IDÉE GÉNÉRALE DU RÔLE DES ÉPITHÉLIUMS
n'est pas d'éléments anatomiques plus universellement répandus dans l’économie que l'élément épithélial, rares sont les tissus qui normalement n’en possèdent pas. — Partout où se trouve une surface libre où une cavité se rencontrent aussi des épithéliums, que cette surface libre soit extérieure ou profondément enfouie dans les tissus, depuis la peau jusqu'à la face interne des tubes séminifères, la cavité buccale aussi bien que la cavité des follicules elos de l'intestin. Mais partout les épithéliums ne se présentent pas avec le même aspect ; leur manière d'être change et aussi leurs propriétés. En effet, tandis que les uns revêtent purement etsimplement des surfaces séreuses ou muqueuses, remplissant dans ce cas un rôle que j'indiquerai plus loin, les autres, au contraire, grâce à certaines propriétés, donnent naissance à des produits déterminés à l’aide et aux dépens des matériaux qu'ils puiseront dans ce que M. Claude Bernard a si justement appelé le milieu intérieur. Ainsi, en résumé, deux choses : d'une part des surfaces tapissées de cellules épithéliales, qui, dans ce cas, jouent un rôle la plupart du temps secondaire; dans d’autres cas, des tubes, des culs-de-sac,
remplis d’un épithélium spécial et jouant là un rôle capital, car c'est à eux qu'est dévolue la fonction de sécréter. Cela est si vrai que souvent, dans un même organe, se trouvent à la fois des épithéliums remplissant ces deux rôles : prenons par exemple un cul-de-sacglandulaire; le fond sera non-seulement tapissé, mais encore rempli d’épithélium nucléaire, et dans ce point s'effectuera la sécrétion, puis le nouveau produit sera porté loin de l’endroit où 1l a pris naissance par un tube, continuation directe du cul-de-sae, et ce canal vecteur se montre alors tapissé d’épithélium prismatique ou pavimenteux, jamais d'un épithélium analogue à celui qui occupe les profondeurs de l'élément qu'il prolonge en quelque sorte.
Ainsi donc, au point de vue de la physiologie proprement dite, il faut bien se garder de considérer les épithéliums comme je l’ai fait plus haut, me basant sur leurs caractères anatomiques et surtout sur les phases de leur développement. Classés en effet au point de vue de leur fonctionnement, ceux dont les conditions de structure et de développement sont les plus simples, les épithéliums nucléaires doivent être placés en première ligne, car le grand phénomène des sécrétions leur est dévolu, tandis qu'au contraire, à ceux qui se sont constitués et développés de la manière la plus complexe appartient le rôle le plus infime.
On peut donc, en se basant sur le fait que je viens de signaler, diviser en deux grandes classes les épithéliums, suivant qu'ils se bornent à tapisser certaines surfaces, ou qu'ils fournissent de nouveaux principes à l’économie. Aussi, établirai-je ces deux grandes classes, sans attacher
d’ importance aux vocables qui me servent à les désigner : 1° Épithéliums tapissants:
2° Épithéliums fournissants.
Je consacrerai un paragraphe à chacune de ces deux divisions. |
Je ne veux cependant pas terminer ce paragraphe sans w’élever hautement contre ces étranges abus de langage dont plusieurs livres, je dis des plus récents, nous offrent encore l'exemple. On dit, on écrit même des phrases où il est question de la sécrétion épithéliale, sécrétion des poils et des ongles, ce qui veut dire que ces diverses parties sont sécrétées. Cette manière de s'exprimer est non-seulement inexacle, mais elle est, en ce qui touche l’épithélium, en diamétrale opposition avec ce qui se passe en réalité. En effet, non-seulement l’épithélium n'est pas sécrété, mais c'est lui qui sécrète. Que deviendrait le langage scientifique si on lencombrait d'expressions aussi inexactes, pour ne pas dire davantage ?
DES ÉPITHÉLIUMS TAPISKANTS.
Cette classe comprend les trois variétés dernières du tableau, tous les épithéliums en forme de cellules, quel que soit leur aspect. L'élément pavimenteux, de beaucoup le plus répandu, jouit de propriétés spéciales suivant les places où on l’observe, ou plus exactement, suivant la manière dont il est étendu et placé sur la surface qu'il tapisse. L'épiderme qui recouvre le tégument externe joue un rôle de protection que ne remplit pas l'épithélium de la cavité buccale, et il n’exerce d'une manière efficace cette protection que grâce à la façon dont il est stratifié. Grâce à cette disposition, il oppose une barrière efficace à la pénétration des divers liquides qui peuvent se trou-
ss #0 5 ver en contact avec notre corps, sans empêcher cependant ce phénomène qui s’accomplit de dedans en dehors, et qui est connu sous le nom de perspiration cutanée insensible ; c’est bien cette couche épithéliale qui mérite le nom de vernis protecteur que les auteurs anciens donnaient à tous les épithéliums. Mais l’épithélium pavimenteux n'est pas, de sa nature, doué d’imperméabilité, à la peau, il présente, comme je l'ai dit, ce pouvoir par suite de sa seule disposition; aussi trouvons-nous bien des endroits également tapissés de cellules pavimenteuses permettant une pénétration rapide des liquides et des gaz et simbibant des fluides avec une incroyable rapidité. La muqueuse de la bouche, la conjonctive, les séreuses et les bronches sont dans ce cas. Aux bronches ultimes où l’épithélium est pavimenteux, le passage des gaz au travers de l’épithélium s'effectue avec la plus grande facilité; en effet, chaque mouvement d'inspiration est accompagné, dans la profondeur du poumon, d’un double courant endosmo-éxosmotique s’effectuant au travers des cellules pavimenteuses.
Tout le monde sait aussi avec quelle rapidité les liquides déposés à la surface de la conjonctive ou d’une séreuse sont transportés dans la circulation. Quant à l'épithélium pavimenteux qui tapisse les conduits sécréteurs ou la surface interne des vaisseaux, son rôle est encore très-peu connu.
L'épithélium prismatique jouit encore à un plus haut degré de cette mollesse et de cette perméabilité, à l’intestin, où il se trouve répandu sur une surface si considérable, il est doué d’une si faible résistance que les granulations très-peu solides elles-mêmes le pénètrent
facilement. Les granulations graisseuses ne sont en effet absorbées qu’en faisant pour ainsi dire effraction, et en pénétrant au travers de l’épithélium. On voit en effet, en examinant un épithélium intestinal, quelque temps après l’ingestion d’une substance grasse, les fines granulations pénétrerpeu à peu dans la cellule prismatique, puis en sortir pour de là aller dans la eavité des vaisseaux lymphatiques, d'où elles seront chassées par la contraction des fibres musculaires qui se trouvent dans la villosité. Cette propriété que possède l’épithélium intestinal, de se laisser pénétrer plutôt que d’absorber, rend compte de la manière dont les ovules de quelques parasites pénètrent dans l’économie. On a étudié avec soin cette irruption des poussières au travers de l’épithélium, et en se servant de particules charbonneuses, on a observé les faits suivants: quand les corpuscules sont de dimensions très-exiguës, ils pénêtrent dans l’intérieur de la cavité de la cellule, la remplissent, puis en sortent comme ils y sont entrés, c’est-à-dire en passant au travers des parois, et après que la cellule en est débarrassée, elle a conservé l'aspect qu’elle avait avant cette invasion. Mais si le corpuscule est plus volumineux, il entre également dans la cellule, l'enfonce plus profondément et la détruit; mais aussitôt que cette cellule s’est en quelque sorte enfouie au sein de la couche épithéliale, la régénération a commencé dans l’espace qu’elle laissait libre, et quand elle est détruite, un nouvel élément épithélial la remplace. Ce n’est pas cependant à ce rôle entièrement mécanique quese borne l’action de l’épithéliumsur les intestins ; 1l fait subir aux substances qui le traversent des modifications telles que, dans quelques cas, 1l leur fait perdre
leurs propriétés; témoins les venins qui traversent sans danger pour l'organisme le tube intestinal, parce que, absorbés par l'épithélium, ils ont subi en le traversant des modifications qui leur ont fait perdre leurs funestes propriétés, et cela par un échange ou un dédoublement qui s’est passé dans l'intérieur de la cellule épithéliale.
Le trait le plus caractéristique que nous offrent les épithéliums prismatiques est sans contredit la présence de cils vibratiles sur quelques-uns d’entre eux. J'ai indiqué dans la partie anatomique quels sont les points où les cellules sont ainsi armées de ces corpuseules accessoires. À l’état normal, et quand ils sont placés dans des circonstances que j'indiquerai tout à l'heure, ces petits filaments sont dans un état de perpétuelle agitation. Mais tous les cils ne semeuvent pas de; la même manière. Deux observateurs, Puckinje et G. Valentin (1), ont décrit trois espèces de mouvements qu'ils disent avoir plusieurs fois constatés. L'un de ces modes consiste en une giration par laquelle le cil décrirait en quelque sorte un eône, dont le sommet serait placé à l’adhérence du eil à la cellule, tandis que la base serait représentée par l'évolution de la pointe; c'est 1à le mouvement infundibuliforme. En second lieu, ils parlent d'un mouvement de cils qui s’effectuerait par des sortes de -flexions onduleuses. Enfin, une troisième manière se traduirait en une sorte d'inelinaison que subit la pointe du eil et qui recourbe cette pointe en forme de crochet. Il paraît surprenant que ces deux savants n'aient pas
(4) Da phenomeno generali et fundamentali motus vibratorii continui en membranis, etc. Breslau, 1835, — De motu vibratorio animalium vertebratorum, in Acta academiæ naturæcuriosorum.T. XVII, p.11. Avril1835.
dE noté ce mouvement des cils pourtant très-habituel, qui consiste en une sorte de trépidation analogue à celle qui se manifeste sur une lige métallique vibrante. Quoi qu'il en soit, ces mouvements sont dans quelques cas très-énergiques, si bien que la cellule Gpithéliale peut en être déplacée.
On s'est plu à étudier avec exactitude les conditions qui arrêlaient ces mouvements ou leur permettaient de continuer. (est ainsi, dit-on, que, pour qu'ils se manifestent, la température ne doit être ni trop haute, ni trop basse, que les narcotiques sont sans action sur lui, tandis que l'acide acétique, les acides minéraux, lechlorure de mercure, le nitrate d'argent, ete., ete., l'anéantissent
très-rapidement. — D’autres substances, au contraire, assent pour prolonger sa durée. — Ce luxe d’expé- P Î 8
riences indique une assez grande pauvreté dans l’interprétation des phénomènes. Si au lieu d'envisager ce mouvement d'une façon abstraite, on l'eüt considéré comme une propriété de la matière épithéliale, on en eût conelu que tous les agents susceptibles d’altérer la composition chimique de l'élément, devaient par ce seul fait modifier le moûvement; on n’eût pas dit, par exemple: la vibration persiste pendant une telle durée, mais bien: elle se montre, tant que la cellule épithéliale séparée de l'organisme conserve intacte sa composition chimique. En voici la preuve: détachez une cellule épithéliale à cils vibratiles et mettez-la dans des conditions où elle puisse se dessécher, les mouvements iront s'affaiblissant et finiront par s'arrêter; ajoutez une goutte d’eau, et le phénomène se reproduira. Une molécule d’eau avait été enlevée à la cellule, sa composition chimique était alté-
Cabadé. D)
so gl — rée et le mouvement s’est arrêté; quand la composition chimique a été rétablie, la vibration s’est manifestée de nouveau.
Les épithéliums à cils vibratiles des voies respiratoires présentent un phénomène assez curieux ; c'est de ne se montrer ornés de leurs appendices que lorsque la fonction de la respiration est bien élablie. J'ai recherché malheureusement d’une façon trop sommaire pour pouvoir rendre un compte exact de la manière dont s'accomplit le phénomène, si, sur des trachées qui n'avaient encore pas servi de canal vecteur à l'air, l'épithélium était muni de cils.=Je ne l'ai jamais rencontré cilié sur des fœtus mort-nés où non à lerme; mais d'ordinaire huit à dix jours, pendant lesquels s'exerce la fonetion respiratoire, suffisent pour qu'il se munisse de cés prolongements.
$ III DES ÉPITHÉLIUMS FOURNISSANTS.
C'est parce que je me propose d'établir une distinction entre les deux faits physiologiques de la sécrétion ou de l'exerétion, que j'ai donné aux éléments anatomiques dont j'ai à m'occuper dans ce paragraphe, le nom d'épithéliums fournissants, comme exprimant une idée plus générale que l’épithète de sécrétants. La sécrétion est différenciée de l’excrétion, en ce que dans la première de ces deux fonctions on observe la production d'un liquide dont tous les corps composants ne se retrouvent pas dans le sang’, tandis que l’exerétion est au contraire caractérisée par la production d'un liquide composé de corps que l’on retrouve tout formés dans le liquide sanguin. Le mot de sécrétion doit done éveil-
ER er ler l'idée d'apparition d'une substance qui n'existait encore nulle part, tandis que celui d'excrétion exprime une sorte de choix de divers principes qui du sang passeront purement el simplement au travers d’un organe, et de 1à dans un réservoir. Cest l'élément épithélial qui, dans là très-grande majorité des cas, préside à l’une el à l’autre de ces deux fonctions, sur lesquelles je dois préalablement dire un mot.
On peut dire, d’une manière générale, que la sécrétion, envisagée comme je viens de le faire, n’est pas une propriété spéciale à un élément, mais que tous en sont doués plus ou moins. En effet, puisque la sécrétion est essentiellement caractérisée par la production d’un composé chimique n’existant pas dans le sang, n'est-il pas évident que par le fait de rejeter constamment en dehors d'eux-mêmes les substances qui ont servi à les constituer, et qui n'existent pas dans le sang, tous les éléments anatomiques sécrètent réellement? De telle sorte que l’on peut dire que les deux térmes de sécrétion et de désassimilation expriment non-seulement des faits analogues, mais encore des actions parfaitement identiques ; d’où on peut conclure que la sécrétion proprement dite. n'est autre chose qu’une désassimilation énergique, et en quelque sorte exagérée de certains éléments ; aussi le rôle de sécréter est-il l’attribut des éléments qui jouissent de la plus énergique vitalité, de ceux qui naissent avec le plus de promptitude, assi- milent avec le plus d’avidité, et qui par contre doivent offrir une désassimilation abondante. C’est done aux épithéliums qu'est dévolue lagrande fonction de la sécrétion; car maintenant il faut rapporter la propriété sécrétoire à l'élément qui la possède, et non plus l’attribuer en
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bloc à tout organe qui n’est en quelque sorte que le théâtre où s’exercent les propriétés des épithéliums.
Les mêmes réflexions que je viens d'écrire peuvent également s'appliquer à l'excrétion. La physiologie générale démontre que tout élément anatomique, en même temps qu'il rejette des substances qui n'existaient pas dans le sang, en élimine d’autres qui y étaient toutes formées, par conséquent, l’excrétion comme la sécrétion fait partie des propriétés élémentaires. Mais il existe des épithéliums qui jouissent à un degré de supériorité trèsmarqué de cette propriété, et qui, en outre, présentent ce fait très-caractéristique de ne donner naissance à aucun corps nouveau.
Telles sont les deux grandes fonctions que les épithéliums exécutent, et encore tous les éléments du tissu épithélial ne sont-ils pas également propres à ce fonctionnement : j'ai dit plus haut à quel genre d’épithélium il était particulièrement dévolu. Toutefois, la division que j'ai établie plus haut entre les variétés d'épithéliums susceptibles ou non de sécréter ou d’excréter, attribuant ces rôles aux seuls éléments nucléaires, cette division, dis-je, vraie d'une manière générale, supporte plusieurs exceptions, surtout quant à ce qui a trait aux sécrétions. L'étude de la structure de chacun des organes où s’aceomplit une sécrétion indique assez dans quels cas on observe une forme autre que celle qui appartient à la variété d’épithéliums nucléaires. Cependant, on peut dire d'une manière générale que partout, et là seulement où l’on trouve des épithéliums nucléaires surtout, et quelquefois sphériques, on observe des phénomènes de sécrétion sans y voir jamais des phénomènes bien nets d'absorption, sauf l’endosmo-exosmose des gaz qui se,
PAM JU fait à travers tous les épithéliums. Partout au contraire où se manifestent des phénomènes d'absorption sans sécrétion, on trouve l’épithélium prismatique, quand il n'y à ni absorption ni sécrétion, les cellules sont aussi prismatiques, mais munies de cils vibratiles.
Sans m'occuper davantage de la propriété que possèdent tous les éléments de désassimiler et par conséquent de sécréter, comme je viens de le dire, j'indiquerai brièvement la manière dont s'effectuent les sécrétions, et tout d'abord, en deux mots, je rappelleraï.la disposition du théâtre où ce phénomène a lieu. Dans la grande majorité des cas, c'est un cul-de-sac formé d'une substance anhyste, mince et translucide, sorte de cœcum souvent rempli d'épithélium nucléaire, mais dont les parois sont seules tapissées dans bien des cas. Quelquefois c’est une vésicule close de toutes parts qui contient l'élément sécréteur. Quoi qu'il en soit, et que le réceptacle des épithéliums affecte une forme ou une autre, jamais dans aucun cas l'élément épithélial ne se trouve directement en contact avec les capillaires qui doivent lui apporter les principes à l’aide et aux dépens desquels s’effectuera la fonction sécrétoire ; 1l en est toujours séparé par la membrane d’enveloppe qui le contient. C'est donc, au travers de la tunique eonstituante, la paroi du cul-de-sac glandulaire ou du follicule, que le plasma sanguin ira à la rencontre des épithélums, et cela grâce à la propriété endo-exosmotique. — Cest dans le plasma sanguin, comme je viens de le dire, que les noyaux épithéliaux puisent les principes qui doivent servir à la sécrétion ; de là, on pourrait conclure que toutes sécrétions seraient absolument identiques, si la composition chimique de l’épithélium était partout la même. Mais,
Pre il n’en n'est pas ainsi, la composition chimique des épithéliums varie suivant qu’on prend ceux-e1 sur telle ou telle glande. Ce fait a été parfaitement établi par M. Bernard (1). Dès lors, doués d’une structure chimique différente, les éléments épithéliaux se conduisent absolument comme le feraient divers corps plongés dans un même liquide complexe dans sa composition; en effet, de même que les divers corps absorberaient ou fixeraient tel ou tel principe du liquide composé selon leurs différentes composition chimiques, de même, les épithéliums, corps dont la composition chimique est différente, au contact du liquide complexe constitué par le plasma sanguin, prendront dans le plasma, qui un principe, qui un autre, selon qu'ils seront diversement composés chimiquement. Mais pour suivre cette comparaison jusqu'au bout, supposons que deux ou trois des corps différents ainsi plongés dans un liquide composé aient fixé le même principe, si l’on veut rechercher ce principe dans ces corps, le trouvera-t-on identique dans chacun d'eux? Évidemment non; chaque Corps, suivant qu'il est composé, l'aura modifié,et on le retrouvera diversement combiné à des substances diverses. Il en est de même pour l’épithélium : suivant sa composition chimique, les principes qu'il aura fixés subiront des combinaisons diverses, et par conséquent donneront lieu à des produits différents. Seulement, grâce à leur propriété vitale de désassimilation, une fois ces divers produits formés, ils les rejetteront au dehors.
Donc, telle est la sécrétion : de composition chimique différente, les épithéliums puisent dans le plasma
(1) Leçons de physiologie expérimentale faites au collége de France. Paris, Baillière (J.-B.), 1855, p. 380 et passim.
sanguin divers matériaux ; il les absorhent et leur font subir des modifications, soit en se combinant avec eux et formant un nouveau composé qu'ils laissent échapper dans les conduits excréteurs, soitqu'ils dédoublentces principes et les rendent, par leur désassimilation, ainsi dédoublés, Telle est la manière dont s'effectuent les sécrétions, et l'on voit avec quelle facilité s'explique dès lors ce phénomène de produits divers, puisés dans un centre identique, C'est pour expliquer la diversité des sécrétions dont l'origine est la même que l’on à émis tant d'hypothèses, les uns l'attribuant à la vitesse du sang différente selon les glandes, d'autres en recherchant la cause dans la disposition des vaisseaux et Îles angles divers qu'ils forment, Haller dans la terminaison des vaisseaux, et Stahl, suivant son invariable coutume dans un choix que ferait l'âme, moyen commode de résoudre toutes les difficultés.
Une autre hypothèse a joui de plus de faveur, c’est celle qui prétend que la sécrétion s'effectue constamment aux dépens de l’épithélium, et que le produit sécrété n’est autre chose en quelque sorte que le résidu des cellules épithéliales, qui ne sauraient produire une sécrétion quelconque sans être détruites et sans que la matière qui les constituait serve entièrement à donner naissance au produit nouveau. Evidemment les choses ne se passent pas toujours ainsi; il suffit d'examiner une humeur sécrétée pour y constater la présence d’épithéliums qui ont servi à lui donner naissance et qui tapissaient les euls-de-sac d’oùelle provient; les éléments y sont encore parfaitement formés, leur substance n’a donc pas servi à donner lieu au produit sécrété ; seulement après avoir fonctionné un certain temps, ils se sont
nie desquamés par une des causes que j'indiquerai dans la dernière partie. Mais y at-il des cas où on peut dire que toute la substance qui constitue’les éléments épithélaux s'unit aux principes puisés par ceux-ci dans le plasma sanguin? Peut-être pourrait-on expliquer par cette théorie le phénomène curieux et bien connu qui se passe à la mamelle. Les acinis qui constituent cette glande sont tapissés d’une couche d’épithélium nucléaire pendant le chômage de la glande; mais que la lactation commence à se produire, ils diminuent d’abord beaucoup, puis, quand elle se montre énergique, ils disparaissent complétement, réapparaissant si par une cause où par une autre la production du lait se trouve dimimuée : d'où l'on peut dire que, quand le lait est abondamment sécrété, c’est la paroi propre des culs-desac et non l’épithélium qui lui donne naissance. Ce fait si exceptionnel et même en contradiction avec ce qui s’observe généralement, ne pourrait-il pas s'expliquer par la combinaison de tous les matériaux qui composent le noyau épithélial aux principes du plasma sanguin, pour donner naissance au lait, combinaison qui s’effectuerait aussitôt que l'épithélium aurait pris naissance? Du reste, ce n'est là qu’une hypothèse, et, je me hâte de le dire, je n'ai jamais eu occasion d'étudier ce fait. Les partisans de cette hypothèse, que les sécrétions s effectuent par la destruction des éléments épithéliaux, basent aussi leur opinion sur le fait des glandes sébacées; et ici je me hâte de le dire, leur interprétation est erronée. Dans les glandes sébacées, l'épithélium s’individualise comme partout ailleurs ; seulement, aussitôt qu'il à atteint tout son développement, des gouttelettes huileuses apparaissent dans la cavité de la cellule, leur
HE nombre augmente, plusieurs fusionnent, quelquefois toutes se réunissent en une large goutte d'huile, les parois de la cellule sont distendues, amincies et enfin finissent par éclater, et la matière sébacée se fait Jour au dehors. Tels sont les faits, je viens de dire l’interprétation qu'on leur a donnée. Mais d'abord, dans ce fait, la cellule n'est pas détruite; elle cesse d’être une cellule, mais la matière qui la conslituait subsiste et on retrouve toujours dans la glande, froissée et chiffonnée, la fine pellicule qui la délimitait. D'ailleurs ce phénomène doit s'expliquer de la façon suivante (1) : L'épithélium des glandes sébacées possède une composition chimique telle que, combiné aux principes puisés dans le plasma sanguin, il donne naissance à ces gouttelettes graisseuses qui apparaissent dans son intérieur et qui s'y multiplient, Mais le nouveau produit est doué de propriétés physiques telles qu’une fois dans la cellule, il n'en peut plus sortir; dès lors il s’'accumulera dans sa cavité, et cette accumulation durera jusqu’à ce que les parois cellulaires se rompent; c'est done au nouveau produit qu'est due cette exception, et, s’il était | doué de propriétés physiques différentes, les choses se passeraient dans les glandes sébacées comme partout ailleurs.
Quant au phénomène de l’excrétion, son explication est fort analogue à celle que je viens de donner de la sécrétion. Lei comme l'ont dit MM. Chevreul, puis Gmelin, le sang contient déjà tout formés les principes des produits, et l'acte s’accomplit sans formation nouvelle. Les épithéliums qui existent dans la structure des pareu-
(1) Ch. Robin, Leçons sur les humeurs, p. 610 et suivantes.
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chymes non glandulaires sont aussi différents par leur composition chimique; aussi, suivant cette composition, ilg s'imbibent de tels ou tels principes qu'ils puisent dans le plasma sanguin, puis, quand leur imbibition est complète, ils laissent échapper les principes sous la même forme qu’ils possédaient dans le plasma sanguin et sans leur avoir fait subir le moindre changement moléculaire.
Tel est le mécanisme de l’excrétion. Cependant les liquides qui en sont les produits ne renferment que relativement très-peu de principes puisés dans le sang, qui sont toujours dissous dans une grande quantité. d'eau.
DE LA NUTRITION DES ÉPITHÉLIUMS, ET DES CONDITIONS EXTÉRIEURES QUI LEUR IMPOSENT LEURS FORMES VARIÉES.
Tout élément organisé est constamment le siége d'un double travail : d’une part il prend dans le milieu où il se trouve placé, les substances qui doivent maintenir l'intégrité de sa composition chimique, mdispensable à son fonctionnement ; d'autre part, il rejette loin de lui les matériaux dont il a été constitué, que l'apport du milieu renouvelle incessamment ; les diverses molécules matérielles, dont l'ensemble ou plutôt la résultante des propriétés constitue le travail fonctionnel de l'élément, ne pouvant durer qu'un temps plus où moins court. Cette double propriété d’assimilation et de désassimilation, que seuls possèdent les éléments organisés, fait incontestablement partie de leur physiologie.
De même que tous les éléments anatomiques, c'est au sang que les épithéliums empruntent les principes qui