‹ Essai sur la physionomie des serpens (volume 2)Chapitre 16 sur 26 · DU FOIE · texte numérisé non relu

DU FOIE

Chez tous les ophidiens, le foie se présenlesous la forme d'un long ruban aminci vers les bouts, quelquefois imparfaitement divisé en deux lobes, et qui s'étend le long de l'œsophage et de l'estomac , depuis le cœur jusque vers le pylore. La configuration de cet organe dépendant en grande partie de l'ensemble des formes du serpent, il sera superflu de décrire les innombrables modifications qu'il subit dans les diverses espèces ; il suffit de constater relativement à sa longueur, que l'extrémité postérieure du foie touche quelquefois au pancréas , tandis (]ue dans d'autres serpens , elle en reste considérablement

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éloignée. Sortant de la face intérieure du foie, le canal hej)atique descend vers le pancréas, pour conduire la hile dans l'intestin grêle: ce n'est que dans celte région et le plus souvent enveloppé du pancréas qu est situé le réservoir destiné à la réception de la bile, qui ne peut y arriver, comme l'a fort bien remarqué M. Duvernoy (i), que par une sorte de reflux. Constamment remplie d'un fluide abondant, la vésicule du fiel le décharge lors de la digestion, par un conduit court et qui se réunit sous un angle plus ou moins aigu au canal hépatique; le canal cholédoque ainsi formé, se loge entre les lobules du pancréas, pour percer l'intestin grêle; on reconnaît son orifice à un petit bourrelet, assez vaguement prononcé.

Les reins des opliidiens , remarquables par leur position peu symétrique , et par leur fornie alongée , sont divisés en un assez grand nombre de petits lobes, adhérens les uns aux autres au moyen du tissu cellulaire : ils sont ordinairement précédés par des corps extrêmement minces, qui représentent probablement les reins succenturiaux : placés le plus souvent à une petite distance de lanus , les reins s'étendent assez en avant dans la cavité abdominale. Les uréthères , conduits plus ou moins longs, suivant l'éloignement des reins de l'anus, sont assez spacieux, longitudinalement plissés à la face interne, (j^uelquefois élargis à leur bout inférieur en un (anal plus ou moins gros, naissant au bout supérieur des reins, et sétendanttout le long du bord externe de ces organes; ils déchargent lurine dans le (^loaque; leur embouchure est indiquée par un

DES orgam:s de \A (AiNEiWnoy. 45

ou deux hoinrt'U'ts , qiu'lcjueiois assez proiiDiicôs , saillaiis et prolongés en une protul)éian("e cylindrique: ces mêmes bourrelets tiennent lieu de la verge, car c'est par eux que se décliarge le sperme, les vaisseaux déférens donnant dans les uréthères. Cela prouvé, il faut considérer les deux corps que le mâle introduit dans l'intestin de la femelle lors de la copulation et qui se retirent ensuite dans la queue , comme de simples crochets au moyen descjuels ces animaux se retiennent ou se stinmlent durant cet acte.

DKS ORGANES DK LA GENERATION.

Les dimensions que présentent les corps dont nous venons <le parler chez plusieurs espèces, les piquans dont ils sont le plus souvent hérissés dans toute leur longueur , et avant tout la circonstance qu'ils ne conduisent aucune liqueur, sont autant de preuves pour rendre certaine l'assertion énoncée plus haut, et pour constater l'analogie dans l'arrangement des organes de la génération proprement dits chez les oiseaux et les ophidiens. Cette fausse verge, qui se trouve aussi chez les sauriens, est toujours composée de deux corps symétriques, parfaitement semblables l'un à l'autre, et qui occupent de chaque côté de la queue l'espace laissé par les apophyses transversaires et épineuses inférieures. Chacun de ces corps est formé par un prolongement de la j)eau de l'anus qui, descendant sous la queue, forme un cylindre plus ou moins long et fermé de tous côtés. Enveloppé extérieurement d'une menibrane tendineuse et d un muscle assez prononcé , ce cylindre est garni à la face interne de nombreuses appendices, tantôt molles tantôt dures, tantôt serrées et peu développées, tantôt volumineuses, éparses et sous forme de piquans : ce cylindre , se rétrécissant ensuite , les piquans prennent la forme de rugosités, ses parois augmentent en épaisseur,

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et sa structure offre de lanalogie avec le corps caverneux du pénis des classes supérieures du règne animal ; enfin à une distance d'un ou de deux pouces de l'anus, ce corps se termine en un muscle conique et tellement alongé, qu'il s'étend quelquefois jusque vers le bout de la queue. L'appareil que nous venons de décrire, en sortant lors de la copulation, se retourne comme le doigt d'un gant , et ce n'est que dans cet état, que l'on observe sa face interne hérissée de piquans et devenue alors externe. La forme de ces organes varie dans les diverses espèces d'ophidiens, tant par leur volume que par leur longueur ; mais aucune espèce ne les présente dune configuration aussi singulière que le Coluber canus du Cap, dont les fausses verges sont extrêmement alongées, garnies de très petits piquans serrés, et chacune parfaitement divisée, en sorte qu'il y a deux fausses verges de chaque côté ou quatre en tout.

On observe à la même place chez les femelles des ophidiens, une poche , appelée poche anale; elle est formée par une membrane blanche, élastique et très tenace, dont la face interne sécrète un fluide fétide, sentant fortement l'ail : attaqués les serpens font jaillir ce fluide par les issues de ces bourses à côté de l'anus. J'ai trouvé des organes absolument semblables chez les mâles de plusieurs espèces ; ils sont alors moins développés et situés au dessous de la fausse verge ; mais dans im grand nombre d'ophidiens ce sexe en est privé ou ces bourses sont remplacées par une petite poche, creusée de chaque côté de la base de la queue , dans la cavité anale même.

Les organes de la génération proprement dits des ophidiens se trouvent toujours dans la cavité abdominale: occupant la région des hypocondres en avant des reins , les testicules et les ovaires se font également remarquer par leur forme effilée et comprimée et par leur position, qui n'est pas symétrique comme dans les autres animaux. Ils sont renfermés, ainsi que les reins et les parties inférieures de l'intestin , dans des enveloppes du péritoine, membrane qui est souvent teinte,

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dans la région lombaire, d'une couleur noire, ( omnie cela a lieu chez beaucoup d'autres reptiles et cliez plusieurs poissons.

Les ovaires contiennent un assez grand nombre d œufs , dont la grandeur varie, et que l'on trouve disposés sur deux rangées. L'oviducte, pour recevoir les oeufs, a son bout antérieur élargi et terminé par un bord frangé; ce canal descend tout droit vers l'anus et donne , par une issue assez spacieuse, dans le fond du cloaque, au dessous de la valvule qui sépare cette cavité du rectum.

Les testicules, de forme variable chez les diverses espèces d'ophidiens, présentent une teinte moins foncée que les reins. Les vaisseaux déférens sortent de la face interne du testicule; en faisant de nombreux petits replis, ils descendent le long du bord externe des reins, et se collent dans toute leur étendue aux uréthères: se rapprochant sur le dos du cloaque, ils pénètrent les parois communes de cette cavité et des uréthères , et s'ouvrent dans l'embouchure de ces derniers, qui est indiquée comme nous l'avons déjà dit, par une élévation conique. Ces issues des vaisseaux déférens sont tellement délicates, qu'elles ne deviennent perceptibles que dans les serpens de très grande taille, ce qui rend les recherches anatomiques assez difficiles, parce que l'on ne peut ni enfler ces organes, ni passer la sonde, vu leur disposition ondulée.

DE LA DEGLUÏITIOIV.

La manière dont les serpens avalent leur nourriture est assez simple. Ils commencent toujours par la tête de leur proie qu'ils font entrer dans la gueule: pendant que les dents s'accrochent d'un côté dans la proie pour la retenir, la mâchoire opposée s'avance, et les dents s engageant dans la victime, la retirent dedans: au moyen de ce jeu alternatif des mandibules, pendant

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lequel liiiférieure joue plus particulièrement le dernier rôle ^ la déglutition est effectuée après des efforts plus ou moins grands suivant le volume de la proie ; c'est aussi dans cette même raison que sécartent les mâchoires, pour rendre la gueule plus spacieuse: durant cet acte, le serpent dégorge une salive abondante sur sa proie, qu'il rend par cela glutineuse, et plus facile à avaler. Quelquefois l'animal qu'ils veulent dévorer étant trop volumineux , ils ne viennent à bout de le faire entrer totalement dans leur gosier qu'au bout d'un temps considérable; les serpens trouvés dans cet état, offrent un aspect hideux: le dégoût qu'ils inspirent alors, augmenté par les odeurs méphitiques qu'exhale le cadavre de la proie déjà attaqué par la putréfaction , a donné lieu à de nombreuses fables, que les poètes n'ont pas laissé d'embellir. La déglutition se fait de la même manière chez tous les serpens que l'on a observés sans en excepter les venimeux qui lors de cet acte, redressent leurs crochets et les cachent dans la gaine des gencives, pour ne point les exposer à des injures (i).

La digestion se fait assez lentement , nonobstant Tactivité du suc gastrique des serpens : il paraît cependant que ce fluide n'est sécrété en abondance que dans les régions de festomac situées près du pylore; car les animaux que l'on retire du ventre d'un serpent sont toujours décomposés à leur bout inférieur, tandis que les parties qui se trouvent plus vers l'œsophage, n'offrent pas la moindre trace de putréfaction:

(i) Voir pour la déglutition des serpens les recherches de M. DncKs , insérées dans les Jn/i. (L se. iiat. 1827 XII p. 362, suiv.

DES OlUi. l)K LA CinCl LATlOiN. 49

j'ai vérifié ce tail, observé p;ir M. Lenz ;i), sur un oraiid nombre cl espèces exotiques. Dans la captivité, les serpens rejelent par la bouche les matières indigestes, telles (nie les plumes, les poils etc.: cette propriété leur est commune avec la plupart des oiseaux.

Lorsqu'on pt)ursuit un serpent qui vient d avaler sa nourriture, il la dégorge souvent pour se rendre plus alerte à fuir (2): ce fait a été également observé chez plusieurs oiseaux (3).

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