NOTIONS ANATOMIQUES
Les éléments anatomiques figurés, connus sous le nom d’épithéliums, furent vus et décrits pour la première fois par Leeuwenhoek (1673), qui étudia surtout ceux de la bouche et de la peau, auxquels il donnait le nom de lamelles de l’épiderme. Ruysch, en 1705, donna aux cellules qui recouvrent le mamelon le nom d'épithéliums, et cette dénomination fut bientôt étendue aux éléments de l’épiderme en général. En 1831, Turpin fit paraître un travail très-bref, mais aussi très-intéressant sur ces mêmes éléments, qu’il assimila aux cellules épidermiques des végétaux. Plus tard(1835), Valentin compléta cette étude en même temps que Henle portait son attention sur les épithéliums à cils vibratiles, qu'il décrivait avee exactitude. Mais c’est seulement depuis 1850 que ces cellules ont été divisées en plusieurs variétés, et que chacune de ces classes a été parfaitement connue. Deux grandes divisions furent dès lors établies: l'une
PAT comprenait les épithéliums dits nucléaires, c'est-à-dire exclusivement constitués par un noyau; l'autre, ceux qui se présentaient avec la forme et l'aspect d'une cellule. Cette seconde classe fut subdivisée en plusieurs variétés, suivant les formes diverses que présentaient ces épithéliums à forme cellulaire bien déterminée.
Le tableau suivant présente d’une manière synthétique les caractères de chacune des variétés, en même temps que leurs subdivisions :
Culs-de-sacde plusieurs glandes en grappe.
Follicules de la cavité
fre VARIÉTÉ.
de he nas TRE Épithéliums nucléaires générale-
Noyaux. à é ment glanduleux ou accessoires € ol RNA 2 du corps utérin.
; Vésicules des glandes.
Th rod Thymus.
maux à sang chaud. y Y a. Sans cils vi- Du cardia à l'anus.
: DE bratiles.
9° VARIÉTÉ. x ER ÉRnae Conduits biliaires non ) S CY- D J #72 pe < : sécrétants.
lindriques ou]|b. Avec cils vi- : ; : : Conduits prostatiques.
prismatiques. } bratiles.
Fosses nasales.
Trachée.
| Gonje Cellules a. Tégumentaire Gonjonerives Bouche et pharynx.
complète Pare PASEPSS OEsophage.
/ Glandes sébacées.
— de l’aisselle.
4e VARIÉTÉ. b. Des glandes eb — salivaires.
Épithéliums pa-/ Parenchymes. | Foie.
vimenteux ou Rein.
polyédriques. Poumon.
| Cellules pigmentaires.. Choroïde,.
Lamelles pigmentaires.. Épiderme.
Amas pig- * meptaires.. Épid”t-tachse.
c. Pigmen-
2e VARIÉIÉ.
Follicules gastriques.
Épithéliums sphériques généraleintestinaux.
ment glanduleux chez les ani- | taires.
Je dirai successivement quelques mots de chacune de ces quatre variétés. .
La première variété est une des grandes classes de la division des épithéliums; elle comprend les noyaux libres complétement dépourvus de matière périphérique ; les noyaux sphériques ou ovoïdes mesurent de 6 à 8 millim. de diamètre. Bien que dans plusieurs circonstances leurs dimensions puissent varier de moitié, ils sont finement granuleux, l'acide acétique ne les dissout pas, mais il les pâlit un peu et rend leur contour plus net; la teinture de carmin les colore en rouge. A l’état normal, les noyaux ne renferment pas de nucléole; seuls, les noyaux épithéliaux des euls-de-sac mammaires en présentent un ou deux brillants. Mais, si l'organe qui les renferme devient le siége d'un travail morbide et surtout d’une hypertrophie, il est fréquent de les voir se charger d’un ou deux amas nucléolaires réfractant fortement la lumière. Cette variété d'épithélium se rencontre presque toujours comme élément anatomique accessoire, dans plusieurs des régions indiquées par le tableau; mais, pathologiquement, ils peuvent devenir par hypergénèse éléments fondamentaux.
Les cellules épithéliales sphériques, qui constituent la deuxième variété, ne se rencontrent jamais chez les animaux à sang chaud, comme élément anatomique principal. Leurs dimensions varient de 0,015 à 0,02. Leur noyau est entièrement semblable à ceux que je viens de décrire comme constituant la première variété. L'homme en présente dans la thyroïde, les uretères, les bassinets, les amygdales, les ganglions lymphatiques, les culsde-sac de la muqueuse stomacale, et la rate; il en est de même chez tous les mammifères; chez les oiseaux,
ss fi 3 ce genre d'épithélium devient plus abondant, et d'une manière générale leur nombre augmente à mesure qu’on descend l'échelle zoologique. Il n’est pas rare de voir, dans les derniers degrés, les cellules pourvues de cils vibratiles,
Le tableau que j'ai présenté au début de cette courte notice anatomique indique suffisamment la place que les épithéliums prismatiques constituant la troisième variété,occupent dans l'organisme, Dansces diversendroits, on les rencontre en effet sous la forme de cellules allongées, dont la dimension longueur est très-variable ; c’est ainsi qu'à la trachée ils mesurent de 0"".05 à 0"*,08 ; aux trompes de 0"”.02à0"".03, et dans certaines tumeurs de la tra- chée ou des fosses nasales ils peuvent acquérir jusqu'à 0°”.1 de long, tandis que leur largeur n’excède jamais 0"”.01.Cesdimensionsvariablesentraînentdesdifférences d'aspect suivant qu’on les considère dans la projection du grand ou du petit diamètre. Fréquemment on les voit présenter la forme d’une pyramide à quatre ou six faces, dont la base est tournée vers la surface qu'ils tapissent, Telles sont les formes typiques de l’épithélium prismatique; mais, soit dans les rares tumeurs formées de cet élément, soit sur les surfaces qu'il recouvre et dont une inflammation a modifié la structure, il n’est pas rare d'observer des déformations, en quelque sorte des variantes de conformation ; ou bien les deux extrémités de la cellule se prolongent en un mince filament, ou bien, si la cellule est pyramidale, son sommet présente une longueur et une gracilité inaccoutumées, L'épithélium prismatique porte constamment un noyau de forme
ovoïde, d’une largeur très-souvent égale à celle de la cellule qui le renferme,en contact immédiat avec les parois. Quand la largeur du noyau est moindre, le vide est comblé par des granulations grisâtres, beaucoup moins nombreuses à l’état frais que sur le cadavre.
Seuls, ces épithéliums se montrent parfois munisde cils vibratiles ; on voit alors naître sur plusieurs points de la cellule de petits prolongements noirs, homogènes, rapprochés les uns des autres,et d’une longueur de 0"".006 à 0" 07; ces cils immobilessur le cadavre vibrent fortement, lorsque l’épithélium qui les porte a été pris sur un animal vivant, ou très-récemment mis à mort.
De tous les épithéliums, le plus répandu dans l’organisme est certainement celui qui constitue la quatrième variété du tableau : l’épithélium pavimenteux. La face interne des conduits glandulaires, les séreuses, la peau, la membrane interne de l'arbre vasculaire et la plupart
des muqueuses en sont lapissées, en outre plusieurs parenchymes, glandulaires ou non, en renferment des quantités considérables; les dimensionsvarient de0®".008 à Omm, 01 de diamètre. Toutefois certaines surfaces, les séreuses par exemple, présenten tconstamment d'énormes cellules.
L'épithélium pavimenteux contient toujours un noyau pourvu ou non de nucléole. Ce noyau, de plus en plus foncé à mesure que l’on observe des cellules plus profondément situées, disparaît presque toujours dans celles qui se trouvent à la périphérie, et l’on peut en examinant une couche stratifiée suivre parfaitement son atrophie graduelle. Entre le noyau et la paroi de la cellule se voient des granulations grisâtres,et dans certains parenchymes, au foie surtout, des granulations graisseuses, qui parfois
e Êes très-abondantes, et réunies en larges gouttes huileuses distendent la cellule et font disparaître les angles.
Aux cellules épithéliales pavimenteuses et à elles seules s'adjoignent en quelques points des granulations pigmentaires. À la choroïde, les cellules renferment une grande quantité d’un pigment noir très-foncé dans leur intérieur, de plus elles sont environnées de toutes parts de granulations identiques. Les cellules de l’épiderme, renferment aussi une quantité de matière pigmentaire, plus ou moins considérable suivant les régions. Ces granulations, uniquementsituées dans les cellulesprofondes, disparaissent graduellement à mesure qu’on les examine dans des éléments plus superficiellement situés. Du reste, leur nombre est variable; très-abondantes aux mamelons, au scrotum, elles sont en petite quantité en dehors de ces points. Il ne faut pas confondre les granulations pigmentaires, et surtout la coloration noire des cellules épithéliales où on les trouve avec la coloration noire produite par l'insolation. L'action des rayons solaires noircit l'épiderme, sans communiquer de matière pigmentaire aux cellules qui le constituent; sous leur influence, celles-ci deviennent moins transparentes et très-œranuleuses, mais ces granulations, qui, examinées au microscope, ne sont pas brunes ou noirâtres, sont attaquées par l'acide acétique, tandis que ce corps est sans action sur les granulations pig mentaires. Personne n’ignore aujourd'hui que c’est à la très-rande Ho des corpuscules pigmentaires que la race nègre doit sa coloration; toutefois, chez les noirs comme chez les blancs, le pigment a disparu dans les cellules les plus partie La matière pigmentaire ne présente pas une coloration noire con-
stante, sa nuance varie du noir le plus intense à la teinte cuivrée, ou même au jaune-orange. Notre race présente du pigment ainsi coloré dans les taches connues sous le nom de taches de rousseur, tandis que son abondance excessive donne à la peau des races mongoliques et américaines leur coloration caractéristique.