DES ORGANES DE LA CIRCLLATIOIV
Le cœur des ophidiens, le plus souvent de forme alongée, se fait remarquer par sa position écartée de la tête: il se trouve quelquefois à la fin du premier quart de la longueur totale du tronc. On lui reconnaît deux oreillettes spacieuses ^t séparées Tune de lautre par une cloison membraneuse; le ventricule au contraire est imparfaitement divisé en deux cavités assez étioites, par une cloison naissant de la base du cœur et s^e confondant dans les fibres charnues de cet organe: les ^raiois des oreillettes, quoique charnues, sont minces; celles du ventricule ont une épaisseur considérable, notamment sur le côté gauche de cette partie, qui s'étend en forme d'appendice conique sous l'oreillette gauche. Chaque oreillette communique avec le ventricule par une ouverture assez large, mais susceptible rl'être fermée au moyen d'une valvule. L'oreillette droite reçoit toutes les veines du corps qui forment, à lexception de la jugulaire gauche, avant de
(i) p. 48. — (2) Note comiminiquée par M. Dieperink à Paramaribo; voyez aussi Lenz. /. c. — (3) Les slercoraii"€s, les mouettes , les liiioridelles de nver, etc.
peiForer les parois de rorelilette, une espèce de sac plus ou moins long et qui offre, outre les tuniques ordinaires , une tunique musculaire bien prononcée: deux grandes valvules servent à fermer l'entrée commune des veines dans cette oreillette. Le sang parvenu dans la chambre droite du ventricule, est chassé dans l'artère pulmonaire, dont l'embouchure offre deux valvules ; comprise à sa hase dans le tronc commun des aortes , cette artère se courbe au dessous de l'aorte gauche et se rapproche, en s'éloignant de celle-ci, du poumon, dont elleborde la face postérieure avant de pénétrer rians l'intérieur de cet organe. TJne seule veine pulmonaire, perçant le poumon en arrière de l'artère du même nom , rapporte le sang oxydé dans l'oreillette gauche , qui est de forme conoïde et moins spacieuse que celle du côté droit. Le sang oxydé , après avoir passé dans la cavité gauche, est poussé vers le côté droit, où se trouvent les embouchures des deux aortes, d(^nt chacune offre deux valvules semicirculaires , même lorsque ces embouchures sont réunies en une seule, comme je l'ai observé plusieurs fois. Nous avons déjà dit (pie toutes les artères naissent dun même tronc, dont elles creusent poiir ainsi dire l'intérieur; les artèrescependant sont ie phis souveiît séparées l'une de l'autre par des cloisons qui, quoique chacune serve à la fois de parois à deux vaisseaux voisins, empêchent que le sang qu'elfes conduisent, puisse se mêler avant d entrer dans le cœur. L'aorte droite, beaucoup îîiolns grosse que la gauche, se divise, à peu de distance de sa sortie du îronc commun des artères, en plusieurs branches , (pii seules pourvoient de sang le cou et la tête ; se courbant ensuite en arrière, elle descend derrière le cœur pour se réunir avec l aorte gauche, qui a suivi de l'autre côté un chemin send)lable. Cette grande arîèie descend ensuite tout le long du corps, et ne se perd qu'à l'extrémité de la queue; elle pourvoit dans son cours les organes environnans : après avoir donné naissance aux artères intercostales, elle envoie des
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î)ranches à resfoniac et an i'oie, aux organes de la «vénération et aux reins; l'artère mésentère naît à-peu-près vis-à-vis du pylore, et il y a plusieurs autres branches qui se distribuent sur le canal intestinal. I/aorte droite envoie vers la tète, avant de desceiulre derrière le cœur , une branche considérable, iippelée par Guvier artère collaire (ij: cette branche après avoir fournie les artères intercostales du cou , pénètre les nuiscles fléchisseurs de la tête, où elle se perd. Les carotides naissent du tronc de l'aorte droite près de sa base: s'étendant le long de l'œsophagcT^ elles se dirigent vers la tête, dans laquelle elle pénètrent après s'être divisées en de nombreuses branches, qui pourvoient de saîig les organes situés à l'extérieur de la tête. Cette disposition des carotides, décrite d'après le Boa constrictor, est loin de se trouver la même dans les autres serpens, qui n'offrent ordinairement qu'une artère carotide unique (2) , celle du côté gauche; cette artère fournit à elle seule tout le sang de la tête de sang. Les carotides envoient une petite branche à la glande thyroïde, et d'autres branches aux organes renfermés dans la cavité du cou. Deux veines jugulaires, accollées aux carotides ou descendant le long de l'œsophage, rapportent le sang de la tête au cœur. J'ai observé chez un Boa constricteur trois veines impaires sortant de la coh)nne vertébrale: la première près de la tête, la deuxième vers le milieu du cou, lu troisième dans la région abdominale ; il est évident que , pour se rendre au cœur, la dernière veine monte, tandis que les deux autres descendent. La veine qui transporte le sang des parties postérieures de l'animal, se divise pour former les deux rénales qui bordent dans toute leur longueur la face interne des reins, dont elles reçoivent un grand nombre de petites branches ; après avoir donné naissance à la veine cave, la branche du côté droit se
(i) Arleria verlebralis, Schlemm. I. 1. — (2) L'artère carotide commune de CuviER ; arteria cephalica de Schlemm.
réunit à celle du côté gauche pour former une grosse veine; c'est la veine cave inférieure , qui pénètre dans le parenchyme du foie , pour recevoir le sang apporté par la veine porte ; en sortant de l'extrémité supérieure du foie, qui s'avance en pointe, cette veine cave parcourt une petite distance et entre comme partie principale dans la formation de ce sac veineux décrit plus haut, qui communique avec l'oreillette droite, et dans lequel plusieurs autres veines donnent: on observe de fortes valvules à l'embouchure de chacune de ses veines (i).
Le cœur des ophidiens porte constamment à sa face supérieure une glande conglomérée, plus ou moins développée et entourée de plusieurs autres glandes de forme et de nombre très divers selon les espèces : cette première glande a été regardée par plusieurs anatomistes comme l'analogue du thymus; d'autres , et je suis de ce nombre , font comparée à ia thyroïde (2).
Pour se faire une idée juste de la respiration des ophidiens, il faut examiner avec attention un serpent dans l'état de repos. On observe alors que le tronc se contracte et se dilate alternativement par le jeu des côtes , et que ce
(i) La description des organes de lacirculation a été en majeure partie dressée d'après le Boa constricteur : consultez pour des détails ultérieurs, les travaux de Cuvier Leçons (Variât, comparée, vol. 11; Schlemm dans TiKDEMANN Zeitschrift «0/. Il P. 1 PL 7 , Retzius Schwed. Verhandl. i83o et his iS'ii» p, 5a4suiv; Meckkl System, vol. F p^ 218 suiv. . — (2) Consultez l'excellent mémoire de M. Haugstedt, intitulé Thytni ilescriptio ^ p. \bi suiv.
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inouvcinent se léncle avec Icntcui" ci à iulei vulles réguliers; maison observe égiileiiieut , que les naiines restent fermées durant cet acte, et ne s'ouvrent qu'à des intervalles beaucoup plus éloignés, entre lesquels le corps se contracte souvent jusqu'à une trentaine de fois: il résulte de ces observations, que les poumons des ophidiens ont, outre leur fonction ordinaire, ce'.le de servir de réservoir à l'air atmosphérique; ce réservoir rempli par une seule inspiration, contient une quantité suffisante d'air pour que loxyciation du sang puisse se faire par les contractions des poumons, sans nécessiter une nouvelle inspiration, qui ne suit (jue lors de l'expiration de l'air contenu dans le pcnimon, et dont l'oxygène a été totalement absorbé.
La structure des poumons des ophidiens prouve à 1 évidence ce que nous venons d'avancer : elle est notamment remarquable sous deux rapports, d'abord parce que le poumon se termine ordinairement en une vessie ou un sac sans cellules, fornié simplement par une production de la membrane séreuse, enveloppant le poumon; et en second lieu, parce que les rameaux les plus considérables des conduits aériens s'ouvrent dans l'intérieur de la cavité du poumon même: par celte première disposition le poumon des ophidiens devient un réservoir assez spacieux pour contenir un volume d'air suffisant à un grand nombre d'inspirations; par la seconde, l'air contenu dans ce réservoir peut être chassé dans les cellules, par des contractions du thorax, sans qu'une nouvelle inspiration soit nécessaire.
La configuration du poumon subit de nombreuses modifications dans les différentes races d'ophidiens. La forme de cet organe est ordinairement celle d'un sac simple, conique et s étendant depuis le cœm^ vers les régions inférieuies de lestomac, où il se termine en une poche membraneuse. La trachée, composée d'un grand nombre de demi-anneaux qui sont réunis antérieurement par une membrane, aboutit
dans la naissance du poumon par une ouverture coupée obliquement ; cet organe se divise cependant plus ou moins parfaitement en deux bronchies chez les boas, chez la plupart des t o k t r i x , des d i ps a s et chez plusieurs autres ophidiens, où l'on aperçoit le vestige d'un second lobule du poumon, quelquefois de moitié aussi grand que celui de l'autre côté. Les cellules aériennes de la cavité pulmonaire s'étendent chez plusieurs ophidiens, sur la membrane qui réunit les anneaux de la trachée artère, de sorte qu'elles occupent quelquefois cette membrane dans toute sa longueur; il y a d'autres espèces, où cette membrane assez dilatéerenferme un nombre de cellules aussi considérable que le poumon même; chez le Xénodon sévère, chez les serpens venimeux proprement dits et chez d'autres ophidiens , cette membiane élargie en sac assez spacieux, contient à elle seule toutes les cellules aériennes, de sorte qu'il résulte de la disposition particulière du poumon un déplacement complet de cet organe qui, contrairement à ce que l'on observe chez les autres ophidiens, est situé en avant du cou entre la glotte et le cœur. La disposition des organes de la respiration chez les serpens de mer est encore plus extraordinaire: dans I'hy dro phis colubrin la trachée artère se prolonge jusqu'aux hypocondres , où elle se termine en un sac membraneux qui s'étend jusqu'à une distance de deux pouces de l'anus ; mais au lieu d'une membrane qui réunit les anneaux de la trachée, c'est le poumon qui enveloppe ce tube dans toute sa longueur. Chez I'hydropkis pELAi^îis la trachée artère s'enfle dès son origine pour se rétrécir vers le cœur , forme un canal très étroit, et descend derrière l'estomac pour s'élargir de nouveau en un sac très spacieux , dont le bout s'étend jusqu'à l'anus, en se logeant entre les apophyses épineuses inférieures de la queue; les cellules aériennes chez cette espèce sont beaucoup moins nombreuses que chez la précédente, quoiqu elles boident la trachée depuis son origine jusqu'au point
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ou elle ioriue cet ;jppeiuli(!e spacieux , qui lieui [irobal )!(.'nient aussi lieu rie vessie natatoire.
Cette disposition diverse des organes de la respiration variant même chez les diiïérentes espèces des ophidiens , prouve à l'évidence, (jue la forme de ces organes est de ])eu d'importance pour l'exercice de ses fonctions , et que l'on a eu tort de tirer de ces anomalies de forme, des caractères pour la classification des serpeiis, ou de regarder les espèces dont le poumon est divisé en deux lobes, connue consumant un volume plus considérable d'oxygène, et comme étant [)ar conséquent d une organisation plus parfaite.
Les cellules aériennes principales sont quelquefois supportées pardes rubans cartilagineux et étroits , qui se per<lent dans les petits tuyaux formant cette partie du réseau pulmonaire, où a lieu l'oxydation. Le bout supérieur dn larvnx est surmonté par les deux cartilages aryténoïdes, qui laissent entre eux une simple fente longitudinale, la glotte: cet appareil simple, mu par deux paires de muscles, représente chez les ophidiens , l'organe de la voix qui ne consiste qu'en un sifflement plus ou moins aigu , produit par lair chassé des poumons. Cette ouverture correspondant avec l'ouverture intérieure des narines, est plus ou moins rapprochée de lextrémité du museau, suivant que l'espèce fréquente les eaux ou la terre.