VARIETES
Parmi les variétés, que l'on observe si souvent chez les reptiles dont nous traitons , il faut regarder plusieurs comme dues à l'influence du climat ; d'autres, le plus souvent assez constantes, ne s'éloignent que par des disparités assez légères, telles que les différences de teinte etc., de leurs espèces types, avec lesquelles elles habitent les mêmes lieux; mais la plupart des variétés sont purement accidentelles et offrent des modifications aussi innombrables que diverses. Toutes les parties de l'animal sont sujettes à des variétés accidentelles: elles consistent principalement dans les nuances et la distribution des teintes, dans la configuration des plaques de la tête, dans la longueur de la queue, dans le nombre des lames du dessous; quelquefois mêmes ce sont les formes qui subissent des modifications: nous avons fait mention des principales variétés à l'article de chaque espèce , mais il est impossible de les indiquer toutes. De l'expérience et le but constant de ramener autant que possible des individus analogues à l'architype, sont le seul moyen d'applanir les difficultés qui ne cessent de se présenter au zoologiste lors de la détermination des espèces. Partant de ces vues, il ne saurait regarder comme espèces les variétés de climat, quels que puissent être leurs caractères, même pas lorsqu'elles s'offrent constamment les mêmes dans un certain lieu. L'étude de ces différences locales, négligée jusqu'à nos jours, est de la dernière importance pour la connaissance exacte des êtres qui habitent notre globe. Nous avons, en conséquence, eu soin de consigner dans la partie spéciale de notre travail , un grand nombre d'observations détachées relatives à ce sujet.
so si<:hpkns moxmiu lajx.
SKRPKXS 3IOXSTRI i:i X
Oti a quelquefois , mais très rarement, observe tles s e rpens monstrueux: à ce nombre appartient la Couleuvre à deux têtes prise aux bords de l'Arno, que Redi conserva vivante pendant plusieurs semaines, et dont il a fourni la description dans un de ses ouvrages (i). Lacépède (2) a rassemblé plusieurs autres faits relatifs à des serpens à deux têtes, et donne lui même la figure d'un individu semblable, conservé dans les galeries du Musée de Paris. Le portrait d'un troisième serpent à deux têtes se trouve chez Edwards (3). M. de Froriep en possède également un individu, dont cependant les têtes et les queues sont parfaitement sépai*ées. M. Mitchill (4) fait mention de plusieurs monstres de ce genre, observés dans f Amérique Septentrionale; les têtes de ces sujets étaient plus ou moins réunies ensemble, de sorte que quelques uns ne présentaient que trois yeux et une seule mâchoire inférieure. On a trouvé dans le même pays un serpent, probablement de l'espèce appelée Coluber constrictor, dont toutes les parties étaient tellement défigurées par une maladie, que Ton a cru reconnaître dans cette espèce de monstre, le fameux serpent de la Mer du Nord, si célèbre par sa taille énorme. On voit l'extrait de la dissertation, publiée exprès à ce sujet à Boston, dans le Journal de Physique^ tome 86, p. 297.
(1) Observât, lll p. 1 suiv. — (2) Quadr. ovip. Il PL 20, Jig. 1 p. 475. — (3) Oiseaux. PU 207. — (4) Sii.liman Journ, X p. 48; voir Tsif 18^2 p. 1046.
ENNEMIS DES SEf^PENS. n^
ENNEMIS DES SEEPEWS.
Les serpens ont de nombreux ennemis parmi les aniniaiix. Universellement détestés, l'homme en tue, indifféremment que leur nature soit venimeuse ou innoffensive, partout où il s'en présente à sa vue. Toutes les contrées du giobe offrent certains mammifères qui poursuiveîit les serpens avec une ardeur acharnée; chez nous, ce sont principalement: le blaireau , le hérisson, les belettes, les martes et le putois qui contribuent à la destruction des serpens; dans les contrées tropiques de l'Ancien Continent, ils rencontrent des ennenns terribles dans les civettes, les mangoustes et d'autres carnivores. Plusieurs oiseaux leur font une guerre continuelle: tel est particulièrement le message^ du Cap, monté à ce qu'il paraît expressément sur de longs pieds enéchasses pour rendre la morsure des serpens infructueuse; dans l'Amérique Méridionale, ce sont le faucon rieur et d'autres oiseaux de proie qui les poursuivent avec acharnement; les grandes cicognes des Indes, telles que le marabou, détruisent un grand nombre de serpens; en Europe il faut compter parmi leurs ennemis, outre les cicognes, les corbeaux , les milans et plusieurs buses. Dans les mers tropiques ce sont les requins qui dévorent avidement les serpens pélagiques; enfin, beaucoup d'ophidiens se font môme entre eux une guerre mutuelle, n'épargnant quelquefois pas môme leur propre race.
En transplantant les animaux ennemis des serpens , dans des contrées que ceux-ci infestent , on pourrait peut-être cm-" pèchei la trop grande multiplication de ces dangereux reptiles. On a fait cet essai, en transportant le messager du Cap dans les colonies à sucre françaises des Indes Occidentales (i); peut-être les mammifères que nous venons de citer
(i) CnvTRu , Mèpt. an. l. p. 339
H2 ENNF.IVIIS DES SERPFNS.
ou les cicognes, rendraient-ils d'aussi bons ou de meilleurs services.
On parvient facilement k faire périr les serpens à coups «le bâton, en leur cassant la colonne vertélnale; mais outre que cette manière ne peut s'employer que pour les espèces de petite taille, elle a t-ela d'inconvénient (|ue les individus ainsi tués sont de peu d'utilité pour les Cabinets. Pour éviter que cela n arrive, il vaut mieux de les retenir au sol au moyen d'un bâton au bout duquel on peut attaclier une espèce de pince qu'on leur applique sur le corps près de la tète. Pour les grandes espèces et pour celles qui habitent les arbres, il n y a souvent d'autre moyen que de les abattre à coups de fusil. Les serpens aquatiques s'engagent quelquefois dans les filets que l'on tend aux poissons, et voilà peut-être le seul moyen de s'en rendre maître, vu qu'en nageant ils n'exposent presque jamais aucune partie de leur corps hors de l'eau. Mais le plus grand nombre de serpens innocens se prend facilement avec la main, soit en les saisissant par le cou , soit par la queue: plusieurs cependant ont la faculté de se redresser et de mordre, tandis que d'autres souillent leur agresseur d'un fluide fétide qu'ils font jaillir à une distance assez considérable. Il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage d exposer ici toutes les diverses manières que l'on peut enq)loyer pour faire la chasse aux serpens: pour avoir des informations exactes, que l'on consulte l'Ouvrage de M. Lenz, qui en traite amplement, et à qui une longue expérience a appris les moyens de s'emparer facilement de ces êtres dangereux, et d éviter en même temps les nombreux dangers que l'on court lorsqu'on s'en occupe. On trouve dans ce même ouvrage des lenseignemens relatifs à la meilleure manière de détruire ces reptiles malfaisans ou du moins d'en empêcher la trop grande multiplication; les remèdes que ce savant énumèrc, consistent dans les points principaux suivans : d'abord, de détruire autant que possible