire suffit pour prévenir toute difficulté au sujet des limites qui les séparent des autres sciences. Quanta la place que je leur assigne à la suite des sciences ethnologiques , elle est Suffisamment justifiée , t° par celte circonstance qu'elles empruntent des secours à presque toutes lés sciences précédentes , soit que Ton considère ceux que toutes les parties de l'économie sociale ol de l'art militaire réclament des sciences mathématiques, physiques, naturelles et médicales, soit qu'il s agisse des secours que la cœnolbologie etl'arl militaire proprement dit, reçoivent des connaissances ethnologiques et historiques, soit enfin qu'on fasse attention à tous les emprunts que la nomologie et la politique doivent faire à la connaissance du cœur humain, qui eat un des principaux objets des sciences phifosapkiques, et à l'histoire, ainsi qu'à l'hiérologie) a* par te même caractère que nous avons déjà remarqué à lxégard des sciences nootechniques : en effet, c'est encore içf >' élude des moyens d'agir q«* vforti. après
celle des objets sur lesquels l'action doit être exercée. Dans les sciences nootechniques l'homme se proposait de modifier la pensée de ses semblables, étudiée dans l'embranchement précédent pour la connaître. Maintenant, il d pour objet d'agir sur les nations dont il s'est occupé , dans l'embranchement qui précède, sous le même rapport de simple connais* sance.
h, CUisificalioD.
Ces quatre embranchemens renferment toutes les sciencesqui se rapportent à la pensée humaine : le second des deux grands objets de toutes les sciences. Nous en formerons en conséquence le second règne des connaissances humaines; et, ainsi que je l'ai annoncé dans la première partie , page 28 , je lui donnerai le nom de règne des SCIENCES NOO- LOGIQUES, du grec vooç intelligence, pensée , sentiment, dessein, volonté, dont la signification s'étend à tout ce que, à l'exemple de Deseartes et des philosophes qui l'ont suivi, j'ai compris sous le nom de pensée. Car, ce n'est pas seulement ce qui appartient à l'entendement, que les Grecs ont exprimé par ce mot : ils s'en sont aussi servi pour désigner les sentimens, les passions, les volontés, etc., ainsi qu'on peut le voir dans la thèse remarquable que M. Hameh professeur-suppléant de littérature greéqueà la
Faculté de Toulouse , a publiée , sur la psychologie d'Homère. Ce règne se partage naturellement en deux sous-règnes. Nous aurons, d'un côté, les sciences koologiques proprement dites, qui comprendront les sciences philosophiques et nootechniques , c'est-adire, tout ce qui concerne la pensée en elle-même et les moyens dont les hommes se servent pour la manifester, et pour modifier celles de leurs semblables ; de l'autre côté, nous aurons les sciences sociales ; nom qui convient a la réunion des sciences ethnologiques et politiques, où Ton étudie les soriélés humaines.
Voici le tableau de cette classification :
Règne. j Sous-ri-gnes. j Embranchement*
r Philosophiques.
I NootQCiQBU paon. Bixia. ) ^ 1 (NoOtVcIi nique».
NOOLOGIQUES. \ .Ethnologie..
^SûCtAf.M j
' Politiques.
Observations. Avec un peu d'attention on reconnaîtra aisément dans cette classification une nouvelle et dernière application des quatre points de vue que j'ai fait remarquer dans toutes les classifications partielles dont la réunion reproduit la classification générale , à laquelle j'étais arrivé en partant de considérations entièrement différentes , soit que ces classifications partielles se rapportassent à la division d'une science du premier ordre en quatre sciences du troisième, soit qu'elles eussent pour objet celle d'un embranchement en quatre sciences du premier ordre, ou enfin la division d'un règne en quatre embrancheraens.
Ainsi , on reconnaît le point de vue autopttque de l'objet général des sciences nooiogiques : lu pensée humaine , dans les sciences philosophiques, fondées sur l'observation immédiate que chacun peut faire de sa propre pensée. Les sciences nootechniqaet présentent le caractère cry ptoristiq ue , puisque en étudiant , par exemple , le langage , elles nous découvrent ce qui est caché sous les signes qu'il emploie , et que , d'ailleurs , les langues, qu'on a appelées avec raison des méthodes analytiques , décomposent la pensée; et sous ce rapport, l'embranchement des sciences nootechniques doit , dans le régne uoologtque auquel il appartient, se trouver à la même place que les sciences cryptoristiques du troisième ordre (qui présentent pour la plupart le même caractère de décomposition analytique) occupent chacune dans ls science du premier ordre dont elles font respectivement partie.
Quant aux sciences ethnologiques , elles étudient principalement les changemens qu'ont éprouvés les diverses sociétés humaines ; elles comparent ces changemens et cherchent à en établir les lois. Sous ce rapport , elles offrent tous les caractères du point de vue que j'ai appelé troponomique. Enfin , le caractère du point de vue cryptologique ne peut être méconnu dans les sciences politiques , qui Recherchent des causes, étudient des effets , prévoient et préparent des résultats , eu s'appuyant constamment sur la dépendance mutuelle des causes et des effets.
Seulement, comme il s'agit de la division d'un régne en embranchemens, il faut prendre ces quatre points de vue dans le sens le plus général et le plus large , comme nous l'avons fait, lorsqu'il a été question d'y rapporter les quatre embranchement dont se compose le règne des sciences cosmologiques.