MANIÈRE DONT S'EFFECTUE LA NAISSANCE DES ÉPITHELIUMS
De même que tous les éléments anatomiques du corps humain, les épithéliums jouissent de la propriété de naître spontanément au sein d'une matière organisée, d'un blastème spécial. L'apparition de ce blastème, dans lequel naîtront molécule à molécule les épithéliums, et qui fournira lui-même la substance dont les cellules seront constituées, celle apparition, dis-je, pourrait et aussi devrait être considérée comme la première phase de la genèse épithéliale. Mais les lois qui président à la production des blastèmes sont encore complétement inconnues. IIS dérivent du plasma sanguin, précèdent toujours la naissance des éléments, tels sont les faits bien démontrés à la suite desquels on peut placer cette hypothèse, que tous les faits observés en physiologie semblent confirmer : Chacun des blastèmes destinés à donner naissance à un ordre d'éléments, possède une composition chimique spéciale. Ces généralités sont les seules choses que l'on puisse actuellement dire sur le blastème épithélial.
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Telle est la manière dont s'effectue la naissance épithéliale d’après M. Ch, Robin (1) :
Sur une surface, le derme par exemple, apparaît d'a. bord une matière amorphe, finement granuleuse; au bout d’un certain temps, une quantité variable de noyaux apparaissent au milieu de cette matière nouvellement formée, Ces noyaux, d’abord dépourvus de nucléole, présententun diamètre de 0"".004 à 0°". 006, mais bientôt on les voit croître, augmenter leur dimension, sans quetoutefois leur forme ovoïde en soit altérée. Dès qu'ils ont acquis un volume à peu près double de celui qu'ils présentaient à leur apparition, s'effectue autour d'eux, et dans la matière amorphe qui leur a donné naissance un phénomène analogue à la segmentation du vitellus; des sillons grisâtres, d’abord peu apparents, circonscrivent autour de chaque noyau une portion de cette matière , puis ces lignes de démareation s’accentuent davantage, se rencontrent sous des angles plus nets, secreusent plus profondément, de telle sortequ'une certaine portion de matière amorphe est séparée autour de chaque noyau pris comme centre. La cellule épithéliale est dès lors constituée, son noyau ne tarde pas à acquérir un nucléole, et son contour à prendre plus de régularité, Puis cet élément nouveau, comprimé par les cellules qui naissent, comme il vient dele faire, audessous de lui, est graduellement poussé jusqu’à la périphérie, où 1ldoit se desquamer. Maisles choses ne se passent pas toujours avec cette régularité, Tantôt deux, trois ou quatre noyaux contenus dans la matière amorphe sont séparés par les lignes de segmentation, et ces lignes se comportent comme si ces noyaux n'en faisaient qu'un et autour d’eux elles détachent une quantité de matière assez
(1) Voir de cet auteur Journal d’'Anatomie et de Physiologie, 1864, p. 318 et suivantes ; 1865, p. 331.
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considérable, donnant ainsi naissance à une de ces grandes cellules à plusieurs noyaux que pendant quelque temps on a considérées comme indiquantune production morbide bien nettement caractérisée. Tantôt, au contraire, quelques noyaux sont en quelque sorteoubliés et demeurent sans qu'une portion de la matière amorphe soit venue autour d'eux se constituer définitivement en cellule complète.
Telle est d'une manière générale la naissance des épithéliums; elle s’observe identique à ce que je viens de dire, sauf quelques légères modifications d’un ordre tout secondaire, qu'elle s'effectue à la surface de la peau, d'une muqueuse, dans la profondeur d’un parenchyme, ou bien quand l’épithélium est en voie d'hypergénèse, ou encore quand, parsuite d’un travail morbide, une masse épithéliale nucléaire passe à l’état de cellule complète. Le trait caractéristique de cette naissance, c'est l'individualisation de la matière amorphe autour des noyaux. Le plus généralement, comme je l'ai dit, la matière amorphe se montre la première; d'autres fois, au contraire, elle n'apparaît que postérieurement à la genèse des noyaux, Sans que cette intervention modifie le moins du monde les phases du phénomène de la segmentalion. Dans les cas où la masse épithéliale doit rester nucléaire, très-souvent une matière amorphe précède aussi leur apparition; seulement elle est en quelque sorte entièrement utilisée pour la production des noyaux, qui nés, comme je l'ai dit plus haut, acquièrent peu à peu leur forme et leur aspect caractéristiques.
Pour tous les épithéliums qui se présentent sous forme de cellule complète, la naissance s'effectue toujours par l'apparition successive d’une matière amorphe et de
ER. QE noyaux; ces derniers se formant tantôt à l’aide et aux dépens de la matière primitivement apparue, tantôt naissant spontanément et sur place, tandis que plus tard seulement surviendront sous forme d’une matière amorphe identique, les matériaux destinés à compléter la cellule, Quant à l’épithélium nucléaire, il apparaît ou bien spontanément, sans avoir été précédé d'aucune formation, et dans ce cas, à mesure que le plasma sanguin fournit les matériaux, ces matériaux s'organissent en épithéliums, sans se montrer pendant un temps plus ou moins long sous forme de matière amorphe; ou bien il apparait au sein d’une gangue analogue, mais dont il ne restera rien, toutes les parties servant à donner naissance à des noyaux.
IlLestun modede production de nouvauxéléments épithéliaux que l’on a considéré, et que quelquesauteurs considérent encore comme étant unique ou de beaucoup le plus fréquent. Je veux parler de la segmentation des cellules déjà existantes.Cette scission des élémentsdéjà formés destinés à les multiplier s’observe quelquefois, mais cemode d’accroissement est exceptionnel, et cette exception a été considérée comme la règle. Je n’insisterai pas sur les diverses phases que présente cette scission, d'abord parce qu'elles se trouvent décrites dans nombre d'ouvrages, et aussi parce que je ne l'ai que très-rarement vue et que je n'en pourrai dire que ce qui est partout exposé.
Ainsi donc, en résumé, les cellules épithéliales naissent exceptionnellement d’autres cellules épithéliales par scission, ou par genèse, et c’est la règle presque universelle.
Les épithéliums qui naissent par genèse effectuent leur naissance d’une des façons suivantes :
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1° Production de matière amorphe préexistant à la formation épithéliale. — A. Dans cette matière amorphe naissent d’abord les noyaux aux dépens d’une partie de la matière dont le reste constitue la cellule autour du noyau ainsi formé. — B. La matière amorphe se segmente, et les noyaux n'apparaissent qu'ultérieurement.
2° Sans qu'il y ait une matière amorphe préexistante
à la formation épithéliale. — A. Les épithéhums nucléaires la plupart du temps sont formés spontanément par les matériaux du plasma sanguin donnant lieu à des noyaux au fur et à mesure qu'ils sortent, dans ce cas le blastème étant en quelque sorte virtuel. — B. Après que les noyaux sont ainsi formés, apparaît une matière amorphe qui les écarte, et s'organise en A autour de chacun d'eux.
DES PHASES SUCCESSIVES QUE PARCOURENT LES ÉPITHÉLIUMS AVANT D'ARRIVER A LEUR FORME DÉFINITIVE.
Je n'ai pas voulu insister dans ce résumé général sur les diverses modifications s’effectuant d’une manière insensible, et qui ont pour butle développement et l’accroissement des jeunes cellules épithéliales ; comment, par exemple, un de ces noyaux ovoïdes, de dimensions si petites, arrive--il à constituer ces larges et belles cellules pavimenteuses de l’'épiderme ou de certaines muqueuses ? Eh bien, je crois que l’on peut appliquer aux épithéliums la loi de développement que Geoffroy Saint-Hilaire a démontrée comme présidant à l’évolution des êtres en général.
Toutindividu, disait-l, présentesuccessivément et d’une
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manière transitoire les caractères des étres placés audessous de lui dans l'échelle zoologique. Si l’on considère les épithéliums au point de vue de leur plus ou moins grande perfection anatomique, on sera amené à la classer de là même manière et suivant l'ordre que présente le tableau que j'ai mis au commencement de ce travail, l'épithélium nucléaire étant, de tous, le plus simple, tandis que la variété pavimenteuse est la plus compliquée.
Et alors on peut dire : tout épithélium commence d'abord par être nucléaire: les noyaux autour desquels se forment les cellules sont, au début de cette formation, des épithéliums nucléaires parfaits. Les Jeunes cellules épithéliales commencent par présenter d’abord une forme sphéroïdale, puis elles sont modifiées de telle sorte qu'elles présentent une dimension beaucoup plus considérable dans un sens et un diamètre en longueur qui l'emporte de beaucoup sur le diamètre en largeur. Enfin, par des pressions réciproques et par l’ensemble des circonstances qui l’environnent, la cellule pavimenteuse se trouve constituée avec les caractères que nous lui connaissons.
Que si maintenant des cellules en voie de progression, de perfectionnement pour ainsi dire, sont placées dans certaines conditions, non encore bien nettement déterminées, mais à coup sûr efficaces, leurs progrès s'arrêteront, et elles resteront dans cet état relativement imparfait, à moins que, par la suite, leurs conditions d'existence et de milieu étant changées, elles ne puissent acquérir un plus parfait développement. Mais toute matière amorphe ou plutôt tout blastème épithélial possèdet-il en lui la propriété de donner naissance à des cellules épithéliales pavimenteuses, et seulement l’ensemble des conditions où se trouveront placés les éléments une fois
He ués, influera-t-il sur la forme plus ou moins rarinie qu'ils présenteront ultérieurement ?
J'avoue que je ne crois pas à la réalité de cette hypothèse : je crois, au contraire, que chaque forme épithéliale est précédée d'un blastème spécial, dont la composition chimiqueest peut-être différente, et j'aurai occasion, dans le courant de ce travail, de revenir sur ce point. Mais je crois, et il est, Je pense, indiscutable que les conditions de milieu influeront sur la nature du blastème, sur sa composition chimique, et par suite sur ses propriétés; alors, suivant qu'il sera placé au milieu de tel ou tel concours de circonstances, il donnera naissance à des épithéliums différents. Ce ne seront donc pas les épithéliums qui auront été modifiés ou qui auront changé de forme, mais bien le blastème qui, ayant acquis de nouvelles propriétés, a donné naissance à des cellules de formes différentes.
Telle est la manière de naître des épithéliums : je lai exposée d’après les lecons de M. Robin, et plusieurs fois il m'a été donné de voir par moi-même les faits que je viens d’énoncer, et de vérifier expérimentalement l’enseignement du maître.
Plusieurs fois, comme je le dirai en relatant mes expériences, j'ai vu de larges plaques de matière amorphe en voie de segmentation.
Du reste, à combien d’impossibilités de toutes sortes se heurte le fameux aphorisme Onnis cellula e cellula, bien qu'il exprime un fait vrai dans quelques cas, tandis que la théorie ou plutôt la réalité des faits que je viens d’exposer donne, de tous les cas pathologiques, l'explication la plus plausible qu'il se puisse.
Le grand fait de la multiplication des épithéliomas el de leur généralisation peut-il être raisonnablement ex-
— 41 — ; pliqué par la pénétration dans les vaisseaux d'éléments épithéliaux formés déjà, et qui, pour donner naissance à une tumeur identique à celle d’où ils proviennent, ont encore besoin de sortir au dehors du canal, tandis que dans ce cas, n'est-il pas évident qu'au travers des parois capillaires le blastème épithélial peut pénétrer par endosmose et se déposant dans un point quelconque, devenir là le théâtre de cette série de transformations qui doivent aboutir à la production d’une certaine quantité d'épithélium ? Dans bien des cas, en effet, on voit deux tumeurs épithéliales dont la connexité est aussi évidente que possible, et cependant les recherches les plus minutieuses ne peuvent démontrer quelle voie auraient suivie les cellules épithéliales ; bien plus, dans certains cas, ilest absolument impossible de songer à un tel mode de propagaton, et il demeure évident que seulement un blastème liquide à pu grâce à son pouvoir endosmo-exosmotique, porter ainsi, dans un point inaccessible aux moindres corpuscules, le germe d'une production nouvelle. Mon excellent ami, le D'Goujon, soulève aussi cette question dans sa thèse (1) ; il a fait de belles expériences et est arrivé à généraliser des tumeurs cancéreuses en plaçant sous la peau d'animaux des fragments de tumeurs de même nature; mais, comme il le fait très-judicieusement observer, 1l a placé en même temps que des éléments épithéliaux une quantité plus ou moins grande de blastème, et il se demande auquel des épithéliums ou du liquide blastématique est due la généralisation. Aussi, avec un esprit véritablement scientifique, pose-tl la ques tion sans la résoudre et en faisant appel à des expériences
(1) Goujon, Thèse inaugurale, 1866, p. 12 et 13. Cabadé. o)
- | eo plus précises; 1l n'eût pas hésité, je crois, à conclure, comme je viens de le faire, s’il eùt eu connaissance des observations suivantes, que je dois à l'obligeante amitié de M. Dubrueil, prosecteur de la Faculté. -
Voici ces observations intéressantes à plusieurs titres :
«A deux reprises différentes, j'ai observé. des faits identiques, dit M. Dubrueil; deux malades, présentant un épithélioma de la lèvre inférieure, succombèrent.
«Je fis l'examen des parties malades de concert avec Lancereaux; l'os maxillaire inférieur étaitenvahidans une partie de son étendue, dans le point en rapport avec la tumeur. Sur certains points, l'os était érodé sur sa face antérieure ; sur d’autres, l'érosion commençait à peine; enfin certains endroits paraissaient intacts. Dans les points qui, à l’intérieur, correspondaïient aux portions saines de l'os, les aréoles du tissu spongieux, au lieu de renfermer du tissu médullaire, étaient remplies d’épithéliums, à tel point, que les lamelles osseuses délimitantes en étaient soulevées, et que la cavité aréolaire en était comme boursouflée. L'examen du conduit dentaire fut faite avec l'attention la plus scrupuleuse, et quelque minutieux qu'il ait été, nous n'avons pu découvrir la plus légère trace de production épithéliale dans son intérieur.
«Trois autopsies nous ont également donné les résultats suivants dans des cas où un épithélioma de la lèvre inférieure envahissant les ganglions du cou, la veine jugulaire interne était de toutes parts environnée de masses épithéliales. L'intérieur de la veine présentait de petites masses en nombre assez considérable pour oblitérer complétement la lumière du vaisseau, et ces masses étaient consütuées par un épithélium absolument idén-
ie tique à celui qui constituait la tumeur traversée par la veine, Sans qu'il y ait communication entre les tumeurs intra- veineuses et l’épithélioma extérieur. Dans les trois cas, en effet, les parois veineuses étaient saines, et surtout la membrane interne, qui dans chacune des trois pièces à été examinée avec le plus grand soin. Quant à l’artère carotide primitive, bien qu’aplatie par la tumeur, elle ne présentait rien de particulier dans son intérieur. »
Telles sont les observations de M. Dubrueil. Les trois dernières étant en concordance parfaite avec des faits observés par M. Broca dans des circonstances analogues, où une veine traversait une tumeur cancéreuse, n’est-on pas en droit de dire, d’après de tels faits, que seulement le transfert du blastème liquide rend compte de l'apparition de ces masses épithéliales si bien séparées du foyer d'infection, par des parties toujours intactes. Bien loin de moi cependant la pensée, que les vaisseaux ne peuvent, dans aucun cas, transporter des épithéliums tout formés ; je citerai plus loin une expérience qui m'a montré le fait de la façon la plus évidente. Oui, dans plusieurs cas de généralisation, quand l’épithélium est infiltré, 11 peut être transporté dans les ganglions par les vaisseaux lymphatiques; seulement je crois que, si ces canaux transportaient uniquement des éléments épithéliaux, les ganglions ne contiendraient que ceux qui leur seraient ainsi apportés, les quelques épithéliums qui pourraient se segmenter ne donnant pas lieu à une masse considérable. Les faits que je viens de rapporter ne sont pas sans analogues; il a été présenté à la Société de Biologie des faits de tumeurs épithéliales du foie reproduites dans la veine cave, sans que les parois
de ce vaisseau fussent le moins du monde altérées, et pourtant il contenait dans son intérieur des tumeurs constituées par des éléments identiques à ceux qui formaient les tumeurs extérieures. Dans ces cas et dans tous les cas analogues, on setrouve en présence de trois hypothèses sans que l’on puisse dire quelleest celle qui est absolument vraie; ou bien les éléments épithéliaux sont transportés en nature et se multiplient par segmen- (ation, ou bien la matière demi-fluide qui donne naissance aux cellules épithéliales a seule élé transportée et s’est individualisée en éléments épithéliaux à un autre endroit que celui où elle était apparue. J'ai indiqué entre ces deux hypothèses quelle était celle qui me paraissait la plus conforme aux faits et la plus rationnelle. Ou enfin l'ensemble des circonstances quiont donné lieu à une production morbide épithéliale a pu dans un point quelconque donner spontanément naissance à des tumeurs de même nature (L). |
(4) Une expérience comparative pourrait, je crois, démontrer cette vérité de la façon la plus manifeste, malheureusement le temps et l’occasion de la faire m'ont manqué. Il faudrait injecter sous la peau de deux animaux égaux, d’une part du blastème épithélial pris frais après une amputation de jambe sous la peau du talon où la couche muqueuse de Malpighi est si abondante, et d’autre part des cellules épithéliales libres prises sur un animal récemment mis à mort. L'examen ultérieur des ganglions permettrait de voir si le blastème s’est organisé en cellules, et d’un autre côté si les cellules libres injectées sous la peau sont en voie de segmentation. Dans l'expérience qui m’est personnelle, et que je citerai dans le courant de ce travail, je n’ai jamais vu dans les éléments épithéliaux placés sous la peau et transportés dans les ganglions, rien, absolument rien, qui indiquât un commencement de segmentation,
= Mrs 8. IV