DES EXTRÉMITÉS
lies par un petit muscle transversal. Les muscles de la manducation sont le plus souvent assez développés: le temporal est constamment divisé en deux parties, dont l'antérieure passe au-dessous des glandes salivaires , pour s'attacher en large ruban sur la mâchoire inférieure; les fibres qui se prolongent sur la glande venimeuse, et qui servent à la comprimer lors de la morsure, proviennent également de ce muscle. On a comparé au digastrique le muscle qui s'étend à la face supérieure des caisses. Le muscle qui va de l'articulation delà mâchoire inférieure au ptérygoïdien externe, a reçu le nom de ce dernier os: dans les serpens venimeux il envoie deux tendons, l'un destiné pour le maxillaire, l'autre pour la capsule des crochets. Outre les muscles déjà décrits, il en existe deux autres, qui prennent leur origine près de l'articulation de la mâchoire inférieure: i) le ptérygoïdien interne, et 2) le muscle qui se fixe à la base de l'occiput. Un troisième muscle assez long, réunit l'os ptérygoïdien interne au sphénoïde, où il s'attache souvent par deux têtes; il existe enfin un petit muscle entre le sphénoïde et le palatin.
DES VESTUiES D'EXTREMITES POSTÉRIEURES.
Plusieurs serpens présentent de chaque côté de l'anus un petit crochet, à moitié caché par les écailles, et dont on a reconnu l'existence depuis longtemps; mais c'est au professeur Mater à Bonn, qu'on en doit la première connaissance exacte: ce savant a démontré, que ces organes doivent être regardés comme vestiges d'extrémitéspostérieures. Dans l'ordre des ophidiens on n'a observé jusqu'à présent ces os que chez les Tortrix proprement dits, chez les Pythons et les Boas; tous les autres serpens, d'après mes propres
22 DES FATRÉiMlTËS.
recherches en sont ahsohinient dépourvus. Ces oiganes se trouvant développés à un degré supérieur chez les Boas, et la taille de ces animaux étant favorahle à l'examen de parties aussi délicates, on a choisi le type des descriptions de ces organes parmi les espèces de ce genre. Ces vestiges d'extrémités postérieures consistent de chaque côté en un assemhlagede trois pièces osseuses principales, et de deux petites pièces accessoires, attachées au point d'articulation du tibia et du tarse. L'os terminal, le seul qui paraît en dehors, est en forme d'ongle crochu et revêtu d une peau dure et écailleuse. On découvre, au moyen d'une incision longitudinale faite dans les chairs au coté de l'anus, que la pièce intérieure, la plus développée de toutes, plus ou moins en S et comparable au tibia,se prolonge avec son bout libre jusque dans la cavité abdominale. La pièce moyenne au contraire, qui représente le tarse, est grosse, courte, un peu arquée et complètement cachée dans les chairs. Les muscles qui meuvent l'appareil que nous venons de décrire, sont d'une construction très simple ; les principaux sont un extenseur, avec son antagoniste, le fléchisseur: tous deux sont insérés près du bout supérieur du tibia et s'attachent à l'os du tarse: l'extenseur à la face antérieure près de l'ongle, le fléchisseur à une apophyse située au milieu de la face postérieure de cet os. Deux autres muscles moins développés, suspendus aux chairs et attachés aux deux petites pièces accessoires du tarse, produisent le mouvement latéral: l'adducteur, qui se dirige vers l'abdomen, est beaucoup plus petit que 1 abducteur, dont les fibres se prolongent sur les côtés du dos. On voit chez les Boas,outre ces muscles,un second fléchisseur très petit, situé à la face interne du tibia et du tarse, et contribuant à la mobiUté de l'articulation dont jouissent ces deux pièces. L'appareil,représentant les extrémités postérieures chezles autres serpens qui en sont pourvus est,quelqueslégères modifications exceptées, absolument modelé sur celui des Boas.
DES MGIJVEMENS. 23
On ignore jusqu'à présent l'usage de ces vestiges trextréniilés. Leur peu de développement défend de supposer qu'ils puissent contribuer à la locomotion. On a avancé qu'ils seraient d'utilité lors de la copulation: opinion à laquelle on ne peut guère opposer le fait que les deux sexes ei> sont également pourvus. D'autres savans ont soutenu qu'ils servent pour s'accrocher plus fortement aux objets, qu'embrassent les circonvolutions delà queue ou du tronc; ce qui est peut-être de toutes les hypothèses la plus probable.
DES MOUVEMEIVS.
Après avoir décrit les organes de locomotion, nous parlerons des divers mouvemens que les serpens sont à même d'exécuter. En repos parfait , ces reptiles aiment à rouler leur corps en spirale, en sorte que la tête seule, qui se Irouve au centre, s'élève un peu au-dessus des autres parties: ayant cependant la faculté de ployer leur corps flexible en mille sens divers,on en rencontre souvenlde simplement étendus à terre ou à corps recourbé en contours sinueux. Pour produire le mouvement progressif, le serpent n'a qu'à dérouler son corps; eu s'appuyant ensuite sur la queue, en repliant son corps en des sinuosités latérales successives, et en portant à terre les nombreux points de contact qu'offrent les extrémités antérieures des côtes, le reptile est poussé en avant et transporté avec une promptitude, égale aux efforts ou à la puissance des agens de la locomotion. Nous avons déjà observé ci-dessus, que tous les mouvemensprogressifs des ophidiens sont à-peuprès exécutés de la même manière, et (pie ce n'est que la cpieue qui seconde la locomotion plus ou moins diversement, selon les modifications que sa conformation éprouve dans les
24 DES MOIIVEMENS.
différentes races. Très souvent, pour examiner ce qui se passe autour d'eux, les serpens s'érigent perpendiculairement, en s'appuyant seulement sur la queue ou sur une partie de l'abdomen ,* leur tronc est alors raide et parfaitement droit, et ce n'est le plus souvent que la tête qui est courbée et dirigée en avant ; d autres plient leur corps en S, gonflant souvent leur cou dans cette position. Suspendus perpendiculairement à une brancbe d'arbre les Boas ressemblent à un corps raide et sans vie. Pour descendre d'un arbre ou d'un objet élevé quelconquCjles serpens se laissent tout simplement tomber de haut en bas, leurs formes et la grande élasticité de leurs parties empêchant que cette chute n'ait des suites dangereuses ; ayant atteint la terre, le choc qu'ils ont éprouvé en tombant, au lieu de leur nuire et de les retenir, les pousse en avant , et sert d'impulsion aux mouvemens suivans.
On a beaucoup parlé de serpens qui peuvent également bien exécuter la marche rétrograde ; cette particularité s'attribue par excellence à ces serpens fouisseurs , dont le corps cylindrique est ter^jinéparune queue très grosse et obtuse au ))out; mais comme ce fait n'a jamais été constaté ni par des voyageurs instruits ni par des naturalistes de profession, on a lieu d'en douter : peut-être doit-il son origine aux préjugés des anciens (i), qui décrivent sous le nom d'Amphisbène (double-marcheur) un serpent pourvu à chaque bout d'une tète et ayant la f:icultéde marcher dans les deux sens; cenom, servant à désigner un ophidien de l'ancien monde,probablement l'Eryx, s'est conservé chez les naturalistes modernes qui l'ont appliqué à des serpens de l'Amérique, en suivant l'exemple des Portugais.
La plupart des serpens non venimeux et les venimeux colubrlformes se défendent contre les attaques de leurs ennemis , en se précipitant sur eux, la tète élevée, afin de pouvoir
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mordre avec plus d'énergie; quelques-uns, tels que les Najas , redressent le devant de leur corps, et prennent une position toute particulière. La plupart font entendre dessifflemens aigus, qui préludent au combat; quelquefois on entend aussi un soufflement produit par l'air, qu'ils chassent avec violence par les narines. Plusieurs espèces se jetent , en faisant de grands bonds, surleur proie, qu'ils saisissent le plus souvent avec la gueule;d'autres la retiennent en l'entortillant avec la queue,et les Boas l'entourent même par des circonvolutions de leur tronc. Les serpens venimeux proprement dits employent le même moyen pour s'emparer des animaux dont ils font leur nourriture, et pour se débarrasser de leurs ennemis. Indolemment étendus à terre , ils attaquent indifféremment tout être vivant, qui vient les inquiéter de trop près; mais connaissant la force de leurs armes, ils se contentent d'infliger le coup meurtrier qui manque rarement son but. Pour exécuter ce coup, ils redressent le plus souvent la tête, ils portent la partie antérieure du tronc en arrière, et déroulent d'un seul trait les replis de leur corps , en s'appuyant sur la queue ; le saut que produit ce mouvement est comparable à un ressort qui se débande, et il dirige le coup qu'infligent les crochets, par un mouvement subit et extrêmement vite de la tête en bas.