SOCIÉTÉS SAV;\JV;TES
a-^Â}4ânB
L'origine de l'ouvrage que je mets au jour, remonte aux premiers temps de mes études; je puis par conséquent le regarder comme mon premier travail dans Tiiistoire naturelle. Vous m'avez accordé la faveur de mettre votre nom à la tête de mon livre: cette permission honorable m'offre la plus belle occasion de vous témoigner publiquement ma reconnaissance et de faire savoir au monde savant, combien vous avez contribué à faciliter mes recherches, ou plutôt, que c'est à vous que l'on en doit la publication. Après le départ pour les Indes de notre infortuné ami feu Boie, vous eûtes la bonté de confier à mes soins les collections étendues quiembrassent les animaux vertébrés, l'anatomie comparée et les fossiles: collections qui forment la plus belle partie du Musée des Pays-Bas. Excité par l'exemple de mon
ÏV
impression , mais elle est tl'aulant plus difficile à analyser, que les êtres que nous examinons sont plus compliqués; car plus leur nature est élevé plus les divers traits se confondent dans l'harmonie de l'ensemble. Une des parties les plus essentielles de la tache <jue se propose le zoologiste, me paraît être d'analyser cette harmonie et d'indiquer chaque trait caractéristique dans ses rapports avec l'ensemble. Cependant, nos méthodes modernes nous conduisent précisément sur un chemin opposé à celui que je viens d'indiquer ; l'exemple faussement interprêté du sublime auteur du système de la nature, a même sanctionné l'usage de borner ordinairement la connaissance des êtres à tels caractères qui se présentent au premier aspect.
En examinant une série d'animaux vivans , l'observateur attentif remarquera qu'il se peint dans leurs traits , dans leur regard et jusque dans leurs formes, l'expression de certains penchans, d'habitudes, de passions , qui sont, d'une manière plus directe que chez l'homme , le résultat de l'organisation. On parviendra, en réitirant les observations, à reconnaître à ces traits les diverses espèces d'animaux; on saisira les relations qui lient ces espèces les unes aux autres; on les rapprochera et en procédant synthétiquement, on atteindra à la méthode naturelle. Cette série d'êtres ainsi rapprochés, fera une impression totale, semblable à celle que le faisait un être isolé; une impression qu'il faut peindre dans son ensemble pour en faire connaître les traits principaux.
Cette manière d'envisager la nature est, à la vérité, diamétralement opposée à celle qui part de quelques caractères isolés pour faire connaître les êtres ; mais , comme elle est la seule qui offre les moyens de tracer un tableau fidèle de la nature , comme elle dégage l'esprit , enchaîné dans les bornes étroites des niéthodes artificielles, on devrait fixer de bonne heure l'attention du jeune naturahste sur l'universalité de ces vues et l'accoutumer à saisir, à la fois d'un coup-d'œil, tous les traits dont l'ensemble forme le caractère particulier à chaque être.
Mes propres tentatives et l'exemple de mes prédécesseurs m'ont démontré à l'évidence que la méthode artificielle peut s'employer avec beaucoup moins de succès chez les Reptiles que chez les autres animaux, et qu'en suivant ces principes, on ne parviendra jamais à donner à la science cette clarté si nécessaire au commençant. Je me suis donc efforce en publiant mes travaux , de tracer en peu de mots le portrait fidèle de chaque espèce , considérée dans les divers rapports avec les espèces voisines ; d'indiquer le passage d'une coupe imaginaire à l'autre , et de réduire la science aux élémens les plus simples: tel est le but de ma classification. Pour parvenir à ce but sans faire des innovations, je me suis servi, relativement à la nomenclature, des matériaux que j'ai trouvés en abondance dans les ouvrages de mes devanciers. J'espère que les savans me sauront gré de cette mesure ; car quelle est la mémoire capable d'embrasser la nomenclature, même d'une seule classe du règne
animal, et de s'en servir pour se reconnaître dans l élude de la nature ? Dans quelle confusion les naturalistes modernes n'ont-ils pas plongé la plus belle des sciences , en érigeant ces systèmes inintelligibles, dont le seul mérite se réduit souvent à une vaine pompe de paroles qui étourdissent au lieu d'éclairer. Ces systèmes ne me semblent faits que pour leur auteur, et manquent leur but, qui est d'offrir un guide au commençant jusqu'à ce qu'il soità portée de juger lui-même qu'il n'existe point de systèmes dans la nature. Encore ces méthodes artificielles modernes ne sontelles pas même à l'épreuve d'un examen rigoureux: on est loin d'avoir fixé ce que l'on entend par espèce , par genre ; de petites différences de forme de quelque partie isolée, due, soità unaccident, soit à l'influence d'un climat divers, suffissent souvent aux naturalistes pour diviser une espèce en plusieurs sous-espèces et pour désigner chacune sous une épitliète particulière; quelques unes de ces espèces imaginaires réunies forment des coupes que l'on se plaît à appeler sous-genres quoiqu'elles ne soient à la vérité que les espèces elles-mêmes etc. A quels résultats doivent conduire de pareilles vues La critique des ouvrages de plusieurs de mes devanciers m'a donné beaucoup de peine: il fallait être sévère; je l'a été, mais aussi j'ai été impartial. J'avoue ne pas concevoir comment plusieurs de ces travaux si difficiles à consulter peuvent être utiles au voyageur qui, en sa qualité de polygraphe, doit rapidement se familiariser avec la nature des êtres, afin de régler ses observations. Un livre est ordinai-
remenl, pour le savant habitant les villes de province, le seul moyen d'étudier les productions exotiques de la nature: en un mot, les livres lui tiennent aussi lieu des collections. Le mien est seulement fait pour répondre à ce but, ou à celui de connnuniquer mes observations au public où à ceux qui ne sont pas a portée d'en faire eux-mêmes.
Vous concevez, Moi^sieur, que j'ai rencontré lors de mon travail de grandes difticultés: difficultés, qui tiennent leur origine soit de la nature de la chose, soit de la manière dont on a cultivé la science jusqu'à présent. Le premier objet de mes recherches était la détermination rigoureuse des espèces. Pour arriver à ce but, je fus obligé de faire l'histoire de chacune d'elles, d'en étudier chronologiquement la synonymie, de former des commentaires sur tous les ouvrages iconographiques, pour prouver enfin, au moyen de comparaisons des figures et des descriptions , l'identité des innombrables espèces nominales avec quelqu'une de celles que je reconnais exister. C'était principalement en m'occupant de ce travail ingrat et fastidieux , qu'd fallait employer la critique la plus sévère. Je n'entrerai pas dans plus de détails, pour discuter la question, s'il existe dans la nature, des espèces ou non, s'il faut peut-être adopter l'existence de races, etc.; je me bornerai à justifier mes idées, lorsqu'elles se rencontreront avec celles de mes prédécesseurs.
Je me suis proposé de n'adopter dans mon livre que des espèces connues d'une manière précise. En soumettant les espèces, reçues dans la catalogue méthodique des êtres, à
vni
un examen rigoureux, on en compte un grand nombre d'origine incertaine; d'autres sont établies d'après de vieux exemplaires décolorés; d'autres encore y ont été introduites d'après un examen superficiel et sans avoir été comparées aux espèces voisnies: quelques mots suffisaient pour les caractériser; mais très souvent ces diagnoses ou même les descriptions détaillées, ne contiennent que l'énuméraiion de traits propres à toutes les espèces du genre, en sorte qu'après les avoir analisés et rejetés l'un et l'autre, il ne reste aucune marque distinctive pour l'espèce. On peut dire la même cliose des genres établis souvent avec autant de négligence. Suivant mon opinion, une description qui n'est pas comparative, ne peut offrir aucune utilité. S'il est vrai qu'un genre représente l'ensemble de toutes les espèces qui y sont rangées, il faut aussi avouer , que l'on ne peut parvenir à la connaissance de ces dernières, qu'en les comparant entre elles, et en constatant ce qui est propre à cliacune d'elles et commun à toutes. Certes, il ne peut résulter que peu de fruit pour la science de l'admission d'espèces dont on ignore toutes les propriétés et dont on ne connaît que le nom qu'on leur a imposé; des espèces dont le nombre toujours croissant embrouille les métliodes. L'étude de la nature ne consiste pas dans cette connaissance superficielle des êtres; mais elle les envisage sous le triple rapport de la zoologie, de l'anatomie et de la géograpliie physique. Mon but principal, ayant été, en publiant mes recherches , d'exposer les relations qui existent entre les
animaux et les lieux qu'ils habitent, j'ai jugé nécessaire de n'adopter des espèces dont on ignore la patrie, que lorsque quelque trait saillant dans l'organisation pouvait les rendre d'un véritable intérêt pour la zoologie ou pour la physiologie.
Il faut aussi user de circonspection, en consuhant les données sur la patrie des animaux, telles qu'elles sont consignées dans la plupart des ouvrages. Peu de naturalistes sont à même de se procurer les objets de la première main , et on peut rarement se fier à la véracité des marins qui, souvent trompés eux-mêmes, rapportent de leurs voyages des objets d'histoire naturelle de contrées éloignées de celles qu'ils ont visitées. On transporte quelquefois les objets d'une colonie à l'autre; ils passent par plusieurs mains, on oublie leur origine; enfin on les envoie en Europe sous le titre de productions d'un pays qu'ils n'ont jamais habités. J'ai eu souvent l'occasion d'être témoin oculaire de méprises de cette nature. H y a quelques années, qu'un de mes amis reçût une petite collection de Reptiles javanais d'un jeune planteur de Surinam , qui prétendait en avoir recueilli quelques-uns lui-même dans les environs de Paramaribo; j'eus beau démontrer au nouveau possesseur, que des animaux javanais, tels que le Gecko guttatus, l'Élaps furcatus, le Galeotes gutturosus et d'autres, ne sauraient habiter en même temps deux contrées aussi éloignées : on n'attacha aucune croyance à mes démonstrations. On nous a souvent adressé du Cap de Bonne Fspérance des Reptiles des îles de
Ceylan el do Java. M. Kliiikeiiherg h Utrecht possède une belle variété du Boa ceiichria, que des matelots lui ont apporté comme ayant été pris a Java; et cetteerreur aengagé feu Boie d'en faire une nouvelle espèce de Boa, appartenant à l'ancien monde, lin de mes amis, acceptant l'offre d'un émigrant pour les Etats-Unis, de faire des collections d'histoire naturelle, lui fournil les moyens d'expédier le premier envoi; cet envoi arriva: il contenait une collection de reptiles du Cap de Bonne Espérance. Parmi les reptiles, rapportés par M. iîlomlioffet décrits par feu Boie comme provenant tous du Japon, se trouvent évidemment des espèces de Java ou des îles voisines, comme cela a été depuis démontré par les reclierciies de M. M. von Siebold et Burger. Feu Spix a fait figurer parmi les animaux découvertsau Brésil, plusieurs espèces recueillies lors de son séjour a Gibraltar, et y a même ajouté des notes sur liurs mœurs, sur les lieux qu'ils habitent, etc. Je me lais sur l'ouvrage de Seba, dont la plupart des indications de pays sont inexactes.
D'autres difficultés, non moins grandes, se présentaient en faisant la critique des ouvrages iconographiques. Il paraît que l'on ne s'est pas toujoui's bien pénétré du but que doit remplir une figure. Suivant ma manière de voir, elle ne doit pas simplement servir à reconnaître l'animal qu'elle représente; mais elle doit remplacer l'animal pour celui qui n'est pas à même de se le procurer. Or, pour répondre à ce but, il faut que la figure soit dans toutes ses parties d'une exactitude mathématique, afin que l'on puisse
étudier les proportions relatives des organes; il faut éviter par cette même raison les raccourcis autant que possible el ne point embrouiller la figure par des ombres projetées. Le choix des objets demande également de la circonspection: l'agonie d'une mort violente laisse souvent des traces dans , les traits convulsifs de la face; quelques parties éprouvent des lésions accidenlelles, lors de l'emballage des objets; cbez d'autres, les organes changent leur position respective; ce qui est particulièrement le cas chez les ophidiens, dont les os de la tête sont susceptibles d'un mouvement assez considérable. Fai traçant mes figures, j'ai lâché d'éviter tous ces obstacles; je me suis toujours servi d'individus en état parfait de conservation et je n'ai jamais copié que la nature; j'ai suivi le même principe pour mes descriptions, et lorsque je n'ai pu le faire , je l'ai expressément indiqué.
L'examen comparatif des écrits de mes devanciers m'offrait de loin les obstacles les plus difficiles à surmonter. La cause principale dont j'ai souvent fait mention, et qui paraît avoir engendré les erreurs nombreuses qui défigurent nos systèmes, est la multiplication des espèces et des genres, érigés et introduits dans le système, d'après dts caractères isolés. Les exemples qui pourront justifier ce que je viens de dire, sont innombrables: que l'on consulte mes articles Eryx , Naja porphyrica , Boa cenchria. Python Peronii et bivittatus, Âcrochordus , Tropidonotus bipunctatus et fasciatus , Grotalus horridus, Vipera berus et maint autre, et l'on se convaincra que la même espèce
xri
porte souvent une douzaine d epithètes, qu elle a souvent été répartie clans plusieurs genres divers, qu'elle forme même les types de différentes familles, qui figurent, tantôt parmi les serpens venimeux, tantôt parmi les non-venimeux! Que l'on examine les élémens hétérogènes dont les auteurs ont composé leurs genres Boa, Ilurria, Scytale , Elaps, Trimeresurus et Vipera ! En suivant ces vues, il fallait être fidèle à ce principe de classification , séparer les Pythons des Boas et les placer dans une autre famille ; il fallait éloigner l'Hydropliis coluhrin de ses congénères, ranger les Acrochordes parmi les serpens de mer etc.
Vous verrez dans la suite de mon travail, qu'il est ahsoluinent impossible de classer les Ophidiens , en établissant de ces caractères tranciiés et isolés; ce sujet est de trop d'importance cependant , pour que je puisse déjà le quitter ; je me contenterai de citer encore quelques exemples , propres à défendre mes idées contre celles de mes adversaires , quoique je craigne d'avoir déjà épuisé votre patience. Tout le monde conviendra, que le genre Dryiophis est un des plus naturels de l'ordre entier: on peut lui indiquer pour traits distinctifs, soit un museau effilé en trompe, soit des dents maxillaires moyennes et postérieures plus longues, soit une p^runelle transversalement alongée , soit des teintes vertes, soit enfin les écailles lisses ; mais aucun de ces traits ne peut s'appliquer à toutes les espèces à la fois. On fixe pour caractère essentiel des Najas un cou extensible ; mais chez les diverses
espèces cjui composent ce genre, la faculté de dilater le coa s'observe dans tous les degrés , en sorte que celles qui s'éloignent le plus du type , offrent à peine les traces de ce caractère. Presque tous les serpens venimeux proprement dits présentent des écailles carénées ; mais personne n'éloignera de cette famille les Trigonocéphales rliodosîoma et nigromarginatus , parce que leurs écailles offrent une surface unie ; personne ne rejetera de la famille des serpens venimeux col ubri formes, dont les écailles sont ordinairement lisses, les Naja hœmachaîes et Vnigrum , où le cas opposé à lieu. On observe dans la première famille un assez petit nombre d'espèces dont la tête revêtue de plaques les rapproche de la seconde famille, quoiqu'elles réunissent d'ailleurs tous les caractères de la première. Peut-on méconnaître l'affinité qui existe entre les Boas et les Acroclîordes , bien que ces derniers aient une queue comprimée et qu'ils manquent de crochets à l'anus? A quelle confusion n'ont pas donné lieu les innombrables différences individuelles dans la disposition des plaques de la tête chez les Boas et les Pythons î Ni la position des narines , ni la configuration des lames frontales , ni la présence , ni le défaut de dent cannelée, ne sont des caractères constans dans le genre Homalopsis. Feu Boie a assigné aux Tropidonotes trois plaques oculaires postérieures: cependant quelques espèces parmi les mieux caractérisées s'éloignent des autres par l'absence de cette marque distinctive, tandis qu'ir existe des Couleuvres proprement dites, qui offrent
le caractère indiqué par Boie. Un grancl nombre de genres de la division des serpens non-venimeux comprennent plusieurs espèces à dents sillonnées, tandis que le système dentaire des autres espèces est souvent très uniforme, etc.
L'ordre dans lequel j'ai rangé les espèces n'est pas arbitraire. En comparant les espèces d'une coupe générique, on remarquera que les caractères du genre se trouvent particulièrement prononcés dans une d'entre elles: on peut appeler cette espèce , l'espèce type de la coupe générique , mais toutes les autres , quoique modelées sur ce type, présentent des modifications plus ou moins sensibles; quelques unes mêmes s'éloignent de ce type pour se rapprocher d'un autre groupe voisin, auquel elles servent de passage. J'ai traité dans la partie descriptive de mon travail , des espèces suivant l'ordre (|ui je viens d'indiquer. Une table svnoplique que j'ai jointe à mon ouvVage, facilitera la revue des espèces; elle indiquera les rapports mutuels qui lient les unes aux autres, en un mot, elle indiquera leurs affinités naturelles.
J'ai également joint a mon ouvrage plusieurs cartes et une table destinées à indiquer la répartition des espèces d'Ophidiens sur la surface du globe. L'objet que je me suis proposé en les publiant est seulement de donner un aperçu universel de la distribution géographique des Ophidiens; ceux qui voudront s'instruire plus spécialement, ceux qui voudront savoir précisément si telle ou telle espèce vit dans un terrein de
telle à telle nature, n'ont qu'à consulter la scconrlc partie de mon ouvrage , dans laquelle ils trouveront les renseignemens nécessaires. J'ai d'ailleurs traité ce sujet dans une dissertation, intitulée: Essai sur la distribution géogra • phiquedesserpens, laquelle est imprimée à la suite de mon livre. C'est inutde de vous dire, Monsieur , que ce travail m'a coûté bien des précieux momens. Près qu'uniquement borné à mes propres recherches par le défaut total de travaux fournissant l'énumération des espèces d'opliidiens d'un certain pays, je ne trouvai des renseignemens utiles que dans les ouvrages du prince de Neuwied, de Spix , de Russel et dans celui publié par la commission de l'Egypte. Nous possédons, il est vrai, des ouvrages, cités précédemment, lesquels embrassent la description des serpens d'un certain pays ; mais, outre que ces ouvrages sont en petit nombre, ils sont faits, pour la plupart, d'une manière peu conforme à l'état actuel de la science. Il y en a même qui offrent tout simplement une énumération des espèces caractérisées par une courte phrase, ou mieux, qui ne sont qu'une compilation des ouvrages existans sur l'Ophiologie. Pour faire connaître les productions d'un pays, il est d'abord nécessaire d'en rassembler une ample collection, composée d'individus de tout âge et de tout sexe. En disposant ces nombreux matériaux, sans se soucier de ce qui a été fait antérieurement , on parviendra à connaître les espèces suivant tous leurs rapports. Il faut , avant de tracer les descriptions, comparer les espèces à leurs
xvirr
Monsieur, Ic'projet d ériger un monument national digne de votre patrie, la collection des serpcns se composait d'une centaine d'échantillons, sans indicaùon d'origine et provenant pour la plupart de l'ancien Cabinet Académique. Les nombreux envois, expédiés au Musée des Pavs-Bas par M.RÎ. Rei n wa rd t , Kubl et van îlasselt, envois qui contenaient la plus grande partie des productions de nos Colonies aux Indes orientales, offi'aient les moyens d'échange avec les Musées les plus célèbres, et procuraient a notre Établissement d'autres objets de contrées que le pied du. voyageur néerlandais n'avait pas encore foulées. Tel était l'état de la collection du Musée, lorsque feu Boie quitta l'Europe en tSsS, après avoir terminé son grand ouvrage sur les Reptiles de Java. Cettfi collection, confiée depuis à mes soins, s'est étendue à l'égal des autres branches du Musée : elle est aujourd'hui portée au triple de ce qu'elle était. Le grandnombrede voyageurs, expédiés presque simultanément dans différentes contrées de notre globe , ont particulièrement contribué à nous procurer une foule d'objets, -parfaitement conservés, et dont la patrie est constatée d'une manière précise. Quelques-uns de nos compatriotes, établis dans des contrées exotiques, se sont rendus utiles à la science, en faisant parvenir à notre Établissement de belles collections conte- ■ nant les productions de leur 'patrie adoptive. D'autres voyageurs modernes ont bien voulu nous céder les doubles du produit de leurs recherches, ce qui n'a pas" moins contribué à rendre notre collection complète, que les achats
tails à Paiis, a Londres cl dans pkisieurs autres capilalcs. Des particuliers enfin se sont empressés de nous communiquer tous les objets, qui pouvaient être de quelque utilité à mon travail.
La petite série d'Opliitliens de la Nouvelle Hollande, qui fait partie du Musée des Pays-Bas, a été acquise à Londres. Le voyage de découvertes à la Nouvelle Guinée^ entrepris dans les années iB^y et i8a8 par les ordres de notre Gouvernement colonial , nous a fourni un grand nombre d'objets d'histoire naturelle inléressans et la plupart inconnus. Timor, Amboine et les autres îles adjacentes ont été explorées à différentes reprises par nos voyageurs. Une résidence continuelle de ces infatigables naturalistes, à Java , durant près de vingt années , a contribué à rendre les productions de la partie occidentale de cette île presque aussi connues que celles de l'Europe. Mon ami le Docteur Strauss m'a rapporté une petite collection de Reptiles, formée pendant son séjour à Manado , à la pointe orientale de Célèbes. M. M. von Siebold et Biirger ont recueillis, pendant leurs voyages au Japon , une grande quantité d'ophidiens qui, appartenant toujours aux mt-mes espèces, nous ont appris, combien cet empire a été exploré sous le rapport de l'histoire naturelle. Nous ne possédons c[ue peu de serpens de la Chine, de Sumatra|, de Malacca et en général de la partie orientale de l'Asie: le Docteur de Witt établi à Bedford, nous en a présenté quelques uns; d'autres ont été acquis par nos voyageurs aux Indes. Un envoi ^ fi\it de Bengale
en 1827 au Musée clos Pays-Bas, couteuail les dépouilles d'un bon nombre des espèces décrites par Russel. Les productions de Ceylan ne nous sont connues que d'après les échantilloiîs originaires de plusieurs musées de la Hollande, et pai' une petite collection due aux soins obligeans de M. le Docteur Smitli, Directeur du Soulh-Afiican- Museum. M. Liclitenstein , enfin, nous a cédé quelques espèces d'Ophidiens , provenant du voyage de M. Eversman en Ta rt a rie.
Les serpens de l'Europe nous ont été en partie communiqués par quelques uns de nos amis, en partie par plusieurs voyageurs et par le Musée de Vienne: nous devons à ce dernier établissement les serpens de l'Autriche et de la Hongrie; l'infortuné Michdhelles nous a fait parvenir quelques échantillons recueillis en Espagne et la plupart de ceux qui habitent la Dalmatie, contrée visitée depuis par notre voyageur M. François Cantraine qui , explorant ensuite l'ttalie, la Sardaigne et la Sicile , nous en a envoyé les productions; M. Roux nous a adressé les Reptiles du Sud de la France, M. Lenz ceux de l'Allemagne centrale, etc. etc.
Le voyage de M. Rùppell a fourni à notre Musée la plupart des productions de l'Egypte. Le Colonel Humbert nous a rapporté plusieurs serpens pris dans les États Barbaresques , particulièrement dans les environs de Tunis. Amateur éclairé, M. Clifford, consul Néerlandais à Tripoli, a exploré en naturaliste les environs de celte
ville , il est vrai , peu riche en productions d'histoire naturelle. Le climat insalubre et destructeur pour la plupart des Européens qui visitent la côte de Guinée, est la cause que les objets d'histoire naturelle nous parviennent en si petit nombre de notre colonie, établie sur cette terre promise; cependant c'est à M. le Professeur Eschricht à Copenhague, que nous sommes redevables d'une trentaine de serpens, recueillis dans les environs du fort Danois, sur cette même cote. La pointe australe de l'Afrique a été explorée par les naturalistes hollandais pendant une longue série d'années. MM. Kuhl , van Hasselt, Boie et Macklot, abordant la ville du Cap lors de leur voyage aux Indes , y ont formé des collections ; M. le Docteur van Horstok, mis à même par sa longue résidence dans cette ville, de se procurer les objets les plus rares, a fourni successivement à notre Musée les matériaux: pour une Faune presque complète de cette colonie florissante; M.M. les Docteurs Smuts et Smith enfin, ont également contribué à enrichir nos galeries de plusieurs serpens africains peu connus.
Il n'y a, à proprement parler, que deux pays du vaste continent de l'Amérique méridionale, qui aient été explorés sous le rapport de la Zoologie : le Brésil et la Guiane. Une partie des objets, produit des voyages de M. Natterer dans plusieurs provinces de cette première contrée et qui sont déposés au Musée de Vienne, ont été communiqués au nôtre. Le Prince de Neuwied, qui a visité la côte
orientale du Brésil, située entre le 1 3 et q 3 degré de latitude îiustrale, a bien voulu nous céder les doubles des Reptiles recueillis par lui. Ces exemples ont été suivis par feu Spix, dont les courses se sont étendues plus au Nord , le long des bords du Maranon jusqu'à Bahie. Une pelitc suite d'ophidiens du Brésil, recueillis par M. M. Olfers, Freireiss et Beske fait également partie du Musée des Pays-î3as. Plusieurs envois de Reptiles originaires de la Province de St. Paul, nous ont été adressés de Paris, par M. Beske de Hambourg et par M. Boie de Kiel. Les belles et nombreuses collections que notre Établissement doit aux soins désintéressés de M. Dieperink, résidant à Paramaribo, nous ont fourni les moyens de faire l'énumération de la plus grande partie des productions de notre colonie à Surinam. Nous tenons du Prince de Musignano et du Professeur Troost àNasliville, les Reptiles de l'Amérique septentrionale qui font partie de notre Musée. Le premier nous a rapporté un bon nombre d'objets , originaires des Provinces septentrionales des Etats-unis; le second, étabb dans la Province . de Tennessee , a mis beaucoup de zèle pour nous procurer les productions de la partie méridionale de l'Amérique du Nord.
•J'ai omis dans Ténumération des moyens dont j'ai pu disposer, de faire mention des personnes qui ont bien voulu me céder des objets rares et qu'il m'aurait été difficile de me procurer, ou qui ont en général contribué à rendre mon travail le plus complet possible. Je me borne
xxiir
à citer M. M. les Professeurs van Swinderen à Groningue, Vrolik à Amsterdam, van der Iloeven et van der Boon-Mescli à Leyde et le Docteur van Hoorn. M. Klinkenberg à Utrecht a mis à ma disposition les nombreuses richesses que contient son Musée. M. le Directeur du Cabinet d'histoire naturelle de Vienne m'a accordé la permission de publier les espèces inédites que nous tenons de cet établissement. M. le docteur Thienemann à Dresde m'a cédé une vingtaine de figures de serpens faites sur le vivant à Surinam par le docteur Hering. Je dois surtout vanter la libéralité de M.M. les Professeurs Fremery et Lith de Jeude à Utrecht; ces savans ont poussé l'obligeance jusqu'à me laisser faire un choix parmi la précieuse collection de Reptiles confiées à leurs soins, et dont la plupart sont originaires de Geylan , de la cote de Guinée , de l'Amérique du Nord , etc.
Je venais de terminer mon ouvrage lorsque , à la suite d'une longue maladie, j'eus l'honneur, Monsieur, de vous accompagner dans un voyage à Paris et à travers une partie de l'Aîlemagne. Le grand nombre d'objets que j'ai vus pendant ce voyage, m'a obligé de faire plusieurs additions à mon ouvrage, additions qui cependant n'auraient pu être que de peu d'importance, si je n'avais eu la faculté d'examiner à loisir ces objets rares ou en partie nouveaux. Je dois cette prérogative à la complaisance extrême de divers savans qui se trouvent à la tête des Établissemens scientifiques: M. M. Duvernoy à Strasbourg et Cretzschmar à Francfort se sont empressés de me laisser un libre usage des collections confiées
à leurs soins. M. Riippcll, que j'ai l'avantage de compter parmi mes amis, m'a fourni des renseignemens sur les divers Reptiles qu'il a été à portée d'examiner lors de ses deux voyages; enfin les observations de plusieurs amateurs de Paris, parmi lesquels je cite particulièrement M. le docteur Cocteau et M. Al. Lefèbre, m'ont été de la plus grande utilité. Il sera presqu'inutile de dire que le Musée de Paris m'a offert la plus ampPe récolte. Cet établissement, depuis de longues années le sicge des sciences naturelles, le dispute toujours encore par le nombre des objets, à la plupart des autres Musées. Tout le monde accourt pour s'y instruire et parce que les amis des sciences y trouvent un libre accueil. Je ne parlerais pas de cette libéralité vantée tant de fois et a si juste titre, si des obligations particulières ne m'en faisaient un devoir. J'avais le bonlieur d'être lié depuis plusieurs années avec M. M. les Professeurs de Blainville et Valenciennes; à mon arrivée à Paris, M. Duméril m'a également honoré de sa bien vieil lance, et j'ai trouvé un ami franc et sincère dans M. Bibron, naturaliste zélé et instruit, et l'émule de mes travaux dans l'Erpétologie. Tous ces Messieurs ont concouru à rendre mon séjour à Paris le plus utile possible : les nombreux matériaux qu'offre le Musée du Jardin des Plantes ont été mis à ma disposition, et on a bien voulu me prêter et me permettre d'emporter en Hollande toutes les espèces inédites ou celles que je désirais soumettre à un nouvel examen. J'ai revu, conjointement avec M. Bibron, au Jardin des Plantes,
toute cette belle collection de Reptiles, et cette revue a eu pour suite des relations d'échange, qui ne laisseront d'être de la plus grande utilité pour les deux Etablissemens. Le nôtre a été enrichi par cet échange, d'objets de contrées, avecles jUclles nous n'avons pas de rapports, mais qui ont été visitées par des voyageurs français: telles sont la Pennsylvanie, la Caroline et la Nouvelle Orléans, pays d'oii M. M. Lesueur , Milbert, Bosc, Lecontc, Barabino et d'autres ont fait parvenir les productions au Musée de Paris. Les Antilles ont été explorées par M. M. Plée, l'Herminier, Ricord, Poey, etc. ; Cayenne par Leschenault ; le Brésil par Langsdorf , Vauthier, de Lalande, Aug. St. Hilaire; le Paraguay par d'Orbigny; ce dernier voyageur a aussi fait une belle collection de Reptiles au Chilé, pays visité également par M. M. Lesson et Garnot, et par Gay. La Nouvelle Hollande a fourni plusieurs nouvelles espèces, découvertes par Pérou, Lesson et particulièrement par Quoy et Gaimard; d'autres ont été recueillies lors des dernières expéditions autour du monde à la Nouvelle Irlande, à la Nouvelle Guinée, à "Waigiou, aux Philippines, aux Mariannes et notamment dans les environs de Manado à Célèbes. Feu Duvaucel avait fait au Musée de Paris des envois de Sumatra , Leschenault de Java , Diard de la Cochinchine, de Siam et de Bengale. Les grandes Indes ont été explorées par un grand nombre de voyageurs français, parmi lesquels nous ne citons que M. M. Leschenault, Reynaud, et particulièrement M. Dussumier, qui a visité presque tous les points des côtes
(Je l'Asie depuis les Seychelles cl le Malabar jus(|u u la presqu'île de Malacca. M. M. Goudot et Sganzin viennent de découvrir plusieurs ophidiens curieux à Madagascar , île vierge sous le rapport de Thistoire naturelle. Le séjour de feu Lalande au Cap a fourni au Musée de Paris la plupart des Reptiles propres à celte colonie. M. Perrotetena recueilli au Sénégal et on ne cesse d'en apporter des États Earbaresques, depuis l'établissement d'une colonie française sur cette cote. Il en est de niéine des Reptiles de l'Egypte, pays qui tien lie premier rangavec le Brésil, parmi ceux qui ont attiré le plus grand nombre de voyageurs. Les Reptiles recueillis par Olivier au Levant, sont encore les seuls coimus de l'Asie occidentale. M. Borv de St. Vincent a fait connaître tout récemment ceux de la Morée et M. Bibron ceux de la Sicile,
Les moyens littéraires dont j'ai pu disposer, ont beaucoup facilité mes recherches. Votre riche et belle collection de livres, Monsieur, a été toujours ouverte pour moi; aussi en ai-je fait usage, comme si elle était la mienne. M. le Professeur Geel, Bibliothécaire de l'Uni *'ersité, a bien voulu mettre à ma disposition tous les ouvrages dont j'avais besoin pour mon travail.
Les bontés dont M. Reimvardl m'a comblé, m'imposent le devoir de la reconnaissance la plus profonde : ce vénérable savant , autrefois mon Professeur le plus chéri, m'a communiqué et ses manuscrits et les nombreux dessins (i)
(i) J'ai commencé la publication de quelques-uns dans mes Ahbildungen^ dont la première livraison vient de paraître.
XXVJl
iranimaux qu il a t'ait laire aux iiidcs; sans sa bibliothèque choisie, je n'aurais jamais pu terminer' mon travail; il m'a aidé de ses conseils , et j'ai été assez heureux , grâce a l'amitié dont il m'honore , pour profiter souvent de ses lumières.
Je ne répéterai pas ici , ce que je dois à feu H. Boie; mes faibles paroles ne suffiraient pour exprimer les sentimens que j'éprouve en repassant dans ma mémoire les momens que la présence de cet infortuné savant rendait si précieux. Sa douceur, sa bienveillance et toutes ces qualités d'une ame noble et élevée, le faisaient aimer de chacun qui le connaissait; philantrope aussi zélé qu'éclairé, il n'employait sa vaste érudition que pour en faire profiter ses amis et ses découvertes étaient le secret de tout le monde. J'ai eu le bonheur de jouir du commerce journalier de cet excellent homme et je regrette que ce commerce n'ait été que de très courte durée. Boie a bien voulu me confier, lors de son départ, ce grand nombre d'observations qui ont été publiées plus tard par son frère; arrivé aux Indes, il n'a cessé de me communiquer des notes relatives aux mœurs, à la manière de vivre des Ophidiens que je me suis empressé d'incorporer dans mon livre. Son jeune élève et ami, M. Mùller, digne successeur de ses travaux, a suivi un si bel exemple en nous faisant parvenir un grand nombre de dessins faits sur le vivant par notre défunt ami , le jeune van Oort. Plusieurs autres de mes amis, parmi lesquels je compte particulièrement M.M. St. Clair Massiah,
M. le professeur Cantraine et M. Susanna Administraleur du Muséum, ont bien voulu me seconder de leurs talens: je leur en témoigne mes remercimens sincères. — Enfin , je ne saurais terminer ces pages, sans avoir rendu grâce aux précepteurs de ma première jeunesse , M. M. le Docteur Winkler et le Professeur Schmidt à Altenbourg en Saxe : s'il y a quelque mérite dans mes ouvrages sous le rapport de l'art, on doit l'attribuer au second; le premier m'a inspiré ce goût profond pour l'étude de l'histoire naturelle, qui m'a décidé ensuite à me vouer entièrement à cette belle science.
Je crois avoir dit tout ce qui est nécessaire pour l'intelligence de mon livre. Son but sera rempli s'il emporte votre approbation , Monsieur, et s'il est favorablement accueilli de cette partie du public qui préfère la simplicité aux innovations.
H. SCIILKGEL.