SOCIÉTÉS SAVANTES
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ï/origine de l'ouvrage que je mets au jour, remonte aux premiers temps de mes études; je puis par conséquent le regarder comme mon premier travail dans l'histoire naturelle. Vous m'avez accordé la faveur de mettre votre nom à la tête de mon livre: cette permission honorable m'offi'e la plus belle occasion de vous témoigner publiquement ma reconnaissance et de faire savoir au monde savant, combien vous avez contribué à faciliter mes recherches, ou plutôt , que c'est à vous que l'on en doit la publication. Après le départ pour les Indes de notre infortuné ami feu Boie, vous eûtes la bonté de confier à mes soins les collections étendues quiembrassent les animaux vertébrés, l'anatomie comparée et les fossiles: collections qui forment la plus belle partie du Musée des Pays-Bas. Excité par l'exemple de mon
savant prédécesseur, et dans l'espoir de pouvoir être utile à la science, en cultivant une branche de la zoologie jusqu'à présent négligée, je dirigeai mes recherches sur la classe des Reptiles. Je commençai par représenter au moyen de figures exactes, les espèces les plus intéressantes de cette classe d'êtres peu connus , et c'est ainsi que se forma petit à petit, une suite de dessins anatomiques et zoologiques, dont je mets aujourd'hui une partie au jour, et que je ferai suivre de l'autre, lorsque les nombreuses difficultés qui ont jusqu' à présent entravé la publication de mes recherches, seront totalement levées.
J'ai résumé dans mon livre toutes les observations que j'ai pu faire sur l'ophiologie. Cependant, l'état dans lequel se trouve cette partie de la science, we contraignit de dévier à beaucoup d'égards de mon plan primitif, et de différer la publication des recherches anatomiques qui devaient faire la base de mes travaux. Conunent, par exemple, mes lecteurs m'auraient-ils compris , si je leur avais parlé des nombreuses espèces nouvelles, dont la découverte est due à nos voyageurs! Comment se recoimaître dans les méthodes, où sont consignées un si grand nombre d'espèces, souvent purement nominales ou formant de doubles emplois! Quel ouvrage peut-on recommander, pour servir de guide dans ce labyrinthe! — Je n'en connais aucun.
Ces raisons, jointes à plusieurs autres, m'ont déterminé à donner à mon livre la forme sous laquelle il paraît. Cependant, en concevant ce nouveau plan, il se présentait
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(les difTicultés analogues [a celles , dont je viens de faire menlion. Quelles sont les figures que je pourrais citer pour compléter mes descriptions , et combien peu de naturalistes sont-ils à même de consulter les ouvrages de luxe, dans lesquels elles sont contenues? En putre, aucune étude n'offre autant d obstacles que la coniparaison des diverses espèces de serpens, êtres qui se ressemblent presque tous par la forme du corps, en sorte que l'on est souvent réduit à l'organisation de la lête, pour en tirer les caractères dislinctifs.
Ces motifs m'ont engagé à réunir sur une même planche les portraits de toutes les espèces d'un genre ou du moins ceux des espèces les plus remarquables. En comparant ces portraits , on parviendra facilement à saisir la physionomie propre à chaque espèce et à la distinguer, par ce moyen, des espèces voisines.
Le mot de physionomie est pris ici dans l'acception ^ordinaire ; mais il signifie également l'impression totale que fait sur nous l'ensemble d'un être quelconque, impression que l'on peut sentir , mais qu'il est impossible de rendre au moyen de paroles: elle est le résultat de l'harmonie de toutes les parties isolées, dont on embrasse la conformation d'un coup-d'œil, et dans leurs rapports mutuels ; on la retient dans son ensemble, sans cependant pouvoir se rendre compte des propriétés de chacune d'elles prise isolément. Tout ce qui existe dans la nature, soit animaux * soit plantes, soit même êtres inanim.és, fait sur nous celte
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impression , mais elle est d'autant plus difficile à analyser, que les êtres que nous examinons sont plus compliqués; car plus leur nature est élevé plus les divers traits se confondent dans l'harmonie de l'ensemble. Une des parties les plus essentielles de la tâche que se propose Je zoologiste , me paraît être d'analyser cette harmonie et d'indiquer chaque trait caractéristique dans ses rapports avec l'ensemble. Cependant, nos méthodes modernes nous conduisent précisément sur un chemin opposé à celui que je viens d'indiquer ; l'exemple faussement interprêté du sublime auteur du système de la nature, a même sanctionné Tusage de borner ordinairement la connaissance des êtres à tels caractères qui se présentent au premier aspect.
En examinant une série d'animaux vivans , l'observateur attentif remarquera qu'il se peint dans leurs traits , dans leur regard et jusque dans leurs formes, l'expression de certains penchans, dliabitudes, de passions , qui sont, d'une manière plus directe que chez l'homme , le résultat de l'organisation. On parviendra , en réitirant les observations , à reconnaître à ces traits les diverses espèces d'animaux; on saisira les relations qui lient ces espèces les unes aux autres; on les rapprochera et en procédant synthétiquement, on atteindra à la méthode naturelle. Cette série d'êtres ainsi rapprochés, fera une impression totale, semblable à celle que le faisait un être isolé; une impression qu'il faut peindre dans son ensemble pour en faire connaître les traits principaux.
Cette manière d'envisager la nature est, à la vérité, diamétralement opposée à celle qui part de quelques caractères isolés pour faire connaître les êtres ; mais , comme elle est la seule qui ofTre les moyens de tracer un tableau fidèle de la nature , comme elle dégage Tesprit, enchaîné dans les bornes étroites des méthodes artificielles, on devrait fixer de bonne heure l'attention du jeune naturaliste sur l'universalité de ces vues et Taccoutumer à saisir, à la fois d'un coup-d'œil, tous les traits dont l'ensemble forme le caractère particulier à chaque être.
Mes propres tentatives et l'exemple de mes prédécesseurs m'ont démontré à l'évidence que la méthode artificielle peut s'employer avec beaucoup moins de succès chez les Reptiles que chez les autres animaux, et qu'en suivant ces principes, on ne parviendra jamais à donner à la science cette clarté si nécessaire au commençant. Je me suis donc efforcé en publiant mes travaux , de tracer en peu de mots le portrait fidèle de chaque espèce, considérée dans les divers rapports avec les espèces voisines ; d'indiquer le passage d'une coupe imaginaire à l'autre , et de réduire la science aux élémens les plus simples: tel est le but de ma classification. Pour parvenir à ce but sans faire des innovations, je me suis servi, relativement à la nomenclature, des matériaux que j'ai trouvés en abondance dans les ouvrages de mes devanciers. J'espère que les savans me sauront gré de cette mesure ; car quelle est la mémoire capable d'embrasser la nomenclature, même d'une seule classe du règne
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animal, et de s'en servir pour se reconnaître clans l'élude delà nature? Dans quelle confusion les naturalistes modernes n ont-ils pas plongé la plus belle des sciences, en ^érigeant ces systèmes inintelligibles, dont le seul mérite se réduit souvent a une vaine pompe de paroles qui étourdissent au lieu d'éclairer. Ces systèmes ne me semblent faits que pour leur auteur, et manquent leur but, qui est d'ofi'rir un guide au commençant jusqu'à ce qu'il soit à portée de juger lui-même qu'il n'existe point de systèmes dans la nature. Encore ces métbodes artificielles modernes ne sontellcs pas même à l'épreuve d'un examen rigoureux: on est loin d'avoir fixé ce que l'on entend par espèce , par genre ; de petites différences de forme de quelque partie isolée, due, soità unaccident,soit à l'influence d'un climat divers, suffissent souvent aux naturalistes pour diviser une espèce en plusieurs sous-espèceset pour désigner cliacune sous une épithète particulière; quelques unes de ces espèces imaginaires réunies, forment des coupes que l'on se plaît à appeler sous-genres , quoiqu'elles ne soient à la vérité que les espèces elles-mêmes, etc. A quels résultats doivent conduire de pareilles vues! La critique des ouvrages de plusieurs de mes devanciers m'a donné beaucoup de peine: il fallait être sévère; je l'ai été, mais aussi j'ai été impartial. J'avoue ne pas concevoir, comment plusieurs de ces travaux si difficiles à consulter, peuvent être utiles au voyageur qui, en sa qualité de polygraphe, doit rapidement se familiariser avec la nature des êtres,, afin de régler ses observations. Un livre est ordinal-
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rement, pour le savant hahitanl les villes de province, le seul moyen cl étudier les productions exotiques de la nature : en un mot, les livres lui tiennent aussi lieu des collections. Le mien est seulement fait pour répondre à ce but, ou à celui de communiquer mts observations au public où à ceux qui ne sont pas a portée d'en faire eux-mêmes.
Vous concevez, Mor.sieur, que j'ai rencontré lors de mon travail de grandes difiicultés: difficultés, qui tiennent leur origine soit de la nature de la chose, soit de la manière dont on a cultivé la science jusqu'à présent. Le premier objet de mes recherches était la détermination rigoureuse des espèces. Pour arriver à ce but, je fus obligé de faire l'histoire de chacune d'elles, d'en étudierchronologiquement la synonymie, de former des commentaires sur tous les ouvrages iconographiques, pour prouver enfin, au moyen de comparaisons des figures et des descriptions, l'identité des innombrables espèces nominales avec quelqu'une de celles que je reconnais exister. C'était principalement en m occupant de ce travail ingrat et fastidieux, qu'il fallait employer la critique la plus sévère. Je n'entrerai pas dans plus de détails, pour discuter la question, s'il existe dans la nature, des espèces ou non, s'il faut peut-être adopter l'existence de races, etc.; je me bornerai à justifier mes idées, lorsqu'elles se rencontreront avec celles de mes prédécesseurs.
Je me suis proposé de n'adopter dans mon livre que des espèces connues d'une manière précise. Eiî soumettant les espèces, reçues dans la catalogue méthodique des êtres, à
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un examen rigoureux, on en compte un grand nombre (l'origine incertaine; d'autres sont établies d'après de vieux exemplaires décolorés; d'autres encore y ont été introduites d'après un examen superficiel et sans avoir été comparées aux espèces voisines: quelques mots suffisaient pour les caractériser; mais très souvent ces diagnoses ou même les descriptions détaillées, ne contiennent que l'énumération de traits propres à toutes les espèces du genre, en sorte qu'après les avoir analisés et rejetés l'un et l'autre, il ne reste aucune marque distinctive pour l'espèce. On peut dire la même chose des genres établis souvent avec autant de négligence. Suivant mon opinion ^ une description qui n'est pas comparative, ne peut offrir aucune utilité. S'il est vrai qu'un genre représente l'ensemble de toutes les espèces qui y sont rangées, il faut aussi avouer, que l'on ne peut parvenir à la connaissance de ces dernières, qu'en les comparant entre elles, et en constatant ce qui est propre à chacune d'elles et commun à toutes. Certes, il ne peut résulter que peu de fruit pour la science de l'admission d'espèces dont on ignore toutes les propriétés et dont on ne connaît que le nom qu'on leur a imposé; des espèces dont le nombre toujours croissant embrouille les méthodes. L'étude de la nature ne consiste pas dans cette connaissance superficielle des êtres: mais elle les envisage sous le triple rapport de la zoologie, de l'anatomie et de la géographie physique. Mon but principal, ayant été, en publiant mes recherches, d'exposer les relations qui existent entre les
animaux et les lieux qu'ils habitent, j'ai jugé nécessaire de n'adopter des espèces dont on ignore la patrie, que lorsque quelque trait saillant dans l'organisation pouvait les rendre d'un véritable intérêt pour la zooloi^ie ou pour la physiologie.
Il faut aussi user de circonspection, en considlant les données sur la patrie des animaux, telles qu'elles sont consignées dans la plupart des ouvrages. Peu de naturalistes sont à même de se procurer les objets de la première main , et on peut rarement se fier à la véracité des marins qui, souvent trompés eux-mêmes , rapportent de leurs voyages des objets d'histoire naturelle de contrées éloignées de celles qu'ils ont visitées. On transporte quelquefois les objets d'une colonie à l'autre: ils passent par plusieurs mains, on oublie leur origine; enfin on les envoie en Europe sous le titre de productions d'un pays qu'ils n'ont jamais habités. J'ai eu souvent l'occasion d'être témoin oculaire de méprises de cette nature. Il y a quelques aminées, qu'un de mes amis reçût une petite collection de Reptiles javanais d'un jeune planteur de Surinam , qui prétendait en avoir recueilli quelques-uns lui-même dans les environs de Paramaribo; j'eus beau démontrer au nouveau possesseur, que des animaux javanais, tels que le Gecko guttatus, l'Élaps furcatus, le Galeotes gutturosus et d'autres, ne sauraient habiter eu même temps deux contrées aussi éloignées : on n'attacha aucune croyance à mes démonstrations. On nous a souvent adressé du Cap de Bonne F.spérance des Reptiles des îles de
Ceylan et de Java. M. Klinkenberg à Utrecht possède une belle variété du Boa cencliria, que des matelots lui ont apporté comme ayant été pris à Java; et cetteerreur aengagé feu Boie d'en faire une nouvelle espèce de Boa, appartenant à Tancien monde. Un de mes amis, acceptant l'offre d'un émigrant pour les Etats-Unis , de faire des collections d'histoire naturelle, lui fournit les moyens d'expédier le premier envoi; cet envol arriva: il contenait une collection de reptiles du Cap de Bonne Espérance. Parmi les reptiles, rapportés par M. Blomhoff et décrits par feu Boie comme provenant tous du Japon, se trouvent évidemment des espèces de Java ou des îles voisines, comme cela a été depuis démontré par les recherches de M. M. von Siebold et Burger. Feu Spix a fait figurer parmi les animaux découverts au Brésil, plusieurs espèces recueillies lors de son séjour à Gibraltar, et y a même ajouté des notes sur leurs mœurs, sur les lieux qu'ils habitent, etc. Je me tais sur l'ouvrage de Seba, dont la plupart des indications de pays sont inexactes.
D'autres difficultés, non moins grandes, se présentaient en faisant la critique des ouvrages iconographiques. Il paraît que l'on ne sVst pas toujours bien pénétré du but que doit remplir une figure. Suivant ma manière de voir, elle ne doit pas simplement servir à reconnaître l'animal qu'elle représente; mais elle doit remplacer l'animal pour celui qui n'est pas à même de se le procurer. Or, pour répondre à ce but, il faut que la figure soit dans toutes ses parties d'une exactitude mathématique , afin que l'on puisse
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cUulier les proporlions relatives des organes; il faut éviler par cette même raison les raccourcis autant que possible el ne point embrouiller la figure par des ombres projetées. Le elîoix des objets demande également de la circonspection: Tagonie d'une mort violente laisse souvent des traces dans les traits convulsifs de la face; quelques parties éprouvent des lésions accidentelles, lors de l'emballage des objets; cliez d'autres, les organes changent leur position respective; ce qui est particulièrement le cas chez les ophidiens, dont les os de la tête sont susceptibles d'un mouvement assez considérable. En traçant mes figures, j'ai lâché d'éviter tous ces obstacles; je me suis toujours servi dindividus en état parfait de conservation et je n'ai jamais copié que la nature; j'ai suivi le même principe pour mes descriptions, et lorsque je n'ai pu le faire , je l'ai expressément indiqué.
L'examen comparatif des écrits de mes devanciers m'offrait de loin les obstacles les plus difficiles à surmonter. La cause principale dont j'ai souvent fait mention, et qui paraît avoir engendré les erreurs nombreuses qui défigurent nos systèmes, est la multiplication des espèces et des genres, érigés et introduits dans le système, d'après des caractères isolés. Les exemples qui pourront justifier ce que je viens de dire, sont innombrables: que l'on consulte mes articles Eryx , Naja porphyrica , Boa cenchria, Python Peronii et bivittatus, Â.crochordus , Tropidonotus bipunctatus et fasciatus , Grotalus horridus, Vipera berus et maint aulie, et Ton se convaincra que la même espèce
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porte souvent une douzaine cl'épithètes;x£UL^lle a souvent été répartie dans plusieurs genres divers, qu'elle forme même les types de différentes familles, qui figurent, tantôt parmi les serpens venimeux, tantôt parmi les non-venimeux! Que l'on examine les élémens hétérogènes dont les auteurs ont composé leurs genres Boa, Hurria, Scytale , Elaps, Trimeresurus et Yipera ! En suivant ces vues, il fallait être fidèle à ce principe de classification , séparer les Pythons des Boas et les placer dans une autre famille ; il fallait éloigner l'Hydrophis colubrin de ses congénères, ranger les Acrochordes parmi les serpens de mer etc.
Vous verrez dans la suite de mon travail, qu'il est absolument impossible de classer les Ophidiens , en établissant de ces caractères tranchés et isolés; ce sujet est de trop d'importance cependant , pour que je puisse déjà le quitter ;~ je me contenterai de citer encore quelques exemples , propres à défendre mes idées contre celles de mes adversaires , quoique je craigne d'avoir déjà épuisé votre patience. Tout le monde conviendra , que le genre Drviophis est un des plus naturels de l'ordre entier: on peut lui indiquer pour traits distinctifs, soit un museau effilé en trompe, soit des dents maxillaires moyennes et postérieures plus longues, soit une prunelle transversalement alongée , soit des teinfes vertes, soit enfin les écailles lisses ; mais aucun de ces traits ne peut s'appliquer à toutes les espèces à la fois. On Cme pour caractère essentiel des Najas un cou extensible ; mais chez les diverses
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espèces qui composent ce genre, la faculté de dilater le cou s'observe dans tous les degrés , en sorte que celles qui s'éloignent le plus du type , offrent à peine les traces de ce caractère. Presque tous les serpens venimeux proprement dits présentent des écailles carénées ; mais personne n'éloignera de cette famille les Trigonocépliales rhodostoma et nigromarginatus, parce que leurs écailles offrent une surface unie ; personne ne rejetera de la famille des serpens venimeux colubriformes, dont les écailles sont ordinairement lisses, les Naja hœmacliates et Vnigrum , où le cas opposé à lieu. On observe dans la première famille un assez petit nombre d'espèces dont la tête revêtue de plaques les rapproche de la seconde famille, quoiqu'elles réunissent d'ailleurs tous les caractères de la première. Peut-on méconnaître l'affinité qui existe entre les Boas et les Acroclîordes , bien que ces derniers aient une queue comprimée et qu'ils manquent de crochets à l'anus? A quelle confusion n'ont pas donné lieu les innombrables différences individuelles dans la disposition des plaques de la tête chez les Boas et les Pythons ! Ni la position des narines , ni la configuration des lames frontales , ni la présence , ni le défaut de dent cannelée, ne sont des caractères constans dans le genre Homalopsis. Feu Boie a assigné aux Tropidonotes trois plaques oculaires postérieures: cependant quelques espèces parmi les mieux caractérisées s'éloignent des autres par l'absence de cette marque distinctive, tandis qu'il existe des Couleuvres proprement dites, qui offrent
le caractère indiqué par Boie. Un grand nombre de genres de la division des serpens non- venimeux comprennent plusieurs espèces à dents sillonnées, tandis que le système dentaire des autres espèces est souvent très uniforme, etc.
L'ordre dans lequel j'ai rangé les espèces n'est pas arbitraire. En comparant les espèces d'une coupe générique, on remarquera ({ue les caractères du genre se trouvent particulièrement prononcés dans une d'entre elles: on peut appeler cette espèce, l'espèce type de la coupe générique , mais toutes les autres , quoique modelées sur ce type, présentent des modificalions plus ou moins sensibles; quelques unes mêmes s'éloignent de ce type pour se rapprocher d'un autre groupe voisin, auquel elles servent de passage, •l'ai traité dans la partie descriptive de mon travail , des espèces suivant l'ordre qui je viens d'indiquerc Une table synoptique que j'ai jointe à mon ouvrage, facilitera la revue des espèces; elle indiquera les rapports mutuels qui lient les unes aux autres, en un mot, elle indiquera leurs affinités naturelles.
J'ai également joint a mon ouvrage plusieurs cartes et une table destinées à indiquer la répartition des espèces d'Ophidiens sur la surface du globe. L'objet que je me suis proposé en les publiant est seulement de donner un aperçu universel de la distribution géographique des Ophidiens; ceux qui voudront s'instruire plus spécialement, ceux qui voudront savoir précisément si telle ou telle espèce vit dans un terrein de
telle à telle nature, 11*0111 qu*à consulter la si ronde partie de mon ouvrage , dans laquelle ils trouveront les renseignemens nécessaires. J'ai d'ailleurs traité ce sujet dans une dissertation, intitulée: Essai sur la distribution géogra phiquedesserpens, laquelle est imprimée à la suite de mon livre. C est inutde de vous dire, Monsieur , que ce travail m'a coûté bien des précieux momens. Presqu'uuiquement borné à mes propres recherches par le défaut total de travaux fournissant l'énumération des espèces d'opliidiens d'un certain pays, je ne trouvai tics renseignemens utiles que dans les ouvrages du prince de Neuwied, de Spix , de Russel et dans celui publié par la commission de l'Egypte. Nous possédons, il esL vrai, des ouvrages, cités précédemment, lesquels embrassent la description des serpens d'un certain pays ; mais, outre que ces ouvrages sont en petit nombre, ils sont faits, pour la plupart, d'une manière peu conforme à l'état actuel de la science. Il y en a même qui offrent tout simplement une énumération des espèces caractérisées par une courte phrase, ou mieux, qui ne sont qu'une compilation des ouvrages existans sur l'Ophiologie. Pour faire connaître les productions d'un pays, il est d'abord nécessaire d'en rassembler une ample collection, composée d'individus de tout âge et de tout sexe. En disposant ces nombreux matériaux, sans se soucier de ce qui a été fait antérieurement , on parviendra à connaître les espèces suivant tous leurs r^oports. Il faut , avant de tracer les descriptions, comparer les espèces à leurs
congénères originaires d autres pays. En consultant enfin les travaux déjà existans, on parviendra facilement à débrouiller la synonymie et à relever les doubles emplois. Il est vrai que la composition d'un ouvrage dans ce sens est un travail au moins de plusieurs années , particulièrement lorsqu'on veut y joindre des notes sur les mœurs, sur les habitudes etc. , ce qui me paraît de première nécessité; mais un savant doit-il considérer le temps lorsqu'il s'agit d'être utile à la science?
Je juge nécessaire de dire quelques mots sur le choix que j'ai fait de la langue française pour composer mon livre. Les motifs qui m'ont porté à ce choix sont simples et faciles à deviner; aussi passerais-je ce sujet sous silence, si des voix graves ne s'étaient élevées contre quelques-uns de nos compatriotes , qui avaient pris le même parti que moi. De nos jours, où tout le monde cherche à s'instruire, où les sciences ont partout acquis de la popularité , où tant d'amateurs éclairés , l'homme du monde, de personnes instruites sans être savantes etc., auxquelles le latin ne peut être familier, ont contribué aux progrès des sciences: certes, dans ces temps heureux, il serait hors de saison de se servir d'une langue morte. Il fallait donc choisir parmi les langues vivantes. Le meilleur parti à prendre était certainement celui d'écrire dans ma langue maternelle, la seule qu'un homme puisse posséder parfaitement; mais des langues de l'Europe combien peu sont assez universellement répandues pour être comprises de tout le monde! Je me crois donc sufisamment
justifié, par les raisons ci dessus alléguées, (.l'avoir préféré la langue française aux autres langues modernes; les mêmes raisons me font espérer que mes lecteurs useront d'indulgence, en examinant mon ouvrage sous le rapport littéraire. Il ne me reste qu'à faire mention des moyens qui ont été à ma disposition pour composer mon livre. Il ne m'appartient pas de faire l éloge de notre Gouvernement, protecteur libéral des arts et des sciences; tout le monde sait que son Excellence le Ministre de l'intérieur ne laisse passer aucune occasion d'être utile aux sciences, et que M. van Rappart se montre toujours plein de zèle lorsqu'il s'agit de favoriser les études. L'Europe entière sait, par vos nombreux écrits, que les sciences naturelles ont reçu un accueil non moins favorable de la part du Gouvernement des Indes: je me tais par conséquent; qu'il me soit cependant permis de rappeler le nom de son Excellence, le Gouverneur de la Province de Drenthe, M. van Ewyck ; un nom si cher aux sciences , à tous ceux qui ont vus naître notre établissement national et particulièrement à moi. — Il est superflu de dire que les riches collections déposées dans les galeries du Musée des Pays-Bas ont servi de base à mes recherches; mais il importe de constater l'origine de ces collections, qui m'ont mis dans le cas d'assigner avec certitude à chaque espèce sa véritable patrie, et de pouvoir en conséquence fixer des lois constantes pour la répartition géographique des Ophidiens. Lorsqu'en 1820 vous conçûtes,
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Monsieur, le'iprojel d'ériger un monument nalioual digue de voire patrie, la eolleetiou des serpeus se composait d'une centaine d'échantillons, sans indication d'orisine et provenant pour la plupart de l'ancien Cabinet Académique. Les nombreux envois, expédiés au Musée des Pays-Bas par M. M. Reinwardî , Kuhl et van Hasselt, envois qui contenaient la plus grande partie des productions de nos Goloiiies aux Indes oiientales, offraient les moyens d'échange avec les Musées les plus célèbres, et procuraient à notre Etablissement d'autres objets de contrées que le pied du voyageur néerlandais n'avait pas encore foulées. Tel était l'état de la collection du Musée, lorsque feu Boie quitta l'Europe en iSsS, après avoir terminé son grand ouvrage sur les Reptiles de .lava. Cette collection, confiée depuis à mes soins, s'est étendue à l'égal des autres branches du Musée: elle est aujourd'hui portée au triple de ce qu'elle était. Le grand nombre de voyageurs, expédiés presque simultanément dans différentes contrées de notre globe , ont particulièremenÈ contribué à nous procurer une foule d'objets , parfaitement conservés, et dont la patrie est constatée d'une manier e précise. Quelques-uns de nos compatriotes, établis dans des contrées exotiques, se sont rendus utiles à la science, en faisant parvenir à notre Établissement depDelles collections conte- • nant les productions de leur -patrie adoptive. D'autres voyageurs modernes ont bien voulu nous céder les doubles du produit de leurs recherches, ce qui^ n'a pas moins contribué à rendre notre collection complète, que les achats