‹ Essai sur la physionomie des serpens (volume 3)Chapitre 42 sur 66 · DES OPHIDIENS · texte numérisé non relu

DES OPHIDIENS

iSBàcS^^-

Me proposant de donner dans les pages suivantes, un aperçu sur la répartition des serpens à la surface du globe, je me vois obligé d'entrer en détails nombreux, dont j'aurais pu me passer , si cette partie de la science avait été cultivée avant moi , ou si on en avait du moins posé les fondemens. Je me suis occupé avec assez de zèle de cette étude, qui mérite une atll3ntion toute particulière, non pas parce qu'elle regarde les animaux dont je traite dans mon livre, mais parce qu'elle doit conduire , selon moi , à des résultats beaucoup plus satisfaisans que l'étude de la distribution géographique des animaux des autres classes du règne animal, ou même des végétaux. Les raisons qui militent en faveur de cette thèse sont claires. Mille agens divers contribuent à disperser les différentes espèces de plantes à la surface du globe : les semences des végétaux sont emportés par le vent et les vagues ; l'homme transplante continuellement un grand nombre de végétaux d'une contrée dans l'autre; et, par la culture, il a tellement changé la nature qui l'environne, que la surface de la terre a en quelque sorte perdu sa face primitive , et que la végétation a du moins éprouvé de grandes modifications. — La plupart des animaux ont les moyens de se distribuer à la

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surf'iioe (la globe. L'élément qui les a \u naître n'offie point de bornes aux animaux marins. Certains inannnifères élcndent eontinuellement leur spjière <] haI)ltation , et se répandent quelquefois, peu-à peu, su?- pbisieurs parties du monde. D'autres espèces, acccmjagnant 1 homme- dans ses voyages, même an delà des mers, st dis[^>ersent dans les diverses régions, soit que 1 homme les transplante lui-même, soit que, retrouvant leur liberté, ils ont, pour ainsi dire, formé des colonies loin de leur mère-patrie, où il arrive quelquetvyis ([ue leur race est totalement détruite, ou ([ue tous les individus i-nt passé l'état <le domeslicitt'. — Les oiseaux jouissent plus (jue tous les auties animaux de la faculté de se transporter d'iin lieu à un autre; l'élément dans lef]uel ils se meuvent ne leur présentant des bornes nullepart, un grand nouîbre des habitans de l'air mènent unevérilai)le vie nomade, et viennent souvent s'établir dans des lieux où i!s n'ont pas élé observés auparavant; la plupart se dispersent, dans les migrations périodiques, dans les contrées les plus éhugnées, et deviennent de véritables cosmopolites, la même espèce habitant souvent à la fois dans toutes les parties du monde. — 11 en est tout autrement des î\eptiles. Aucun des faits que nous venons de constater, ne peut s'appliquer rigoureusement à ces animaux. Piivés, pour la plupart, des moyens d'entreprendre des voyages lointains, ils sont en quelque sorte attachés aux lieux où ils sont nés, et on ne leur reconnaît point linstinct de fuir le sol natal, lorsque certaines circonstances sembleraient l'exiger. Le froid , qui leur dérobe les moyens de subsistance, les fait tomber en même temps dans une léthargie profonde , et la nature veille ainsi d'une manière simple à leur conservation pendant l'hiver. L'homme éprouve de l'aversion [)Our tous ces animaux, dont plusieurs sont nuisil)les, h la vérité, mais dont quelques uns cependant sont inoffensifs et même utiles; il les repousse et ne cherche pas à les apprivoiser ; encore moins se touve-t-il incliné à les transplanter sans motif d'un lieu à

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Vautre. Il esi vrai qu'il existe certains reptiles, (|ui foiU exception à ce que nous venons de dire. Plusieurs espèces de tortues ont été dispersées sur divers points du globe (i); des Scinques, des Geckons ont peut-être été apportés d'une région dans l'autre, par des vaisseaux; des tortues de mer entreprenant des voyages dans certaines périodes de l'année, ont été jetées sur des cotes, que leur race n'halùte jamais; des Crocodiles (2) ou des Boas (3) ont été quelquefois entrainés par des courans, loin de leur patrie; mais ces exemples sont très peu nombreux en comparaison de ce que l'on observe chez les mammifères et les oiseaux , et forment seulement des exceptions par rapport aux serpens (4) dont nous nous occuperons dans les pages suivantes. — Il est évident, d'après ce que nous venons de dire, que la distribution géographique des ophidiens doit offrir un intérêt tout particulier, en ce qu'elle présente les moyens les plus sûrs pour faire connaître les rapports qui existent entre les êtres et les lieux qu'ils habitent. Cette étude contribuera à éclaircir les grandes et importantes questions des foyers de la création et de l'immutabihté des espèces. En s'appuyant sur les faits qu'elle nous présente, on parviendra plus facilement à se faire ime idée de la face de la nature telle quelle était dans l'état

(i) La tortue indienne, probablement originaire tîe Madagascar et des îles voisines, a été acclimatée aux îles Galapagos, en Californie et sur beaucoup d'autres points de la côte Occidentale de l'A-mérique du Sud. — (2) Lesson, [P'of, de la Coquille, Zoologie ^ Il y 2, chap, g, pag. loj, cite deux faits, tirés de Mariner et de Kotzebue, et qui font soupçonner la présence d'un grand Crocodile dans les îles Pelew et Fidschi, où CCS animaux n'habitent ordinairement pas. — (Vj GuiL- DiNG, Zoolng, Journal 711 p. 4o3, raconte un fait de cette nature; un Boa entortillé a^itour d'un arbre ayant été entraîné des côtes voisines du continent de l'Amérique et jeié sur les côtes de St. Vincent.— (4) Les Hydropîiis, par exemple , ont leur patrie constamment circonscrite dans les mêmes limites , quoique tous ces ophidiens habitent la mer.

primitif, avant que l'art de riiomnie eut transformé la surface de la terre, avant qu'il eût chassé de leur habitation un grand nombre d'animaux, les détruisant totalement, les réduisant à rétat de domesticité et changeant ou modifiant leur nature, en changeant celle des lieux qu'ils habitent. On ne peut guère appliquer ce que je viens dédire aux Reptiles en général et encore moins aux serpens. Les lieux de leur habitation sont les forets, les marais, ou même les déserts, et ces lieux se sont le moins ressentis de Tinfluence de la culture. Ne se multipliant que rarement jusqu'à incommoder les hommes en général, et sachant se soustraire aux poursuites, en se retirant dans les lit^ux incultes qui leur servent de retraite, la guerre qu'on leur fait n'est ordinairement dirigée que contre les individus; de là que le nombre des espèces ainsi que celui des individus doit être demeuré à-peu près au point fixé, dans l'ordonnance générale de la nature, dès le principe; et c'est encore un des faits qu'il est essentiel de constater dans la géographie phvsique. Or, supposant que les êtres dont nous venons de parler, vivent encore dans les mêmes lieux qui leur furent assignés dès l'origine; qu'ils vivent encore sous le même climat, et sous les mêmes conditions, il est évident qu'ils ne peuvent guère avoir subi de changemens dans le cours des siècles: ils offrent donc, plus que les autres êtres vfvans des ])oints d'appui pour fixer avec certitude, ce que l'on doit entendre par espèce, par variété constante, par variété locale ou de climat, etc. — Les observations que je viens d'énoncer suffiront pour montrer combien est importante l'étude de la distribution géographique des Reptiles et particulièrement des ophidiens, et l'influence que cette étude doit excercer sur celle de la distribution géographique des animaux en général, de la zoologie, de la géologie et de la géographie physique.

La distribution géographique des serpens est à-peu-près soumise aux mêmes lois que celle des autres Reptiies: c'est à dire

que leur nombre augmente considérablement vers la zone torride, tandis qu'ils ne se trouvent que rarement dans les régions froides; il paraît même que les serpens ne s'avancent pas aussi loin vers le nord que les lézardsoulesbatraciens, qui appartiennent probablement au nombre des Reptiles les plus répandus. — La disfcrilîution géographique des serpens , envisagée par rapport aux différentes parties du monde i) , offre plusieurs faits intéressans à observer. Un des plus curieux est sans doute l'absence totale de serpens dans les nombreuses îles de l'océan pacifique (2) , phénomène d'autant plus singulier, que les îles voisines qui composent le grand Archipel indien , appartiennent à ces régions de la terre qui sont le plus peuplées de serpens. Un autre point non moins important à savoir est que les serpens , et tous les Reptiles du Nouveau monde appartiennent constamment à des espèces diverses de celles de l'Ancien monde (3) , fait prouvé et très curieux , parce qu'un grand nombre d'oiseaux et plusieurs mammifères de l'Amérique du Nord sont exactement les mêmes qu'en Europe , ainsi que dans une grande partie de l'Asie; et parce que plusieurs de nos Reptiles se trouvent dans

(1) J'ai donné pkis haut, pag. 92 et suiv., quelques observations sur la nature des lieux que les serpens habitent; mais, comme on ne possède guère de renseignemens exacts pour constater leur distribution perpendiculaire, c'est à dire par rapport aux hauteurs jusqu'oi^i ils se trouvent, je puis me passer d'en parler ici, — (2) Lesson, Foy. d. l. Coqii. Znol. 11 1. p. g, rapporte quelques observations qui tendent à constater la présence de seipens dans les îles deRotouma et d'Oualan; mais ces observations ont besoin d'être confirmées : les Mariannes au contraire nourrissent plusieurs espèces d'ophidiens, et Dampier, Foy. I p. ii3, parle de serpens verts des îles Galapagos. Je n'aurai pas besoin de réfuter l'hypothèse, émise par Quoy et Gaimard, Voy\ de VUranie ^ Part, Zool. p, m , que ces animaux n'habitent peut-être pas dans ces îles et dans des lieux analogues à cause de leur nature volcanique. — ['\) Ou conçoit que j'excepte de ce nombre les tortues de\T)er.

toute l'Asie tempérée jusqu'au Japon, et souvent sans présenter la plus légère difiérence. L'Amérique du Sud nourrit en général des espèces autres que celles de l'Amérique du Nord, quoique plusieurs d'enlre elles soient parfaitement identiques dans ces deux grandes terres: quelques espèces de la première région liahitent encore les Antilles et se trouvent même jusque dans les parties méridionales des Etats-Unis , où elles forment quelquefois des variétés de climat; d'au très espèces, communes dans toute l'Amérique du Nord, sont répandues jusqu'au Mexique, et se rencontrent souvent aussi dans les Antilles. L'Amérique en général, particulièrement dans ses contrées équatoriales , est presque aussi riche en serpens que la IVLilaisie. Il n'en est pas ainsi de la Nouvelle-Hollande, qui ne paraît habitée que par un petit nombre d'ophidiens, formant, peut-être à l'exception de quelques uies des parties septentrionales, des .espèces propres à cette grande île. Les serpens du Japon appartiennent sans exception à des espèces particulières, et qui n'ont encore été observées dans aucun autre point du globe. Les nond)reuses îles du grand Archipel de la* jMalaisie nouriissent souvent des espèces tout à fait les mêmes , et elles sont souvent encore absolument identiques avec celles de Malacca, du Bengale, des grandes Indes et même de Geylan. Quelquefois cependant , les espèces de ces lieux divers présentent des différences plus ou moins marquées, et donnent lieu à l'établissement de variétés locales. A en juger d'après le peu de productions que l'on en connaît, il paraît que la grande île de Madagascar a une Faune à elle. L'Afrique n'est pas très riche en ophidiens. Les parties méridionales de cette immense presqu'île produisent des espèces différentes de celles de l'Europe et des autres parties du monde ; et ces mêmes espèces sont souvent répandues sur toute l'Afrique intertropicale , se trouvant même jusque dans les parties septentrionales de ce continent • mais outre quelques espèces particulières , ces dernières Contrées en

présenlent plusieurs autres qui liabileiit en même temps presque tous les pays riverains de la Méditerrane'e jusqu'en Syrie et en conséquence dans une grande partie de l'Europe. La plupart des serpens de ce dernier conlinent, eniin , sont répandus dans une grande partie de l'Asie tempérée, contrée qui ne paraît produire qu'un très petit nombre d'espèces particulières.

La distribution géograpbique des genres ou des familles , envisagées comn)e représentant les diverses formes principales, n'est pas moins curieuse à étudier que celle des espèces. Nous voyons tout d'abord, que les Serpens venimeux sont distribués , peut-être à l'exception de quelques îles, dans toutes les contrées babitées par des serpens en général ; ces Reptiles dangereux ne paraissent pas non plus redouter le froid , car on les I encontre souvent aussi loin vers le Nord que les nonvenimeux. Mais leur nombre est beaucoup plus limité que celui de ces derniers: car en portant le nombre de toutes les espèces d'opbidiens connues à 263 , dont Sy (i) sont venimeuses , on voit que le rapport des dernières aux non-venimeuses est environ de i à 5. Nous verrons cependant par la su'te que cette proportion n'est pas la même dans tous les pays du globe , et que le nombre des serpent venimeux , du moins celui des individus, paraît être plus considérable dans les contrées découvertes et stériles, où celui des non-venimeux semble diminuer. L'Afrique et la Nouvelle-Hollande en fournissent des exemples: dans ce premier continent les espèces de serpens non-venimeux connues sont en raison de deux ou trois à un , tandis que c'est presque le contraire dans la Nouvelle-Hollande, où de dix espèces de serpens connus, il y en a sept de venimeuses. Quant au nombre des individus , il est évidemment beaucoup plus borné dans les serpens-venimeux,

(i) II faut, en outre, observer que 7 espèces venimeuses habitenl exclusivement la mer, où les dod- venimeuses ne se rencoiiireui jamais.

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ces derniers vivant, à l'exception des serpens de mer, prcscjue toujours isolés , et ne se multipliant guère au point de devenir abondaiis que par le concours de circonstances assez favorables, conune cela a lieu aux îles de sucre Françaises, à l'égard du Trigonocépliale lancéolé, ou en Dahnatie à l'égard de la Vipère ammoclyte. Les serpens venimeux appartiennent donc généralement au nombre des rares, et ils sont peut-être beaucoup plus rares qu'on ne le pense ordinairement, soit que le nombre des individus en est souvent très circonscrit , soit que, grâce à leurs liabitudes, ils échappent plus facilement aux recherches de riioumie. (r) — Exceptant les espèces anomales <fui composent la famille des Tortrix , il n'existe aucun genre de serpens . qui soit à-la-fois répandu sur toutes parties du globe, habitées par des Reptiles, et ce fait curieux nous servira à demonlrer cond)ien est in lime* la relation qui existe entre l'organisation des êtres et la nature des lieux qu'ils habitent. Les COULEUVRES PROPREMENT D I T E S , par cxcmpIc , qui sont destinées à peupler les contrées boisées ou marécageuses mais couvertes d'une végétation abondante, n'ont pas encore été observées à la Nouvelle-Hollande, et sont tellement rares dans l'Afrique australe , que l'on n'y connaît qu'une seule espèce, qui s'éloigne, en outre, par plusieurs points de son organisation , des autres Couleuvres, en ce qu'elle se rapproche à ces serpens qui habitent de préférence les contrées désertes ou sablonneuses. On peut à-peu- près appliquer les mêmes observations au genre coronelle, serpens qui habitent les pleines marécageuses ou couvertes de bruyères, et dont on ne

(i) Les nomljrcux envois que l'on ne cesse d'adresser au musée des diverses parties du monde, pourront peut-être fournir une échelle de comparaison pour faire connaître le nombre respectif des individus des deux grandes tribus de serpens : les recherciies que j'ai faites a cet égard, m'ont démontré que, pris pour terme moyen, le nombre d'individus des serpens venimeux est à celui des individus des non-venimeux environ comme de un à vingt.

connaît aucune espèce clans la Nouvetlc-Hollantle , tandis que celles de l'Afrique méridionale s'éloignent des espèces types. Les SERPENS d'arbre sont plus particulièrement propres aux contrées équatorialesjmais, comme ils habitent les grandes forêts ou des contrées boisées, ils ne se trouvent pas dans les pays où ces conditions nécessaires à leur existence, ne se rencontrent pas: de là probablement que ces serpens n'ont pas été observés dans îa plus grande partie de la Nouvelie-Holiande^ et que l'Afrique australe ne nourrit qu'une seule espèce de cette famille, disparate en outre et se rappochant des Couleuvres. Les trois genres qui composent cette famille des serpens d'arbre se rencontrent dans l'un et l'autre monde ; mais il est à observer que les dipsas de l'Amérique ne parviennent pas à cette forte taille que l'on lemarque chez la plupart des espèces de l'Inde; et que ies dryophis des Amériques forment une véritable division géographique, en ce qu'ils ont le système dentaire et le museau moins développés, ainsi que la prunelle de l'œil orbiculaire. Les serpens d'eau douce, qui sont compris dans les deux genres tropidonotus etHOMALOPSisse trouvent en abondance dans les contrées riches en lacs ou arrosées par de nombreuses rivières: de là que ces animaux sont communs dans l'Asie , dans l'Amérique et même en Europe , qu'ils ne se rencontrent peut-être pas du tout à la Nouvelle- Hollande, et qu'ils sont rares en Afrique; car il n'existe qu'une seule espèce de Tropidonote dans la partie australe de ce dernier continent, et encore cette espèce offre-t-elle une organisation tout-à-fait anomale. Les Homalopsis même qui sont par excellence les serpens d'eau douce et essentiellement aquatiques, et qui appartiennent aux contrées chaudes, n'ont été observés ni à la Nouvelle-Hollande ni en Afrique, tandis qu'ils prédominent dans les Amériques; ils remplacent même dans l'Amérique du Sud les Tropidonotes , qui n'ont pas encore été observés dans cette grande presqu île. La distribution géographique des boas nous présente plusieurs faits

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clignes d'être rapportés. Ce sont également des serpens propres aux contrées chaudes. Les véritables Boas n'habitent que dans TAniéricpie méridionale; ils sont remplacés dans l'ancien monde, par les Pythons; mais on observe, en outre, dans les Indes, plusieurs serpens en tout analogues aux Boas, mais de très petite taille et dont il n'existe , dans tout l'hémisphère occidental , ([u'un représentant à l'île de Cuba. Les Acrochordes enGn sont un genre tout-à-fait propre aux Indes orientales. — Parmi les serpens venimeux , ce ne sont que les Vipères et peut-être quelques Crotales qui s'avancent vers le INord, jusque dans les régions tempérées ou froides; les autres genres paraissent plus particulièrement destinés à peupler les contrées intertropicales. - — Des serpens venimeux colubriformcs , il n'y a que le genre iîlaps qui se trouve à la lois dans les deux Mondes , et encore les Elaps de l'Amérique forment-ils un petit groupe géographique distingué par le système de coloration et par quelques petits détails de forme; ceux des Indes sont rayés longitudinalement, au lieu d'être annclés de rouge et de noir; ceux de la Nouvelle-Hollande enfin peuvent être considérés comme formant des espèces anomales. Les do n- G ARE s sont propres aux Indes orientales, où se trouvent aussi des NAJAS, quoique le plus grand nombre de ces derniers serpens paraissent habiter de préférence des plaines arides ou sablonneuses, ce qui expli(pie pourquoi ils prédominent dans l'Afrique et dans la Nouvelle-Hollande. — On n'a pas encore pu parvenir à expliquer le phénomène que les serpens de 3MER se trouvent exclusivement dans les mers des Indes depuis le Malabar jusque dans le grand Océan pacifique. — Enfin, il reste à faire quelques oî)servations curieuses sur la distribution

des SERPENS VENIMEUX PROPREMENT DITS. DeS trois

genres dont cette famille est composée, l'un, celui de Vipère, est propre à l'Ancien monde, tandis que celui de Crotale n'babite que dans les Amériques, où il remplace le premier; mais les Trigonocéphales se trouvent dans Tun et l'autre

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monde. L(3s derniers reptiles, qui habitent les contrées boisées et les grandes forêts, n'ont été observés, par cette raison, ni en Afrique ni à la Nouvelle-Hollande, où ils sout remplacés par les Vipères; niais il est à observer que la Vipère de la Nouvelle-Hollande forme une espèce anomale, tandis que celles qui habitent l'Euri^pe s éloignent égalen]ent des espèces types et se rapprochent des Trigonocéphales. On peut établir clans ce dernier genre deux divisions, dont l'une comprend les espèces à tête revêtue d'écaillés , qui habitent plus particulièrement les contrées tropicales, tandis que ceux qui ont le sommet de la tête garni de plaques , se trouvent jusque dans les régions tempérées.

Après avoir donné, dans les pages précédentes, des notions générales sur la distribution géographique des ophidiens , nous nous proposons de traiter en particulier cb.aque contrée du globe, que l'on sait habitée par ces animaux. En commençant par l'Enrope, nous voyons que cette partie (.lu monde ne nourrit ni des Calamars, ni des Hétérodons ou des Lycodons; qu'il ne s'y trouve point de véritables Serpens d'arbre, pas même des Herpetodryas; qu'il n'y existe non plus des Hoznalopsis ou des Boas; que les familles des serpens venimeux colubriformes et des serpens de mer ne s'y rencontrent jamais; enfin que les serpens venimeux proprement dits n'y ont d'autre représenlans que plusieurs espèces du genre Vipère. Il n'y a guère d'espèce qui soit propre au centre ou aux parties septentrionales de ce continent, presque toutes se trouvant également au Sud de l'Europe, région qui produit beaucoup d'espèces qui habitent aussi dans les parties environnantes d'Afrique ou d'Asie. On peut cependant assigner des limites à quelques unes des espèces, ce qui donne lieu à plusieurs observations curieuses. La Vij^ère commune par exemple, Vipera berus, habite toute la partie centrale de FEurope et paraît être répartie dans FAsie tempérée jusqu'au lacdeBaical; elle vit aussi en Angleterre et en Suède; m.ijs

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vers rOuost, elle ne se trouve guère au delà de la Seine, lundis que les Alpes paraissent former les limites de cette espèee (i) tlans le Sud. Dans la partie méridionale de TOuest de l'Europe, elle est remplacée par la Vipère aspic, Vip. aspis, qui se trouve depuis Trieste dans toute l'Italie jusqu'en Sicile, puis en Suisse et dans toute la France au delà de là Seine jusqu'aux Pyrénées, et peut-être aussi dans la Péninsule ibérique. Les parties méridionales de 1 Est de l'Europe produisent au contraire une troisième espèce de ce genre, Vip. annnodytes, qui se trouve depuis la Styrie jusqu'au Sud de la Hongrie, puis dans la Grèce, dans la Dalmatie, en Sicile, et peut-être aussi dans la Calabre. Cette distribution des espèces paraît modifiée par la nature de terrains qu'elles habitent: la première préférant en général les bruyères, les lieux marécageux et boisés; la seconde un sol sec et aride; la troisième les terrains rocailleux. On n'a pas observé , dans ces serpens des variétés locales ou de climat; mais il n'en est pas ainsi de plusieurs autres serpens d Europe , qui sont répartis presque sur toute létendue de ce continent: on peut citer comme exemple la Coronella laevis et les ïropidonotus natrix et viperinus. Ces espèces, dont les deux premières habitent presque toute l'Europe septentrionale et centrale, et la dernière jusque vers le 5o degré de lat. bor. , se trouvent également dans le Midi de l'Europe, où elles forment souvent, outre uil grand nombre de variétés accidentelles, des variétés locales. En Espagne, par exemple, le Trop, vipérin a le dos rayé iongitudinalement; le même cas a lieu à l'égard du Tropidon. commun dans l'île de Sardaigne, et les individus de ce serpent tués en Sicile offrent encore d'autres disparités légères; la Coron, lisse enfin, forme (2) en Italie une

(i) On dit qu'elle se renconUe aussi dans la vallée du Pô jusqu'au Florentin , mais en très petit nombre. — (2) Je puis assurer que le rarackrc du prétendu Colub. Kiccioli , tiré de la plaque nasale indi-

variété locale ou de climat, variété à teintes plus claires, qui se trouve jusque daus les environs de Marseille, et qui remplace noire Coronelle dans le Sud de l'Europe. La Couleuvre d'£sculape qui habite dans le Sud de l'Allemagne, se trouve en Dahnatie et en Italie, jusqu'en Provence. Le Col. viridiflavus a été observé dans toute l'Europe méridionale en Grèce, en Hongrie, en Dahnatie, en Italie, en Sicile, en Sardaigne jusqu'en France et en Suisse. Le Col. hippocrepis habite l'Espagne et la Sardaigne, tandis que le Col. leopartlinus se trouve en Sicile, en Dahnatie et en Grèce; mais, autant que je sache, aucune des deux espèces n'a été observée en Italie. Le Psammophis lacertina , commun en Dalmatie, en Espagne et dans une grande partie de la France^ et qui habite la plupart des autres pays riverains de la Méditerranée, n'a pas non plus été trouvé en Italie ni dans aucune des îles adjacentes. Les contrées méridionales de l'Europe produisent plusieurs autres espèces de serpens, qui ne paraissent pas habiter une grande étendue de terres: telles sont le Xénodon de Michahelles de l'Espagne; le Psammophis Dahlii de la Dahnatie qui se trouve également en Grèce et qui se rapproche par ses formes élancées des serpens d'arbre; le Dipsas fallax des mêmes contrées, que l'on doit considérer comme espèce anomale du genre; enfin le Tortrix Eryx, qui se trouve seulement en Grèce, et dont les déserts de TAfrique et de l'Asie sont la véritable patrie. — En comparant les observations que nous fournissent les autres animaux de l'Europe à celles que nous venons d'énoncer sur les Reptiles de cette partie du monde, on parvient à déduire des résultats analogues. Nous voyons que les animaux des contrées septentrionales sont souvent remplacés dans le

visée est puremeut accidente), comme on peut se convaincre en examinant la série d'individus de cette Coronelle, conservée dans notre Musée.

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centre de l'Europe , par iViuitres, qui forment; des \nri(Hés locales ou qurlquefois luènie des races; et la comparaison des animaux, de TEuiope cenirale avec ceux du Midi de l'Europe offre souvent le même résultat. On peut citer de nombreux faits à l'api^ui de cette thèse; je n'en rapporterai quequehpies uns. Noire corbeau, par exemple, est remplacé, aux îles Fiir, par une vaiiété à teintes mélangées de blanc. La corneille mantelée et la corneille noire, sont deux races de la même espèce qui se représentent mutuellement, etdontla première appartient aux contrées septentrionales de l'Europe. On sait que la même chose a lieu a-peu-près à l'égard des étourneanx vulgaire et unicolore, dont le dernier habite plus particulièrement le IMidi de lEurope. Notre Emberi/a schoeniclus est remplacée en Dalmatie et en [talie par l'Fndjeriza palustris, qui offre ordinairement un bec beaucoup plus f<jrt, mais dont l'existence comme espèce ne pou irait être prouvée, parci' qu On observe souvent des individus exaetement intermédiaiîes entre ces deux races. Tout le monde connaît les races locales que forme notre moineau au delà des Alpes et des Pyrénées ou dans rArii(|ue septentrionale. La distribution géographique des mammifères nous présente de nombreux faits pour éelaircir notre thèse. Chacun sait qu'il existe, dans les différentes parties de lEurope et du Nord en général, des Lynx plus ou moins divers les uns des autres, et qui paraissent former des races produites par l'influence

(i) Il ne faut pas s'imaginer que chacune de ces races soit, par rapport au lieu de l'habitation, parfaitement séparée de l'autre race qu'elle doit rempicîcer; très souvent elles s?^ mêlent dans leurs migrations, ou \ivcMt dans les mêmes lieux, se perdant insensiblement à mesure que leurs représe.jtaus se montrent ; il arrive aussi que les individus de deux races voisines se propagent ensemble, comme font les Corvus cornix et corone , fait que j'ai constaté par de nombreuses observations faites dans ks rnvirons de Dresde. Consulter par rapport à ces questions les excellens travaux de M. Gioger de Rreslau.

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du climat sur le poil (i). Le renard du Nord (2) est d'une taille plus forte et offre un pelage mieux fourni que celui du centre de l'Europe j en Italie il 'reste assez petit, et a le ventre noirâtre, (Canis melanogaster, Bon.). Les belettes (Mustela ermlnea) de la Sardaigne et de la Sicile (3) diffèrent un peu par les teintes des individus du reste de l'Europe. Le mulot (Mus decumanus) est remplacé dans le Midi de l'Italie par une race qui s'en éloigne à-peine ; c'est le Mus tectorum du Prince de Musignano. Un autre animal trè^ curieux, qui y représente dans beaucoup de lieux notre taupe, est le Talpa coeca. On sait que les chamois des Alpes offrent de légères différences avec ceux des Pyrénées ; il serait donc curieux de savoir, s'il en est de même des bouquetins de ces deux chaînes de montagnes. — Les Reptiles nous présentent également plusieurs exemples de ces différences locales: nos Salamandres aquatiques offrent souvent des teintes plus vives dans le Sud ou dans l'Ouest de l'Europe , tandis que les Crapauds vulgaires de l'Italie ont des teintes plus uniformes que d'ordinaire, et le corps hérisséd'épines. Il existe de légères différences entre les tortues grecques de l'Italie, de la Grèce, de la Syrie ou du Nord de l'Afrique; les rainettes communes ont souvent en Sardaigne le corps couvert de

(i) La même chose s'observe dans les tigres du Nord de l'Asie comparés à ceux du Bengale, ou même de Sumatra et de Java; on voit des phénomènes analogues dans certaines plantes à feuilles lisses qui, apportées dans un climat froid, se revêtent souvent de poils, pour se garantir du froid. — (a) Le Japon, situé sous le même parallèle que le Midi de l'Europe, produit des renards de forte taille et d'un beau pelage, mais en tout semblables à nos renards d'Europe, dont on connaît une belle variété dans l'Amérique du T^ord , (Canis argentatus, Geoffroy). — (3) On en a fait des espèces fondées sur une prétendue différence dans le nombre des molaires, observation qu'il n'est pas nécessaire de contredire.

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larges lâches effacées; en Grèce, notre orvet a le coips parsemé de points foncés, et c'est alors TAnguis punctatissinia de Jîibron; enfin je pourrais citer nn grand nond^re de faits analogues tirés de la classe des insectes, mais ce seraif m'enfoncer dans nn gouffre, où Ton ne parviendra peut-être jamais à voir clair.

L'étude de la répartition géographique des animaux daut 1 Afrique, offre un grand nomhre de faits extrêment curieux, et de la plus haute importance pour la géographie physique et même pour la zoologie descriptive. Il n'est peut-être pas «le contrée de la terre qui fournît des preuves aussi frappantes des rapports qui existent entre les anmiaux et les lieux qu'ils habitent. En étudiant donc la constitution pliysique de ce grand continent, on pourra en quelque sorte deviuer la nature de ses productions. Le trait prédominant de l'Afrique est la présence de grandes plaines arides, soit qu'elles forment de véritables déserts de sable , soit qu'elles se présentent sous l'aspect de ces plateaux en terrasses, élevés quelquefois à une hauteur de plusieurs milliers de pieds au dessus du niveau de la mer, et qui se revêtent de végétation seulement pendant une courte période de Tannée. Un sol de cette nature, brûlé sans cesse par les rayons perpendiculaires du soleil, est peu propre à produire des vapeurs qui , se condensant dans l'atmosphère , en tombent ensuite sous forme de pluie, de neige ou de grêle, pour féconder la terre. Ces conditions et l'absence de hautes montagnes dans cette partie de l'Afrique modifient la nature des eaux douces ou courantes en général. De là que les fleuves de ce continent sont sous tous les rapports inférieurs à ceux des autres continens; ils ne forment que rarement ces grands rassemblemens d'eau douce, qui sont si favorables au développement des vapeurs; leurs bords ne sont pas ordinairement couverts de cette luxuriante végétation, qui attire nn si grand nombre d'êtres de toutes les classes d'animaux; ces

fleuves, gonilés dans la saison des pluies, pendant un court espace de temps , par la crue subite des eaux , se retirent après cette période dans leur lit, ou se réduisent souvent même au point de ne plus mériter le nom de fleuve ou de rivière. Il résulte de ce que nous venons de dire que l'Afrique, n'étant ni arrosée pas de larges rivières ni couverte d'une végétation abondante et dénuée de grandes forêts , ne doit nourrir qu'un petit nombre de ces animaux qui habitent les eaux douces ou les bois, tandis que les animaux qui sont plus particulièrement destinés à peupler les plaines, doivent s'y trouver en abondance: et ces suppositions se confirment par l'expérience. Nous voyons en Afrique, au lieu des Cerfs une quantité d'espèces d'Antilopes , errant par troupes nombreuses dans ces lieux découverts. Les Ecureuils y habitent en très petit nombre et les espèces qui s'y trouvent s'éloignent encore ordinairement des véritables écureuils par leurs habitudes terrestres. Le grand nombre de rongeurs qui peuplent ce continent appartiennent presque tous à des espèces terrestres; beaucoup d'entre eux même vivent dans les lieux découverts, et dépourvus des moyens de défense, la nature a pourvu à leur conservation , en développant leurs organes de locomotion , au point d'en faire de véritables sauteurs , et c'est de cette manière que ces animaux ont la faculté d'échapper par une prompte fuite, aux poursuites de leurs ennemis. On observe enfin le même fait dans certains mammifères de l'ordre des Insectivores. — Les Reptiles de cette partie du monde offrent des exemples encore plus frappans, de ce que nous venons d'avancer. L'Afrique nourrit à elle seule plus d'espèces de tortues terrestres que toutes les autres parties du monde prises ensemble; mais les tortues d'eau douce sont en si petit nombre que l'on n'en connaît qu'une seule Emyde et peut-être une ou deux espèces du genre Trionyx. Une autre observation digne de remarque est le petit nombre de batraciens propres à ce continent: il y existe à peine plusieurs

212 DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQDE

crapauds, quelques espèces du genre Bonibinateur, autant de grenouilles, et une ou deux rainettes , qui sont du iionil3re des animaux très-rares. Le même fait se présente par rapport aux serpens d'arbre et aquatiques: les Dryopliis et les Homalopsis y manquent totalement , et il n'y existe que deux espèces du genre Dipsas , deux Dendrophis et un ou deux Tropidonotes. L'exemple le plus frappant enfin est l'absence presque totale de poissons dans les eaux douces de l'Afrique méridionale. — Cependant, les observations que nous venons de faire sur la constitution pbysique de l'Afrique ne peuvent être appliquées à toutes les contrées de cette partie du monde. Au point de la plus grande largeur de ce continent , le grand plateau qui en occupe toute la partie australe, descend rapidement vers les plaines désertes du Nord, et se prolonge d'un coté, au delà du Quorra, dans le haut Sudan , tandis que les terrasses de ce même plateau entourent de l'autre côté les Alpes de l'Abyssinie. C'est de ces hautes montagnes , ou de la pente septentrionale du grand plateau de l'Afrique en général que naissent les plus grands fleuves de ce continent ; c'est au pied de ces montagnes ou terrasses que se forment ces marais boisés désignés sous le nom de Kit/la, et qui entourent , dans le centre de l'Afrique, ce grand bassin d'eaux douces, que l'on pourrait comparer à une mer intérieure. Offrant un sol plus fertile, les régions dont nous venons de parler sont couvertes d'une végétation plus abondante que les autres parties de l'Afrique, et ces terres ainsi que les fleuves dont elles sont fécondées, nourrissent un nombre plus varié d'animaux, appartenant souvent à des genres différens. Cette diversité dans la constitution physique des différentes régions de l'Afrique doit nécessairement exercer une influence considérable sur la distribution géographique des êtres qui y habitent. — Les animaux qui sont plus particulièrement destinés à peupler les. plaines élevées de la partie méridionale de ce continent, se trotivent souvent

DES SEllPENS. 213

sur tous ces points du grand plateau qui réunissent les conditions nécessaires à leur existence. De là que beaucoup d'animaux du Cap de Bonne Espérance ont été observé jusqu'à la côte de Guinée, et même jusqu'en Abyssinie. Tantôt ces animaux se trouvent être exactement les mêmes dans des régions aussi distantes l'une de l'autre ; tantôt ils présentent dans l'un et l'autre lieu de légères différences, qui n'existent souvent que dans les nuances , les vivacités ou des teintes même seulement dans leur distribution; tantôt enfin, il arrive que ces animaux diffèrent constamment et d'une manière assez essentielle pour justifier l'élévation de ces représentans respectifs au rang d'espèces. D'un autre côté on observe une certaine identité entre beaucoup d'animaux de l'Abyssinie et de la Sénégambie: ces deux pays nourrissant parfois les mêmes espèces; les représentans d'un même animal, V formant tantôt des variétés locales, tantôt des espèces diverses. Les productions de ces pays montrent quelquefois de l'affinité avec ceux de l'Asie intertropicale, et on y trouve même plusieurs espèces d'animaux , qui ont également été observés dans une partie de l'Asie et même dans la Malaisie. Cette identité est plus frappante encore entre les animaux qui habitent les contrées situées au Nord du grand plateau de l'Afrique, et ceux qui habitent l'occident de l'Asie jusquà î'Indoustan ; il est vrai que dans les deux continens ces animaux choisissent pour séjour des déserts qui semblent se continuer l'un l'autre. Les contrées de rAfriijue enfin, situées près des côtes de la Méditerranée, nourrissent quelques animaux qui sont propres à la plupart des pays riverains de cette mer, et qui se trouvent par conséquent aussi dans plusieurs points de l'Europe. — Avant d'entrer en détail sur la distribution géographique des serpens d'Afrique , que l'on me permette de citer à l'appui de mes observations , plusieurs faits curieux tirés de la distribution des autres animaux qui habitent ce continent, Le nombre des animaux qui sont distribués à la surface

2i'i DiSTl\IBUT10N GÉOGRAPHIQUE

de l'Afrique, sans offrir des différences locales, paraît être assez limité, et ces ariimaux appartiennent souvent à des espèces de grande taille : telles sont l'Eléphant , la Giraffe, l'Hippopotame , le Crocodile vulgaire, le Lion , etc. Parmi les animaux communs à la plupart des points du grand plateau de l'Afrique, se distinguent notamment un grand nombre de ruminans ; tels sont par exemple , le Buflle du Gap , dont M. Rùppell a rapporté les dépouilles d'Abyssinic, l'Antilope strepsiceros qui habite le (^ap, l'Abyssinie et la cote de Guinée; l'Antilope cquina du Sénégal , probablement identique avec l'Antilope leucophaea du Gap; l'Ant. oreotragus qui vit au Gap , à Ashantée et en Abyssinie ; l'Antil. pygarga (dont l'Ant. personata est le jeune) qui se trouve au Gap et à laGôte d'or, etc. ; beaucoup d autres animaux ont également été observés dans ces terres distantes l'une de l'autre, conmiepar exemple, le Phascochoere ordinaire qui est le même au Gap et au Sénégal, Sciurus setosus également propre à ces deux régions , ensuite Myoxus murinus, Ganis pictus , le Ratel (Gulo mellivorus) la tortue géométrique et d'autres. Un nombre non moins considérable d'animaux offre, au contraire, sur ces différens points de 1 Afrique, des variétés locales quelquefois très curieuses. Nous voyons ainsi le chacal du Gap , (Ganis inesomelas) remplacé , dans les parties septentrionales de l'Afrique , par une variété à teintes claires , n'ayant pas de noir sur le dos, (Ganis variegatus et anthus? duMus.de Francf.); leDamanetlaZorille du Gap ne diffèrent de ceux du nord de l'Afrique que par des teintes plus foncées; la Genette du Gap (Viverra genetta et felina (i) ) habite aussi l'Espagne, mais elle est remplacée au Sénégal et en Abyssinie par une variété locale, remarquable par ses teintes assez pâles, (Viverra senegalensis). L'Ichneumon de l'Egypte (Herpestes

(i) La cHtTérence entre ces deux mammifères se réduit à la nuance des teintes, et me parait purement périodique.

DFS SKllPBiNS. 21

ichneuiuonj est remplacé à la pointe australe de l'Africnie par une variété locale à pelade plus foncé (Hcrp. cafer et griseus); il en est de même de l'Ichneumon versicolor de l'Abyssinie, qui a les teintes moins claires au Cap de Bonne Espérance. L'Antilope mergens du Cap est représentée en Sénégambiepar l'Ant. Grimmia, et en Abyssinie par l'Antil. madaqua (Rûpp. Neue JVirhelth. • — p. y fiff. i); l'Antil. eleotragusou Lalandei du Cap par l'Ant. redunca du Sénégal et de l'Abyssinie; rOuribi de l'Abyssinie (Antil. montana) montre de légères différences avec celui du Cap (Ant. sroparia) , et il en est de même de TOryx de ce premier pays, (Antil. Beisa, Rûpp.), qui forme une race, distinguée par une disposition diverse dans le système de coloration , de celles d'Ashantée et du Cap. Quelquefois il arrive même qu'il existe dans chacun des pays dont je viens de parler des races représentant la même espèce, comme l'Antilope sylvatica, scripta et decula, qui se représentent mutuellement au Cap, au Sénégal et en Abyssinie , comme l'Antilope Mhorr de la Barbarie y remplace l'Antil. Dama , dont la véritable patrie est le Kordofan et la Nubie etc. D'autres animaux enfin diffèrent dans ces divers lieux d'une manière assez considérable pour mériter peutêtre d'être élevés au rang d'espèces (i) : tels sont , par exemple, le Phascochoere d'Elien qui représente en Abyssinie le Phase, commun de la côte de Guinée et du Cap; puis le Sciurus rutilans , représentant dans l'Afrique orientale le Se. setosus du Sénégal et du Cap, et plusieurs autres. — Des faits analogues à ceux que nous venons de citer s'observent dans la classe des Oiseaux et des Pveptiles; mais craignant de donner à mon travail trop d'étendue , je me bornerai dans la suite à la classe des Mammifères et des Reptiles qui, d'ailleurs, sont plus propres à fournir des preuves certaines. Les Monitor

(i) L'IIysena villosa du Cap ne diffère guère de l'Hyène slrîée que par son pelage long d touffu , et par des teintes plus foncées.

210 DlSriUBUTJON GEOGRAPHIQUE

exanthematicus et nlloticiis de l'Egypte et du Sénégal sont remplacés au Cap par des variétés locales à teintes plus foncées et à dessin plus prononcé j ce sont alors lesTupinanibis albogularis de Daudin et le Lacerta capensis de Sparnian. La Vipère arietans du Cap offre des teintes beaucoup plus pales en Nubie et en Abyssinie ; il en est de même du crapaud du Cap (Bufo pantherinus, Boie) , qui y remplace le Bufo arabieus de l'Egypte, dont le système de coloration est beaucoup moins agréable. Le Naja liaje de TEgypte est représenté au Cap par le Naja nivea , et on trouve même au Cap une variété du Lézard véloce, (Lac. pardalis) , qui vit jusqu'en France et en Espagne. Certaines tortues nous présentent des exemples extrêmement curieux de cette influence du climat (2) sur les animaux, ou des différences que présentent souvent, dans diverses contrées, les espèces qui sont modelées sur un seul type. La grande tortue de terre du Cap, (Testudo pardalis, Bell) a été également rapportée du Sénégal et de T Abyssinie; mais au lieu d'avoir, dans ces lieux la carapace ornée d'un beau dessin noir et jaune, cette partie est d'un gris-jaunâtre uniforme, teinte qui occupe également toutes les autres parties du corps ; enfin toutes les appendices de la peau ont acquises, sous l'influence d'un climat aussi vigoureux , un développement plus fort , de sorte que les écailles des pieds de devant ont été toutes transformées en pointes ou même en épines: cette variété locale est connue sous les noms de Testudo sulcata

(1) Voyez la revue du genre Monitor, dans la 3* livraison de mes Abbildiingen, où j'ai rectifié les erreurs commises par les naturalistes en déterminant les espèces de ce genre. — (2) J'espère que Ton n'ira pas comparer ma manière de voir à l'égard des expressions, race, variété locale ou de climat, aux idées de Buffon qui aurait volontiers réunis en une seule espèce tous les lièvres du monde, ou encore moins à celles de Lamark, qui alla jusqu'à lâcher de prouver la possibilité de la hausmutation de l'orang-outan en l'espèce humaine.

DES SEUPENS. 217

ou calcarata. Le Testudo angulata du Gap, qui se trouve aussi à Sierra- Leone, à éprouvé , dans ces derniers lieux, des changeniens analogues à ceux que je viens de citer comme ayant eu lieu à l'égard de la Test, pardalis; mais, dans la tortue dont nous parlons, cette influence d'un climat différent s'est particulièrement concentrée sur le développement de la carapace et de ses bords: (cette race forme le genre Kinnyxis de Bell.) Nous faisons mention, en dernier lieu , d'une différence non moins curieuse entre les Emydes, qui se représentent mutuellement au Gap, au Sénégal et à Madagascar: on peut regarder comme forme type l'Emys galeata du Gap, espèce l'une des mieux caractérisées du genre; cette Emyde est remplacée, en Abyssinie par l'Emys Gehafie de Rûppell, qui s'en distingue seulement parquelques caractères légers mais constans (i) ; à Madagascar enfin , nous voyons , au lieu de ces deux variétés, une race différente, le Sternothoerus nigricans qui, quoique modelée sur le même type, se distingue constamment de ses représentens , par des formes plus lourdes, unecarapacemoinslargeet un plastron en partie mobile. (2) — En résumant ce que nous venons de dire de l'influence du climat sur les animaux d'Afrique , et en déduisant des lois , on arrive à ce résultat, que la différence des animaux qui se

(1) Ces caractères se bornent presque à la forme un peu diverse du plastron, et aux lames antérieures de cette partie , disparité si fréquente chez les Chéloniens. — (2) J'espère avoir constaté, dans mon travail sur les Chéloniens , inséré dans la Faune du Japon, le peu d'importance du caractère tiré de la mobilité du plastron, et démontré que très souvent ce caractère est purement accidentel, ou l'effet de l'âge. En tout cas, et adoptant même la différence spécifique de cette dernière Emyde, je crois que l'on détruit les affinités naturelles en élevant cet animal, en faveur d'un caractère isolé, au rang de genre, et en l'éloignant, dans la méthode artificielle, de ses représentans en Afrique. On pourrait dire que cette Emyde est à ses représentans ce qu'est l'Emys pennsylvanica à l'Emys scorpioidea de Surinam,

218 DISTRIBUTION GEOGRAPiilOUK

représentent mutuellement clans TAfrique australe et septentrionale, se réduit souvent à un développement plus ou moins complet de certaines parties et à une diversité dans les teintes ; ceux qui habitent les dernières contrées , montrent ordinairement une livrée d'un jaune ou gris pale , couleur propre à tant d'animaux qui fréquentent ces lieux déserts (i) et que j'appolerais volontiers la couleur du désert. — L'ét:ît horné de nos connaissances par rappoit aux animaux de l'Afrique en général ne nous permet guère de donner un tableau exact de la distribution géographique des serpens dans cette partie du monde, et encore moins d'assigner à chaque espèce les limites précises qui (h'terminent les lieux (rhal)itation que la nature a désignés à chacune ; ne connaissant, à proprement parler, d'une manière exacte que les productions de trois à quatre points principaux (2) de ce continent qui ont été explorés, nous nous vovous obligés de nous borner à l'indication des espèces et des lieux où elles ont été observées. L'Afrique est en général beaucoup moins riche en Reptiles et notamment en serpens que l'Asie et l'Amérique. Le nombre des genres est également plus circonscrit dans ce continent; maison y voit, dans les Reptiles le même phénomène qui s'observe dans les autres animaux et les plantes de cette partie du monde, savoir : que les espèces de certaine genres sont extrêmement nombreuses , et que ces diverses espèces habitent souvent les mêmes lieux: fait qui s'applique également, quoique dans un sens moins étendu, à la Nouvelle-Fîollande. Ce sont en général les animaux qui habitent les plaines, dont le nombredes espèces est multiplié en Afrique. C'est ainsi que nous

(l) Comme par exemple, la plupart des antilopes de l'Afrique septentrionale, les nombreuses espèces de renards de ces contrées , les dipus, les lièvres, plusieurs rongeurs; puis un grand nombre d'oiseaux, des reptiles, comme l'agame du désert, le caméléon, Téryx, le céraste etc. — (î) L'Eg:ypte jusqu'en Abyssinie, l'Algérie, une partie de la Sénégambie et de la côte de Guinée, enfin le Cap de Bonne Espérance.

voyons, à la pointe australe de ce continent , trois à quatre espèces de tortues terrestres, qua.tre espèces de serpens du genre Coronelle , autant du genre Naja, et trois du genre Vipère. Les autres genres de serpens qui y habitent, n'ont pour représentant qu'une seule espèce. Ces serpens appartiennent presque sans exception à des espèces propres à ce continent. On en a retrouvé quelques-unes à la côte de Guinée: telles sont le Lycodon de Horstok et le Naja rhonibeata; le Psanimophis moniliger s'y trouve également, mais il y forme une variété locale qui se rapproche de celle qui habite l'Egypte. C'est en Sénégambie que vivent trois espèces de serpens d'arbre du genre Dendrophis, différentes de celles du Cap, et dont l'une, le Dendroph. picta, est répandue dans une grande partie de l'Asie jusqu'à la Nouvelle- Guinée. Les contrées intertropicales de l'Afrique nourrissent le Python à deux raies, dont la patrie s'étend également jusqu'en Chine ' et à l'île de Java. La Vipère bondissante du Cap, Vip. arietans, se trouve jusqu'en Abyssinie , où elle forme une variété locale à teintes pâles. L'Afrique septentrionale produit plusieurs espèces de serpens différentes de celles du reste de l'Afrique : telles sont l'Eryx et la Vipère Echis qui habitent jusque dans rindoustan, le Céraste, un Dipsas et plusieurs Couleuvres. D'autres espèces, comme le Naja haje, le Psammophis moniliger diffèrent plus ou moins de leurs représentans à la pointe australe de l'Afrique. Les pays de ce continent situés sur les bords de la Méditerranée, nourrissent plusieurs espèces qui se trouvent également dans l'Europe méridionale; et cette analogie entre les animaux de ces deux parties du monde est particulièrement sensible en comparant ceux de» côtes de la Barbarie aux animaux de l'Espagne et du Portugal , contrées qui, par la nature de leurs productions , se rapprochent plutôt de l'Afrique que de l'Europe (i). On n'a pas encore observé

(i) Lh prescju'iîe ibéiiennc nourrit le cAméléon, la gcnetle , une

des serpens clans les îles situés dans le rayon de rx4friqiie , et , on peut tenir pour certain que les Canaries n'en produisent pas (i).

La grande île de Mada<^ascar ne paraît appartenir à l'Afrique que par sa partie occi.lentale, de ce côté de la chaîne des montagnes qui parcourt cette terre vierge dans toute sa longueur. Se rapprochant des Indes, quant aux productions de la côte orientale, la seule partie un peu connue, cette grande île offre cependant une Faune toute particulière sous heaucoup de rapports; et on pourrait peut-être appliquer la même ohservation aux îles avoisinantes. C'est dans ces terres que se trouvait autrefois le Doudou, et qu'hahitent les Lemurs avec l'espèce anomale connue sous le nom de Cheirogaleus, l'Aye-Aye, le Caméléon à nez fourchu, dont les pointes saillantes du museau sont assez sujettes à varier, et qui a été introduit dans plusieurs autres îles , le Ptyodactyle frangé, etc. — A l'exception du Tropidonote schisteux, qui habite aussi dans une grande partie de l'Asie, tous les serpens de cette contrée appartiennent à des espèces particulières. Nous en citons le Langaha, espèce anomale et très curieuse du genre Dryophis , les Erpétodryas de Goudot et rhodogaster, et le Dipsas de Gaimard , tous propres à l'île de Madagascar. Les Mascareignes produisent une très belle Couleuvre, (Col. miniatus) et un petit Boa à formes élancées et à queue effilée, (Boa Dussumieri). On ne connaît des îles Seychelles qu'un serpent du genre Psammophis.

En exceptant les deux presqu'îles de l'Inde, l'Asie n'est pas peuplée d'un grand nombre de Reptiles. Cette observation

amphisbène, et beaucoup d'oiseaux inconnus dans le reste de l'Europe. (i) Je dois observer ici que les Pieptiles de Ténériffe appartiennent à des espèces Européennes , mais que tous les Sauriens de celte île ont les teintes extrêmement foncées: on y trouve le Scinque ocellé, le Lézard des murailles et la Rainette commune.

DES SERPENS. 22 i

paraît fondée, quoique les autres points de l'Asie n aient pas été aussi souvent explorés que ceux que nous venons de nommer ; car elle s'explique facilement par la position de l'Asie dont la plus grande partie est située sous la zone tempérée et la zone glaciale , régions peu propres il la multiplication des Reptiles. L'Asie septentrionale ou plutôt la Sibérie produit un grand nombre d'animaux qui se trouvent également en Europe; et le même cas paraît avoir lieu à l'égard des serpens (i). Un ophidien curieux, propre aux contrées méridionales de la Sibérie est le Trigonocéphak halys , intermédiaire par son organisation entre les Vipères d'Europe et les Trigonocéphales à tête garnie de plaques. Les déserts au Sud de la Mer Caspienne, qui se prolongent d'un côté jusque dans l'Indoustan, tandis que de l'autre ils s'étendent par l'Iran en Arabie et en Syrie , pour se réunir à ceux de l'Afrique, ces déserts nourrissent un petit nombre de Reptiles, qui habitent également les déserts analogues de ce dernier continent. On y a observé le Monitor exanthematicus, les Stellions, l'Agame du désert, la Vipère Echis, le Psammophis lacertin, et l'Eryx , répandu jusqu'en Sibérie, mais qui forme dans les Grandes Indes une ou plusieurs variétés locales ou races distinctes. Nous sommes dans une ignorance absolue à l'égard des Reptiles du reste de l'Asie moyenne ; mais les animaux que nous connaissons de la Chine, du moins ceux des environs de Canton, offrent souvent une grande analogie avec les productions des îles du grand Archipel indien. Avant de parler des deux presqu'îles de l'Inde, qu'il convient de rapprocher encore de la Malaisie,

(i) La plupart des voyageurs conviennent que nos Tropidonotes, notre Vipère, nos Lézards etc. se trouvent en Sibérie; mais, n'ayant admis dans mon livre que des faits fondés sur l'autopsie , soit des sujets mêmes soit de bonnes figures des sujets, je ne me suis que rarement servi d'observations des voyageurs.

'222 DISTRIBUTION GEOGUAPHIQUE

je me vois obligé de dire quelques mots sur les îles qui composent l'empire japonais, qui se rattachent , par leurs productions, à l'Asie tempérée et à l'Europe, mais dont les parties méridionales montrent de l'identité avec l'Asie intertropicale. L étude des animaux du Japon offre les plus beaux résultats pour justifier ma manière de voir, savoir de rapprocher les animaux qui, étant modelés sur le même type, se représentent mutuellement dans les diverses contrées du globe, et de les comprendre sous un même nom spécifique, admettant, comme subdivisions, des variétés locales ou de climat; les résultats que nous obtenons au moyen de cette étude, pourront en même temps servir à détruire le préjugé, que les espèces voisines sont rigoureusement séparées les unes des autres, en sorte que l'on puisse établir des traits distinclifs saillans pour chacune d'elle. Plusieurs Mammifères du Japon (i) ne se distinguent guère de ceux de l'Europe; il existe dans cet empire un blaireau, absolument semblable au nôtre, mais à teintes un peu plus foncées et à taille moins forte; la taupe du Japon s'éloigne de celle de l'Europe par des teintes un peu plus claires; les martes de ce pays ont la tache sous la gorge plus jaune que chez les nôtres; le Renard et la Loutre sont tout-à-fait les mêmes que chez nous; l'Ecureuil s'approche de la variété de lEcureuil qui vit dans les hautes montagnes de l'Europe. D'autres mammifères de ce pays s'éloignent de ceux d'Europe: tels sont, dans l'île de Jezo, un grand Ours, probablement analogue à l'Ours féroce des llocky-Mountains; puis dans les autres îles de l'empire, l'Ours du Tubet, un singe (Innuus

(i) Les nombreuses recherches faites au Japon par M. von Siebold

et plus tard par M. Bûkcer nous ont mis en possession de la plupart

des productions de cet empire; ayant de chaque espèce un grand

nombre d'individus sous les yeux, on peut être sûr des faits que nous

-avançons dans les pages suivantes.

speciosiis) ; un nouveau chien très curieux (Canis viverrinus); un lièvre; deux espèces de Ptèromys, dont l'une à très forte tail!e; un chamois analogue aux Antilopes sumatrensis et montana des montagnes rocheuses; enfin plusieurs mammifèies inédits de petite taille. Le nombre des oiseaux qui habitent en même temps l'Europe et le Japon monte à plus de cent: plusieurs d'entre eux, comme les espèces aquatiques , et la plupart des oiseaux de passage y sont absolument les mêmes que chez nous ; mais les espèces stationnaires ou celles qui traînent une vie nomade, sans quitter les grandes îles dont nous parlons, présentent souvent des différences plus ou moins marquées: le Geai du Japon offre une disposition des teintes un peu diverse du nôtre, et diffère encore de la variété qui se trouve dans les monts Himalaya. Les Mésanges, Parus major, caudatus etc. sont beaucoup plus petits au Japon que chez nous, les teintes ont une nuance un peu diverse, et la dernière espèce s'éloigne en outre de notre variété en ce qu'elle suspend son nid aux branches des arbres à-peu-près comme le fait notre remiz, (Parus pendulinus); les individus Japonais de la Lavandière, Motacilla alba, sont de la variété connue sous le nom de Motac. lugubris; la Caille, le Courlis grand, le Bec-fin cisticole du Japon présentent des différences lorsqu'on les compare aux individus de l'Europe, etc. Enfin, beaucoup d'autres oiseaux du Japon s'éloignent plus ou moins de ceux d'Europe, mais ils offrent souvent des différences si légères, que les ornithologistes même n'ont pas toujours cru devoir en faire mention ; (voir Temminck Manuel III p. 5o et suiv.). Je ne parlerai point des poissons d'eau douce du Japon, dont plusieurs représentent nos espèces d'Europe; ces dernières offrant souvent des différences d'un pays ou d'une rivière à l'autre, il sera inutile de dire combien il est difficile de déterminer avec exactitude celles du Japon. Les Reptiles de cette contrée donnent lieu à une observation assez remarquable, en ce

que les sauriens et les ophidiens appartiennent sans exception à des espèces qui ne se trouvent point en Europe; tandis qu'on observe parmi les deux autres ordres de Reptiles, des races analogues de la même espèce dans ces deux contrées: telles sont nos deux grenouilles et la Rainette, Rana es'culenta, teniporaria et Hyla arborea, qui sont exactement les mêmes au Japon ; puis notre tortue vulgaire, Emys vulgaris, connue aussi sous le nom d'Emis caspica et lularia, qui forme, au Japon, ime variété locale constante; le Crapaud du Japon enfin, quoique très-voisin du notre pour l'ensemble des formes et des teintes, s'en éloigne cependant par plusieurs points de son organisation. Les serpens du Japon se réduisent, à l'exception des Hydrophis, à trois espèces du genre Couleuvre, à deux Tropidonotes et à un Trigonocéphale. La présence de ce dernier, ainsi que celle d'un Trionyx, du Sorex moschatus, d'un grand écureuil volant rappelent la Faune des Indes; tandis que plusieurs autres, tels que le ScinqueàS raies, les nombreuses Salamandres, etc., démontrent qu'il existe aussi des rapports entre les Faunes de l'Amérique du Nord et du Japon. — L'examen des productions des deux presqu'îles de l'Inde, y compris l'île de Ceylan, nous montre qu'il existe une grande analogie entre ces contrées et les îles du grand archipel Indien, et cette analogie devient tout-à-fait frappante , lorsqu'on compare les animaux des points les plus rapprochés des pays que nous venons de nommer; comme par exemple ceux de la presqu'île de Malacca à ceux de Sumatra. Cette analogie cependant n'est pas aussi évidente par rapport aux mammifères (i), que par rapport aux oiseaux, aux reptiles, aux poissons et particulièrement aux productions du règne végétal ; et il existe

(i) Les Singes delà Malaisie par exemple, appartiennent presque sans exception à des espèces différentes de celles du Bengale, des grandes Indes ou de Ceylan.

DES SERPE XS. :225

dans la presqu'île en deçà du Gange plusieurs Reptiles propres à cette contrée , et appartenant même à des genres qui ne se retrouvent pas dans la Malaisie, comme, par exemple, les Caméléons, les Vipères, etc. L'île de Geylan , quoique assez voisine de la côte de Coromandel , nourrit cependant plusieurs auimaux (i) qui n'iiabilent pas cette dernière contrée: ce sont parmi les serpens, le Torlrix maculé, le Calamar scytale, le Lycodon caréné et deuxTrigonocépbales, les Tr. hypnale et nigromarginatus. C'est dans ces parages que commencent à se montrer les Hydrophis, ophidiens intéressans qui habitent exclusivement la mer et qui se trouvent depuis ce point, dans tous les parages intertropicaux, situées à l'Est du Malabar, jusque dans la Polynésie. Le nombre de serpens qui habitent les deux presqu'îles du Gange, sans se trouver dans la Malaisie, paraît être très limité: tels sont l'Eryx, les Coronelles de Russel et à huit raies, plusieurs espèces des genres Couleuvre et Lycodon, le Dipsas trigonata , plusieurs TropidonoteSj l'Elaps triple-tache et plusieurs Vipères. Les productions de la presqu'île indienne au-delà du Gange étant très peu étudiées, nous passerons à la Malaisie, qui nous offre un des points les plus curieux du globe , pour étudier la répartition géographique non seulement des animaux mais aussi des végétaux,* et ce sont les résultats obtenus par cette étude qui contribueront grandement à affermir les idées que nous avons si souvent émises dans notre livre, sur les modifications innombrables que présentent les animaux de la même souche, dans les diverses contrées qu'ils habitent. Les terres qui composent le grand archipel Indien , appartiennent au nombre des îles du premier rang, et sont entourées d'une quantité de récifs ou d'îlots plus ou moins considérables. Situées sous les tropiques, couvertes d'une végétation luxuriante, et peuplées d'un nombre extrêmement

(i) Le Oiianderou, plusieurs Semnopilhèques etc.

t>i(; DlS'lTxlDUTlO.N r.KOGl\APHlQ[]E

«^raml (Viniiinaux de toutes les classes, elles sont séparées les unes tles autres par des bras de mer le plus souvent assez étroits, mais qui forment une barrière insurmontable à la plupart des animaux (i). En observant donc à-la-fols, sur plusieurs de ces îles, la même espèce, on peut être sûr que ces animaux des diverses îles, n'ayant pas de comnuinicatioii entre eux, doivent former, sur cbacune d'elles, une famille isolée, dont les individus, vivant depuis leur création ou du moins depuis ([ue ces terres ont reçues leur forme actuelle, dans des lieux d'une nature plus ou moins différente, doivent nécessairement montrer des modifications plus ou moins sensibles. L'expérience nous prouve en effet la vérité de ce {rue nous venons d'avancer. 11 arrive souvent que la même csjièce d'animaux a (ké découveite à la fois à Sumatra, à Java, à Bornéo, à Timor, à Célèbes et même aux îles Philippines, ou sur le continent de l'Asie, et qu'elh; offre dans chacun de ces lieux, des disparités, à la vérité quelquefois très subtiles, mais ordinairement constantes. Nous demandons ce qu'il reste à faire de ces variétés locales: s'il faut les considérer comme telles ou comme des races de la même espèce, ou si elles méritent d'être élevées au rang d'espèce même. Les tentatives que j'ai faites afin de m'arranger pour ainsi dire avec la nature, m'ont conduit au résultat, que ce serait embrouiller la

(i) Outre l'archipel de la Malaisie, celui des Grandes Antilles serait le seul point du {;lobe qui pourrait offrir un point favorable pour l'élude comparativt; d(.'S individus de la même espèce, habitant à la fois plusieurs contrées séparées par la mer; mais ces dernières îles sont toutes situées à-peu-près sous le même parallèle; elles ne sont ni aussi nombreuses, ni aussi grandes ni aussi distantes les unes des autres que celles de la Malaisie; d'ailleurs elles sont beaucoup moins riches en productions d'histoire naturelle et n'ont été Cjue peu explorées en comparaison des îles de la Malaisie, qui sont depuis plus de vingt ans l'objet des recherches assidues de nos voyap;eurs.

DES SKRPENS. 227

science, que de désigner chacune de ces petites variétés sous un nom propre et spécifique, et qu'il vaut mieux de connaître une seule des conditions qui modifient la nature des êtres, que d'avoir augmenté de plusieurs noms nouveaux le catalogue de ceux-ci. Je sais que mes lecteurs auront de la peine à se faire, au moyen de descriptions, une idée de toutes, les petites modifications que peut éprouver la même espèce dans des lieux divers, et qu'il est souvent difficile d'indiquer ; mais, ne pouvant leur mettre sous les yeux ces collections immenses et ces suites nombreuses d'individus de la même espèce , en un mot les matériaux qui ont servi de base à mes travaux, je me vois obligé de rapporter plusieurs faits, qui pourront justifier ma manière de voir. Choisissons d'abord nos exemples parmi les mammifères. Le singe le plus commun et le plus répandu dans l'Archipel indien est le Macaque, Cercopithecus cynomolgus. La variété ordinaire de cette espèce vient de l'île de Java; elle est constamment d'une teinte verdâtre et les poils du sommet de la tête sont un peu relevés en touffe; les individus de Timor ressemblent en tout point à ceux de Java, excepté qu'ils offrent des teintes plus foncées, et que leur pelage est mieux fourni, ce qui leur donne l'air plus fort et fait paraître leurs extrémités moins grêles que les individus de Java ; ceux de l'île de Sumatra ont le dos souvent nuancé de rougeâtre, leur face est un peu plus noire que d'ordinaire, et les poils de la tête, plus courts que dans les individus de Java, ne sont point susceptibles de s'ériger en touffe; la race de l'île de Bornéo est intermédiaire en quelque sorte, entre celles de Sumatra et de Java, ayant la teinte du pelage de celles de Java et ressemblant à celle de Sumatra par le manque de touffe et par la couleur de la face; enfin , nous avons reçu de Siam , un singe tout-à-fait analogue à la variété javanaise de notre Macaque, mais dont la queue est un peu plus longue que chez celui-là. N'ayant pas été à même d'en examiner des séries complètes, j'ignore si les petites

228 iJlSiKlIiUTlON GEOGRAPHIQUE

ililXt'ioncos qui existent entre les individus des Civettes (Viverra zibetha) de Java, deSumntra, de Siani, de Bornéo et d'AniIjoine, que j'ai vus sont constantes ou accidentel* les. Les mêmes misons me retiennent d'énoncer des observations sur la Viverre Lisang, dont nous possédons des sujets de Siam, de Sumatra et de Java. Le Paradoxure commun, Paradoxurus typus est répandu nu Bengale, à Siam , à Sumatra, à Java, à Jjornéo, à And)oine, à Timor, etc., et forme dans ces divers lieux de nombreuses variétés qui se bornent ordinairement à la nuance et la distribution des teintes, .. mais quelquefois ils diffèrent aussi par la taille: à Sumatra, par exemple, l'espèce devient beaucoup plus forte qu'à Java, à Java plus forte qu'à Timor, etc. (i) ; il paraît exister en plusieurs lieux une race qui a la [)ointe de la queue blancbe, et les individus de ceitnines parties delilede Java ont le pelage d'un jaune pale avec trois raies sur le dos. L'écureuil bicolore a le pelage moins varié de blanc à Sumatra et à Malacca qu'à Java, et a le dos d'un brun noir uniforme à Siam. L'Ecureuil de RaHles, a à Malacca et à Siam, les côtés du corps variés d'un blanc très pur; dans les individus de Bornéo au < on traire cette teinte est constamment mêlée d'une couleur plus foncée. Les variétés nombreuses que forme le grand Ecureuil des Indes, Sciurus maximus , qui liabite au Bengale, à Malacca et à Sumatra, sont peut-être en grande partie accidentelles. Je n'ai jamais pu parvenir à établir des distinctions spécifiques entre les Tupajas de différentes contrées de l'Asie, et dont j'ai examiné une quantité d'individus rapportés du continent de l'Inde, de Sumatra, de Bornéo et de Java; mais

(i) La série d'individus de celle espèce que l'on voit exposée dans les galeries du Musée des Pays-Bas , offre à elle seule une étude pailiculière, et nous montre quels matériaux il faut pour se faire une idée complète d'une seule espèce, lorsqu'on veut en connaître <lavantage que le nom et les principaux traits distînclifs.

DES SEKPEINS. 2*^0

je n'ose décider celle question diiTicile à résoudre, vu les grands changemens qu'éprouvent ces animaux avec Tàge notamment par rapport aux formes de leur crâne; il est cependant bon de constater que les Tupajas de lava ne parviennent jamais à cette forte taille qui distinguent ceux de Sumatra et de Bornéo. Le Sanglier ordinaire des Indes , Sus vittatus, a été rapporté par nos voyageurs, de Java, de Sumatra , de Bornéo et de Timor j mais les différences qui existent entre les individus de ces lieux divers, sont si peu sensibles qu'il ne vaut guère la peine de les signaler. Le Cerf des Moîuques est d'une taille bien inférieure à celui de Java, (Cervus Russa) , quoiqu'il appartienne évidemment à la môme espèce. Le petit chat des Indes, Felis minuta , javanica ou sumatrensis, présente dans les teintes des disparités plus ou moins marquées selon que l'espèce habite Java, Sumatra, Malacca, Siani ou Bengale; et on observe en outre un grand nombre de variétés accidentelles. Le petit Ghevrotain des Indes, Moschus javanicus, devient un peu plus fort et offre des teintes plus foncées à Sumatra (Moschus Napu); il habite aussi les îles de Bangka, de Penang et la presqu'île de Malacca; les individus de Bornéo atteignent une assez forte taille, et ceux de Siam offrent même une disposition des teintes différente, quoique la pbysionomie de cette race soit tout-à-fait la même que celle de Java. L'Ecureuil nain des Indes, Sciurus melanoiis qui, par son extrême petitesse, est aux autres Ecureuils ce qu'est le Falco cœruleus au reste des faucons, cet Ecureuil habite Java , Sumatra et Bornéo , et offre, dans ces contrées diverses, des variétés locales plus ou moins constantes. Un des Ecureuils les plus communs aux Indes est le Sciurus nigrovittalus qui, perdant à certaines périodes de Tannée la teinte gris noire du ventre, forme alors les espèces nominales, introduites dans les systèmes sous les noms de Sciurus plant;ani, ginginianus et bilineatus: cet Écureuil vit à Java, à Sumatra, à Malacca, en Chine etc.; il offre, sur ces~ divers points du globe

230 DlSTlUBLTJOiN GKOGllAPlllQL ]•:

plusieurs variétés, mais dont les caractères sont tellement subtiles , que je n'en oserais parler sans avoir examiné de chaque variété un grand nombre d'individus. — Enfin, je ne parlerai pas des différences souvent très marquées, que présentent les mêmes espèces de Chéiroptères dans diverses contrées; mais j'ajonterai seulement qu'il existe souvent même des différences par rapport à des caractères essentiels, comme \i\ longueur du'museau etc.: voir le ^™^ vol. des Monographies de M. Temminck. — Pour les oiseaux, il en existe un grand nombre d'espèces qui, vivant à la fois dans diverses îles de cet Archipel, y forment des variétés locales quelquefois assez curieuses, mais qui se bornent ordinairement à des différences dans la taille ou le svstème de coloration. — La classe des Reptiles présente des faits analogues à ceux que nous offrent les mannnifères. Liùnyde de Spengler se présente souvent sous des formes tellement disparates , que l'étude de cet animal ne sert qu'à embrouiller l'idée que Ton se forme du mot espèce (i). Le Monitor à deux raies, Mon. bivittatus, qui se trouve à Sumatra, à Java, à Boniéo, à Célèbes et jusqu'à l'île de Luçon, varie plus ou moins selon les lieux qu'il habite, ce qui a engagé plusieurs natijralistes à en faire une espèce à part , quoique ces différences se réduisent souvent à de petites disparités dans le système de coloration. La même observation peut s'appliquer au Basilic des Indes qui vit à Célèbes , à Amboine jusque dans les îles Philippines. Le Scinque de Kuhl est répandu , à ce qu'il paraît, depuis le Bengale jusqu'aux îles Philippines et aux Mariannes: les individus de Bengale, de Sumatra, de Java, de Bornéo et de Célèbes ne présentent suère de différences sensibles , mais ceux de Timor ont des

(i) Tout ce que nous pourrions dire pour prouver ce que nous avançons serait superflu ; Vautopsie peut seule justifier nos idées sur ce poinl.

teintes plus \ivcs et plus traiiche'es. Pour les Dracons, il est presque impossible de résumer en peu de mots toutes les différences que présente souvent chaque espèce dans les lieux divers qu'elle habite (i). Le Geckon à gouttelettes, de Timor, offre des teintes un peu plus foncées que celui de Java. La Grenouille cancrivore et la Pvainette leucomystax, qui sont absolument identiques dans toutes les îles de la Sonde et même dans les îles Philippines, s'éloignent, à Timor, de la race type, par un système de coloration un peu divers et forment ainsi une variété locale ou de climat constante. Les Najas des îles de la Sonde diffèrent constamment par plusieurs caractères de ceux du Bengale et des îles Philippines. Le Cératophrys de Sumatra forme une variété locale ou une race diverse de celle de Java. — Les serpens ne sont pas moins riches en exemples de cette nature que les autres ordres des Reptiles. Nous voyons que les individus du Tortrix rufa de Célèbes se distinguent de ceux du Bengale et de Java, par un dos d'une teinte uniforme et par deux petites taches sur l'occiput. Le Calamar Oligodon découvert à Java , offre à Sumatra une disposition des teintes un peu diverse sur le dos, et forme à Ceylan et aux îles Philippines une troisième variété locale très jolie. Des différences analogues existent entre les Coronella baliodeira de Java et de Sumatra. Le Lycodon hebe de Java est d'une moindre taille et à teintes un peu diverses et moins claires que ceux du Bengale; les individus de Timor restent plus petits que ceux de Java et ont les teintes plus foncées. La belle Couleuvre à queue noire, Coluber melanurus , habite à Java, à Sumatra et à Célèbes; niais les individus de la dernière île ont la nuque constamment ornée d'un trait angluleux noir, tandis que ceux de Sumatra offrent un dos rayé de noir. L'Herpétodryas oxycéphale est d un beau

(i) Nous renvoyons à la troisième livraison de nos J/jù(l(/iinpcr? , <iù nous avons assez anij)lement traité (o sujet.

T]2 DISTRIBUTION GKOGUAPHIQUK

-vert d'herbe à Java; cette teinte tire sur le brun dans les sujets de Bornéo, et ceux de Gélèbes ont toutes les parties supérieures d'un brun noir assez foncé. Il suffira de dire que le Dendrophis picta habite la plupart des contrées intertropicales de l'Asie , depuis le Sénégal jusqu'à h\ Nouvelle-Guinée , pour faire deviner combien cette espèce doit varier dans des contrées aussi distantes Tune de l'autre. Le Dryophis nasuta , qui vient ordinairement du Bengale et des Mariannes a le ventre raie de jaime à Java. Le Dryopiiis prasina, commun dans les îles de la Sonde, forme une variété locale à Gélèbes; le Tropidonote à taches en quinconce , qui est un des plus répandus dans l'Inde, offre à Java des taches confluentes, en sorte qu'il a les parties sujjérieures rayées de noir. Les Tropidonotes chrysargos de Sumatra sont distincts de ceux de Gélèbes, et tous deux de ceux de Java; et cette différence, produite par une disposition diverse des teintes, paraît être constante d'après les localités. L'Homalopsis de Schneider, qui habite depuis les grandes Indes jusqu'à la Nouvelle-Guinée , offre dans ces lieux divers de nondjreuses petites disparités, mais dont le plus grand nombre paraît accidentel. Le grand Python à deux raies vient des îles de la Sonde et de la Chhie; il habite les deux presqu'îles de llnde, l'île de Geylan , et se trouve jusqu'en Sénégambie, vivant probablement dans une grande partie de l'Afrique intertropicale; je regarde tous ces Pythons comme appartenant à la même espèce, mais j'ignore si plusieurs naturalistes ne trouveront peut-être entre les individus de ces lieux divers des différences suffisantes à leurs yeux pour établir plusieurs sous-espèces , ce qui aura nécessairement pour suite l'établissement de l'espèce même comme sous-genre. Les Elaps furcatus et bivirgatus offrent à Sumatra une distribution des couleurs différente de ceux de Java. Enfin , je pourrais remplir un livre à part , en décrivant toutes les petites modifications qu'éprouve , dans ces terres diverses, chaque famille isolée de la même espèce d'animaux,

DES SEKPKNS. 23;?

dont le nombre est si grand sur ce point du globe. — Chacune de ces terres produit cependant des espèces qui lui sont particulières, ou qui se trouvent seulement sur plusieurs d'entre elles. Tout le monde sait que les îles de Sumatra et de Bornéo nourrissent plusieurs animaux, et même quelques uns de très grande taille; et que ces mêmes animaux ne se trouvent dans aucun autre point de l'Archipel , ni même à Java, qui produit en revanche certains animaux qui ne paraissent pas habiter dans les autres îles. On est tenté de considérer la constitution géologique des terres comme déterminant la distribution géographique des êtres; mais l'expérience nous démontre, qu'elle n'est que d'une influence secondaire ou indirecte , en ce qu'elle modiHe en général la nature des terrains, ou parce qu'elle détermine l'âge de ces terres ou îles. Le climat, qui n'influe pas même toujours sur la distribution des végétaux, ne présente ordinairement aucun obstacle à celle des animaux, particulièrement lorsque les autres conditions nécessaires à leur existence se trouvent réunies, et qu'ils trouvent pendant toute l'année la nourriture que la nature leur a assignée (i). On aurait donc tort de supposer qu'un être qui habite une contrée d'origine volcanique ne puisse jamais se trouver que dans des terrains de la même nature; ou que les terrains de formation primitive doivent nourrir des espèces particulières, etc. Supposant même que cela arrive, comme dans l'île de Java comparée à celles de Sumatra et de Bornéo, il faut tout au plus attribuer ces différences à l'âge divers de la première île, et au défaut d'un terrain ou d'une nourriture propres à l'existence des animaux. Il est

(i) L'orang-outan et le Semnopitbèque nasique, par exemple, vivent à Sumatra et à Bornéo , dans des lieux tout-à-fait analogues ; et, ne fréquentant jamais des lieux d'une autre nature, ils ne se répandent pas sur toute l'ile , quoiqu'il n'y ait guère d'obstacles physiques qui les en empêche : il en est ainsi de la plupart des animaux.

2ji DlSTiUliUrJOA GI1.OGKAIMIIOUE

tlonc ilifHcilc sinon impossible tle classer ces terres, cl apreN leurs productions, en cantons, ou de chercher à établir des régions, connue on la fait pour la disiribution des plantes à la surface de certains pays. Qua/it au Grand Archipel indiin, nous verrons que les îles de la Sonde olïrent, dans leurs productions, beaucoup de r.ipports avec les parties avoisinanies du continent de l'Asie, et nicnie avec celles du Bengale et des grandes Indes. Les lies de Sumatra et de lîornéo nourrissent un bon nondjre d'animaux, dont cpichpies uns de grande taille, ne se trouvent point à Java; mais il existe pour les animaux de petite taille une assez «rande analogie entre la partie méridionale de Bornéo et entre l île de Java. Cette dernière île produit plusieurs animaux cpii se trouvent dans les contrées méridionales de la Chine, et probablement aussi dans la chaîne d îles (pii s'étendent vers l'Est jusqu à Timor. C'est dans la grande île de Célèbes que conmiencent à se montrer plusieurs formes d'animaux, inconnus dans les îles de la Sonde; ces formes nouvelles deviennent plus nond)reuses dans les ]Mt)Iuques, et se rattachent à celles qui sont propres à la Nouvelle-Guinée, dont plusieurs rappelent à leur tour les productions hétérogènes de la Nouvelle-Hollande. Les îles Philippines enlin offrent de fanalogie avec celles de la Sonde, et ce qui est curieux, c'est que l'on y observe plusieurs animaux de Ceylan et des grandes Indes. En nous bornant aux observations que nous offrent les classes des mammifères et des Reptiles, nous voyons que les traits principaux qui caractérisent la Faune de ces îles, sont les suivans. — L'île de Sumatra est la seule de toutes les îles de la Malaisie, qui produise l'Éléphant; le Tapir de Tlnde (i) se trouve aussi à

(1) Il s'entend de soi-même que les observations sur l'absence de certains animaux dans certain»^» terres ne peuvent pas toujours être regardées comme certaines. Nous ne pouvons que juger d'après les faits connus, et des découvertes nouvelles apporteront sans doute des modifications à ces assertions.

DES Si:i\PENS. 235

Bornéo et ces animaux habitent en même temps le continent de l'Asie. Le grand Cerf de Sumatra, Cervus hippelaphus Cuv. , se trouve à Bornéo et probablement aussi dans la presqu'île de JVIalacca. L'Hylobate syndactyle et le Senmopithèque melalophos dont le flavimanus ne paraît pas différer, n'ont été trouvés jusqu'à présent que dans l'île de Sumatra; mais on assure que le Lar de Ixaffles , Hylobates Rafflesii, auquel il faut également rapporter les Hyl. agilis et variegatus , habite aussi l'île de Célèbes. Le Gymnure^ grand insectivore terrestre et le grand Ghamais noir (x\nt. sumatr.) n'ont encore été observé qu'à Sumatra ; mais le Rongeur curieux , décrit par M. Temminck sous le nom de Nyctoclepte et le Porc-épic à longue queue, habitent aussi à Malacca. 11 paraît que l'île de Sumatra a une espèce de Rhinocéros à elle, si toutefois le Rhinocéros de Bornéo n'appartient pas à la même espèce. Plusieurs autres animaux se trouvent en même temps à Sumatra et à Bornéo, mais n'ont pas été observés dans les autres îles de la Malaisie: tels sont l'Orang-outan, les Semnopithèques nasicus et cristatus, l'innuus nemestrinus, le Felis macrocelis, l'Ursus malayanus, qui habite cependant aussi Célèbes; ensuite plusieurs Ecureuils, appartenant en partie à des espèces nouvelles , dont quelques-unes se retrouvent à Malacca, à Siam et en Chine; mais qui n'ont pas encore été observés à Java. L'île de Sumatra a plusieurs Chéloniens de commun avec Bornéo; mais les Sauriens et les Batraciens appartiennent pour la plupart à des espèces qui habitent aussi Java. En jetant un coup-d'œil sur le tableau que nous avons donné sur la répartition géographique des ophidiens, nous voyons que les serpens de Sumatra habitent aussi Java , presque sans exception, et qu'un bon nombre d'entre eux proviennent également des grandes Indes et de Bengale, Le Trigonocéphale de Wagler au contraire ne paraît se retrouver dans aucune autre île de la Malaisie que Sumatra et Bornéo , où nos voyageurs viennent de découvrir

23r> DISTIUBUTION GÉOGRAriUOUE

l'espèce. Java, la plus belle et la mieux connue des îles de la Malaisie, s'éloigne des autres terres de ce i^rand Archipel, en ce cpi'elle produit plusieurs animaux qui lui sont propres, tandis qu'il y manque un bon nombre d'autres, qui sont réjiandus à Sumatra, à Bornéo et même dans le continent de l'Asie. Il n'existe point d'indices sius que les Eléphans aient jamais vécu à Java; le Tapir des Indes, TOrang-outan, le Semnopiibèque nasique, l'Hylobate syndactyîe, l'Ours des Malais, llnnuus nemestrinus, et beaucoup d'autres animaux de Sumatra et de Bornéo n'y habitent pas. Il ne s'y trouve pas des Antilopes. Le Rhinocéros à deux corne» de Sumatra y est représenté par une espèce nnicorne 1res diverse, et qui paraît avoir de grands rapports avec le Rhinocéros du continent de l'Asie. Le Cetf de Sumatra y est représenté par une espèce moins belle, Cervus Russa; le Léopard de Sumatra et de Bornéo jFelis macrocelis ,par une espèce semblable au Léopard de l'Afrique, mais à taches très petites, à queue longue et à taille moindre (i), qui paraît être propre à l'île de Java. Non compris l'Hylobate syndactyîe de Sumatra, chacune des îles ou des points principaux de l'Asie intertropicale paraît nourrir une seule espèce du genre Hylobate, plus qu moins différente des autres. L'Hylobate Lar de Sumatra est représenté

(i) Je puis assurer que tous les Léopards de l'ile de Java appartiennent à l'espèce appelée par M. Teniminck Feiis pardus , et que le véritable Léopard , qui est répandu dans la plus grande partie de l'Afrique, depuis la Barbarie jusfiu'au Cap de Bonne Espérance, et que l'on dit aussi habiter aux grandes Indes, ne se trouve jamais à Java; mais il existe dans cette île des individus du pardus, dont la queue est beaucoup plus courte que d'ordinaire et qui se lapproclient par ce point du Léopard ordinaire; ce qui milite en faveur de l'opinion de considérer le Léopard de Java comme race ou variété locale de celuilà. Cette opinion se trouve , d'autre côté, renforcée par l'existence de plusieurs variétés locales ou races du Lion en Afrique et en Asie, du Léopard de rAfri({ue, etc.

à Java par le Wou-Woii , Hylobates leuciscusj celuici est remplacé à Bornéo par une race à teintes plus foncées, l'Hyl. concolor au Harlanii. Aucune de ces espèces ne paraît jamais se trouver sur le continent de l'Inde, car les Hylobates que Ton a rapportés de Siam et de plusieurs autres points de la presqu'île au delà du Gange, appartiennent à l'espèce connue sous lenomdeHylol). albimanus, et qui est le grand Gibbon de Buifon ou le véritable Lar deGmelin. Des deux Semnopitbèques communs dans Tîle de Java , l'un , le Semnop. mitratus , est propre à cette île, mais on observe à Siam un Singe tout-à-fait analogue mais à teintes un peu plus foncée; l'autre, le Semn. maurus n'a pas non plus été observé sur aucun autre point du globe, mais cette espèce est évidemment remplacée, à Sumatra et à Bornéo, par le Semnop, cristatus ou pruinosus , qui ne paraît différer du maurus que par so!i pelage mêlé de grisâtre. Une troisième espèce que l'on dit exister dans la partie orientale de Java, mais que nous n'avons jamais reçu de cette île, le Semn. auratus (i) ou pyrrbus paraît appartenir à une espèce qui habite l'île de Bornéo. Java est beaucoup moins riche en Ecureuils que les autres îles de la Sonde; on y trouve les Sciurus bicolor, nigrovittatus , insignis et melanotis, et aucune des espèces que nous venons de nommer n'est propre à cette île. Les Tupajas n'y atteignent pas la forte taille de ceux de Bornéo et de Sumatra. Le Tigre royal, qui ne paraît pas habiter Bornéo ni aucune autre île de la Malaisie, à l'exception de Sumatra, y forme, comme dans cette dernière

(i) La livrée jaunâtre de ce singe est évidemment périodique, ou peut-être due à une différence sexuelle. L'individu du Musée de Paris présente des indices de l'apparition de poils noirs sur les extrémités; nous en avons au Musée dans la livrée de passage; d'autres sont tout-à-fait noirs, à l'exception d'une raie jaune sur la partie interne des pieds et sous la queue.

'23S DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUK

île une variété locale à poils très ras; et cette variété tonne Vextrénie opposé de celle du Nord de l'Asie, à laquelle le pelage bien fourni donne une aj)parenre toute diverse (i). 1/île de Java nourrit un beau sanglier de très forte taille, Sus verrucosus, assez divers de l'autre espèce, Sus vittatus, qui babite également Java et presque toute la Malaisie. Un des quadrupèdes les plus remarquables de Tile de Java est le Buffle sauvage, le Jîanting des indigènes, qui se trouve probablement aussi à Bornéo et à Sumatra, et qui ne paraît guère différer du Gaour (Bos frontalis ou sylbetanus) du Bengale, dont il forme probablement une race (2).

(i) En comparant dans noire iMiisée les intlividus du Tigre de la Corée (Coi ai) à ceux de Java, on peut se convaincre des effets <le ceUc inliuencc du climat, particidicremenl en examinant la grosseur relative de la queue: dans les premiers ce mendjre parait cire de la grosseur <run bras, dans ceux de Java il a celle d'un fort pouce d'homme. — (2) Un fait digne de remarque, c'est que le Bœuf domeslique des îles de la Sonde appartient à une espèce toute difrércnle de celle espèce sauvage. Le premier, que l'on y désigne sous le nom de Carbau , et qui est retourné à l'étal sauvage à Sumatra, descend évidemment de l'Arni ou buffle sauvage de l'Indouslan , ce qui fait supposer avec raison, que l'introduction de ce buffle aux îles de la Sonde remonte à celte époque reculée, de laquelle date l'introduction de la culture du riz, que l'on dit avoir été également apportée de l'Indoustan. Quoifju'il en soit , l'observation que nous venons d'énoncer nous prouve ,que l'étude de la répartition des animaux domestiques peut servira éclairer plusieurs points obscurs dans l'histoire du genre humain , et qu'elle peut contribuer à nous faire connaître l'état de civilisation des habilans primitifs de l'ile de Java, que l'on croit avoir joué autrefois un rôle si important. (Voir les travaux de CrawfurdjCtl'ouvrage de W. von Humboldt, inlitulé: Vber die Kawi-Sprache.) Un autre fait non-moins curieux que celui dont nous venons de parler , c'est que le Buffle de l'Italie, apporté en Europe dans le moyen âge, parait également descendre de ce même Arni, qui serait alors répandu depuis la Chine jusqu'en Abyssinie et en Italie; ces <l€Uxfaitsprouvés, on aurait un point de comparaison assez curieux pour

Pour les oiseaux nous nous bornons à remarquer que le Paon sauvage représente à Java TArgus de Sumatra et de Bornéo; le grand Buceros de cette île (Cuceros lunatus) forme une race diverse du véritable Buceros Rhinocéros de

étudier l'influence des climats divers sur les animaux qui, dans la race d'Europe, se serait particulièrement concentrée sur la courbure des cornes et sur les cavités du front, phénomènes d'ailleurs très ordinaires chez les animaux domestiques. — Quant à notre Bœuf domestique du reste de l'Europe, auquel parait aussi appartenir la race domestique au Japon, et qui a été répandu dans pi'esque toutes les contrées du globe, depuis la découverte de l'Amérique et l'ouverture d'un passage par mer aux Indes; quant à ce boeuf, dis-je, on a des raisons de croire qu'il est également venu des Indes dans les temps les plus reculés; ces raisons sont: i) que le Zébu, le Bœuf domestique le plus commun dans le continent de l'Asie, que l'on transporte aujouid'bui comme nos bêtes à cornes , quelquefois À Java et dans d'autres contrées , appartient sans doute à la mênie espèce que notre Bœuf, et qu'il forme la variété produite par l'influence du climat dans les contrées chaudes; i] que le Bœuf des anciens Grecs et Romains paraît avoir été le même que notre Bœuf domestique; enfin , que le seul Buffle qui vive en Europe à l'état sauvage, forme une espèce totalement diverse de notre Bœuf, et que l'on pourrait plutôt rapprocher du Bison de l'Amérique du Nord. A moins d'adopter l'hypothèse que nos bêtes à cornes soient descendues de l'espèce éteinte aujourd'hui, et connue sous le nom de Bos primigenius, on serait forcé de chercher une race-mère pour notre bœuf parmi les espèces sauvages des Indes. J'avais fixé depuis longtemps mon attention sur le Gaour, mais ne connaissant par l'autopsie que la race de Java, je n'ose rien décider, et j'avance celte supposition seulement dans le but de fixer Tattention des naturalistes et des voyageurs sur ce point intéressant. On dit qu'il existe dans l'Indoustan, à l'état sauvage , une race de Buffle bâtarde, produite par l'accouplement du Gaouret deTArni. — L'origine de notre chien domestique pourra peut être contribuer à jeter de la lumière sur celle de notre bœuf. On sait qu'en démontrant l'impossibilité de l'identité du loup ou du renard avec notre chien, on est du moins parvenu au résultat que notre chien n'est pas d'origine Européenne;

240 DISTRIBUTION GliOGUAPllIQlJE

Sumatra et de Bornéo, etc. Parmi les Reptiles, c'est le Trionyx étoile, qui n'a encore été observé clans aucune autre des îles de la Sonde qu'à Java , où vit également le Trionyx suhplanus, qui est la seule espèce connue du genre à Bornéo, à Sumatra et à Malacca. L'Emys trijuga (i) paraît propre à l'île de Java, ainsi qu'un petit nonibre de Reptiles Sauriens et Batraciens, mais qui appartiennent tous à des espèces de petite taille. Un fait curieux est que deux des espèces les plus remarquables du genre Trigonocépliale, fTrigonoc. puniceus et rhodostonia) n'ont été observées jusqu'à présent qu'à Java; tandis que le Trigonocépliale vert, si commun aux grandes Indes, au Bengale, à Sumatra,

mais on a clicrché en vain de trouver une race-mère pour ce Carnivore. Je n'hésite pas à adopter pour telle le chien sauvage des hautes montagnes du continent de l'Asie, dont on nous a adressé des individus de Bengale, qui se trouve aussi à vSumatra, à Java et à Bornéo, et que l'on a nommé Canis rulilans, sumatranus etjavanicus. En prenant, pour faire la comparaison, le chien domestique du Japon, ou même notre chien de herger, races qui ont le moins dégénéré, on voit qu'il existe une telle analogie entre ces animaux et le chien sauvage des Indes qu'il est presque impossible de douter de leur identité; il n'existe pas même des différences sensibles entre les squelettes de ces animaux, et leurs crânes se ressemblent au point de s'y méprendre: cette même observation peut s'appliquer au crâne du chien des Esquimaux. — Nos poules enfin proviennent sans doute des Indes, sinon de la poule sauvage de Java , du moins d'une race analogue du conti-^ Tient de l'Asie. — Je finis, regrettant de ne pouvoir développer les observations que je viens de communiquer, en publiant des recherches étendues que m'offrent les nombreux matériaux réunis dans les galeries du Musée des Pays-Bas, où l'on peut constater par l'autopsie ce que je viens d'avancer. — (i) On trouve à Pondichéry une espèce analogue, mais à tête beaucoup moins grosse , que M. Bibron prend pour la véritable trijuga de Schweigger : Boie se serait donc trompé en appliquant dans l'Erpétologie de Java, cette épilhète à l'espèce javanaise, qu'il fauf alors considérer comme nouvelle.

et à Timor, n'existe pas du tout è là\a. Les Bongares, qui habitent Geylan , les grandes Indes et le Bengale, ne paraissent pas se rencontrer dans aucune autre des îles de la Sonde que dans Java. — Bornéo, la plus grande des îles de la Malaisie, n'était guère connue sous le rapport de l'histoire naturelle aTant les voyages que M. M. Diard, Korthals et Millier ont fait dans l'intérieur de cette terre. L'Eléphant îie paraît pas y habiter; mais on y trouve le Tapir des Indeaf, et on a des preuves certaines de l'existence d'un Rhinocéros , quoiqu'on ignore à quelle espèce il appartient. Bornéo a en commun avec Sumatra, l'Orang-Outan , les Semnopithecus nasîcus et cristatus, le Felis macrocelis , l'Innuus nemestrinus, l'Argus etc.; l'Hylobate de cette île se rapproche tellement de celui de Java , qu'on ne saurait le regarder comme une espèce particulière; il s'y trouve un Semnopithèque voisin du pyrrhus de Java; le grand Cerf appartient à l'hippelaphus de Sumatra, et on a aussi observé àBornéoTUrsus malayanus. Les mammifères propres à cette île paraissent tous appartenir à des espèces nouvelles de petite taille, et on y voit déjà plusieurs animaux curieux, dont la véritable patrie est les Moluques: tels sont parmi les Mammifères, le Tarsius; parmi les Reptiles, le Basilic, et d'autres (î). — C'est dans l'île de Gélèbes que commencent à se montrer des formes d'animaux toutes particulières, ou des espèces dont on ne trouve aucune -trace dans les îles de la Sonde : ce sont les Phalangers, le Babyrussa, rHarpye,leGéphalote, les Mégapodes, l'Antilope celebica, les Scinques éméraude et à queue bleue etc., animaux dont le plus grand nombre habite aussi plusieurs

(i) M.M. Mùller et Korthals viennent d'arriver en Europe avec une partie des riches collections formées dernièrement par eux à Bornéo; je regrette de n'avoir pu en faire usage pour mon travail; mais j'ai profité des communications verbales que ces messieurs ont bien voulu me faire.

242 DISTRIIUJTIOIN GÉOGUAPIIIQUE

des îles voisines peu connues, les Moluqwes, ou même , comme le petit Scinque à queue l>leue, jusque dnns la mer du Sud. On remarque, parmi les serpens de Célèbes un bel Erpétodryas, (Herp. DIpsas), et le Dipsas irregularîs qui se trouve également à Amboine; plusieurs autres espèces sont absolument les mêmes qu'à Java ou à Sumatra; mais quelques une d'entre elles forinent des variétés locales constantes, quoique seulement distinctes par une disposition un peu diverse des teintes: à ce nombre appartiennent le Tortrix rufa, le Goluber melanurus, TErpétodryas oxycépbale, le Dryiopbis prasina, le Dipsas deudropbile et le Tropidonotus chrysargus. — - Des Molu(|ues, il n'y a, à proprement parler, que l'île d'Amboine, dont les productions sont un peu connues. On y voit trois ou quatre espèces de serpens qui se trouvent aussi à Java; mais il ne paraît pas qu'on retrouve dans les îles de la Sonde le Lycodon modestus, le Boa carinata, le Dendrophis rbodopleuron nile Pytbon ametbystinus. — Timor est en quelque sorte intermédiaire , par rapport à ses productions, entre Java et les Moluques: on y trouve beaucoup d'animaux de cette première île, tandis qu'il y en existe un bon nombre qui vivent aussi dans TArcbipel que nous venons de nommer. Le Pytbon de Timor est peut-être divers de celui d'Amboine; on y a découvert un Homalopsis très curieux, (Honu leucobalia); le Lycodon hebe de cette île a les teintes plus foncées que la variété de Java; et le Coluber radiatus est représenté à Timor par une espèce analogue mais diveise(Col. subradiatus). — La Nouvelle- Guinée avec les îles adjacentes, tout en montrant plus ou moins d'analogie avec les autres îles de la Malaisie , se rap* proche de l'autre côté delà Nouvelle Hollande, par la présence de certains animaux, tels que les Pétaures, les Kangoroos, les Péraraèles,etc. M. MiiLLEBy a découvert un Zonure trèscurieux, un Acontias presque aveugle , un Typhlops à formes disparates, une Rainette cornue tiès remarquable, un Cératophrys

nouveau, un Monitor très beau, à formes élancées et à teintes vertes, un Scinque à formes anomales, et plusieurs autres Reptiles très jolis et inconnus. Il y existe aussi plusieurs espèces nouvelles de serpens, comme le Tropidonotus picturatus^TElaps Mûlleri, espèces qui se trouvent également à Waigiou. — Il me reste à dire quelques mots sur les îles Philippines, dont on ne connaît en fait de zoologie qu'un petit nombre d'objets, recueillis dans les environs de Manille dans l'île de Luçon, et dont l'étude donne cependant lieu à l'observation curieuse, qu'il existe une grande analogie entre certaines productions de cette île et de celle de Ceylan: ce fait est très frappant du moins , par rapport aux serpens , dont plusieurs espèces n'ont été observées que dans ces deux îles. Le Naja des îles Philippines appartient à la variété ordinaire du N. tripudians , qui habite les grandes Indes et qui est constamment diverse de celle des îles de la Sonde. On trouve, en revanche, dans les îles Philippines , plusieurs animaux qui n'existent probablement pas à Geylan ou au Bengale: de ce nombre sont le Basilic, le Monitor bivittatuset d'autres.

La Nouvelle-Hollande étant trop peu connue et les objets d'iiflstoire naturelle que l'on apporte de ce pays en Europe, étant presque toujours rassemblés sur les mêmes points, il est difficile de rien dire sur la répartition des animaux dans cette grande île. D'ailleurs, tout le monde a entendu parler des productions singulières de cette contrée (i),dont un petit nombre habitent aussi à la terre de Diemen, présentant quelquefois, dans ces diverses localités des différences semblables à celles qu'on observe entre les mêmes animaux de plusieurs points de l'Archipel des Indes. Pour les serpens, la Nouvelle-Hollande produit presque

(i) Les Kangoroos, FOrnithorhinque, l'Échiclne, les Phascalomys et Phascolarctos , les Dasyurus, le Thylacinus, la Maenure , l'Emeu^, les Phyll lires, 8t plusieurs autres.

sans exception, des espèces particulières, dont la plupart appartiennent à la famille des serpens venimeux; on n'y a pas encore observé des serpens aquatiques. La distribution des autres Reptiles dans ce continent n'offre rien de curieux; mais il mérite d'être rapporté, qu'il n'y existe, à l'exception des espèces marines, qu'un seul Chélonien, l'Emys longicollis: l'absence de tortues terrestres est d'autant plus remarquable, qu'on en trouve un nombre considérable dans la pointe méridionale de l'Afrique, contrée qui offre plusieurs rapports avec la Nouvelle- Hollande. Nous avons déjà dit plus haut que les innombrables îlots qui sont dispersés dans le grand Océan pacifique, ne paraissent pas produire de serpens. Les Mariannes cependant font exception à cette règle générale, et Daimpier parle de serpens verts qu'il dit avoir vu dans les îles Galapagos.

Nous voici arrivés à l'Amérique, qui ne laisse pas de présenter plusieurs faits curieux par rapport à la distribution des animaux. Celte partie du Monde est naturellement divisée en deux grands continens, dont chacun offre une Faune particulière; mais l'Amérique centrale composée de la langue de terre étendue qui réunit ces deux continens, et des îles adjacentes, nourrit un grand nombre d'animaux, qui ont pour patrie Tune ou l'autre de ces deux grandes presqu'îles. Quelques espèces d'animaux cependant sont les mêmes dans les deux Amériques. D'autres, communs dans l'Amérique du Nord , se retrouvent sous la même latitude australe dans 1 Amérique du Sud, où ils forment quelquefois des variétés de climat. Un p^rand nombre d'espèces qui habitent ce premier continent se trouvent jusqu'en ^lexique et dans les Antilles; tandis qu'il y en a plusieurs, commune* dans l'Amérique du Sud , qui sont répandues vers le Nord jusqu'en Floride et dans la Louisiane, où elles forment souvent des variétés de climat.

DES SEBPENS. 245

On remarque même quelquefois des différences locales entre les animaux de contrées moins éloignées que celles que je viens de citer, comme par exemple le Brésil et Surinam ou en général les Guyanes. Enfin, les animaux des terres situées à la pente occidentale des Cordillères diffèrent souvent spécifiquement de ceux du Brésil , mais certaines espèces sont les mêmes dans ces deux contrées, ou bien elles n'y présentent que de légères variétés. — - L'Amérique du Sud produit d'abord ce grand nombre de Singes , donr la race n'a pas encore été observée dans l'Amérique du Nordj et ces Singes, dont la même espèce vit quelquefois sur une étendue de terre de plus de vingt degrés de latitude, doivent nécessairement montrer dans des lieux aussi distans, des différences plus ou moins sensibles, dues particulièrement à l'influence du climat (i). Un assez granil nom.bre d'autres animaux de l'Amérique du Sud n'ont pas encore été observés jusqu'à présent dans la presqu'île septentrionale du nouveau continent : tels sont le Lama , que Ton pourrait appeler le Gbameau du Nouveau Monde , animal originaire des Cordillères qui forme ; dans l'état de domesticité ces nombreuses races, distinctes par leur

(i) C'est un fait avéré que plusieurs singes du Sud du Paraguay changent de poil à certaines époques de l'année, pour se revêtir d'un pelage mieux fourni d'une ou espèce de robe d'hiver, ce qui n'a pas lieu à l'égard des individus de la même espèce qui vivent sous l'Equateur. Ajoutons à cela d'abord les changeniens presqu'incroyahles qu'éprouvent certaines espèces de singes avec l'âge, et ensuite les différences qui existent ordinairerpent chez ces animaux entre les sexes , et on pourra se faire une idée des difficultés qui se présentent en s'occupanl de l'élude de ces animaux. Je ne puis assez recommander aux naturalistes de cabinet la lecture des précieux ouvrages que nous a laissé feu Pvenggcr, dont j'ai eu souvent occasion de vérifier les observations, sur 1rs nombreux matériaux qu'offre le Musée des Pavs Bas,

couleur diverse, et dont on a fait plusieurs espèces (i); puis le Tapir de rArnérique, les Porc-épics à queue prenante, les 'J'atous; les Paresseux, les Myrniécophages , les (^liinchillas, les Nasuas que je rapporterais volontiers tous i la même espèce (2); les Gavias, rx\utruclie de l'Amérique, etc. Plusieurs autres animaux se trouvent jusqu'au Mexique et même dans les parties méridionales de l'Amérique du Nord; tels sont le Lion d'Amérique (i'elis concolor); le Jagouar, (Felis onça), dont la longueur de queue paraît très variable suivantes les individus; les Mouffettes , Viverra putorius et mephitis (3) etc. Il existe très peu d'animaux qui soient les mêmes dans les deux Amériques; conmie par exenq^le , le Lièvre,

(i) Mes recherches à ce sujet m'ont démontré à l'évidence cju'il l'aul réduire toutes les variétés de cet animal à une seule espèce, le Latna loiigo. — ri) On ne rencontre guère deux individus de Tsasuas, (jui se ressemblent parfaitement, ce qui empêche d'appliquer pour la détermination des espèces aucun des caràclères que les naturalistes on', assigné aux deux principales espèces de ce genre , non pas même ceux tirés du crâne, dont la forme éprouve des changemens avec l'âge. On objectera peut-être que ces deux espèces ont une manière de vivre differen'e, objection que j'ai souvent été obligé de réfuter par la simple observation, que beaucoup d'animaux, parvenus à un certain âge, adoptent un genre de vie divers: les jeunes vivant ordinairement en société et entreprenant des couises plus ou moins distantes, tandis que les vieux sisolent pour se retirer dans les grandes forêts ou les contrées montagneuses. On pourrait comparer à ces habitudes celles des oiseaux de passage, chez lesquels , on lésait, les jeunes se séparent toujours des adultes ^ pour entreprendre des voyages lointains. Je prie~^les naturalistes voyageurs, de fixer leur attention sur ce point intéressant dans les habitudes des animaux. — (3) Toutes les prétendues espèces de ce genre que j'ai vues paraissent se rapporter à une seule espèce, dont le pelage noir varie souvent au brunâtre et dont les raies blanches se trouvent plus ou moins larges, selon les individus,ou manquent ([uelquefois presque totalement , particulièrement dans les jeunes, dont on nous a envoyé des sujets sous le nom de Mustela leucauchen.

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Lepus americanus et brasiliensis. Enfin il y en a qui se représentent dans les deux Amériques, toutefois en appartenant à des espèces diverses: tels sont les Cerfs, plusieurs Chiens, lesProcyons, les Didelphes , etc. 11 convient de citer comme un fait très remarquable que, dans une contrée couverte d'épaisses forêts et d'une étendue immense, comme l'est le B'ésil, il ne paraît exister qu'une seule espèce d'Ecureuil, le Sciurus aestuans; ce fait est d'autant plus remarquable, qu'on y observe un grand nombre de Reptiles qui vivent continuellement sur les arbres, comme des Rainettes, des Leguans, des Anolius etc.; et qu'il existe plusieurs esptces d'Ecureuils dans l'Amérique du Nord (i). L'Amérique du Sud nourrit un nombre assez considérable d'animaux aquatiques 5 particulièrement parmi la classe des Reptiles, mais c'est encore un fait assez remarquable, qu'il n'existe parmi ce grand nombre de tortues d'eau douce aucune espèce du genre Trionyx, que l'on pourrait appeler tortues aquatiques par excellence, et dont il se trouve une espèce dans l'Amérique du Nord. Par rapport aux grands manmiifères, ceux de l'Amérique du Nord sont presque tous différens de ceux de la presqu'île méridionale du Nouveau- Monde, et ont souvent une grande affinité avec ceux de l'Europe, appartenant ordinairement aux mêmes genres.. On y voit, par exemple, deux espèces de bœuf dont l'un, le Bison, paraît être assez voisin de l'Urus ou Bison d'Europe; il s'y trouve des Elans et des Rennes, divers, à ce qu'il paraît ' de ceux d'Europe; les Loups (Canis nubilus et latrans) ne forment probablement que des variétés locales de ceux de

(i) L'une des espèces de cette contrée, le Sciurus caplstraîus el curolinensis, est très remarquable par les nombreuses variétés qu'elle forme : il y en a de blancs, de noirs, de gris, de bruns , enfin de toutes couleurs. L'espèce parait habiter jusqu'au Mexique : comparer le Sciurus hypoxanthus de Liehtenstein,

2l8 DISTLIIBUTION GÉOGRAPHIQUE

l'Europe ; le Castor de l'Amérique du Nord , au contraire , offre des différences spécifiques avec le nôtre; de trois ours qui y liabitent, deux , (Ursus ferox et americanus), sont propres à cette presqu'île, le troisième est le même qu'en Europe; on y voit ce grand nombre de Spermophiles, dont quelques-uns ressemblent assez aux espèces d Europe et d'Asie; les Marmottes, le Renard commun , le Lynx ordinaire ^ le Glouton de l'Amérique du Nord n'y différent guère de ceux d'Europe , nrais le Blaireau du Labrador s'éloigne considérablement du notre. Le Scalops et la Gondylure y représentent nos taupes et nos Desmans. Enfin , les hautes montagnes qui s'étendent le long delà côte occidentale de l'Amérique du Nord, produisent [)lusieurs animaux très curieux , dont nous ne citons que les Antilopes furcifer et montant. Quant aux Reptiles, cette grande presqu'île offre un nombre bien grand de tortues aquatiques des genres Emys et Trionyx; mais, à l'exception des parties méridionales, il n'y existe pas de tortues terrestres, ou plutôt, l'animal qui doit les remplacer, l'Emys clausa, est une espèce intermédiaire entre les tortues aquatiques.et les terrestres. Les Reptiles sauriens s'y trouvent en très petit nombre, comparativement à ce que l'on observe dans l'Amérique du Sud, et on n'y voit guère des espèces qui habitent les arbres. Les batraciens, au contraire, y sont très communs et c'est là que l'on trouve cette grande quantité de Salamandres (i) , et ces batraciens singuliers, que l'on prendrait volontiers pour des larves de Salamandres ou pour des animaux incomplets , et que l'on peut comparer à notre Protée d'Europe; mais les Bombinators n'ont pas encore été observés dans l'x^niérique du Noid. — En comparant entre-elles les espèces de Reptiles, ou plus particulièrement les serpens des deux

(i) Les Salamandres, propres aux régi'ons tempéréts de l'hémisphère boréal , el les Céciles qui hnbifenî sous les tropiques, paraissent se remplacer dans ces deux zones.

grandes presqu'îles que forme le Nouveau Continent , on peut quelquefois établir des parallèlles assez intéressans : la Grenouille commune de l'Amérique du Nord, (Rana mugiens) par exemple, est représentée dans l'Amérique du Sud par une espèce analogue, delà même taille, mais à doigts entièrement libres, (Rana pachypus). Le Crapaud des Etats-Unis, (Bufo musicus), qui habite aussi plusieurs des Antilles, ne se trouve pas dans l'Amérique du Sud, où il est remplacé par le Crapaud Agua j le Crotalus horridus , commun dans toute l'Amérique du Sud , a pour représentant dans l'Amérique du Nord , le Crotalus durissusj la Coronella venustissima y est représentée par la Coron, coccinea , l'Emys scorpioides par l'Emys odbrata, etc. La comparaison cependant que nous venons de faire entre les Reptiles des deux Amériques ne s'applique qu'à un petit nombre d'espèces; et il arrive souvent que l'une des deux presqu'îles produise des espèces ou même des genres, dont on ne rencontre pas des représentans dans l'autre (i). Les Tortrix, les Dipsas, les Dendrophis, les Boas, n'ont encore été observés que dans l'Amérique du Sud jusqu'aux Antilles ; les Tropidonotes, au contraire, ne s'y trouvent pas, mais sont communs dans l'Amérique du Nord , et sont aussi répandus sur plusieurs des Antilles. Un petit nombre d'espèces de serpens de l'Amérique méridionale , ont aussi été observées dans l'Amérique du Nord ; ce sont les suivantes: Calamaria melanocephala, Lycodon clelia, Coronella cobella, Herpetodryas cursor, Dryophis Catesbyi, Elaps corallinus , Homalopsis carinicauda ; l'Hétérodon platyrhinus

(i) L'Ophisaure qui y représente notre Pseudopus et dont les couleurs sont très sujettes à varier , en sorte que l'on en a fait plusieurs espèces, est propre à l'Amérique du Nord; les genres de Reptiles propres à l'Amérique du Sud sont en nombre plus considérable; nous en citons les Bombinators , les Lézards ou Centropyx, les Cératophrys , les Céciles , les Typhlops , les Amphisbènes , etc. ; plusieurs de ces animaux se trouvent jusque dans les Antilles.

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et l'Herpetodryas aestivus au contraire, qui sont communs dans l'Amérique du Nord, ont aussi été découverts au Brésil (i). Les espèces suivantes de l'Amérique du Nord habitent aussi les Antilles: Galamaria striatula, Coronella coccinea, Heterodon platyrhinus, Coluber constrictor, Herpetodryas œstivus et cursor, Tropidonotus bipunctatus , fasciatus et saurita. Les suivantes se trouvent également aux Antilles , quoique leur patrie soit l'Amérique du Sud: Galamaria mêlanocephala , Goronella reginae, Lycodon clelia, Dendrophis liocercus, Dryophis Gatesbyi et aurata, Dipsas annulata, Homalopsis angulata, Boa constrictor et cenchria, enûn l'Elaps corallinus. Il ne reste donc que quati^ espèces environ qui sont propres au grand Archipel dont nous parlons , savoir: Psammophis antillensls, Trigonocej^halus lanceolatus, Dendrophis Gatesbyi et Boa meianura. En comparant les Serpens des Guyanes à ceux du Brésil, nous voyons que ces deux contrées ont en commun un grand nombre d'espèces, dont plusieurs forment des variétés locales plus ou moins distinctes, comme cela s'observe dans les Herpetodryas lineatus et Olfersii, le Goluber poëcilostoma, etc. Plusieurs autres espèces paraissent propres à l'une ou l'autre de ces contrées, comme par exemple: Galamaria badia, Xenodon typhlus, Goluber Gorais, Herpetodryas Boddaertii, Dendrophis aurata, Dryophis Gatesbyi et argentea , Homalopsis plicatilis, Elaps lemniscatus et surinamensis , etc. , qui n'ont été observés qu'aux Guyanes, où les suivans, originaires du Brésil, paraissent manquer totalement: Galamaria Blumii, Goronella Merremii, Xenodon Schottii et rhinostoma, Lycodon formosus, Herpetodryas serra, Homalopsis carinicauda et Martii, etc. D'autres encore paraissent se représenter sur ces deux points de l'Amérique australe, en sorte que l'on pourrait placer les Goronella venustissima, Dipsas Mikani, Weigeli,

(i) Il est à remarquer que l'Heterodon plalyrhinus et l'Homalopsis carlnicautla forment des variétés locales dans ces lieux distans.

leucocephaîa et Nattereri, puis le ïrigonocephalus Jararaca, tous du Brésil , en parallèle avec les Goronella venusta , Dipsas nebulata, Catesbyi, macrorhina, punctatissima , et le Trigonocephalus atrox des Guyanes. — Les autres parties de l'Amérique du Sud sont trop peu connues , pour que l'on puisse établir une comparaison entre les Reptiles des diverses conti'ées de ce continent j il est cependant bon de remarquer, que Ton vient de découvrir au Chile, plusieurs serpens nouveaux, qui ne paraissent pas exister en deçà des Cordillères.

Je termine cette revue de la répartition géographique des serpens, craignant d'avoir déjà abusé de la patience du lecteur, en entrant dans beaucoup de détails dont j'aurais pu me passer ici et que je me propose de traiter plus amplement dans un autre ouvrage qui m'occupe depuis longtemps.

Je regrette enfin de ne pouvoir ajouter, à la suite de ce livre, des observations sur les Serpens fossiles. On n'a trouvé jusqu'à présent que les restes d'un très petit nombre (i) ; et ces restes , se bornant presque toujours à quelques vertèbres, souvent accompagnées de côtes, ou tout-au-plus à quelques pièces isolées du crâne , sont trop incomplètes pour servir à ia détermination exacte des genres ou des familles auxquels ces êtres ont appartenu. Les observations peu nombreuses faites sur les serpens fossiles , paraissent cependant donner lieu à la supposition, que ces animaux ne se trouvaient pas en abondance dans les temps antidiluviens, et qu'ils n'existaient pas encore à cette époque reculée où la terre était peuplée par ces Sauriens d'une taille énorme ou ces animaux curieux , connus sous les noms de Plesiosaurus ou Iclithysaurus , reptiles dont on a trouvé tant de beaux restes dans les formations jurassique et de craie.

(i) Consultez les travaux de Morren ; puis Cuvier Ossem, foss, IF, /?. i8o et Fol. F, P, 2 , /?. i68; Goldfuss Nom Jeta XF P. 1 PI. ^,^g. 8 etc.

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