ES OPHIDIEJVS EN GENERAL
On a coutume de comprendre sous le nom de serpens tous ces reptiles qui joignent au défaut total d'extrémités, une forme de corps extrêmement déliée; un examen plus rigoureux démontre cependant que plusieurs animaux qu'il faudrait, en suivant ces principes, classer parmi les serpens, offrent, dans l'ensemble de leur organisation, des traits qui les éloignent, sous tous les autres rapports, des serpens , auxquels ils ne ressemblent que par leurs formes alongées. On est parvenu de nos jours, grâce aux recherches des anatomistes, à distribuer parmi les batraciens quelques uns de ces êtres anomaux, dont cependant la plupart sont demeurés mêlés confusément dans les méthodes. En parcourant d'un coup-d'oeil rapide la grande série des reptiles à corps revêtu d'écailleSjOn parvient à découvrir que ces animaux, à l'exception des Ghéloniens, sont modelés sur deux types, désignés en style familier sous les dénominations de lézards et de serpens , et dans la science, sous celles de sauriens et d'ophidiens. Mais, en comparant ces animaux les uns aux autres, on s'aperçoit que la forme plus ou moins alongée du corps existe dans toutes les nuances (i); que le développement des extrémités diminue à mesure que l'espèce se rapproche du second type; que la fonction des côtes comme organes de locomotion , augmente dans le môme degré; que des espèces
(i) Les Scinques, le Seps, le Pygodactyle, le Monodactyle, le Pygopiîs , le Chalcis, le Télradactylc, l'Ophisaurc , le Pseiulopus etc.
!2 I)i:S OPHIDIENS EN GÉNÉRAL.
asiit'z voisines ol fient souvent de grandes dis[)arités dans la disposition (Jes extrémités, ou bien'qu'elles ne se distinguent I une de 1 autre que par le défaut ou la présence des extréniités (i): en un mot, que le rôle que jouent chez les sauriens l(\s formes générales et les organes de locomotion, est totalement subordonné à l'ensemble de l'organisation (2). Il est donc évident cpie des caractères empruntés de ces parties-là, devaient toujouis conduire au système artificiel • il résulte ('gaiement de ce que nous venons de dire, que les deux types sur iesc[uelsles saurienset les ophidiens sont modelés, se lient par de nombreuses formes intermédiaires. De là vient aussi que plusieurs naturalistes ont refusé d'adopter les deux divisions précitées, qu ils ont fondues toutes deux en une seule. Cette manière de voir est également susceptible de défense et d'opposition ; et ce n'est point pour faire hommage à un système quelconque, que je m'avise de suivre telle ou telle vue. Cepen-
(i) Les A.mpl)isbènes et le Cliirote.
(a) Un examen comparalif des ol)jets m'a démontré que ees sauriens anomaux , c'est-à dire, à formes alongées et à extrémités rudin»entaires, appartiennent toujours par rcnsemble de leur organisation à quelque espèce de Tune ou l'autre des familles de cet ordre, parmi les- (juelles ils doivent être distribués. On ne peut nier par exemple , qu'il y a un passage graduel des Scinques à l'Anguis et aux A^contias, par rinlcrmèdc des Scincpics brachypus, decreensis, serpens, seps, du Pygodaclyle et du Bipes: êtres moins différens entre eux par leur organisation que par leurs formes, et qui ne composent qu'une seule famille, celle des Scincoïdes, de laquelle on ne saurait exclure ni les Ablephares ni le Gymnophthalme. Le même passage graduel existe dans la famille des Lézards, des geni'es Lacerta et Tachydromus au Monodactyle; on y peut ajouter connue espèce anomale le Pygopus. On pourrait rapprocher dans la méthode le Tctradactyle, le Chalcis , le Pseudopus et l'Ophisaure. Viennent enfin la famille des Amphisbènes : Chiroles, Leposternon, Amphisbaenaet eolle des Typhlops: Typhlops, Rhinophis, Uropehis.
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(lant, comme je me sais proposé de traiter dans mon livre des serpens proprement dits, il convient de donner la définition des êtres que je comprends sous cette catégorie. Il est très facile de se faire une idée d'un serpent, lorsqu'on prend pour type une des espèces où tous les caractères de l'ordre se trouvent réunis; mais il est difficile de consigner des marques distinctives qui séparent d'une manière tranchée les ophidiens des sauriens.
Les conditions principales de l'existence des êtres que l'on désigne sous le nom de serpens , me paraissent consister en: un corps très alongé pourvu d'une queue et revêtu de tégumens cuirassés d'écaillés dures; qui se meut , supporté par les côtes, au moyen d'ondulations latérales; dont laforme est concentrée, par rapport aux dimensions transversales, sur le volume le plus petit possihle ; mais dont les parties sont susceptibles d'un élargissement extraordinaire, ce qui permette aux serpens d'avaler les animaux volumineux, que la nature leur a assignés pour nourriture. Or , pour répondre à ce but, la charpente osseuse de la tête desserpens, ne forme pas, comme dans la plupart des autres vertèbres , une masse immobile; mais les parties qui la composent sont réunies les unes aux autres, de manière que toutes, excepté celles qui embrassent le cerveau, sont susceptibles d'une mobilité plus ou moins grande et le plus souvent en sens divers. Ce sont particulièrement les os qui entrent dans la conformation de la mâchoire inférieure, qui déterminent la configuration de la tête. Le développement des caisses, leur mode d'attache, la mobilité dont ces os jouissent n'étant point fixés au crâne par leur bout inférieur; enfin l'organisation des deux branches de la mâchoire inférieure qui sont réunies, au lieu de symphyse par des ligamens élastiques, et parcelasusceptibles de s écarter considérablement : voilà les circonstances qui contribuent principalement à cet élargissement énorme de lu gueule des serpens. Le défaut total de pieds entraine
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nécessaiivnient celui des pièces solides, telles que le sternum, le bassin etc. , qui lient ces mend)res au corps: les côtes, libres par cette raison, jouissent d'une mobilité plus uniforme, et contribuent par cela à rélari^issement de la cavité intestinale et à ce cbangement de forme du corps, si sensible dans les diverses positions que le serpent prend en rampant, en naj^eant ou en grimpant. Pour obéir à ces divers mouvemens , les tégumens généraux se trouvent divisés en nombreux compartimens qui forment autant d'articulations, parallèles aux parties qu'elles revêtent; les écailles qui forment les articulations au dessous de l'animal , sont ordinairement plus grandes que le reste et remplissent la fonction de pieds, les côtes s'attacbant au bord latéral de la face interne de ces lames. L'espace de la peau nue entre les écailles est plus considérable que cliez tous les autres reptiles, et , à la gorge cette peau nue, pour se prêter à l'écartement des mandibules, s'offre sous la forme d'une fente longitudinale appelée sillon gulaire. C'est par cette organisation des tégumens généraux que ces tuniques , contractées à l'état de repos, se prêtent à l'élargissement extraordinaire des parties internes.
11 résulte de ce que je viens de dire sur la nature des serpens, qu'il faut exclure de cet ordre les Ampbisbènes et les Typhlops , quoique les derniers se lient sous beaucoup de rapports aux opbidiens et qu'ils font en quelque sorte le passage à ces reptiles. C'est ce rapprocliement qui rend difficile sinon impossible l'établissement de caractères servant de distinction aux deux ordres voisins des sauriens et des ophidiens. Appuyons cette thèse de quelques exemples. Le sillon gulaire , propre à tous les serpens, à l'exception des Acrochordes, se voit également chez plusieurs sauriens tels que les Lézards etc. Quelques espèces d'ophidiens offrent des vestiges d'extrémités postérieures, analogues à ceux que l'on observe aux sauriens apodes, quoique leur conformation porte à croire que ceux des derniers êtres représentent le bassin, tandis que ceux
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des ophidiens répondent aux extrémités postérieures. L'organisation de la langue chez les Varans et les Tejus ne se distingue presque en rien de celle des ophidiens. Le manque de paupières ne peut point offrir de caractère distinctif , car ces organes se rencontrent, dans tous les degrés de développement, chez les diverses espèces de sauriens: quelques espèces, telles que l'Abléphare et le Gymnophthalme, en sont totalement dépourvues; l'œil exigu des Amphisbènes , des TyphlopS; de l'Acontias cœcus, est revêtu destégumens généiaux en sorte que ces animaux ont la vue si basse, qu'ils en sont presque aveugles; l'Acontias meleagris au contraire , a les yeux garnis dune paupière inférieure; le Pygopus présente un rudiment de paupière orbiculaire , bordant l'œil dans toute sa circonférence , sans avoir la faculté de se fermer sur cet organe; chez plusieurs Geckos enfin les paupières se présentent sous la forme de prolongemens de la peau , trop peu développés pour servir de protection aux yeux. Une des parties les plus caractéristiques du crâne des sauriens est la columelle, petit os pair et linéaire qui réunit les pariétaux aux ptérygoïdiens; cet os manque cependant aux Typhlops , aux Amphisbènes et même aux Acontias. Le développement de l'oreille externe s'observe dans toutes les nuances, depuis les sauriens aux ophidiens; les dernières traces se voient chez l'Anguis et l'Acontias, pour disparaître totalement dans les Amphisbènes et les Typhlops. Les os-suspensoirs simples, les caisses des serpens, remplacés chez la plupart des sauriens par deux pièces, se trouvent chez l'Acontias , quoiqu ils manquent aux Amphisbènes et aux Typhlops.
L'ensemble des os du crâne pourrait peut-être offrir les meilleurs traits de distinction entre les deux ordres voisins, si quelquesîespèces de la famille des Typhlops, les Uropeltia, ne se rapprochaient aussi de ce coté des ophidiens. Il est bon cependant de se faire une idée des principales différences, qui distinguent le crâne des sauriens de celui <!es serpens
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Les os de la face de ces derniers ne forment jamais une masse immobile perforée par les narines et composée par des pièces engrenées les unes dans les autres, tel qu'on l'observe chez les sauriens: chez les ophidiens, l'intermaxillaire, de forme comprimée et en trigone, est toujours libre, mobile et jamais soudé aux maxillaires au moyen de sutures j ces derniers os, lorsqu'ils sont réunis intimement aux frontaux antérieurs, n'offrent qu'une attache assez étroite , et jouissent toujours d'un certain degré de mobilité ; les boixls latéraux des nasaux enfin sont toujours libres dans toute leur étendue. Les ptérygoidiens se présentent constanunent sous la forme d'os effilés, déprimés, peu larges et articulés avec la tête au moyen de ligamens , qui cèdent avec facilité aux mouvemens plus ou moins limités que ces pièces sont capables d'exécuter. Aucun ophidien n'a la bouche armée de dents grosses, coniques et perpendiculairement enchâssées: ces organes chez les serpens, ressemblent au contraire à des crochets, courbés en arrière et ont leur pointe acérée; en outre, les serpens ont, à l'exception du seul Oligodon , le palais muni de dents semblables à celles des mâchoires, tandis que l'on trouve chez les sauriens seulement des traces de dents palatines en forme d'aspérités petites et irrégulières.
On voit de tout ce que nous avons dit sur forganisation des ophidiens, que ces reptiles sont particulièrement remarquables sous le rapport de la locomotion et sous celui de la manière comme ils avalent leur proie. Ce'sont aussi ces conditions qui modifient l'ensemble de leur organisation : la première détermine les formes générales du corps; la secoode celles des parties internes. On observe, en examinant la position générale des intestins, que les mêmes organes qui, chez la plupart des autres vertébrés occupent une ou plusieurs cavités spacieuses, se trouvent resserrés, chez les ophidiens, à cause de la forme effilée de leur tronc, dans un cylindre étroit et long. Il est évident que cette disposition ne pouvait avoir