‹ Essai sur la physionomie des serpens (volume 2)Chapitre 11 sur 26 · VENIN · texte numérisé non relu

VENIN

s'évapore sans brûler ; il s'enfonce dans 1 eau , la trouble et la blanchit légèrement , lorsqu'on la secoue en l'y mêlant. Sa nature tient beaucoup de celle du mucus; en le mettant en contact avec des substances réactives , on découvre qu'il n'est ni acide ni alcalin; son odeur n'offre rien de particulier; appliqué sur la langue, il produit des sensations semblables à celles produites par la graisse; on peut même , suivant Fon- TANA (i) , le prendre à l'intérieur, sans que se déclarent les moindres conséquences fâcheuses: cette observation cependant a été récemment contredite par les expériences que le Docteur Hering (2) a faites à Surinam sur la nature du venin d un Crotale muet. Ce voyageur, prenant à différentes reprises des doses diverses de ce poison mêlé avec de l'eau , en ressentait les effets pendant huit jours et plus: ils se manifestaient par des douleurs dans le larynx et dans d'autres parties du corps , par une sécrétion multipliée de mucus dans les membranes du nez et de l'œsophage , par une diarrhée fréquente, accompagnée de douleurs dans le rectum etc. : à ces symptômes s'en joignaient plusieurs autres assez curieux, dûs à l'influence que ce poison aurait, selon M. Hering , sur les facultés morales.

Il conste de ce que nous venons de rapporter, que le venin des serpens ne produit des effets délétères que lorsque , en 1 introduisant dans une plaie, il se mêle au sang: dès lors se manifestent des symptômes morbides d'autant plus affreux et avec d'autant plus de rapidité que la quantité du venin a été considérable et qu'il a été inoculé dans une région du corps, riche en vaisseaux sanguifères. Voilà pourquoi la morsure des grandes espèces est plus dangereuse que celle des petites , pourquoi une piqûre faite à la langue ou dans une veine est presque toujours mortelle , tandis

f 1) Ce fait était déjà connu d.ins ranU(|nil('.

(2) A|). Stapf. Archh' X calu 1 ; voir 1.kn/./>», Ifîo sui\.

qu'elle esl souvent sans les moindres conséquences fâcheuses lorsqu'elle n'a atteint que les parties dures et calleuses du corps (i). Cependant il faut encore attribuer la plus ou moins grande activité du venin à beaucoup d'autres causes, outre celles déjà alléguées: tantôt ce n'est qu'une seule dent qui entre dans la chair, tantôt toutes deux y distillent leur venin; les crochets pénètrent avec plus de facilité dans une partie du corps peu volumineuse, telle que les doigts, que dans la cuisse, le tronc etc.; les serpens enfin, en mordant à plusieurs reprises , épuisent leur venin , de sorte que les piqûres subséquentes entraînent des conséquences moins fàcheiises que les premières. Il faut également considérer la taille de l'animal mordu par rapport à celle du serpent : en Europe, l'homme meurt rarement des suites de la piqûre de notre vipère; il faut même jusqu'à trois ou quatre vipères pour faire périr un cheval ou un bœuf, tandis qu'une seule morsure suffit pour tuer en peu de temps de petits mammifères. 11 n'en est pas ainsi dans les contrées tropiques, où la morsure des grands serpens venimeux a le plus souvent des suites également fatales pour l'homme et pour les animaux. Ainsi , on peut établir comme loi que l'activité du venin augmente avec une température du climat plus élevée,

(i) Le venin a beaucoup moins d'effel sur les animaux à sang froid que sur les mammifères et les oiseaux; sur la plupart des invertébrés, il ne produit pas les moindres effets fâcheux: ces faits nous montrent que le mot venin n'est pas toujours employé dans l'acception pi imitive , mais plutôt dans un sens relatif et plus particulièrement par rapport aux effets que produit ce (luidc sur Tliomme ou sur les animaux a sang rouge.

(2) Cette circonstance paraît avoir donné lieu à l'opinion émise par plusieurs naturalistes, que la Vipère elle-même et d'autres animaux tels que l'Orvet , les Buses , étaient à l'épreuve de la morsure des serpens venimeux; ces prétendus faits n'ont du moins été prouvés d'aucune manière certaine.

que la {)iqiire est d'autant plus dangereuse , que ce poison a été dislillé plus abondamment dans la plaie, et que l'animal qui fit la plaie et l'être qui en est la victime, ont été agités par des émotions plus vives. D'innombrables expériences ont été laites pour connaître le degré d'activité du venin des différentes espèces de serpens , et les moyens les plus sûrs pour en arrêter les effets. Laurentius s'est acquis de la célébrité par des essais de cette sorte; tout le monde a entendu parler des six mille expériences faites par Fontana ; les observations de RussET. à ce sujet sont passées dans presque tous les traités d'Erpétologie ; M. Davy y en a joint récemment plusieurs nouvelles, résultats d'expériences faites a l'île de Ceylan ; M. Lenz en a fait un grand nombre avec la vipère commune; enfin une foule d'autres naturalistes, des médecins , des chimistes ont rapporté des faits détachés , servant à éclaircir cette partie obscure du savoir humain. Mais malgré ce grand nombre d'observations , les résultats , que l'on peut en tirer sont peu satisfaisans. Toutes aboutissent à démontrer ce que nous avons dit plus haut , savoir que les symptômes , dont la morsure des serpens venimeux est suivie , sont modifiés à l'infini d'après les circonstances prévalentes. Pour obtenir des résultats sûrs, il faudrait faire un très grand nombre d'expériences avec des serpens de même taille, dans les mêmes lieux, dans la même température, et leur faire mordre des animaux de la même race, et de la même constitution : répétant ensuite ces mêmes expériences avec d'autres espèces de serpens, on pourrait parvenir à découvrir, en prenant comme résultat le terme moyen des observations, si la nature du venin diffère suivant les diverses espèces de serpens. Sans révoquer en doute cette hypothèse, émise par plusieurs aulenis, j'ai lieu de croire que la morsure des serpens venimeux pro[)rement dits est plus dangereuse que celle des venimeux colubriformes et des serpens de mer, à cause de la puissance des armes dont les premiers sont numls.

Le venin des ophidiens allecle beaucoup moins les animaux à sang blanc que les vertébrés. Chez la plupart de ces derniers les e f f e t s de la morsure se manifestent le plus souvent incontinent après qu'ils ont été mordus. Lhomme en ressent aussitôt une douleur aiguë dans le membre atteint par les crochets, qui ne font qu'une ou deux petites piqûres à peine perceptibles, et d'où s'écoulent quelques gouttes de sang: l'endioit blessé se gonfle ensuite et l'inflammation se déclare avec plus ou moins de promptitude; les progrès des effets du venin dans les autres parties du corps s'annoncent par une faiblesse générale; la marche devient pénible, la respiration gênée et difficile; le malade éprouve une soif ardenle; des nausées, des vomissemens succèdent bientôt , et sont souvent suivis d'angoisses, d'éblouissemens qui , conjointement avec les douleurs les plus vives, ôtent au souffrant l'usage de ses facultés intellectuelles. Des taches livides entourant la plaie sont les précurseurs de la gangrène qui, se propageant dans les autres parties du corps, entraîne la mort, après un terme plus ou moins long. Il est heureux que la piqûre des serpens, dans les contrées tropiques même ne soit pas toujours mortelle: cependant, les individus qui ont été mordus ressentent après guérison , et cela souvent toute leur vie, des souffrances périodiques, ou sont frappés d'une paralysie partielle ou complète des parties affectées, ou bien éprouvent une perturbation continuelle des facultés intellectuelles.

Nous aurons soin d'énumérer, en parlant des erreurs dont Ihistoire des serpens est enveloppée , plusieurs des prétendus antidotes contre la morsure des serpens; on a essayé une foule d'autres remèdes, dont l'efficacité a été vantée par les uns, révoquée en doute par d'autres, et enfin démontrée nulle par des expériences ultérieures. Chaque pays offre des pei sonnes, qui prétendent posséder l'art de guérir les morsures des serpens; mais on ne peut guère se lier à des gens superstitieux, le plus souvent inq>osleurs et dont toutes les connaissances

reposent sur l'empirisme. Souvent chaque tribu des nombreuses peuplades des deux Amériques a une manière diverse de traiter les malades de cette sorte: mais les plantes, dont les uns vantent les vertus, sont inconnus à d'autres ou rejettéespar eux. Dans les villages de l'Europe centrale, ce sont particulièrement des pâtres, des bergers qui, exerçant la médecine, ne jugent nullement au dessus de leurs capacités, de guérir les morsures des vipères. Aux Indes et en Egypte, cet art fait l'occupation d'une caste à part, aussi ignorante aujourd'hui que l'étaient leurs ancêtres des temps classiques. Au lieu de rapporter ici ce que l'on a écrit sur ce sujet , je me borne à signaler les remèdes, que l'on a employés avec le plus de succès et dont l'usage a été généralement reconnu.

La première précaution à prendre, lorsqu'on a été piqué par une serpent venimeux, est de nettoyer l'endroit mordu pour empêcher que le venin qui pourrait adhérer à la peau, ne puisse entrer dans la plaie lors de la scarification qu'il est bon de faire sur-le-champ; on peut également se servir de la pierre à cautère ou du fer rouge, pour corroder les chairs de cette partie. Après avoir ensuite lavé la blessure de nouveau , on la presse , et cherche à arrêter les progrès du venin en la suçant ou , ce qui vaut mieux en y appliquant la ventouse. Une ligature sur la plaie même, et une autre établie au dessus du lieu blessé si sa conformation le permet , pour empêcher la communication du venin dans les autres parties du corps, ont été reconnus être d'un grand service, pourvu qu'elles ne soient point trop serrées. Nous ne citons des nombreux remèdes proposés pour être pris à l'intérieur que les sudorifiques , que l'on censé être de bon effet. M. Lenz (i) a employé avec un succès déterminé l'acide muriatique oxigéné et recommande son application tant à l'intérieur qu'à l'extérieur:

[i) p. 1/^6 suiv.

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