NAJA RHOMBE A TA
7 £sp. LE NAJA A TACHES EN LOZANGE.
NAJA RIlOilIBKA TA.
PI. XVII fig. Il et i3.
L'indication de cette espèce se trouve dnns un catalogue de doubles, I ublié en iSaS par M Lichtenstein (i) de Berlin.
La belle suite qu'en possède notre Musée, est composée d'individus de tout Age de cette espèce, et due aux soins de M. M. VAN HoRSTOK ct EscHRiCHx; ils sout oHgiuaires de la colonie au cap de Bonne Espérance et ôiÇ^s environs du fort Christiansborof à la Côte d'or.
Ce Naja appartient au nombre des plus rares; on ne sait rien relativement à ses habitudes. Il a le port du précédent , mais il est loin de parvenir à une taille aussi forte; d'ailleurs son tronc est moins gros, plus déprimé et cà dos en carène; la queue est excessivement courte et robuste; les écailles soit laîicéolées et faiblement carénées sur le dos; les teintes enfin et les plaques de la tète offrent une disposition différente.
Dimensions o,55 + o,5; Plaques: 124+ 18 ou 144"+" 25. Rangées d'écaillés 19 ou 21.
Le Naja rhond)eata fait en quelque sorte le passage aux Vipères, d(mt il a le port, mais dont il se distingue suffisamment par sa pupilleronde. Un brun grisâtre pâle, plus clairet passmt au jaune sur le dessous du corps, règne sur toutes les parties; une suite de taches noires, en lozange, mais rarement distinctes, occupent souvent le dos, parliculièrement des jeunes individus, qui offrent des teintes plus vives que les adultes. Une
(l) SEPOnON F. H OMBRAT A, /?. 1 o6 ; ScHEUCHZF.R 777. l,flgUre
reconnaissabh" sur l-wiiiflie repose le v ^ p e r a v n i g ru m de Cuvier , Rcgn. an. Il p. 92 note 4 ; celle espèce compose chez AYagleb , Syst, /). 1 7 2 , le genre c a u s u s.
484 NAJA LUBRICA.
tache en trinngle, bordée de noir et dont les jambes sont parallèles aux cotés de la tele , en ornent le sonimc^, qui est revêtu de lames, dont les occipitales et les frontales postiMieures sont assez petites; la verticale au contraire est triji.nde ; on voit une petite pia(jue au frein , et 1 œil est bordé d'un tour de 6 ou y plaques exiguës; Its labiales sont disposées plus symétriquement que d'ordinaire et au nombre de six seuleujent: l'ouverture de la bouche est simplement arcjuée; les lames du dessous de la tête se font remarquer par leur petit nombre et ])ar leur peu de longueur. L(^s naiines sont latérales et très larges; la tète analogue, par rapport à ses formes , à celle de l'espèce précédente, est un peu jilus déprimée et moins grosse. On ne voit pas de dents solides au maxillaire.
8 Esp. LE NAJA CORAIL. NAJA Ll^BUICA.
PI. XVII flg. i4 et i5.
La pointe australe de l'Africpie produit une quatrième espèce de Naja , ({ni a les habitudes des autres espèces du geni'e, mais dont le cou s'élai'glt aussi imparfaircment que chez la précédente (i). Nous avons dit que celle-ci faisait le passage aux Vipères; le Naja lid)rica au contraire se rapproche des Eiaps américains , dont il a les teintes et le port. Ses formes sont
^i) Note communiquée par feu P-oie; voyez des figures de ce Naja dans Seba //, 34. A. 43 3 et 62. 4 ; dans Mkrrf.m Beltr. 1 PL 1 vau-nattek; col. lato nia, DAUniN Rept. VU p i56; la fig. 43. !^ de Seba est le type des n a t r i x l u r r t r. a Lai r. Syn. p 80 , ("n o l u r e r Gmflin/^ 1 107 , ELA PS Merr. Tenl. p. \t\'\} ; à celle espèce appartient aussi le naja s g m m e r s e t t a de Smith. James. Ntw. Eclinb, Phil, Journ, I. 1 ; c'est le kousenband des habitans du Cap.
NAJA ELAPS. 485
cependant plus ramassées ; son tronc est un peu déprimé et à dos en cniène; la (|ueue est exressiveinenl courte, robuste et peu C(>ni(|ue; les ér;iilles sont alon^ées, pointues, lisses, obliques: la tele est j^iosse, ramassée, conicjue, disliiicLe du troue et revêtue de phrpies peu développées.
Les occi[)itales et les frontales postérieures sont petites ; la rostrale au contraire est assez large et en triangle, dont la pointe s'avance entre les frontales antérieures. L'ouverture de la bouche est en S; les narines et les yeux sont paifaitement latéraux: les premières moins ouvertes que d'ordinaire , les derniers peu volumineux et bordés par derrière de 3 , en avant d une seule plaque. Les plaques labiales sont à-peu-près comme chez le Naja haemachate.
Dimensions: o,45 + 0,03 ou o,44 -l- 0,06; Plaques : 148 -f- 20 ou i5o -H ay; on observe quebpiefois plusieurs plaques simples parmi les divisées; rangées d'écaillés: ig ou 21.
Un beau r(nige vermillon , relevé par une trentaine d'anneaux noirs et étroits, dont les deux antérieurs plus larges , occupe toutes les parties: il s'efface après la mort ; deux raies noires et obliques se touchant imparfaitement sous un angle droit ornent l'occiput; on voit souvent une bande noire traversant la tête entre les yeux.
0 Esp. LE NJJÂ ÉLAPS. NAJA ELAPS.
L'animal que je fais connaître sous ce nom, appartient sans contredit au n(>m!)re îles espèces les plus remaïquablesdu genre; il en est d'autant plus à regretter que l'on ignore absolument ses habitudes et me. ne sa patrie, le seul individu connu , qui fait paitie du Musée de Paris , provenant d'anciennes collections et sans la moindre indication. '
Analogue par la forme de la tête et par son port aux Najas
48G XAJA CURTA.
proprement rlits , celte espèce nouve'Ie s'en éloigne par un cou nulleiuent (lilatahle, caractère qui la rapjîroclie des l^^laps, auxquels elle resseuiMe encore par la petitesse des yeux. La faraude taille à laquelle elle parvient, en fait un serpent redoulahle, quoique ses armes venimeuses ne soient pas aussi développées que cela a lieu chez les autres Najas.
Le corps est très vigoureux, un peu en trigone, s'amincissant inseusibleujcnt vers les deux bouts et offrant un abdomen tiès large et convexe; il est terminé par une queue assez robuste, ramassée et conique. La tète est distincte du tronc, large, raïuassée, déprimée et arrondie au bout : elle est revêtue de lames, dont les occi[)itales très développées , sont bordées, de chaque coté , de 3 larges plaques. La dislribulion et le noud)re des autres lames de la tète est à-peu-près comme chez les Najas précédens ; c'est-à-dire (pTil y a deux oculaires postérieures, une antérieure, que celle du frein est remplacée par la partie postérieure de la nasale , que ravant-dernière ()es labiales, (pii sont très développées, se trouve resserrée vers la région des tempes etc. Les yeux, d'une petitesse extrême pour la taille de l'animal, sont latéraux ainsi que les narines, dont 1 ouverture très spacieuse se trouve dirigée en arrière.
On compte i5 ranimées décailles larij^es, à surface unie et en forme de lozange. La longueur est de i^io -^ o^io. Les plaques se trouvent au nombre de i83-f-4'-
La couleur du tond est ini jaune d'ocre tirant sur le jaune citron ; cette teinte borde, sur les parties supérieures , les lames écailleuses , qui sont d'un brun marron très foncé , plus clair sur les flancs.
10 Esp. LE NJJ.4 R^MJSSÉ NAJA CURTA. On pourrait ranger ce Naja dans le genre Vipère, s'il
NAJA CURTA. 487
offrait des écailles carénées ; c'est la seule espèce parmi les serpens venimeux colubriformes qui offre une pupille un peu verticalement alongée. Son port, ses formes ramassées, sa queue courte et grosse, le tlos caréné, et la (igure de la tète, le rapprochent des serpens venimeux proprement dits.
L'abdomen est large, convexe et muni de i3o plaques; celles de la queue sont au nond)re de 3 i et simples. Les écailles, qui sont un peu lancéolées et lisses, se trouvent disposées sur ig rangées. Les g plaques du dessous de la tête offrent des formes assez régulières; celles des côtés et les labiales sont à-peu-près comme chez les autres Najas.
L'œil peu volumineux, ombragé par la plaque surciliaire saillante est situé sur les côtés de la tète qui sont creux. Les narines sont ouvertes, les côtés du museau un peu anguleux et son bout muni d'une plaque assez consi lérable. La tête est en forme de poire ou de cœur , très large , ramassée, à joues et à lèvres saillantes.
Ce INaja est d'un vert olivâtre uniforme, plus clair sur le dessous. Le seul individu connu fait partie du Musée de Paris: il a été recueilli dans les environs du Port du Roi Georges, à la Nouvelle Hollande , où iVlM. Quoy et Gaimard en ont fait la découverte.
2 Sam. jCfs ôcrpcuô îif ittcr.
Genre unique. LES IIYDROPIIIS. HYDROPHIS,
La place que j'assigne aux serpens de mer clans le système, démokitie que ces ophidiens sont tous venimeux, sans exception. Plusieurs naturalistes, appuyant particulièrement leur opinion sur les observations deUusst-l, ont soutenu lecontraire: on verra cependant, pai- le grand nondjrcfle recherches que j'ai faillis à cet égard , que cette thèse est tout à lait dénuée de vérité.
La confusion qui règne dans la synonymie de cette famille , est eKircme et due en grande partie au défaut total de descrip^ lions comparatives et de IxHines (iguies; celles rleRussel même, qui en a foinni plus qu'aucun autre naturaliste, sont loin de suffire à la détermination ligoureuse des espèces.
La difficulté de se procurer ces animaux, et en conséquence leur rareté extrême dans les cabinets d histoire naturelle ; la grande ressemblance des espèces les unes avec les autres ; les changemens qu'éprouvent leurs teintes et leurs formes avant qu'ils soient parvenus au terme de leur croissance: voilà les obstacles qui se présentent lorsqu'on veut se livrera l'étude de ces êtres intéressans. Malheureusement on possède trop peu de renseignemens relatif à leur manière de vivre et à la di^^tribution géograpbique des espèces, pour qu'ils puissent servir de
HYDROPHIS. , 489
guide aux travaux fondamentaux, auxquels le savant de cabinet est seul à même de se livrer. Les observations que je vais communiquer sur cette famille, diffèrent sous plusieurs rapports de celles de mes prédécesseurs ; elles ont particulièreujent pour l'Ut de simplifier la revue des espèces, dont j'ai considérablement diminué le nombre. J'ai usé d'autant de circonspection que de rigueur dans ces recbercbes , qui m'ont été extrêmement facilitées par la belle suite de serpens de mer qui fait partie de la collection du Musée des Pays-lîas, et qui est entièrement composée d'individus dans un état parfait de conservation, recueillis pour la plupart dans les derniers temps, par nos propres voyageurs, et dont l'origine par conséquent est constatée d'une manière précise.
On a subdivisé la famille des serpens de mer en plusieurs coupes génériques, soit suivant létendue des plaques garnissant la ligne médiane de l'abdomen, soit suivant l'absence ou la présence de lames île la tête, soit enfin suivant le défaut ou la présence des ciocbets veniineux , ou même suivant des caractères accidentels ou fugitifs , empruntés des proportions prises dans les formes; ces prétendus genres, composés d'animaux très hétérogènes , sont même quelquefois distribués dans différentes tamilles. L'inutilité d'un pareil démembrement sera évidente, lorsqu'on réfléchit, qu'aucun serpent de mer n'est innocent, et que le Chersydre , le seul de la famille dont la tête soit revêtue d'écaillés , appartient au Boas , et non pas aux serpens de mer; quant au caractère, basé sur l'étendue des plaques abdominales , nous en parlerons dans la suite. Toutelois, quand on veut admettre plusieurs coupes, elles ne méritent guère d'être désignées sous un nom particulier, vu le nombre trop petit des espèces quelles contiennent.
On sait que L1NNA.EUS a divisé la grande tribu des ophidiens en plusieurs genres qui sont principalement caractéiisés d'après la forme des lames abdominales; siiivant ce piincipe , les serpens de mer se trouvent distribués dans ses coupes artificielles de
490 HYDROPHIS.
COLU n E R et d'AN GUIS. Schneider (i) a réuni sous la dénomination de H Y DR u s plusieurs serpens de mer , puis Ta croc H o R D E , des T H o i> 1 1) () N () T E S , (les HO M ALopsis eic. On doità LATREirT>E (2) l'invention des genres platurus et h y- DR o p H I s; Daudin (3) a eiéé celui de p e l a m i s. LACÉPÈi e (4) a décrit plusieurs serpens de mer comme constituant de nouvelles coupes généri(|iies : ce sont ses d i s t e i r e s , a 1 p y $ u r e s et le 10 SEL A s M e s. MERREM(5)a corniris certaines espèces de cette fauiille dans son genre enhydris, dénotuination inventée par Latreilf^e pour désigner certains serpens d'eau douce. D'auties savans , qui ont également écrit sur cette partie de l'histoire naturelle, eu conservant ces génies, y ont apporté des changemens plus ou moins considérables. En examinant les travaux de ces naturalistes , on s'apercevra couihien peu ils s'accordent entre eux, tant pour l'énuméiation des espèces rangées dans ces genres imaginaires que pour les caractères qu'on leur a assignés : cette circonstance est , il me seml)le , une preuve évidente du peu d'exactitude qui règne dans cette partie de la science.
Il résulte de plusieurs passages des autres classiques , que les serpens de mer étaient connus des anciens ; mais il paraît qu'ils ont souvent confondu ces animaux avec des poissons de forme effdée, et particulièrement avec les anguilles (6). C'est en grande partie d'après leurs données, que l'on avait constaté la présence des Hydroplîis dans les golfes arabique et de Perse , ce qui se peut fort bien , quoique leurs observations aient encore besoin d'être confirmées par des recherches ultérieures.
(i) Hist. amph. 1 p. l'^h. — (2) Hcpt. IV. p. 198 et p. 216. — (3) Rept. Fil p. 372. — (4) ^fifi' fi Mus. IF. p. 197. suiv. ■— (5) Tent. p. i/jO. — (6) ScHiNEiDEB , Hlst.amph 1. p. 255, rapporte plusieurs passages , lires des ouvrages des anciens et relatif aux serpens de mer ; mais il v est souvent parlé d'une manière si superficielle , que je me défie de ces observations , me bornant à citer Aeliepc /. 16 ch* 8 : « U mer des » Indes produit des hydres à queue aplatie. »
HYDROPHIS. 491
Plusieurs naturalistes font même habiter quelques espèces dans le grand oréan atlanlicjue, assertion que je puis contredire avec certitude. Les recherches que je vais comtnuniquei- , démontreront qu il faut borner actuellement la patrie des Hydrojihis aux mers intertropicales ou voisines des tropiques, comprises entre le 90"'*-' et le 230'"*= degrés de longit. or. du méridien de Ferro.
Les serpens de mer se trouvent souvent au milieu de l'océan, à de grandes distances de la terre; mais il parai't que quel((ues uns préfèrent les côtes et principalement le voisinage de Tembouchure des grandes fleuves, où ils trouvent une nourriture abondante dans les canaux qui entrecoupent les nombreux îlots , formés par le limon que charient les eaux , particulièrement dans la saison des pluies.
C est des canaux dont les eaux baignent la multitude d'ilôts nommés Sunderbunds par les Anglais , et qui forment le Delta du Gange, que Russel a reçu diverses espèces de serpens de mer; d'autres, dont ce voyageur fait mention, ont été pris sur plusieurs points de la côte deCoromandel, où la mer en jette quelquefois sur le rivage. Raffles (i) parle de trois espèces de serpens marins , qui fréquentent les côtes de Sumatra. Nos voyageurs n'ont ol)servé qu'une seule aux côtes de Java; mais ils ontsouventrencontréplusieurs autres dansia merdes Moluques, près de Timor, de Banda et sur les côtes de la Nouvelle Guinée: parages , où M. Lesson (2} en a également observés en quantité. Le docteur Str-v^uss nous a rapporté deux espèces de la mer de Gélèbes. M. VON Siebold nous en a recueillis dans la mer de la Chine où ils abondent ; ce savant a vu ces ophidiens en grand nombre lors de son trajet de Java au Japon, depuis l'Equateur jusqu'au '^[j" d. 1. bor. M. BÙRGER nous en a depuis adressé plusieurs originaires des mêmes parages. Eschholtz (3) mande , que les
(i) Phil. Tmnx. XIII P II p. 334. -— (î) Foy. de la Coquille. II. 2. p. 58 et 59. — (3) Dans Kot7.ebur Neite Reise. Anh. p. 3?,.
492 HYDUOPHIS.
pécheurs des îles Philippines prennent sou ventrAcrochorflefascié clans la haie (le IManille , et que cet anima! ne jieut se mouvoir à terre: il est clair que ce vtjyageur a eu en vue un [iydrophis , attendu qiit- IWcrochorde n hahite jamais la mei\ Dam- PiER (f) parle de serpens de mer, (ju il a rencontrés à la cote occidentale rie la Nouvelle Hollande, près de la haie des Chiensmarins. Pérox (2) en a rencontré en grand nond)re sur les mêmes lieux et sur les côtes de la terre dEendia^rt. Banks , d apiès des communications faites à Vos. ma er (3), a ohservé des serpens pélaglens dans la mer paclfnjue , le long de la cote orientale de la Nouvelle Hollande , dejnils 20 jusqu'à 10 degrés de latitude australe, dans la mer entre la Nouvelle Guinée et la partie septentiionale de la Nouvelle Hollande jusque dans la mer au sud de Tile Timor, enfin dans la mer de la Chine. On voit par une note communiquée par Forster à Schneider (4) , que le Piîlamide ahonde près de 1 de O'Taïtl , d'où il lésulle , que cette espèce est la plus répandue et la jdu5 commune de toutes; d'autres au contraire paraissent être hornées entre des limites plus étroites.
On trouve quelques renselgnemens sur les mœurs tles serpens de mer dans les ouvrages de IIussel , de Péron et de Les- SON. Le premier savant a tait plusieurs expériences relatives à leur morsure , qui faisait périr des poules, quoiqu'il atteste que plusieurs espèces soient dépourvues de crochets venimeux. Leurs mouvemens, suivant cet auteur, sont très alertes et gracieux; ce sont d hahiles nageurs, mais ils ne savent point rampera terre ; retlîés de la mer, et transportés à terre ou dans les eaux douces, ils meurent hientot. Rcssel a trouvé, dans le ventre de la Femelle d un Hydrophis , neuf petits parfaitement formés et dont cliacun était rerd'ermé dans un œuf distinct ; ce qui porte à croire que les serpens marins sont vivipares. Il
(1 j f'oy. IV. /?. 107 et 1 13. — (a) Voy. p. io5 et 129 — (3j Monogt, /?. 5 et 6. — (4) Hist. Jmph. J p. il\\. — (5) Serp. II. p, 8.
HYDROPHÏS. 49:j
paraît que les Hyclrophis ont des mœurs plus douces que la plupart (les serpens venimeux: Kiisskl (i) assure ce fait relativement à THydropliis grêle , qu'aucune piovocation ne pouvait excitera mordre un objet prcsenlé. LrssoN (2) n'a jautais pu réussir à leur faire mordre des poules qu'il enfeitna dans une baifï^noire de cuivre avec une l^ilamide vivante, expér.ence qvi cependant ne prouve nu leuient (jue ces opjndiens ne soient pis venimeux. Les observations intéressantes, que M. vox S;j:i50i.d a bien voulu me couimujiiquer , et qu il a élc à même de faire sur plusieurs espaces de serpens pelagiens confirment que ces aniniaux sont d'un naturel peu féroce. Ce savatit voyageur a rencontré, lors de son voyage de Batavia au Japon , <lepuis rÉquateur jusqu'au 27 de^^réde long. bor. , des serpens de mer parliculièrement lorsqu'il faisait du calme; aussitôt on voyait paraître à la surface des eaux de ces ophidiens en quantité innombrable; ils appartenaient presque toujours à la petite espèce, si commune dans la plupart des mers des Indes , et qui est connue des naturalistes sous le noui de Pélamide. Leurs mouvemens étaient agiles et gracieux, mais ils nageaient avec peu de rapidité, et se glissaient pour ainsi dire partes eaux, élevant de temps à temps la tête au dessus des Ilots, peutêtre pour respirer. Leur natation s'exécutait par secousses, produites et dirigées par des coups de queue, auxquels succédait un mouvement latéial et ondoyant des autres pailies Pour s'en rendre maître, on rlescendait dans une barque, d'où on les attrapait facilement avec le sceau; jetés au fond du navire , les matelots les passaietit par les mains, sans qu ils leurs fissent le moindre mal. Le professeur Reinwarut , quia frécjuemment rencontré les serpens de mer lors de son voyage dans les Moluques, confirme ce que M. von Siebold rappoite, relativement au caractère doux et tranquille de ces animaux. Ces observations sont en quelque sorte contredites par celles de Lesso.x (3), qui
(1) ib. I p. 49. — (2) Coq. II. 1. p. 58. — (3) ib.
494 IIYDROPIIIS.
s'exprime sur ce sujet dans les ternies snivans: «Le l'j juillet, par » unejournee brûlante, nous lùnies pris decalmesur lescùlesde » la Nouvelle Guinée. De nombreux serpens marins passèrent le » long de la corvette, et une end)arcati()n que lecapitaine fit mettre » à la mer nous permit de les chasser. Nous atteignimes après de "longues poursuites une Pélamide, dont Tagilitè était extrême » et les mouvemens de natation des plus rapides. » Les recherches de PÉnoN (i) sur les habitudes des Hydropuis, nie paraissent en grande partie fondées sur des observations laites à distance: du moins ce qu'il dit des teintes de ces animaux et de leur taille , qu'il lait monter justju'à 12 pieds, s'accorde peu avec les indications d'autres voyageurs. JNous empiuntons à son ouvraji^e les détails curieux suivans : « Au milieu des lésions " innocentes et gracieuses de Salpes, de Doris, de Méduses , de M Beroë et de Porpites , se dessinaient en grand nond)re de w dangereux reptiles qui , glissant légèrement a la suifacc des Ilots » paraissaient alors ai'harnés à la poinsuite d un banc de petites 5) dupées qui fuyaient préei|)itamment vers la haute mer. Leur "habitation n'est pas bornée aux rivages des mers; nous en » avons observé plusieurs à la distance de trois à quatre cents » milles de toute terre; et ce qu'il y a de plus étonnant en cela, » c'est que nous n'en avons jamais pu voir aucun sur le conti- » nent ou sur les îles. En ouvrant l'estomac de plusieurs » animaux de ce genre , je l'ai trouvé plus particulièrement rem- » pli de petits poissons et de divers crustacées pélagiens , mais )> eux-mêmes à leur tour deviennent la proie des nombreux «squales, (jui vivent dans ces mers; il m'est arrivé plusieurs » fois en etïet , de rencontrer dans l'estomac de ces requins des I) serpens de mer plus ou moins altérés par la digestion. J'avais «peine d'abord à concevoir comment des anitnaux aussi légers " pouvaient devenir la proie de ces grands squales , dont tous » les mouvemenssont si lourds et si stupides , mais en obseivunt
(1) Voy^ p, jo5 et 129.
HYDROPHIS. 495
» par la suite un plus grand nombre de ces reptiles, je crus » trouver dans une de leurs habitudes la cause réelle de cette » espèce de phénomène. Souvent (ui voit de ces serpet.s endor- )) mis et dottans à la surface des eaux; leur sounneil est alors » si profond, que notre navire passant quelquefois tout près «d'eux, ils n'étaient réveillés ni par le bruit de son sillage, 5) ni par la force des remous , ni par les cris habituels des » miitelots. C'est sans doute dans cet état de léthargie , que » les lourds requins parviennent cales saisir; du moins il me V semble impossible de le concevoir autrement. Quant à la «cause même de ce sommeil, peut êire dépend-t-elle, comme «dans plusieurs autres reptiles terrestres, de l'espèce de w stupeur que, dans les animaux de cette famille , la diges- » tion entraine souvent avec elle. Ces reptiles nagent et «plongent avec une égale facilité: souvent à l'instant même « où nous croyons pouvoir les saisir avec nos filets, ils «disparaissaient à nos yeux; et, s'enfonçant à de grandes «profondeurs sous les flots, ils restaient une demi-heure «et plus sans remonter à leur surface, ou ne paraissaient « qu'à de très grandes distances du point où nous les avions « vus plonger. »
La taille des Hydrophis est diverse suivant les espèces, dont il y en a qui ne surpassent guère deux pieds et demi, tandis que d'autres parviennent jusqu à cinq pieds de longueur totale. Ou n'a pu parvenir à distinguer les sexes à l'extérieur. Les petits, outre les différences dans les dimensions , s'éloignent des adultes par des teintes plus vives et par un dessin plus distinct. Il paraît que les couleurs des Hydrophis sont moins sujettes à varier (pie celles de plusieurs autres ophidiens. La plupait offrent une teinte du fond jaune, tirant tantôt sur le vert, tantôt sur le bleu ou sur le blanc: cette teinte est le plus souvent relevée par de nombreux anneaux noirâtres, ou par de
(i) Aucun de nos voyageurs n'a observé ce phénomène.
496 HYDROPHIS.
larges taches en lozange, disposées transversalement et régnant le long du dos.
L'ensemble de l'organisation des serpens de mer annonce que ces reptiles sont uni((ueiueiit destinés à vivre dans les eaux et que leurs organes de locoinoti<tn ne sont mdlcnient faits pour exécuter des mouvcnicns à terre. Leur tronc, afin de fendre p'us facilement les (lots, est aminci vers les deux bouts et excessivement com[>rimé paiticulièi'ement *vers la queue, très-étroit vers labdomen , qui est le plus souvent prolongé en une carène plus ou moins tranciiante: conformation absolument semblable à la construction du dessous des navires. Leur queue courte, agent piiiicip;d et puissant de la locomotion, est tellement conqirimée, (ju elle n'oirre (jue peu de largeur relaiivement à sa hauteur extraordinaire: ce men)bre , par cette organisation particulière, par sa foiine lancéolée , par sa position verticale, par la flexibilité illimitc'e dans le sens latéral , exerce à la fois les doubles forutions de rame et de gouvernail. Leur petite tète plus ou moins alongée,coni(jue vers le bout du museau , et pres:|ue toujours d'une venue avec le tronc, dont la partie antérieure est grêle, est propre, en vertu de cette conformation , à surmonter avec facilité la résistance qu' offrent les eaux. La position latérale des yeux, dirigés un peu vers le ciel et en avant , permet aux serpens de mer de regarder presque en tout sens, afin de découvrir leur proie ou d'éviter les dangers nombreux , dont les habi;ans de lélément sans bornes sont sans cesse menacés. Pour effectuer la respiration sans que le serpent ait besoin d'exposer quelque partie du corj^s hors de l'eau , les narines se tiouvent rapprochées sur le sommet du museau ; un moment suffit pour cet acte, le reptile l'eplonge dans les profondeurs de la mer dont les eaux ne peuvent entrer, ni par les narines qui sont bouchées par une valve charnue, ni par l'ouverture de la bouche, qui est fermée par le bord rentrent des lèvres, dont les échancrures correspondent exactement avec les proéminences de la
HVDROPUIS. 497
lèvre opposée. On voit par celte description qu'une organisation analogue est propre à plusieurs autres serpens cl'eau douce, mais que les serpens de mer méritent par excellence l'épithèle d'aquatiques.
Leur corps est toujours revêtu d'écaillés, tantôt lisses , tantôt surmontées d'un petit tubercule tenant lieu de carène, tantôt en lozange et imbriquées, tantôt en hexagone et disposées en pavé ,• à l'exception de celles de I'h y d r o p h. g o l u b r i n , toutes sont munies d'une tunique assez mince et facile à détacher au lieu d'un épidémie dur et corné; leur nombre enfin et leur étendue varient extrêmement selon les espèces ; mais elles sont presque sur toutes les parties d'égale grosseur. La conformation des tubercules, dont les écailles de plusieurs espèces sont relevées, varie souvent d'un individu à l'autre. Quelques uns en offrent de si peu prononcés que leur prcsence devient douteuse, notamment lorsque la peau est distendue ou dépouillée de son épidémie; chez d'autres, ils prennent la forme de carènes extrêmement prononcées ; leur forme ordinaire est telle que nous l'avons représentée dans nos figures. Les lames écailleuses qui garnissent la ligne médiane de l'abdomen ne se distinguent le plus souvent en rien du reste des écailles; d'autres espèces en offrent dont l'étendue excède un peu celle des écailles voisines; mais l'abdomen de I'hydro- PHis coLUBRiN cst rcvêtu de lames assez considérables: ces plaques abdominales sont tantôt lisses, tantôt munies d'une protubérance", tantôt de deux. Deux espèces n'offrent point du tout de ces plaques, vu que la ligne médiane de^'abdomen se trouve précisément le long de la suture des deux rangées longitudinales des écailles voisines du ventre. Les écailles qui bordent lestranchans de la queue, ne diffèrent guère du reste , et font que le pourtour de ce membre est quelquefois comme festonné; attendu que leurs sutures se touchent précisément sur le tranchant de la queue. La tête, à l'instar de celle des
Couleuvres , est constamment revêtue de grandes lames, dont
498 HYDROPIIIS.
la disposition cependant est disparate sons plusieurs rapports. Celles du sommet varient, suivant les espèces, à l'égard de leur étendue et de leur forme ; leur nombre est augmenté chez l'ii Y n R. co LU BRIN d'uuc di\ièuie placjue impaire , enchâssée entre les frontales: cette espèce est la seule du genre , dont les narines latérales percent une plaque particulière située aux côtés du nmseau; chez toutes les autres les narines se trouvent au bord postérieur ou extérieur de la première paire des frontales qu'elles divisent quelquefois en deux , [et qui remplacent en même temps les nasales. On n'observe de frênaies que chez les PÉLÂMiDES. L'œil est toujours bordé antérieurement d'une plaque unicjue , mais on en voit (juelquefois deux der rière cet organe. Les labiales, dont il existe souvent une double série , varient d'étendue et de forme ; il en est de même des temporales, qui se distinguent par fois à peine des écailles du cou. Les mentales manquent totalement, ou ne sont que très imparfaitement dével()])pées. La rostrale offre des formes diverses selon les espèces ; elle est quelquefois très petite et pourvue en dessous d'échancrures, qui répondent à de petites proéminences de la plaque tern)inale de la lèvre inférieure.
Les narines sont plus ou moins ouvertes selon les espèces; les yeux offrent très peu de volume et toujours une pupille ronde. La bouche n'est pas très fendue; l'ouverture est tantôt droite, tantôt légèrement courbée, ce qui provient en grande partie de ce que le museau est souvent courbé en bas, tandis que les angles de la bouche montent dans le sens vertical.
Le cran e des serpens de mer offre plusieurs rapports avec celui des serpens venimeux colubriformes. Il est le plus souvent de forme assez étroite et alongée; les os qui le composent sont minces et leurs apophyses peu développées ; les mastoïdiens et les caisses sont assez courts; le frontal antérieur estpresque perpendiculaire et le maxillaire assez long pour offrir, outre les crochets, un point d'attache à plusieurs petites dents
HYDROPniS, 499
solides : de là, que les serpens de mer, ne peuvent ériger leurs crochets aussi considérablement que les autres serpens venimeux et qu'en mordant, ils tiennent en même temps leur proie entre les mâchoires. Les crochets , comme ceux de la famille précédente , offrent constamment , à leur face antérieure , un sillon, qui réunit les deux orifices destinés à la sortie du venin; ils sont encore moins développés que ceux des serpens venimeux col ubriformes , et voilà peut-être la raison principale, pour laquelle plusieurs auteurs ont nié l'existence de ces armes dangereuses chez les serpens de mer. Les autres dents sont excessivement délicates et nombreuses ; l'os dentaire de la mâchoire inférieure, assez long, en est armé dans toute son étendue. Les Hydrophis ont la glande venimeuse beaucoup moins développée que les Elaps et les Najas ou les Bongares; les salivaires bordent les mâchoires dans toute leur lonofueur.
Le squelette des serpens pélagiques présente plusieurs détails assez curieux. Comme le ventre de ces animaux est extrêmement étroit et tranchant, il s'ensuit que les côtes se touchent presque par leur extrémité sternale, et que ces organes ne sont que légèrement courbés pour descendre vers l'abdomen en entourant le corps dans toute sa circonférence. Les apophyses épineuses des vertèbres du tronc offrent peu d'étendue: les inférieures particulièrement , à l'exception de celles du cou , sont assez petites. Mais ces apophyses acquièrent, sur la queue, un développement considérable: destinées à supporter ce membre, qui est aplati dans le sens vertical , elles prennent la forme de longues épines dont on observe, en dessous, une double série, et qui se réunissent cependant vers le bout de la queue.
Quant à l'anatomie des parties molles, les Hydrophis s'éloignent de la plupart des autres ophidiens. Leur poumon , remplissant à la fois les fonctions d'organe de la respiration et de vessie natatoire, se présente sous forme d'un canal continu, qui s'étend jusque vers l'anus: étroit dans la plus grande partie de sa longueur, et pourvude cellules, il est renflé dans d'autres
500 HYDROPHIS SCIIISTOSA.
endroits , ou (juelqiiefois élargi pour former un véritable sac aérifère. N'ayant disséqué que deux espèces de ce genre , dont cliacune m'a offert une disposition particulière du poumon , je suppose que cet organe varie d'une espèce à l'autre. Le canal alimentaire est tantôt long et étroit , tantôt ramassé. Les intestins grêles présentent beaucoup d'inflexions plus ou moins profondes: ils descendent ensuite presque en ligne droite et passent dans l'intestin gros, qui s'élargit brusquement en un canal spacieux.
1 Esp. VHYDR. ARDOISE. H. SCIIISTOSA.
PI. XVIII Cg. I , a et 3.
Les quatre es|)èces de serpens de mer que je place à la tête du genre, repondent à-peu-piès aux Hvdres ou Hydropbis des auteurs : elles conviennent toutes entie elles, en ce qu elles ont des formes assez effilées, des narines parfaitement verticales et perçant la première paire des plaques frontales, des écailles en rboml)e et surmontées d'un petit tubercule , un abdomen assez étroit et garni d'une rangée de plaques à peine plus considérables que les écailles du tronc, mais qui sont munies de deux tubercidos. Tt)utes ces espèces offrent des anneaux ou des bandes transversales plus ou moins foncées sur un fond jaunâtre, tirant tantôt sur le gris, tantôt sur le vert ou sur le bleu. Ce sont mes hydexOPhis propreiment dits.
L'espèce dont je commence la série, est une des plus remarquables parla conformation particulière de sa tête. Cette partie est à peine distincte du cou, et assez conique. Le museau offre la même forme; il va extrêmement en pointe vers le bout qui est terminé par une plaque très étroite : cette plaque est prolongée en dessous en une proéminence, qui répond à une
HYDROPïIIS SCIIISTOSA. 50!
forte échancrurc de la plaque terminale de la mâchoire inférieure. Le bord des lèvres est plus rentrant que dans les autres espèces; les six premières plaques, qui garnissent de chaque côté la lèvre inférieure , sont très étroites, effilées et suivies de plusieurs autres lames écailleuses, à peine distinctesdes écailles, dont tout le dessous de la tête est revctu. Les plaques de la lèvre supérieure varient par rapport à leur forme ; la deuxième , la quatrième et la sixième sont très larges ; plusieurs plaques temporales succèdent à la dernière, et l'on voit plusieurs petites plaques surnuméraires au bord de la lèvre, vers l'ang^le de la bouche. L'œil est terminé en avant et en arrière par une petite plaque; les surciliaires sont peu larges; les frontales antérieures, percées par les narines , forment un triangle alongé ; la seconde paire des frontales est petite et oblique; la verticale se distingue tant par son peu d'étendue que par sa foruie lancéolée; les occipitales sont entourées de plusieurs plaques à peint; plus considérables que les écailles du tronc, qui sont de forme rhomboïdale ou sublancéolée, acuminées, toutes surmontées d'un tubercule assez prononcé, et disposées sur 47 à 53 rangées. L'abdomen est saillant en forme de carène, et garni de plaques à peine plus grandes que le reste des écailles; elles sont souvent irrégulières et divisées , mais toujours surmontées de deux tubercules. La queue est assez lancéolée et moins large que dans les autres espèces.
Cet Hydrophis a des formes assez robustes et parvient à ime taille considérable: un individu de notre collection, dont le tronc offre un diamètre de 0,06, est long de 0,74 + 0,12. Un autre individu plus jeune mesure o,53 -+- 0,07. Le tronc est très comprimé et le dos assez en carène. Voici le nombre des plaques des trois individus qui font partie du Musée des Pays-Bas : 294 + 46; 3o2 4- 54; 3i4 -^46,
Le dessus de cet Hydrophis est marqué de larges bandes transversales et brunâtres, disposées sur un fond plus clair, d'un gris olivâtre ou ardoisé qui passe sur les flancs au jaunâtre, teinte
502 HYDROPHIS STRIATA.
qui occupe unlformënient toutes les parties inférieures. Le dessin peu distinct de celte espèce s'efface avec l'âge, en sorte que les adultes offrent un système de coloration assez uniforme.
Cet Hydrophis provient des côtes des grandes Indes. On en voit dans les galeries du Musée de Paris une très belle suite d'individus, recueillis par M. M. Dussumier, Bélanger et LamarePiquot sur les côtes de Pondicliéry, de Malahar, de Coroniandel et de Bengale. Nous devons un de nos sujets à M. le professeur J. van der Hoeven. I\ussel (i) a donné la figure d'un individu adulte, pris près de Tranquebar ; celle d'un sujet d'âge moyen se trouve dans le même auteur, PL lo: ces deux portraits ont servi de type à I'ii^drus valakadyen de BoiE, et à 1 II YDRO PH I s s CHiST o su s de Dàudin (2). C'est probablement ici qu'il faut rapporter le disteira do liât a de .Lacéi»ède {?)).
L'effet fatal des armes venimeuses de cette espèce a été prouvé par les expériences faites par Russel.
2 Esp. VHYDROPHIS STRIÉ, H. STRIATA. (4)
PI. XVIII fig. 4 et 5.
Les trois espèces d'Hydropliis qui vont maintenant suivre, se ressemblent tellement qu'il faut un examen assez rigoureux pour bien les distinguer les unes des autres. Les données des naturalistes sont presque toutes insuffisantes pour guider dans ce labyrinthe; en analysant leurs travaux , on s'aperçoit que les espèces n'ont jamais été comparées entre elles, et que l'on a par conséquent répété, dans les descriptions
(1) Vol. H PL II. — (2) Rept. ni p. 386. — (3) Jnn. d. Mus. vol, IF p. 199. PI. ^"j fig. 2. — (4) Fauna japon. Ophid. PL 7.
HYPROPHIS STRIATA. 503
de chacune d'elles, des caractères communs à toutes. J'ai examiné minutieusement ces descriptions, et je les ai comparé entre elles, soit pour les rapporter à leur type, soit pour assigner des caractères aux espèces qui pourraient être nouvelles j mais mes recherches ont été mfructeuses. Je vais citerj des exemples : il est évident que les n y d r u s c o e- RULESCENS ct cuRTUS de Shàw (i) appartiennent il unc des quatre espèces d'Hydiophis proprement dits, mais il est impossible de constater précisément à laquelle. La figure de Vos3iAER représente également un Hydrophis proprement dit ,* que je n'ose décider lequel. L'h ydrus fasciatus de ScHWEiDER et de Shaw est un mélange de plusieurs Hydrophis voisins. Il se trouve même parmi les figures de Russel quelques unes, que je ne saurais classer: telles sont le kadell- NAGA3Ï, Pi. i3, qui représente peut-être I'hydrophis ARDOisÉj ensuite ses hootur-sun et k alla-sho otu r, types des hydrophis chloris et obscur us de Dau- DiN, figures dont l'une est faite sur le vivant, l'autre d'après un individu conservé dans la liqueur : elles représentent évidemment la même es[!èce , peut-être I'h y d r o p n i s g r a c i l i s. J'omets enfin I'anguis LATicAuoAde Linné et plusieurs autres, trop vaguement indiquées pour mériter que l'on en fasse mention. J'ai donc cru préférable de refaire 1 histoire des serpens de mer , et de donner des figures et des descriptions exactes des espèces, afin de mettre les naturalistes à même de fonder leurs observations sur une base solide.
L'espèce qui doit nous occuper dans cet article, est selon toutes les apparences identique avec le l e i o s e l a s m a stria- TA de Lacépède (2). Elle atteint jusqu'à cinq pieds de longueur totale. JNous possédons au Musée trois individus de cet Hydrophis: l'un de 0,87 + 0;io offre 346 + 4^ plaques et 29
(1) Gen. Zoo/. III P. II p. 56i et 562. — (2) ^/.v?. d. Mus. IV p. 199 P/. 56/^^ 1.
504 IIYDKOPIIIS STRIATA.
rangées d'écaiIles; l'autre offre exactement le même nombre de plaques , mais on lui compte 3i rangées d'écaillés et il mesure i,3o -+- o^i3 ; le troisième est de i,o4 -h o,ii , mais on ne voit que 27 rangées d écailles et 34^ -H 52 plaques : le premier sujet a été recueilli par le professeur Reiwwàrdt près de l'île de Timor; le second est du aux recherches de M. von Siebold , qui en a rencontré plusieurs dans les parages voisins des îles Lioukiou par le 27™* degré de latitude boréale; le dernier provient du voyage de M. Bïirger, qui l'a pris dans la même mer, lors de son trajet de Java au Japon. Plusieurs autres individus conservés au Musée de Paris ont été rapportés du Bengale par MM. Dussumier etLeschenault ,etnous venons de recevoir un individu recueilli près de Padang à Sumatra.
CetHydroplîis a les formes plus élancées que le précédent; le tronc est un peu plus gros vers le milieu, et un peu comprimé, mais parlailement cylindrique vers les parties antérieures. Les écailles sont en rhombe, et surmontées d'un proéminence plus ou moins prononcée : dans un de nos sujets, ces proéminences sont même converties en carènes fort saillantes. On voit à l'abdomen une rangée de petites plaques, un peu plus grandes que les écailles du tronc, mais munies de deux tubercules, souvent assez indistincts. La tête de cet Hydrophis est d'une venue avec le tronc, peu volumineuse, presque d'égale grosseur, et allant un peu en pente vers le museau qui est arrondi , très peu conique, et terminé par une plaque voûtée, en pentagone et pourvue à son bord inférieur de deux échancrures. Les yeux, moins verticaux que dans la précédente, sont garnis par derrière de deux plaques , mai il n'en existe qu'une seule en avant de cet organe. On voit trois paires de mentales assez larges, précédées des cinq paires antérieures de la mâchoire inférieure, qui sont assez grandes; le bord de la lèvre inférieure est garni en outre d'une rangée de petites écailles triangulaires ; les temporales , au nombre de trois ou quatre de chaque côté , sont rangées le long des bords latéraux des occipitales. Le reste
HVDROPHIS IVIGROCIIVCTA. 505
des plnques de la tête est a-peu-près comme dans l'espèce précédente, mais celles de l'Hydropliis strié diffèrent parles points suivans: les plaques , percées par les narines, sont moins alongées et plus larges en avant; la paire suivante des frontales est plus considérable et disposée moins obliquement; la verticale est plus grande et à-peu-près en pentagone ; les occipitales sont moins pointues ; enfin , on observe à l'angle de la bouche trois petites plaq\ies qui bordent la dernière labiale. Le bord des lèvres de cette espè(^e est moins rentrant que celui de la précédente. Les plaques dans les différens individus sont sujettes à de légères variétés de forme; celles de l'abdomen sont quelquefois divisées en deux.
Cet Hydrophis a toutes les parties d'un jaune verdâtre assez clair, passant au jaune sur le dessous ; cette couleur est relevée par un grand nombre de larges bandes ou taches en rhombe disposées transversalement, d'un brun noirâtre, quelquefois assez effacées, se perdant tantôt sur les flancs, ou entourant le corps en manière d'anneaux. Le dessus de la tête est varié de brunâtre. Une jolie variété de notre collection a le dessus d'un noir assez prononcé.
3 Esp. V HYDROPHIS A JNNEAUX JSOIRS.
HYDROPHIS NIGROCIIVCTA.
PI. XVIII fig. 6, 7 et 8, l'adulte ; fîg. 9 et 10 le jeune.
Les trois individus (i) de cette espèce, conservés au Musée des Pays-Bas , sont originaires du Cabinet de Brugmans et de celui de l'université dTtrecht: j'ai lieu de croire qu'ils sont parvenus dans ces collections de nos anciennes possessions aux grandes Indes. Comme Russel et Bélanger ont rapporté les leurs des bouches du Gange, et comme nos voyageurs n'en ont
(1) J'en ai vu deux autres dans la collection deM.Klinkenberg à Utrechl.
506 HYDROPHIS NIGROCIIVCTA.
pas rencontré dans le orrand Archipel des Indes, on peut supposer que cette espèce est propre au Golfe de Bengale.
Elle est-très voisine de la précédente, de laquelle elle se dislingue par un tronc plus comprimé et revêtu décailles à tubercule peu prononcé; par un abdomen garni de plaques un peu plus larges; par une queue moins longue, noire vers le bout, et de forme plus lancéolée; par un museau plus conique et extrêmement en pente; par la présence d'une seule plaque oculaire postérieure; par des yeux plus petits; parla forme et l'étendue des plaques labiales, dont on ne compte que six à la lèvre supérieure; par la largeur de la sixième plaque labiale qui est suivie de trois plaques exiguës ; par le manque d'une rangée de petites |)laques au bord de la lèvre inférieure , dont on ne voit (pi'une seule au dessous de l'œil; enlin par le nombre des plaques abdominales et par la disposition des teintes.
i"^ Individu: 1,24 -f- <>,t>9; 3i4+ 4<^ j 3i rangées d'écaillés. — 2*^ Ind. : 0,39 -\- o,o4 ; 3oa -+■ 40 ; 2y rang. d'éc. — 3*^ Ind. : 0,39 H- o,o4 ; 298 4- 58 ; 29 rang. déc.
Les jeunes (i) ont le dessus d'un vert olivâtre qui passe au jaune sur les flancs. De nond)reux anneaux distincts, d'un noir prononcé, plus étroits sur les côtés du corps, entourent celui-ci; on voit quelquefois des taches ovales de la même couleur sur le dos. L'occipui est marqué d'une large tache noire et alongée, à travers laquelle la teinte du fond s'entrevoit sous la forme de trois taches rondes: ce trait se passe avec làge; les adultes (2)
(i) K E E R I L-p A T T E E. RussEL // Pi. 6: sur Celle figure repose I'hydroph, NiGROCiNCTUS (le Daudin , vol. J H p. 38o et I'hydrus spiralis Shaw. Gen. Zool. TU P. II p. 56/|. PL 1 25;
POLYODONTES ANNUT, ATUS LeSSON dailS BEL. f^Oy. Zool.
Atlas PI. 4 ; HYDROPHIS M E L A N U R U s WaGL. Jmph. Pi. 3.
(2) C H I T T u L , RuSSEL // PI. 9; HYDROPHIS CYANOCINC-
T U S Daudin Rept. Vil p. 383 ; le genre e n h y d r i s de AVagler Syst. p, i66 , est forgé pour cette espèce nominale; Boie a fait de l'adulte son hydrii«brugmansii.
HYDROPHIS GRACILIS. 507
offrent aussi des teintes |)liis pales etdes anneaux assez étroits. Les teintes perdent beaucoup de leur éclat après la mort.
4 Esp. nUYDROPHlS GRELE. H. GRACILIS.
PI. XVIII fig. II et I a.
Des formes délicates et aj^réables, les proportions extrêmement minces des parties antérieures , par rapport à celles du corps, une tète assez petite, les teintes foncées de ces parties, et plusieurs autres traits moins marquans rendent cette espèce une des plus jolies et des plus remarquables du genre.
Il paraît qu'elle n'atteint pas une aussi forte taille que les précédentes ; j'ai vu cependant , dans la collection de M. Klinkenberg à Utrecht, deux sujets longs d'un mètre et plus. Des trois individus de notre collection , l'un mesure o, 89 + o,o4 ; l'autre 0,02 -H 0,06; le troisième enfin est de Oj6o 4- o,o5. Ils offrent îe nombre suivant de plaques 344 H- ^^ j ^^^^ + ^^ > ^^^ -+-48; on leur compte 2^ rangées d'écaillés en rhombe ouunpeu lancéolées, munies d'une proéminence peu prononcée, maison observe deux carènes sur les plaques de l'abdomen qui , sont souvent marqués d'une tache noire. La couleur du fond est d'un blanc jaunâtre, relevé par de nombreuses et larges taches noires, en iozange et disposées transversalement: ces taches s'étendent sur les flancs en guise de bandes, ou elles entourent même le tronc en formant des anneaux complets; elles deviennent plus larges à mesure qu'elles se rapprochent du cou, où elles se confondent pour former, sur les parties antérieures, la teinte principale , de sorte que celle du fond ne se voit que sur îe dessus du cou , et sous la forme de bandes. La tête est totalement noire , parfaitement d'une venue avec le cou , assez petite , déprimée , en pente et revêtue de plaques, semblables à-peuprès à celles de l'Hydrophis à anneaux noirs. Les occipitales
508 IIYDROPHÏS PELAMIS.
sont accompagnées de chaque côté de deux larges plaques, dont l'inférieure tient en même temps lieu de la sixième plaque labiale. La queue est moins comprimée que dans les autres espèces.
C'est le TÀTTA-PÀM de RussET. / PI. j\^^ de la cote près de Vizagapalam ; Da^udin (i) a basé sur cette figure son an guis MAMMiLARjs; SuAW l'a citéc à propos de son Mydrus lasciatus, quoiqu'il décrit aussi l'espèce dont nous traitons, sous le noui d'n Y n R TT s gracilis (2). C'est aussi I'anguis xiPHURA Hj-rrm. du Musée de Strafsbourof et le microce-
P II A L U S GRACILIS dc LeSSON (3).
Elle se rencontre en abondance sur les côtes des «frandes Indes, MIM. Hi'Ianger , J^ussumier et Revnaud en ont rapporté des sujets de Pondichery , de Coromandei, rie Malabar et de Bengale. Un de ces sujets a servi de type à l'Hydrus fasciatus , figuré parGuÉRiN Iconogr. Iiej)t. Pi. 25 fîsj^. i. Nos voyageurs ont observé cette espèce près de Padang à Sumatra.
5 Esp. L'HYDliOPIL PÈLAMIDE. H. PELAMIS (4).
PI. XVIII fig. i3,i4 et i5.
Commune dans tous les parages fréquentés par les serpens do mer, cette espèce a été souvent apportée en Europe et on en trouve les dépouilles dans la plupart des Musées.
Ses formes ramassées, son museau alongé , les petites écailles hexagones et disposées en pavé dont tout le corps est uniformément revêtu, enfin plusieurs autres traits caractérisent cet
(i) Rfpt. VII p, 540 ; TYPHLOPS Merr. p, i58. — (2) Gun, ZooL m p. H p. 55o. — (3) Bélanger Fo\\ Rept. PI. 3. — (4 Oren, Naturgesch. vol. Ill P. lï p. 'X'^i^s
HYDROPHIS PELAMIS. 509
Hydrophis de manière qu'on l'a même élevé au rang des genres. Il s'éloigne des espèces précédentes pour se rapprocher de la suivante, qui offre également des formes trapues, des écailles hexagones et en pavé, mais dont le museau est beaucoup plus court. Un caractère particulier et propre à ces deux espèces est que la ligne médiane de l'abdomen se trouve sur une suture , formée par les dernières rangées d'écailles, de sorte que ces serpens manquent, à proprement parler , de plaques abdominales.
L'Hydrophis Pélamide est l'espèce la plus répandue du genre. RussEL (i) a figuré un s\ijet pris sur la côte de Coromandel. M. Bélanger en a rapporté des côtes de Pondichery , où il se nourrit suivant lui de poissons. M. Dussumier a recueilli plusieurs sujets à la côte de Malabar et à l'embouchure du Gange. Feu VAN Raalten nous a fait parvenir un individu, pris à la côte occidentale de Java. Le professeur Reinwardt en a recueillis dans la mer de Java près de Samarang. M. von Siebold en a rencontrés en quantité lors de son trajet de Java au Japon, depuis l'équateur jusqu'au 27°^^ degré de latitude boréale; un individu rapporté par ce voyageur avait été capturé près de la côte occidentale de Bornéo. Lesson (2) a observé de nombreux bancs de cette espèce à la côte de la Nouvelle Guinée et dans la mer des Moluques. Le Musée de Paris en doit aux soins de M. M. Quoy et Gaimard , qui ont pris plusieurs sujets près de Menado à Célèbes , et près de Port Jackson. Forster (3) enfin' Ta trouvée jusque dans l'Archipel des îles de la Société , où les habitans d'0-Taïti se nourrissent de sa chair.
On voit la figure d'un jeune sujet dans Sera II 'j'j. 2. C'est I'anguis PL a tu ra de Linné y:^. 891 (h y dro phi s platura Latr. y/^ ^. 197); I'h y dru s b i co lor Schneider /yj. 242 , et le PELAMIS BicoLOR Daudin vol. Vîl p, 366.
(1 ) Ind. Serp. vol. I. PL [\\ p. kl y «alla wahlagilee pam. (2) Coquille Z,ool. 1, 2. p. 58 suiv. — (3) Schneider , Hist, Amph, /. p. 242.
510 UVDUOPIllS PELAMIS.
. Nous avons rassemblé dans les généralités du genre tout ce qui est connu des habitudes de ce serpent. Il atteint jusqu'à 0,53 -f- ^^,07; d'autres individus mesurent, 0,4^-^0,08. Le tronc est uniformément revêtu de très petites écailles hexagones , disposées en pavé et à surface unie; elles deviennent un peu plus larges à mesure qu'elles se rapprochent de la suture médiane du ventre, qui est un peu en carène : on en compte environ 35o rangées de transversales et 47 rangées de longitudinales; celles de la queue sont moins régulières que le reste, carrées ou en lozange , et disposées environ sur 60 rangées longitudinales. Le tronc de cet llydiophls est beaucoup plus ramassé que celui des espèces précédentes, et assez gros relativement à sa longueur: cylindrique à sa partie antérieure, il devient de plus en plus comprimé vers la queue, où il diminue au contraire en hauteur ; ce dernier mend)re est de forme lancéolée et plus large vers le bout qu'à la base. La tête est à peine distincte du cou, renlléeà Tocciput , extrêmement effilée et conique; le museau au contraire, presque d'égale grosseur et alongé, offre un souunet en pente et arrondi au bout. Les narines, orbiculaires et très rapprochées, percent la première paire des plaques frontales, qui ne sont pas séparées en deux, comme dans les Hydrophis précédents; la seconde paire des frontales est disposée obliquement; la plaque verticale est en hexagone et larire; les surciliaires et les occinitales ont également une éîendue assez considérable: ces dernières sont accompagnées latéralement de 3 ou 4 plaques, au dessous desquelles se trouvent plusieurs rangées de temporales; les plaques suivantes diminuent en étendue et se confondent insensiblement avec les écailles du cou. On voit de chaque côté de la lèvre supérieure, dix plaques, dont les sept dernières sont petites et de forme assez diverse. Une plaque alongée se trouve au dessous de l'œil, deux derrière , et une en avant de cet organe. Il existe aussi une frênaie. Les cinq premières plaques de la lèvre inférieure sont plus larges que le reste; la quatrième est divisée en plusieurs petites
HYDROPHIS PELAMIS. 5 1 1
plaques. On observe un grand nombre de plaques, de forme irréi^ulière et alongée sous le menton; la gueule est assez spacieuse , avec son bord supérieur un peu concave et montant fortement vers l'angle de la bouche. Les yeux sont latéraux et plus volumineux que dans les autres Hydrophis.
Les deux teintes princi{'ales de cette espèce, le jaunâtre et le noir ,dont la dernière occupe le dessus , sont tranchées sur les flancs ; ces couleurs se séparent sur la queue pour former des bandes ou des taches transversales noires sur un fond jaune. Un individu recueilli à la côte occidentale de Bornéo, a toutes les parties ornées de larges taches et bandes transversales alternes , irrégulières et noires sur un fond jaune : cette jolie variété , due aux recherches de M. von Siebold, est figurée dans la Faune du Japon: Ophidiens PL 8. Les petits ont les teintes si claires qu'on les dirait , au premier abord , d un brun jaunâtre uniforme : un sujet de cet âge fait partie de la collection de M. Klinken-» berg à Utrecht.
Le crâne de ce Hydrophis est alongé , conique et à sommet large et plane. Les naseaux se prolongent en une pointe effilée pour recevoir rintermaxillaire,qui est très déprimé et en croissant. Les maxillaires sont beaucoup plus alongés que dans les autres serpens venimeux et portent une rangée de petites écailles qui sont très peu développées. La mâchoire inférieure est munie dans la moitié de sa longueur de dents de semblable longueur. Les glandes de la tête ont été figurées par Duvernov : jfiui. d. se. nat, XXVI PL 9 fig. I. Lescôtes sont extrêmement développées chez cet Hydrophis, qui offre un canal intestinal plus long que les espèces. Le poumon est d'une configuration toute particulière : la trachée, sensible seulement sous la gorge , s'élargit aussitôt, etforme, dans tout le reste deson étendue, un canalrenflé, à-peu-près co^nme on l'observe dans plusieurs gallinacées, mais dont les parois sont minces, transparentes et présentant un tissu réticulaireà mailles peu serrées; cet organe se rétrécit brusquement vers le cœur, où commence le véritable poumon qui
512 IlYDKOPillS PELAMJDOIDES.
descend en canal étroit; se rétrécissant à son tour vers la région du pylore, il s'élargit ensuite petit-à-petit pour former un sac aérifèrealongé, spacieux, à parois minces, qui présente à sa partie inférieure un étranglement profond, et dont l'extrémité, logée entre les uréthères , se prolonge jusqu'à l'anus.
G Esp. VHYDIIOPHIS PÉLJMIDOIDK.
IIYDROPHIS PELA3llI)OI DES.
PI. XYllIlii,'. T(> et 17.
Les écailles dont le tronc de cette espèce est revêtu , sont en hexagone et disposées en pavé comme chez la précédente; mais elles sont heaucoup plus larges et toutes surmontées d'un petit tubercule: aussi n'en compte-t-onque 25à2jrangées longitiKlinales et i34 ou i38 de transversales. Celles de la queue sont déforme assez irrégulière , tantôt en carré tantôt en lozange: il n'en existe sur ce mend)re que 25 à 3o rangées transversales. Une rangée d'écaillés assez petites, est enchâssée , sur la suture de l'abdomen , entre les deux rangées d'écaillés voisines. Cet Hydrophis a le port du précédent, mais ses formes sont plus robustes, son tronc est plus haut et plus comprimé, la tète est beaucoup plus ramassée et plus grosse , l'abdomen enfin et le dos sont prolongées en une carène assez saillante. Les neuf plaques du sommet de la tète ont des formes plus régulières que celles de l'espèce précédente: la verticale est plus petite, les occipitales moins alongées, les frontales postérieures plus larges et moins obliques. Les narines sont plus ouvertes et moins rapprochées que chez l'Hydrophis pélamide,des et chacune plaques qu'elles percent, est divisée en deux. La rostrale est un peu voûtée, et pourvue en dessous de deux échancrures. On voit huit plaques au Bord de la lèvre supérieure , dont les deux
HYDROPHIS PELAMIDOIDES. 5f3
antérieures et les trois postérieures sont très petites: celles du milieu touchent à l'œil, qui n'offre qu'une seule plaque à chacune (le ses extrémités. La frênaie est quelquefois réunie à la seconde des lahiales. Les plaques de la lèvre inférieure diminuent en étendue vers les deux houts , et on voit entre la quatrième et la cinquième plusieurs petites plaques surnuméraires. Les plaques du menton se distinguent à peine des écailles gulaires, aussi les temporales ont-elles peu d'étendue. L'angle de la bouche n'est point rentrant comme chez la plupart des autres Hydrophis.
La couleur jaune pâle de cet Hydrophis est relevée sur le dessus , de larges taches en lozange, disposées transversalement; elles sont quelquefois peu distinctes.
M. Reinvïtardt a découvert cette espèce dans la mer des Moluques ; le docteur Strauss nous en a rapporté un sujet pris en mer, près de Menado à Célèbes , et j'ai vu dans la collection de M. Klinkenberg à Utrecht , deux individus pris dans la mer de la Chine. Recueillie au Pondichery par Reynaud, elle est conservée au Musée de Paris, sous le nom de pela mis cARiNATA Cuv; jc crois aussi que c'est le shidill de RussEL Ind. Serp. , vol. IL p. i4 PL i3, figure d'un individu à l'âge moyen. L'hydrus major de Shaw , Gen. Zool. IIL P. IL p, 5b8 PL 11^ , appartient évidemment à cette espèce , comme cela résulte de la description que cet auteur donne de la disposition des plaques abdominales. Une figure exacte de I'hydroph. pelamidoïde sera publiée dans \n Faune du Japon ^ Ophid. PL g. C'est aussi le lape mis hardwicKii de Vlndi'an Zoologf3.
J'ai vu au Musée de Paris un jeuneindividu decet Hydrophis, recueilli par Pérou ; cet individu ayant toutes les plaques de la tête converties en écailles d'une conformation irrégulière et probablement maladive , forme une variété assez remarquable , mais accidentelle.
5 1 4 HYDROPHIS COLUBRINA.
7 Esp. /; HYDROPHIS COLUBIUN. H. COLUBRIIVA.
PI. XVIII lig. i8 ly'et ao , l'adulte; gg. ai et -xi , le jeune.
C'est SOUS cette denoniination que Schneider (i) a désigné un opliitllen qui se rapproche . par plusieurs traits de son organisation, des serpens venimeux coluljrilornies , toutefois en offrant le port et les caractères distinctifs des autres Hydrophis. Il s'éloigne particulièrement de ces derniers par la conformation des téeuniens extérieurs.
Toutes les lames écailleuses qui recouvrent le corps sont imbriquées et revêtues d'une épidémie cornée , à surface luisante et unie comme dans la plupart des Couleuvres. Les écailles du tronc sont en carré , à pointe émoussée, et sendjlables à celles de la plupart desTortrix: on en compte a3 rangées; elles deviennent extrêmement larges sur la queue, où elles sont en hexagone, assez alongées et disposées transversalenientron n'en voit de chaque coté que quatre ou cinq rangées de longitudinales, composée chacune de 3o à 45 lames. Lahdomen est revêtu de lames beaucoup plus larges que celles des autres Hydrophis: elles se trouvent au nondjre de 198 ou de 2.42. Cette partie , ainsi que le dos, qui est convexe par devant, se prolonge vers le bout postérieur en carène, parceque le tronc, cylindrique au cou, devient de plus en plus comprimé à mesure qu'il s'approche de la queue: ce membre va en s'élargissant vers l'extrémité qui est arrondie. La tête est presque de la même venue avec le tronc, courte , grosse , un peu conique et voûtée au bout du museau. La forme des plaques qui la revêtent est assez disparate: on voit deux petites occipitales extrêmement ramassées , une verticale large et presqu'en triangle , deux rangées de temporales semblables aux écailles du tronc, et sept plaques de chaque côté
(i) HTDRus coLU BRI VUS , Z^/j^ rtw/?A. /. /^ a38.
IIYDROPHIS COLUBRIIVA. 5Î5
de la lèvre supérieure: l'inférieure , garnie d'une double suite de plaques , offre une marginale assez petite. Il y a deux plaques postoculaires et une en avant de l'œil. La rostrale est pourvue en dessous de deux écbancrures , correspondant à celles de la plaque terminale de la lèvre inférieure qui est assez petite , et à laquelle succèdent deux ou trois paires de mentales peu développées, dont celles de milieu sont plus larges que les autres. Un caractère particulier à cette espèce , est que les narines ne sont pas verticales comme dans les autres Hydrophis; elles percent une plaque particulière, située aux côtés du museau et près de son bout; le sommet du museau au contraire est revêtu de deux paires de plaques frontales assez ramassées, entre lesquelles est encbassée une petite plaque surnuméraire en lozange. L'œil de cette espèce est latéral , comme dans les deux précédentes, mais la bouche est très peu fendue , et les bords des lèvres sont rentrans comme dans les autres Hydropbis.
Le crâne se rapproche, par sa configuration de celui des serpens venimeux colubriformes: les caisses et les maxillaires sont ramassés, les crochets peu longs. Les cellules du poumon se prolongent sur la trachée , presque jusque sous la gorge ; de l'autre côté, le poumon, plus large près du cœur, descend, en se rétrécissant, derrière cet organe, pour s'élargir ensuite, vers l'intestin grêle, en une poche à air sous forme d'un canal renflé , dont le bout se loge dans la cavité abdominale à la distance de deux pouces de l'anus. Le canal intestinal de cette espèce est moins long que celui de I'hydrophis pelamis; les reins sont également ramassés, mais le foie se présente sous la forme d'un ruban étroit et alongé.
Cette espèce a à-peu près le port de l'Hydrophis à anneaux noirs, mais son tronc est beaucoup plus gros et plus comprimé. Elle parvient à des dimensions très considérables: un individu de notre collection mesure i,io-l-o,io; un autre 0,89+ 0,11 ; un troisième 0,^8 4- 12 j les petits sont environ de 0,33-1-0,04.
516 HYDROPHTS COUSIRTIVA.
Un jaune plus ou moins foncé occu[)e le dessous; il passe sur les flancs au vert bleuâtre , qui règne sur toutes les parties supérieures : ces teintes sont relevées par tle nombreux anneaux d'un noir prononcé, plus larges sur la queue: elles passent avec 1 âge , et toutes les teintes deviennent plus claires. Lesonnmet de la tête est marqué d'une large tache de forme trapézoïde ; nne raie noire partant de derrière l'œil se réunit à une autre qui règne le long de la mâchoire inférieure , pour se prolonger sur le cou , en se confondant avec les anneaux dont le ironc est entouré.
On observe souvent des variétés de cette espèce; un individu adulte à teintes p«ales et à plaque rostrale divisée , a servi de type au plat, semifasciatus de Reinwardt ; un sujet décrit par Lacépède (i) offre une configuration des plaques de la tète très irrègulière.
Cet Hydrophis a été figuré par Linné (2) ; l aur entiu s(3) en a fait son laticauda i m b r i c at a , et Latreille son
PLATURUS FASCIATUS (4).
Cette espèce abonde dans la mer des IMoluques , particulièrement près de Timor ; elle est commune dans celle de la Chine, aux côtes orientales de Célèbes et près des îles Lioukiou: le Musée des Pays-Bas en possède une belle série d'individus, rapportés de ces lieux parlM.M. Reinwardt, Macklot, von Siebold (5) , et le docteur Strauss. Deux individus de cet Hydrophis font partie du Musée de M. Klinltenberg à Utrecht; ceux du Musée de Paris ont été envoyés de Pondichery, de la Nouvelle Guinée et de T(jngatabou , par M.M. Reynaud , Quoy et Gaimard.
(i)aipysurus LAEvis. Lacép. Jnn. d. Mus. IV p, igy PI. 56 fig. 3. — (2} Mus Âd. F. PI, \Ç> f, i:coL. laticauda- T u s. — (3) Syn. p. 109. — i[\)Rfpt. IF p. i83. — [5) Fauna Japon. Ophid.Pl 10.
HYDROPUIS. 517
Avant de terminer riiistoire des êtres intéressants dont je "viens de traiter, je ne puis me passer de dire quelques mots sur un animal , observé pendant des siècles par une foule de personnesde toutes les classes, et connu de tout le monde par les récits qu'on en a divulgués; mais encore ignoré des naturalistes. Je veux parler du monstrueux serpent de la mer du Nord qui , à la vérité, n'a des rapports ni avec les serpens pélagiques dont nous nous sommes occupés dans les pages précédentes, ni avec mon ouvrage en général. Les nombreux témoignages avancés par des personnes respectables , pour constater l'existence de cet énorme animal marin , ont imposé silence aux naturalistes; aussi me tairais-je , si les doutes qui se sont toujours élevés en moi contre ces assertions , ne s'étaient convertis en certitude par une petite observation faite au printemps de l'année 1826 (i). Chassant , par une journée orageuse, le long des bords
(i) Mon opinion sur le grand seipenl de mer se trouve appuyée par une observation que je trouve dans l'ouvrage du célèbre Ascanius, ouvrage très rare , que je n'aurais pas été à même de consulter sans la bonté de M. Eschricht à Kopenhague , qui a bien voulu me procurer dernièrement un exemplaire. Feu Ascanius dit à l'article marsouin, Icon. cah» r PL. 4i : «En été les Marsouins s'approchent des côtes et des golfes, w Ils se réunissent souvent en pleine mer par troupes de plusieurs ving- » taines et quand l'air est calme et serein , ils se rangent à la file les- uns » des autres pour jouer et faire des culbutes: ils ont alors l'apparence » d'une chaîne de petites éminences flottantes à fleur d'eau ; quelques pê- » cheurs du nord , en les voyant à de grandes distances , prennent ce res- \> semblement pour un animal immense et lui donnent le nom de serpent w marin. ».
518 IIBDROPIIIS.
(le la mer, je vis loiit-à-coup nager en face de rein])oucliure du Kliin un animal marin de grande taille. Je me piéparais à liier un coup de lusil sur cet animal que je pienais pour un requin , lorsquej'en distinguai à travers du hrouilhird plusieurs autres qui le suivaient de très près. Cachées en grande partie par les eaux , les parties supérieures de cet être ne purent être aperçues distinctement qu'au moment où , porté un instant sur le sonnnet des ondes, il descenditdans l'abymeformédevantlui. L'illusion , produite par l'agitation continuelledes vagues, contribua en effet, à rendre douteux l'apparence d'un grand nond)re de points noirs, sortant à la fois des eaux, tlisparaissant aussitôt et dont l'ensemble représentait à s'y méprendre les mouvemens simultanés et les ondulations d'un même corps. Persuadé que les animaux ne sauraient nager au fnoyen d'ondulations perpendiculaires, je ne cessai d Observerce spectacle, jus(|u 'à ce que je reconnus que cet êtremonslrueux secomposait d'une jietite troupede Marsouins, Le grand nombre de Dauphins échoués cette année et l'année précédente sur nos cotes , confirma le fait (|ue ces animaux, souvent accompagnés de leurs petits, entreprennent dans certains péiiodes de Tannée , des voyages , pour aller le long des côtes, à la poursuite de leurproie. Cette habitude estégalement propre aux grands Cétacés , qui cependant ne fréquentent nos mers qu'accidentellement. Les côtes de l'Amérique septentrionale, où le monstrueux serpent de mer a été le plus souvent observé, en fourmillent, et j'avoue que du bord d'un navire par exemple , la vue inopinée d'une famille de Cachalots, rangés en ligne avec les vieux à la tête , doit offrir un spectacle assez frappant, et capable de mettre en jeu à la fois , la superstition, l'imaoination et la crainte.
On donne le plus souvent à ces prétendus serpens marins une longueur de i5o à 200 pieds. Bullock (1) , qui a observé dans ses voyages des JMéduses d'un volume égal h celui de plusieurs
(1) Ne^^'. Edinh. Joiirn. IF. P. VIIJ p. 406.
HYDROPIIIS. 519
tonneaux et une niàclioire de Crocodile long" de 21 pieds, dit avoir vu près de Bt)nibay des serpens de nier de 4<^ |)ieds. Ce que nous venons de dire sur le monstrueux serpent des mers du Nord suffira pour que chacun puisse deviner à sa fantaisie le portrait que l'on a fait de ses formes. Ceux qui aiment à s'instruire plus particulièrement de ce que l'on a dit sur ce prétendu monstre , n'ont qu'à consulter les mémoires suivans : Report relative to a large marine animal etc. Boston. 8."; Wood- WARD testimony^ etc. reproduit dans V Isis ann, 18 18. p, 2100 ; Brooke , Travels to Swedeii etc. Loiid. 1823 ; Hoorer dans XEdinb. Journ. XL Jaiiv. iS^y p. 126; Pek ibid. XIIL p. 68 à ^2 , et les nombreux articles relatifs à ce sujet, que l'on ne cesse d'insérer dans les gazettes anglo-américaines.
3 Sam : £c& ôcrpcuô uf nimfiu* proprcinf nt îïite.
C'est dans cette famille que je réunis tous ces serpens , dont les armes dangereuses ont acquis le plus haut degré de développement , et dont le caractère malfaisant est indiqué par des signes extérieurs assez frappans. Le port et la physionomie de ces êtres détestés a quelque chose de si particulier , et l'impression que cause leur vue est si vive , que Ton reconnait tout de suite les espèces qui font partie decette famille, si même on n'en a examiné qu'une seule. Cet ensend)le des formes aussi remarquable est le résultat de plusieurs marques distinctives, plus faciles à saisir dans leur ensemble , qu'à détailler par des descriptions.
Des formes lourdes et trapues; une queue grosse et très courte; une tête extrêmement large , déprimée et en forme de cœur; de petits yeux, à pupille verticale , enfoncés dans les côtés de la tête et ombragés par des plaques surciliaires saillantes ; la lèvre supérieure renflée et descendante pour cacher les longs crochets; les écailles carénées enfin, dont toutes les parties sont le plus souvent hérissées: tels sont les principaux traits^ qui donnent aux serpens venimeux par excellence , leur physionomie caractéristique.
C'est également par leurs mœurs , leurs habitudes et leur manière de vivre, que ces reptiles s'éloignent du reste des ophidiens. Leur naturel engourdi, leur démarche tardive, la lenteur extrême de tous leurs mouvemens, rendrait la recherche de leur proie infructueuse. Doués d'un caractère tranquille ils attendent avec calme, jusqu'à ce que le hasard fasse passer
LES SERP. VENIMEUX PROPR. DITS. 521
près de leur retraite, les animaux , que la nature leur a indiqués pour nourriture. C'est alors, ou à l'approche d'un ennemi quelconque, que se déploie toute leur activité: ils redressent leur tête élevéenégligemnient à l'état de repos , ils entrouvrent la gueule au point que les deux mâchoires forment un angle obtus, ils érigent les crochets, le tronc se déroule à l'instar d'un ressort lâché, et le serpent, secondant souvent le choc en s'appuyant sur la queue , s'élance d'un seul bond sur sa victime, pour lui porter la blessure fatale; cet acte est l'œuvre d'un instant: la tête, par la contraction subite et violente de ses muscles fléchisseurs, exécute avec la vitesse de l'éclair un mouvement opposé à son altitude et quelquefois réitéré , par lequel les crochets s'enfoncent dans la chair de la proie qui , en ressentant aussitôt les effets, et hors d'état par cela de s'échapper par la fuite, tombe au pouvoir de son ennemi. Nous avons lieu de croire que cette manière dattaquer est propre aux ophidiens de cette famille , et que le reste des serpens venimeux s'emparent de leur proie comme les Couleuvres: c'est à dire en la saisissant après l'avoir poursuivie, et en la tenant entre les mâchoires au moment de mordre, ne lâchant pas même prise, après s'être assurés de leur victime en lui portant une mortelle blessure. Les serpens venimeux proprement dits au contraire, ne tiennent point leur proie après la morsure (i); ou à proprement parler, ils ne mordent point du tout: la gueule excessivement fendue, la faculté qu'ils ont d'écarter leur mâchoire inférieure en arrière et de redresser la tête, les crochets énormes susceptibles au plus haut degré d'être avancés, le choc rapide produisant et dirigeant le coup fatal: toutes ses circonstances concourent à rendre l'attaque de ces reptiles terrible. Les crochets, tant par leur grandeur, que par Faction subite et vigoureuse delà tête, s'enfoncent plus profondément dans
(l) Ces observations faites sur nos Vipères indigènes et sur des Crotales, sont constatées par Russel /. p. 53 et par Davy Ceylan p. 85.
522 LES SEHP. VEXIMEUX PROPR. DITS.
les chairs; ils distillent dans la plaie un poison d'autant plus abondant qu'elle est profonde; son action se manifeste inces saninient et rend l'animal mordu incapable de se porter hors de l'atteinte de son ennemi cruel qui , assure de sa victime, ne la suit que Itntemcnt pour s'en emparer. Ainsi, la morsure de ces serpens n'est À dire vrai , qu un coup de tête exécuté avec une violence extrême, presque toujours secondé par un saut , déterminant la direction; les crochets se retirent aussitôt après avoir frappé une plaie profonde: durant cet acte, la mâchoire inférieure ne paraît exercer aucune fonction car , comme nous l'avons déjà fait observer, les serpens venimeux proprement dits ne saississcnt leurs victimes, qu'après les avoir mis hors d'état de s'échapper.
L'or<,'anisation des parties internes de la tête confirme ce que nous venons de dire sur la manière d'attaquer de ces ophidiens. Pour effectuer ce coup de la tête, la suiface inférieure de cette partie est pourvue d une ou de plusieurs apophyses assez proéminentes , servant d'attache aux muscles fléchisseurs de la tête qui offrent, comme tous les autres muscles un développement considérable. La puissance de ces organes, la conformation des os du crâne, leur mode d'attache et plusieurs autres circonstances contribuent à donner à ces serpens la faculté d'élargir excessivement la gueule , et de faire ressortir les crochets pour produire un coup efficace. A cet effet , tous les os qui composent la partie mobile du crâne, sont extrêmement effilés: ne se liant entre eux qu'au moyen de facettes articulaires assez étroites, ils jouent librement les uns sur les autres et agissent comme depuissans leviers; les ptérygoïdiens et les palatins, qui s'attachent chez la plupart des autres serpens à la partie solide du crâne, sont ici complètement libres , et on n'observe pas non plus d'apophyse qui lie le maxillaire au palatin; les caisses, par leur longueur, contribuent à l'écartement delà mâchoire inférieure qui, assez alongée elle-même, porte l'apophyse coronoïde près de sa base ; le ptérygo'idien est d'autant plus effilé
LES SERP. VEIVIMEUX PROPR. DITS. 523
que le maxillaire est court et rapproché du museau; cet os enfin présente une facette articulaire presque verticale pour s'altacher aux frontaux postérieurs , qui se distinguent par leur position horizontale: c'est particulièrement à ces dernières circonstances qu'est due la facilité, qu'ont les serpens venimeux proprement dits , de diriger en avant leurs crochets qui , dans l'état de repos, sont couchés sur les gencives. Le canal excréteur de la glande venimeuse, ohligé de suivre les mouvemens brusques de ces parties lorsque le serpent mord , est par cette raison plus long qu'à l'ordinaire et se replie, dans l'état de repof , vers le globe de l'oeil.
Nous avons déjà dit que les crochets des serpens venimeux par excellence sont beaucoup plus développés que chez tous les autres ophidiens, et qu'ils occupent seuls le maxillaire, n'étant jamais suivis de petites dents solides: des dents solides, acérées et courbées se trouvent au contiaire le long du palais, et au bout de la mâchoire inférieure, dont l'os dentaire est quelquefois extrêmement court. La glande venimeuse a la partie supérieure de son enveloppe tendineuse et épaisse , recouverte par de fortes fibres musculaires, provenant du muscle temporal , et qui servent à comprimer la glande: cet organe est accompagné en dessous des glandes salivaires, qui s'étendent sous la forme d'un ruban étroit , le long des deux mâchoires. La lacrymale existe, mais elle est le plus souvent petite et recouverte par les muscles de la tête; on voit quelquefois des glandes nasales et une rostrale. La partie immobile du crâne est le plus souvent assez ramassée; sa surface large est tantôt plane, tantôt excavée; les frontaux postérieurs sont rudimentaires dans les deux premiers genres de la famille , et très développés dans les Vipères ; les nasaux qui sont petits, de forme triangulaire et attachés aux frontaux au moyen de ligamens, se réunissent avec l'intermaxillaire pour former la base du museau et pour contribuer à sa mobilité. Le maxillaire offre un creux profond dans les espèces qui sont munies de fosses nasales.