‹ Essai sur la physionomie des serpens (volume 3)Chapitre 62 sur 66 · VIPER A · texte numérisé non relu

VIPER A

que comme accidentels ou individuels et qu'ils ne peuvent servir comme moyen de distribution.

La plupart des Vipères offrent des formes beaucoup plus ramassées et plus lourdes que les Crotales. Leur queue est toujours très courte, conique, tantôt grosse, tantôt menue et quelquefois terminée en une pointe aiguë ; l'abdomen est large et convexe; le tronc assez gros au milieu aminci vers les deux bouts , peu comprimé , et allant rarement en carène vers le dos. La tere, toujours distincte du cou, est plus au moins déprimée, en cœur, quelquefois assez grosse et à sommet très large,* le museau est toujours court, arrondi au bout, quelquefois alongé en trompe retroussée, et anguleux aux côtés chez un petit nombre d'espèces , notamment chez celles d'Europe. Les plaques labiales sont le plus souvent très petites et nombreuses ; on voit phisieurs plaques au menton ; les superciliaires manquent souvent; la rostrale varie par sa forme et par son étendue , mais toutes les autres parties de la tête sont garnies d'écaillés parfaitement semblables à celles qui revêtent le tronc; les Vipères européennes cependant offrent, sur le sommet de la tête, des écailles de forme très diverse, le plus souvent lisses , et dont quelques unes méritent, par leur conformation symétrique, le nom de plaques; l'espèce de la Nouvelle Hollande enfin a la tête munie de plaques semblables à celles des Couleuvres ^ mais d'une configuration toute particulière.

Les narines des Vipères sont tantôt très ouvertes, le plus souvent latérales, quelquefois verticales, rapprochées dans les unes, au sommet du museau, près de son bout, et placées sur les côtés du museau dans d'autres. Les yeux sont toujours de moyenne grandeur , le plus souvent latéraux ou un peu dirigés vers les parties supérieures. L'ouverture de la bouche est large et presque droite ; la lèvre supérieure enflée descend un peu en avant des yeux, et indique le lieu,

57() VIPKRA.

où sont cachés les crochets. Les écailles n'ont jamais une étendue considérable; elles sont toujours effilées , tantôt à bout arrondi , tantôt de forme lancéolée et constamment surmontées d'une carène forte, terminée brusquement chez le Céraste en un tubercule, Les écailles de certaines régions de la tête sont quelquefois alongées en pointe , de sorte qu'elles forment des espèces de cornes qui , placées au dessus de rœii , donnent un air tout particulier à la physionomie de ces animaux.

Le Vipères sont ornées de teintes quelquefois très vives j quelquefois pâles , tontôt uniformes , mais le plus souvent relevées par des taches de forme difh'rente, et disposées sur plusieurs rangées. Le hvnn et le jaunâtre, nuancés à Tinlini, forment les couleurs principales ; elles sont cependant assez sujettes à varier, tant selon les espèces que selon les individus; M. Lenz a même observé que ce changement dans le système de coloration s'opère à chaque nuie, qu'il diffère selon fàge et selon le sexe, et qu'il est soumis à certaines lois constantes: les recherches de ce zélé naturaliste se bornant à la Vipère commune, nous indiquerons ces changemens à l'article de cette espèce, quoic[u'on puisse supposer que la plupardes serpens subissent des changemens pareils et constans.

Les Vipères parviennent rarement à une taille considérable; quelques espèces ne dépassent jamais deux pieds en longueur totale; d'autres atteignent jusqu'à 3 ou 4 pieds sur une grosseur de deux pouces. Le nombre des plaques est rarement au dessous de 120-1-20, et ne dépasse guère 160 H- 4^ 5 ci^elques espèces offrent des sous-caudales simples. On compte depuis 21 jusqu'à 3i rangées d'écaillés.

Le crâne des Vipères s'éloigne sous plusieurs rapports de celui des autres serpens venimeux proprement dits: les frontaux postérieurs sont le plus souvent assez développés, et descendent vers le maxillaire pour compléter l'orbite ; les frontaux antérieurs n'offrent pas une position horizontale

VIPERA ARIETAIVS. 577

comme dïitls les Trigonocépliales : ils sont au contraire incli* nés vers le maxillaire , qui est étroit et solide , au lieu d'ctre creusé d'une fosse, comme dans les genres pr(';cédens ; les formes générales du crâne varient selon les espèces. Le squelette des Vipères offre des côtes assez longues , et des apophyses épineuses des vertèbres njoins développéesque les Crotales. Les espèces que j'ai disséquées , m'ont offert un canal intestinal assez long et pourvu de nombreux replis. La nourriture des Vipères consiste particulièrement en souris, en batraciens , en lézards et en oiseaux.

Les Vipères habitent de préférence les lieux découverts, secs , arides, sablonneux ou revêtus d'une végétation rare et briMée; voila une des raisons pourquoi l'Afrique est peuplée d'un grand nombre d'espèces de ce genre, et pourquoi elles ne se rencontrent que dans ces pays de l'Asie dont le sol offre uneconformation semblable à celui de l'Afrique. On ne connaît qu'une seule espèce de la Nouvelle Hollande. Celles du centre de l'Europe habitent, à défaut de plaines arides , les landes ou les bruyères, et paraissent ne pas autant fuir Tombre que les autres espèces. Les Vipères appartiennent exclusivement à l'ancien monde. Leurs mœurs variant considérablement, selon les espèces, nous renvoyons à l'article de chacune d'elles pour les détails.

1 Esp. LA VIPERE BONDISSANTE. V. ARIEÏANS.

PI. XXI fig. I , 2 et 3.

L'ophidien le plus redoutable au Cap de Bonne Espérance est une Vipère désignée par Merreim sous l'éphitète d ARIE- TANs(I), par imitation du nom (2) qu'elle porte dans sa

( J ) E C H TD N A A R I E T A N S Bcitr. lîJ p. 121. (2)porADnER.

578 VIPEBA ARIETAÎVS.

pairie, et qui lui a été conféré pour indiquer sa manière particulière d'attaque: on dit que cette Vipère ne peut faire aucun mal, lors([u'on se place devant elle, parce qu'elle exécute la morsure par un saut et un mouvement de la tète en arrière. Il serait à désirer que cette observation, comnuiniquée par le capitaine Riess (i) et Bukciiell (2), prol)al)loment d'après ouï-dire^ fût constatée de nouveau : d'ailleurs tout le monde dans la colonie du Caj) parle des habitudes de cette Vipère, et la plupart des voyageurs en ont fait mention dans leurs relations. Lichtenstein (3) a tué un iIldi^idu de 3 j^icds de longueur. INI. le docteur Smi rs du Cap de lîonne Espérance, m'a dit que cette Vipère abonde dans les environs de la ville du Cap, où elle s'introduit quelquefois dans les jardins; mais qu'elle habite le jdus souvent les pleines arides, sablonneuses ou couvertes de bruyères et même les champs; elle décèle sa présence par un soufflement assez fort des narines. Sa morsure fit niourir un des esclaves de M, Smuts en peu de temps. Elle se rencontre aussi dans l'intérieur de la colonie où elle a été observéepar plusieurs voyageurs, qui ont parcouru la colonie au Cap. lîosman parle dans son voyage d'une grande Vipère, qui se rencontre dans les environs de St. George d'Elmina à la cote d'oi': elle appartient probablement à l'espèce dont nous traitons , qui a été rapportée du Sénégal par plusieurs voyageurs français, et que M. Rûppeli a observé au Kordofan : les suiets recueillis dans cette contrée forment unej.olie variété , reconnaissable à ses teintes pales et jaunâtres.

BuRCHELL (4\ et après ce voyageur, M. Smith (5), Tont décrite sous le nom de vi fera i nfla t a; Citvier (6) en a fait mention sous celui de vir. brachyura. Il paraît que

(1) Ap. ÏMerk. /. c. p. 123. — [i] Travels p» 469. — (3) Reise p, 646 — (4) Trm'els p, 469. — (5) Edlmb, Joiirn. I. 1. p. S184. — (6) Règn. anim. H p. 90.

VIPERA Anii:i ANS, 579

tous ces naturalistes ont ignoré les travaux antérieurs et le grand ouvrage deSHBA, dans lequel on trouve quatre figuresTi) reconnaissables de notre \ipère, que les auteurs n'ont pas manqué d'introduire dans la science sous plusieurs noms diflérens, Boie a fait figurer le jeune dan son Erpétologie de Javd (2), et on voit la figure de l'adulte dans Wagler (3).

Le docteur van Horstok nous a fait jiaivenir un bon nondire il'individus de cette Vipère, qui parvient à une grosseur de deux pouces sur trois pieds de longueur. On voit par ces dimensions, que son corps est extrêmement trapu: aussi est-il peu d'ophidiens qui aient des formes aussi lourdes. La queue est assez ramassée, grosse, obtuse, un peu comprimée vers le bout et très courte. La tête se distingue par sa largeur excessive : elle est très déprimée, assez distincte du cou, en cœur et en pente vers les côtés. Le museau est très court, assez large, à bout arrondi, obtus et terminé par une plaque petite et beaucoup plus large que haute; on compte environ i5 plaques semblables, à chaque côté de la lèvre supérieure; les 3 premières de la lèvre inférieure sont plus grandes et toucbent aux mentales, dont la seconde paire est d'une étendue considérable. Les yeux sont petits et presque latéraux ; les narines au contraire, qui forment une fosse circulaire assez hiante , sont rapprochées au sommet du museau, placées près de son bout, et entourées de plusieurs petites plaques de forme diverse, parmi lesquelles se distinguent, par leur étendue, une antérieure et une postérieure qui est en croissant; celles qui

(i) Thés. H PI. Zo f. ^ \ 11^ 54, 4j dont les naliiralistes français ont fait leur V 1 p È Fx E hébraïque: l^Kctv. Quad. ovip. II p. 106 , confondue mal-à-propos avec le x e n o d o n s e v e r u s ; 7/ 93. i et 94» "^ > Ivpos des c o fi R A CLOT HO et L A c H ES is , Laur. 104, rangés dans le genre c o L u E E R par Gmee.,/p. io85 e{p. 108 J. La v i p e r a c l o t u o de Daudin, Rept. VI p. 171 repose sur un de ces porlraits et sur le t r 1 g o- NocÉPHALE c EN en RIS figuré par Catesby pi, 45. — fa) PL 4^. (3) le nc?> PI. 1 1.

580 VIPERA ARIETANS.

se trouvent entre les narines ne diffèrent guère du reste des écailles, dont toutes les autres parties de la tête et le corps sont revêtues, et qui sont remarquables pai- leur forme lancéolée, par la forte carène dont elles sont surmontées et par le nond^re de leurs rangées, dont on compte le plus souvent trente-et-une.

Le crâne (i) de celte espèce est remarquahle par sa configuration, particulièrement due à rextrcme brièveté de l'occiput; aux formes ramassées et à la largeur du sonuuet; aux grands frontaux postérieurs, descendant en lame large vers les ptérygoïdiens externes, dont l'extrémité aiuérieure offie la njême foiine; aux frontaux antérieurs en croissant et (pii bordent la spacieuse cavité nasale; à la petitesse des nasaux ; enfin à l'extrême lonijueur des caisses.

Dimensions d(î l'adulte: 0,^2 +0,09; des jeunes 0,28 4-o,o25 ou 0,24 + o,o35. Plaques: la.f -h 20 ou i44 + •^4-

Un brun jaunâtre assez vif occupe les parties supérieures, (pii sont ornées d'une tri[)Ie suite de larges tacbes d'un brun noir et bordées de jaune : ces tarbes varient assez selon les individus, et les dorsales sont toujours plus larges; elles sont le plus souvent en triangle, quelquefois réunies pour former des traits œil lés ou en rose ; entourées presque toujours de petites tacbes carrées et noiies. Le dessous est d'un jaunâtre uniforme relevé , sur les cotés, par de larges tacbes foncées et transversales. Le sommet de la tête est orné d'un trait large , foncé, en parallélogramme, et bordée par devant d'une raie claire qui traverse la tête entre les yeux; on observe le plus souvent deux paires de tacbes en œil sur l'occiput; une large tacbe foncée se prolon£]:e sous les veux , une autre sur la région des tempes. Les jeunes ont les teintes extrêmement vives.

(i) Bydv. 1827 vol 11 PI "j-fig, 5.

VIPEUA ATROPOS. 581

2 Esp. LE V. TÊTE DE MORT. V. ATROPOS.

PI. XXI /îg. G et 7.

Elle habite coimne la précédente , clans la colonie à la pointe australe de rAfricjne; il paraît cependant qu'elle y est moins abondante. Le docteur van Horstok ne nous ayant fait parvenir qu'un petit nombre d'individus.

C'est le COL. a t r o p o s de Linné : Mus. A(L Fr. PL i3 /.' i , dont Laurentius /7. io4 , a fait un cobra, Latreilt.e 111 p. 334 une VIPÈRE et Merrem Teut p. i52 une É ghidn e. Elle a été décrite récemment par Smith, Ed. Jouni. 1 p. 284, sous le nom de vipèr a 31 on t a n à , traduit du hollandais bergadder, nom que les colonistes ont conféré à l'espèce pour désigner son habitude de préférer les lieux élevés aux plaines.

Elle parvient jusqu'à 0,54 '^ o,o45 '-, ses plaques varient depuis i32 + 20 jusqu'à 145 -t- 25. Elle a des formes beaucoup moins ramassées que la précédente; son tronc est moins gros, la queue plus courte et plus menue; la tête moins large et moins distincte du cou: aussi se distingué-telle de la vip. arietans par des narines latérales et moins ouvertes, par son museau moins obtus, et par une disposition diversedes teintes. Les écailles sont assez effilées: on en compte 2y ou 29 rangées.

La couleur du fond est un brun très foncé , varié de gris ou de noirâtre; quatre suites de taches orbiculaires d'un brun noir, à centre plus clair, bordées de blanc, souvent alternes, et séparées par une raie claire ^ régnent le long du dos. Les flancs sont variés de noir sur un fond jaunâtre; l'abdomen est couleur de plomb assez foncée; deux paires de taches dont les postérieures plus larges, ornent l'occiput; on en voit une sur les côtés du museau, une autre au dessous des yeux et une troisième sur l'occiput. Les teintes de cette espèce varient plus ou moins soit par leur disposition soit par leurs nuances.

582 VIPERA COKIVUrA.

3 Esp. LA nVEllE CORNUE. V. COll^XUÏA.

PI. XXI fig. 8 et 9.

Les écailles superciliaires de cette Vipère sont le plus souvent ])r()longées en pointe: cette particularité lui a valu, dans sa patrie, la dénomination de serpent cornu; plusieurs naturalistes, induits en erreur par une analogie fondét? sur la seide ressend)lance des noms, l'ont confondue avec le Céraste, avec lequel elle a peu de rapport : elle se rappiocheau contraire tellement de la précédente, que nous engageons les naturalistes, liabitans de la colonie du Cap, de démontrer les diflérences de ces deux espèces voisines, d après des caractères tirés d'une série composée d'individus de tout Age.

La Vipère cornue se rapproche tout-à-fait de la précédente par les formes et l'organisation des parties , mais elle offre toujours une taille moindre; la couleur du fond est un gris brunâtre ou tirant sur le jaune, et parsemé d'innondjrables petits points nous; on voit sur le dessus une rangée de taches carrées, échancrées et quelquefois divisées , d'un brun marron foncé, mais assez vif; les flancs sont ornés d'autres taches semblables , mais moins larges et assez peu distinctes; le dessous est jaunâtre, marbré et varié de noirâtre. Les taches qui ornent la tète sont moins larges que chez la précédente, et le plus souvent conlluentes.

Nous possédons au Musée trois sujets de cette espèce, auxquels nous avons trouvé les dimensions suivantes : o,3i -H o,o3 , o,3o -+- o,o3 et 0,29 H- o,o3. Plaques: 124 + 26; 120 H- 24 et 126 -h 18. J'ai compté 25 ou 27 rangées d'écaillés.

M. Klinkenberg à Utrecht possède un individu de cette Vipère, qui a toutes les écailles du sommet de la tête relevées en pointe.

Cette Vipère a été figurée par Paterson (i); Kolre (2) en

(i) yoy.p, log PL i5. — (2) p. ai5.

VIPERA ECUIS. 583

parle déjà; Le Vaillant et Liciitenstein (i) en font mention clans leur voyage; Smith (2) l'a décrite sous le nom de v i p. armata; elle porte celui de vu», lopiio pur ys dans CuviER (;^) ; BoiE enfin a fait figui^er un de nos individus dans \ Erpétologie de Jcwa PL 47. Wagler a j)lacëe cette espèce et le Céraste dans un genre à part, auquel il réserve cette dernière, dénomination: Syst. p. 178.

Elle habite, suivant M. van Horstok , les environs de la Baie d'Algoa , où elle est assez rare.

4 Esp. LA FIPERE ECHIS. VIPERA KCHIS.

PI. XXi fîg. 10 et II.

Les contrées arides et brûlées qui s'étendent depuis le Bengale jusqu'en Arabie, et par toute l'Afrique septentrionale, produisent une Vipère remarquable par sa queue courte , menue et revêtue en dessous de bandes simples; par ses narines étroites , rapprochées au bout du museau et perçant une large plaque, enfin par son système de coloration. Le premier de ces caractères est cause qu'elle a été placée par Russel dans le genre

(i) Voy. Il p, 324. — (2) Edinb. Journ. I. 1. — (3) Règne an. Il p 92. — Shaw, Natur. Mise. PL 94 et Gen, ZooL voL III P. II p. 397 PL 104, a décrit , sous le nom de coLUBER nasicornis, une A^ipère originaire de la cote de Guinée , qui est assez voisine de la Vipère cornue, dont elle s'éloigne cependant par l'existence de quelques écailles frontales relevées en pointe, et par le défaut d'écaillés au dessus des yeux. Nous avons vu plus haut que ce développement des écailles est sujet à de fréquentes anomalies: n'ayant pas été à même d'examiner cet ophidien, nous ne saurions décider ni de son identité avec la Vipère cornue , ni de sa différence spécifique.

584 VIRERA ECHIS.

BOA, (i) par Schneider (a) clans celui de PS eu do bo a , par Daudin (3) tlai)S celui de scytale et par MfKREM (4) dans celui d'ECHis. Elle est décrite dans le j^rand ouvrage sur l'Egypte (5) , sous le luun de v i p e r a p y r a m i d a r u m ; un individu recueilli dans les environs de Tunis et adressé au Musée des Pays-Bas , a été figuré par Boie (6) sous le nom d'E CHis arenicola; ceux enfin que M. Rùppell a rapportés de TEgypte , nous ont été envoyés tle la part du Musée de Francfort sous le nom de vipera aegyptiaca; mais ils ont été décrits ensuite sous ceux d'Ecnis pavo et e. varia ij). LecoT-. LER ETiNus de FoRSKAL (8) appartient probablement i< 1 ou à la vipère ammodyte; dans le premier cas, il fallait ajouter Tîle de Chypre comme patrie de la \ i[ière Ecbis.

IUip[H'lla observé cette Vipère, lors de ses voyages, depuis le Caire jusqu'en Abyssinie; plusieurs sujets du Musée de Paris ont été rapportés du Pondicliery et cie l'intérieur de la Pénin* suie des Indes , par M. M. Bélanger et Leschenault.

Cette Vipère ne parvient point à une taille considérable et ne mesure le plus souvent que 0,48 + o,o55 ou o,38 + 0,04. Les plaques varient depuis i5o -h 25 jusqu'à i83 4- 36. Les plaques mentales sont assez nond)reuses et petites. Un brun jaunâtre ou tirant sur le giis occupe les parties supérieures, qui sont ornées de figuies transversales , composée chacune de trois larges taches claires , en œil , et dont les latérales sont incomplètes; elles sont disposées de manière

(1) HORATTA PAM Irifl. Serf. Tl. II , individu provenant d'Arni;

BOA HORATTA ShAW. Gen Zool. III. II. p. SÔQ. {l) V S E U D.

CARINATA. Hist. Amph. II. p. 285, (3)SCTTALE BIZONA-

T u S Rept. V p. 339. — (4) ECHIS CARINATA Tent. p. 149» (5) Vol. XXir p. 77. PI. 7/ I et Suppl. PI. 4. fig. i. — (6) Ga/erie Zool. PI. 48. — (7) Reuss. 3Ius. Senk. Il p. i5'] et 160, PI. 'J fig. 2. (8] Descr. an, /?. i3 n.° 6,

VIPERA CERASTES. . 585

que la couleur du fond se dessine souvent sous forme de taches orbiculaires ; mais leur confij;uration varie extrêmement dans divers sujets. L'occiput offre souvent plusieurs taches foncées ; plusieurs raies larges, foncées, mais peu distinctes et séparées par autant de raies claires , se dirigent depuis l'œil sur les côtés de la tcte; le dessous est d'un blanc jaunâtre pale, le plus souvent garni de plusieurs suites de petites taches orbiculaires et brunes.

Les écailles du tronc, disposées sur 23 ou sur 25 rangées, sont surmontées d'une carène assez saillante, ce qui les rend extrêmement rudes au toucher.

5 Esp. LA VIPÈRE CÉRASTE, VIPERA CERASTES.

PI. XXI fîg. 12 et i3.

La Vipère dont nous traitons , a toutes les parties hérissées d'écaillés rudes et surmontées d'une carène extrêmement forte, qui est terminée en une saillie transversale assez élevée ; la propension qu'ont ces écailles à se prolonger en pointe, se manifeste particulièrement dans celles qui revêtent la queue et le bord surciliaire des yeux; c'est sur cette dernière région que l'on voit une des écailles se développer aux dépens des autres, souvent s'alonger en une pointe quelquefois longue d'un centimètre , en forme d'alêne et plus ou moins acérée: cette anomalie dans l'organisation , plus curieuse que d'un intérêt scientifique réel , n'a pas laissé d'exciter au plus haut degré l'admiration des hommes , et d'occuper leur l'imagination depuis les temps les plus reculés de l'antiquité jusqu'à nos jours.

Cette Vipère a souvent fourni matière aux naturalistes ; elle a été connue de plusieurs naturalistes du moyen âge.

580 VIPEUA CEUASTES.

iIasselquist (i) lu décrite sous les noms de coluiier CERASTES et couNUTUs; Ics jiulivldus a écailles surciliaires oi'dinaires forment chez lui une espèce à part: c'est son coLUBEU VI FERA (2). Le Ccraste fait partie, dans Fitzin- GER (3) du genre as p i s ; chez W agler(4) il forme le type d'un genre à paît , celui de ce r astes. De bonnes ligures de cette Vipère se trouvent dans le grand ombrage sur F Egypte et dans Bruce (6) ; on doit à ce dernier voyageur plusieurs observations sur la manière de vivre de celte Vipère ; en voici le résumé : « le Céraste est particulièrement abondant dans la 1» Cyrénaïque , contrée fréquentée en grand nombre par les Jerw boas, dont il parait faire sa nourriture comme me l'a démon- » tré la dissection d un Céraste femelle. Le Céraste aime beau- » coup la chaleur; ces serpens s'approchaient souvent du feu , » que nous avions coutume (rentretenir pendant la nuit. Ils se M retirent, pendant le jour dans des trous pratiqués dans le » sable, et analogues à ceux du Jerboa. En attaquant , le Céraste » se jette avec impétuosité sur son adversaire , en faisant un " ou plusieurs bonds, exécutés avec promptitude. »

Le Céraste habite Its vastes déserts brûlés et sablonneux de l'Afrique septentrionale. I\L Rûppell rous en a rapporté plusieurs de l'Egypte; Bruce donne pour patrie du Céraste, l'Arabie et l'Egypte, jusqu'au Sennaar ; Browne parle du Col. Vipera du Darfour ; mais nous n'en avons pas reçu de Tunis et de Tripoli , contrées explorées par plusieurs naturalistes hollandais.

(1) Voir Linné ^Sj^^. nat. p. 876; le céraste I^cép. Qiiacî. ovip. II. p. "ji PL ly. 2; VIPERA CERASTES Latr. HI p. 3i3 ;

DaUDIN VI PL '^ '^ f. \ p. 178; ECHIDNA C E R. MeRR. p. l5o.

[1) Sur cette indication reposent les a s p i s c l e o p a t r ae de Laur. Syn. p. io5 ; le c o L. a E G v p t i a c u s Lacép. Qiiad. o\'ip. 11 p. 65 , VIPERA aegypt. Latr. ///^. 320 , echidna a eg. Merr. /^. i5o. (3) Class. p. 62. — (4) Syst. p, 178. -— (5) Jtlas PL 6./. 3. vol XXV p. 83. — (6) Trav. V, PL 41.

VIPERA CERASTES. 587

Le Céraste a à-peu-près les formes de notre Vipère d'Europe , mais son tronc est plus gros au milieu et moins comprimé ; le dos est un peu en carène; la queue plus mince que le tronc , est assez courte, menue et revêtue en dessous de plaques très étroites ; la tête enfin diffère , par sa conformation , de celle de toutes les autres espèces du genre.

Cette partie est excessivement large et par conséquent très distincte du cou ; l'occiput et les lèvres sont assez enflés; le museau est très court, obtus et arrondi , à sommet concave et en pente; on remarque plusieurs protubérances sur ses côtes, sur la première desquelles s'ouvrent les narines, qui sont tuberculaires, très étroites et un peu verticales; les sourcils sont assex saillans. Toiite la tète , à l'exception des plaques labiales et d'une large paire de mentales , est revêtue d'écaillés de forme assez irrégulière, toutes surmontées d'une carène; ces carènes sont le plus souvent transformées en proéminences plus ou moins longues, qui se développent quelquefois symétriquement pour former de petites cornes , indépendamment de celles dont les sourcils sont surmontés : on en voit le plus souvent une paire sur le museau ; d'autres individus au contraire en sont totalement dépourvus et ont les sourcils garnis d'écaillés comme les autres Vipères. Le Musée des Pays-Bas possède deux sujets semblables ; un troisième ne porte qu'une corne, à demi développée, sur l'œil droit : ces cornes lorqu'elles existent , sont sillonnées dans toute leur longueur, et très mobiles , car l'épiderme qui les recouvre , est moins dure que celle des autres écailles. Les écailles sont d'une conformation toute particulière , due soit aux crêtes saillantes dont elles sont liérissées , soit à leur disposition irrégulière ; elles sont un peu alongées et le plus souvent arrondies au bout ; on en compte 25 rangées, La queue est quelquefois terminée par un aiguillon plus ou moins lon^j.

Les couleurs de cette espèce décèlent l'habitant du désert. Un jaune pâle , tirant au gris-brun sur les parties supérieures ,

588 VIPERA ELEGAXS.

forme la teinte principule : on voit sur le dessus , cinq ou six rangées de taches rondes plus foncées, mais rarement distinctes et quelquefois tolalement effacées. Le bout de la ciueue est noir dans quelques individus ; on conqite sur le dessous tantôt i8 tantôt 4o plaques. Les bandes de labdomen vaiicnt depuis I20 jusqu'à 148 : elles sont moins larges que d'ordinaire et on aperçoit quehjucfois à l'extérieur le point d'attache de l'extrémité inférieure des côtes. Dimensions o,55 -f- o^oj ou 0,35 -+- o,o3.

Le crâne duCéiaste offre des formes très disparates et se rapproche, sous ce rapport, de celui de la Ai père bondissante, dont il se dislingue cependant par des caisses plus courtes , par la moindre largeur des frontaux [)ostérieurs et des ptérygoïdiens externes , enfin par un occiput plus large et plus alongé.

6 Esp. L.J yiPElŒ ELEGANTE, V. l^XEGANS. (i)

PI. XXI fig. 4 ei 3.

Des narines extrêmement ouveites, logées dans les côtés d'un museau étroit , anguleux et enflé \ la présence d'une plaque surciliaire ; des formes élancées; un nondue considérable de lames abdominales, une queue j)lus effilée que d'ordinaire; une taille très forte ; des teintes vives et agréablement distribuées : tels sont les traits qui distinguent cette espèce de

(1) RussEL /. /^. 10 P/. 7. K A T u it A- R ETU K A-PO n a; Cette figme a servi de type au col. russelii Shaw. Gen. Zool. lll. p. /jiSjà la

VIPERA E L E G A N s de DaUDIN Hcpt. VI p. \l'^ , E G H I D N A MeRR.

-p. i52; et au G o I.. t r 1 n o c u l us ScHNEin, ap. Bechst. Lacép. IV /?. 245. Consultez aussi Rissel H PL 32.

VIPERA ELEGAIVS. 589

toutes les autres. Elle habite les grandes Indes depuis Bombay jusqu'au Bengale, d'où nous en avons reçu plusieurs individus; le Musée de Paris en possède d'originaires d'Malabar ; Davy (i) l'a rencontrée à Ceylan.

La description du d aboie (2) de lacépède est évidemment faite d'après un individu de notre Vipère , mais liiistore qu'il en donne appartient au Python à deux raies.

Russel et Davy ont fiiit des expériences avec le venin de cette Vipère; le dernier prétend que ce serpent est le plus venimeux de l'île de Ceylan ; il dit en outre qu'il atteint jusqu'à cinq pieds de longueur totale , et qu'on en observe beaucoup de variétés ; il prélude par des silflemens aigus à la morsure, qui est exécutée avec la rapidité de l'éclair , en déroulant tout d'un coup les spirales de son corps.

Un grand sujet de notre collection, long fie 1,96 + 0,14, est gros de o,o4 ; les petils nouvellement nés mesurent environ o,a3 -+- 0,04. La queue, plus mince que le tronc et plus alongée que dans les autres Vipères, se rapproche par sa forme, de celle de certaines Couleuvres ; on compte sur le dessous 4^ à 60 plaques divisées; le nombre des bandes abdominales varie depuis 166 jusqu'à i^jo. Les écailles, assez effilées, lancéolées , à bout arrondi et presque linéaires sur !e cou, sont surmontées d'une carène tranchante , et disposées sur 20 rangées environ. La tête n'est pas aussi distincte du tronc et pas aussi large que chez les espèces précédentes ; elle est au contraire alongée et conique. Le museau est beaucoup plus étroit que d'ordinaire, plus haut que large, renflé, un peu retroussé, anguleux aux côtés par une carène, se prolongeant depuis les plaques surciliaires au bout , qui est tronqué perpendiculairement et terminé par une plaque assez large et en pentagone ;

(i) Àcc. p. 85: T I c- p o L o N G A. — (2) Qiiad. cnip. vol. II p. a55

P/. I 3 %. 2 ; VIPERA n A K o I A DaUDIN y^ p. 119, t c H 1 D N A

Merr. Tent. p. iSi.

Sm) VÎPERA KLF.GANS.

les cotés (In imiseau ainsi relev(?es, sont creusés pnr une fossette iissez ]i\r^e , dans laquelle donnent les narines ouvertes, qui se trouvent à sa l)ase : ces parties sont entourées de plusieurs plaques étroites. On compte dix piacpjes environ à la lèvre supérieure ; les mentales, particulièrement la seconde paire . et les écailles gulaires , sont |)lus larg<'S (jue d'ordinaire. L'œil est, proportions gar(îées,d'un volume plus considérable que flans les autres Vipères. Le restedes plaques de la tète ne diffère de celles du tronc que par leur ujolndre étendue; celles qui revêtent le sommet du museau , sont cependant de fornje moins rég^ulières.

Le crâne de cette Vipère se rapproche , par les formes générales , de celui des Trigonocéphales , et s'éloigne de celui de la Vipère I)ondissante par un sonnnet étroit , par un occiput alongé et par le moindre développement des ptérigoïdiens externes.

La Vipère élégante est ornée de couleurs extrêmement vives et belles. L'n beau brun jaunâtre , passant au jaune clair sur le dessous, forme la teinte piincipale; elle est relevée, sur les parties supérieures , par trois rangées de larges taclies ovales, alternes, plus foncées , bordées de noiret de blanc; celles de la rangée médiane sont plus larges que le reste, et quelquefois réunies; elles confluent toutes sur la queue, pt)ur composer des raies longitudinales. Les flancs et quelquefois tout le dessous sont ornés de taches noires, déchiquetées et irrégulières. Les deux taches de l'occiput et celles qui se prolongent derrière les yeux, sont souvent séparées par une raie blanche qui forme , sur le museau , un an£>le aiiju avec celle de 1 autre côté. On observe plusieurs taches noires aux lèvres , et une grande tache semi-circulairtî sur la ])laque rostrale.

Les teintes de cette Vipère sont sujettes à beaucoup de variétés ; quelques individus ont toutes les parties finement mouchetées de noir ; d'autres ont les flancs parsemés de taches noires de diverse confiouration ; la couleur du fond tire chez les uns sur le gris, chez d'autres sur le brun foncé, chez d'autres encore sur le rouge.

VIPER A «ERUS. 591

Les individus avant la mue offrent des teintes assez pales et peu distinctes: voyez Russel II PL ^i.

Les pelits ressemblent parfaitement , par la coloration, aux adultes, mais ils offrent toujours une queue à extrémité blanche.

7 Esp. LJ VIPERE COMMUNE. VIPERA BERUS.

PL XXI fig. i4, i5et i6.

Les trois Vipères d'Europe dont les descriptions vont suivre , se ressemblent sous beaucoup derapports. Leurs formes se rapprochent de celles des Trigonocéphales; c'est à dire, elles sont moins ramassées que celles de la phipart des Vipères dont nous venons de traiter; cependant leur tronc est beaucoup moins comprimé que dans les ophidiens à fossettes nasales ; il va en diminuant vers les deux bouts, et est revêtu décailles carénées , lancéolées et disposées sur 21 ou 28 rangées. La queue est fi^rosse à la base , plus ou moins courte et assez conique vers le bout qui est terminé par une écaille pointue. La tète est moins distincte du cou que celle des autres serpens venimeux proprement dits, moins large, plus alongée , et par conséquent moins en cœur ; les côtés de la tête descendent plus perpendiculairement; le museau est arrondi, et assez anguleux aux côtés , qui sont souvent un peu excavés , d'égale grosseur et à sommet plane ; les narines et les yeux sont de moyenne grandeur et parfaitement latéraux ; les derniers toujours ombra gés par une plaque surciliaire , les premières perçant, près du bout du museau , une large plaque creusée en fossette ; enfin d'autres traits, tirés de la ressemblance dans la taille et dans le système de coloration sont des faits suffisans , pour justifier le rapprochement des trois Vipères européennes, que plusieurs

592 VIPERA BERUâ.

îiaturalisfcs ont très mal -à-propos distribuées dans divers genres.

L'espèce la plus connue et assez abondante dans certains lieux du centre de l'Europe nous occupera d'abord. CVst le serpent dont on connaît le mieux les habitudes , grâce aux recherches multipliées du docteur L(Miz, et à celles de plusieurs autres savans. On est cependant loni d'avoir éclairci tous les doutes relatif à la synonymie de cette espèce, qu'on a souvent confondue avec la suivante.

II est manifeste que Linné (i) a eu en vue des variétés de notre Vipère en établissant ses col. berus, cher se a et p R E s T E R ; mais comme il cite erronément au sujet de ces deux premières variétés quelques figures d'Aldrovande, qui représentent l'aspic, plusieurs naturalistes ont soutenu que le Col. berus était un mélange de deux espèces différentes: cette idée^ qui a donné lieu à des changcmens inutiles de noms, est contredite par les observations de Linné lui-même, qui donne pour patri(Mle ses Vipères, la Suède, contrée que l'on ne sait habitée par aucune autre Vipère que par l'espèce commune. Seb.4. a donné plusieurs figures de notre Vipère; elle porte dans Lacé- PÈDE (2) le nom français que nous lui conservons; Daudin (4) a rétabli l'épithète de Linné, que i\L Lenz (5) a changé en celle de VIPERA torva; Merrem (6) enfin en a fait son genre p E L I A s. Les dénominations , inventées par Linné pour désigner les autres variétés, ont subides changemens semblables dans les ouvrages des écrivains, qui fourmillent de citations erronément appliq.uées, et de fausses données , sur la patrie de notre Vipère.

La Vipère commune ne dépasse guère deux pieds et demi

(1) Syst. nat 7?. 377. — (2) Thés. 11 PL 8/4; 3'i. 5; 36. 1 et 2; 59. I. — (3) Quaci. ovip. 11 p. I. PI. 1/ 1.— (4) Kept. VI p. 89. PL 72/ 1 et voL /^ p/. 60/ 16 et 17. (5) Schlangenk. p. i33. — (6j lent, p, 148.

VIPERA 15ERUS 5U3

de longueur totale, dont la queue occupe environ trois pouces et denii ; le tronc est ordinairement de la grosseur d'un fort pouce d'homme; il est cependant rare de rencontrer des individus de cette taille, car les adultes ne mesurent souvent que 0,46 + 07. La longueur de la queue ne varie pas seulement d'un individu à Vautre, mais aussi suivant le sexe; caries femelles ont ce membre moins court et plus menu que les mâles , tandis que leur tronc est beaucoup plus gros que dans ceux-ci. M. Lenz (i), qui a examiné une grande quantité d'individus des deux sexes de cette espèce, a trouvé que la femelle parvient à une taille plus forte que le mâle, que les plaques varient chez les mâles depuis 189 + 36 jusqu'à i45 + 4' 7 et chez les femelles depuis 139-+- 28 jusqu'à i5oH-33.

La tête est terminée par un museau un peu conique, arrondi au bout, et muni d'une plaque en pentagone alongé; le sommet de celte partie est bordé en avant et de chaque côté de deux petites plaques, qui renferment plusieurs autres déforme peu constante , auxquelles succède la verticale qui est le plus souvent en pentagone régulier ; on voit aussi deux occipitales assez petites qui sont quelquefois divisées en plusieurs autres ; la verticale et les surciliaires sont presque toujours séparées par deux ou trois petites lames écailleuses ; on observe également une plaque enchâssée entre la rostrale et la nasale; les labiales , presque toutes d'égale grosseur, se trouvent au nombre de neuf environ; la deuxième paire des mentales et les écailles gulaires sont assez larges; l'œil est le plus souvent bordé d'un double tour de petites écailles: tout le reste de la tête offre des écailles semblables à celles du cou, mais à carène moins prononcéeou totalement effacée, plus petites sur l'occiput , plus larges sur la région des tempes.

Le crâne de cette Vipère présente, comme celui des suivantes, un sommet bombé; sa partie postérieure est plus développée

(1) Schlangenh. p, i/j4 suiv.

51J4 VrPEUA lîKIUS.

que est clans (rautres Vipères; les os mobiles de cette partie sotiC îjssez minces: aussi les vertèbres olTrent-el les des apophyses beaucoup moins considérables que d'ordinaire. L'intestin grêle est plissé dans toute sa longueur. Duvernoy (i) donne les figures du crâne et des glandes de la tète de ce serpent.

Le système de coloration de cette Vipère est sujet à beaucoup de variétés, dont un grand nond)re sont purement accidentelles; il parait que d'autres sont dues à l'influence du climat; une dilïérence constante dans les couleurs des sexes a déjà été remarquée par Jîechstein ; M. Lenz (i) enfin vient de constater, que les teintes de la \ ipère commune subissent des cliangemens périodiques réguliers, mais divers suivant les sexes. Cezélé naturaliste observe cependant, qu'il est rare de rencontrer deux Vipères absolument semblables, même si elles sont du même

;We ou nées de la même mère.

La teinte du lond de la Vipère commune est relevée par une raie très large, foncée, en zig-zag, ou dentelée (2), ou composée de taches noires isolées (3): cette raie règne le long du dos depuis l'occiput jusqu'au bout de la queue; elle est accompagnée sur les flancs d'une suite de taches de moyenne grandeur, tantôt anguleuses, le plus souvent rondes , et quelquefois assez effacées. Le dessus de la tête est orné d un dessin de forme vague, composé de plusieurs taches foncées , ,qui forment quelquefois un trait en croix sur l'occiput ; une raie noire s'étend derrière l'œil jusqu'au cou, où elle se prolonge quelquefois pour se réunir plus en arrière avec les taches latérales. Le dessous est le plus souvent marbré de couleur de plomb noirâtre, en sorte que la teinte du fond ne s'apercoil que sur les bords des plaques.

Les teintes du mâle éprouvent, dans les différentes périodes de la vie, des changemens beaucoup moins considérables que celles des femelles, et le Vipereau mâle ressemble souvent sous

(1) Jnn. d. se. nat, XX PI PL 8. — (2) Schlangenh, p. i35 suiv. — (3j Laur. PL -J. fg, I. — (4) ^ AN Lier PL 2.

VIPERA BEÎIUS. 595

ce rapport toiit-à-fait au mh\e adulte. La couleur du fond est dans ce sexe d'un hlanc plus ou moins pur, tantôt argenté, tantôt grisâtre, tirant quelquefois sur le bleu et offrant toujours. dans les jeunes individus, une légère teinte de brunâtre. Le dessous est d'un noir plus ou moins prononcé ; l'iris d'un rouge foncé , mêlé de noir en dessous. M. Lenz a figuré le mâle adulte Pi. 1; le jeune , âgé de six jours, PI. ^fig. 7 ; d'autres figures du mâle se trouvent cbez Bechstein Lacép. vol. 111 PL I f. 1 ; dans Dhûmpelmann P/. 1 fi g. i ; dans Stlkm Fauna Rept: COL. c 11 e 11 s e a.

Les femelles (i) , au sortir de l'œuf, sont d'un gris pale, tirant sur le brun, relevé par un dessin de brun foncé ; les lèvres et le dessous du bout de la queue sont jaunâtres ; les plaques abdominales noirâtres, à bords d'un blanc clair transparent ; l'iris est d'un jaune brillant et foncé. Ces couleurs prennent une teinte brunâtre luisante et tirant sur le rouge, après la première mue, qui arrive peu de temps après la naissance ; voir Lenz PL 4 f. 6* : jeune femelle âgée de six jours. Vers la fin de la première année, les femelles offrent un brun jaunâtre, tirant sur le pourpre; voyez Lenz: PL 4 /• 5, et PL 8 /. 16 , femelle âgée de 9 mois et avant la mue, où toutes les couleurs sont très foncées. Au bout de deux ans, toutes les parties deviennent d'un brun rouge assez clair ou de couleur canelle , relevée par un dessin plus foncé ; voy. Lenz : PL 4/« 6; le Col. Chersea de Linné/?. 372 est fondé sur un sujet semblable. Presque adulte, la femelle est d'un brun jaunâtre assez obscur , tirant sur les flancs aurougeâtre; la raie dentelée du dos est quelquefois bordée de blanc argenté 5 voyez Lenz : P/. 3. et Stur. M Fauna^ col. cher se a B. Chez les très vieilles femelles enfin , la couleur du fond change peu à peu au brun grisâtre très foncé , relevé par un dessin noir; les lèvres sont blanchâtres et le dessous marbré et varié de noirâtre sur un fond plus clair; les teintes tirent quelquefois sur

(i) Lenz./>. 1*^9 suiv.

I)9() VIPKUA IIEÏ\|ÎS.

le verdatre; voy. Lenz. PL i et PL S f. i3 et i4: ieni. adulte; Pi, S /'. i5: fein. adulte au passa<^e. L'iris à cet âge est d'un jaune rouge très brillant.

La livrée de la Vipère commune est encore sujette à deschangemens accidentels, dus à des maladies , et peut-être aussi à rinlluence du climat, ou à des circonstances accessoires qui prévalent dans les lieux qu'elles habitent. M. Lenz (i j possède dans sa collection une Vipère mâle, dont les couleurs, d'un brun grisâtre foncé , sont comme enduites d'une teinte fuligineuse; cet individu mourut durant la mue , huit jours après avoir été pris: l'état maladif des organes intérieurs avait entraîné sa mort. M. Lenz croit que les individus de la variété noire (2) ne sont que de très vieilles femelles; on en rencontre aussi qui sont d'un brun noir foncé : cette variété à teintes uniformes à été trouvée en plusieurs pays, mais elle est partout assez rare.

La Vipère connnune est réjjandue dans la plupart des pays de l'Europe centrale et septentrionale, et probablement aussi dans une partie de l'Asie. Cependant il est difficile d'assigner à cette espèce des limites rigoureuses , parceque les naturalistes l'ont souvent confondue avec la Vipère aspic. Les descriptions de la v i-

PERA. VULGARISet ClIERSEAdc LatREILLE (3) , dc la V I P.

BERUS de CuviER (4) par exemple, sont évidemment faites d'après des individus de I'as pi c , assez commun dans toute la France et en Suisse ; les naturalistes qui ont exploré ce dernier pays (5) , parlent de notre Vipère d'une manière si incertaine, que je doute s'ils ont eu sous les yeux de véritables berus ; M. GiSTL (6) fait mention d'une Vipère des environs de Munich ,

(i) Schlangenf>\ p. iSg PL i fig. 17. — {'i) col. pu es ter Linn. p. 377, individu originaire de la Suède; col. vipera anglorum Laur. Syn. p, 188. PI. I\ fiif. 1 , individu des montagnes de la Styrie ; COL. p RESTER Sturm Faïuia PL; iniliv, des Sudètes: cette variété noire se rencontre aussi en Angleterre, voir Petiver N.^ 104. — (3) Rept. m p. 212 et p. 297. — (4) Rèf^ne an. Il p. gi. — (5) Schinz . Cuv. Bègue an. II p. i5i ; AYyder Essai, — (6) Isis iS2g p. 107 1.

VIPERA BEUUS. 597

à laquelle il assigne un nez retroussé , caractère distinctif de l'aspic; Metaxa (i) enfin fait même habiter le berus avec ses variétés dans les environs de Rome , quoiqu'on ait lieu de croire que notre Vipère ne se trouve jamais au-de-là des Alpes. Cette incertitude qui règne dans les données des naturalistes, m'a engagé de regarder comme incertaine l'existence de notre Vipère dans les contrées méridionales et occidentales de l'Europe. Elle se trouve au contraire plus ou moins fréquemment dans toute l'Allemagnejusqu' en Hollande, dans la Picardie, en Bourgogne, en Hongrie , en Russie (2), en Angleterre (3), au Danemark , en Suède et probablement aussi dans plusieurs pays de la Russie asiatique.

Elle habite (4^ de préférence les contrées exposées aux rayons du soleil, qui lui offrent une nourriture abondante et des lieux de retraite siirs et qui consistent le plus souvent en des trous pratiqués dans la terre par des mammifères de petite taille , dans les fentes des rochers, sous des racines d'arbre , ou même, durant la saison chaude, sous les mousses. Elle quitte les lieux changés par la culture, pour en rechercher de plus isolés: aussi-ne fréquente-t-elle les prés et les champs que pour aller à la poursuite de sa proie. Comme sa nourriture consiste principalement en souris , dont les trous lui servent en même temps de repaire, la Vipère se rencontre le plus souvent dans les contres fréquentées par ces mammifères fouisseurs. Elle fuit les lieux ombragés par de grands arbres, et par conséquent les grandes forêts, où les rayons du soleil ne peuvent pénétrer; préférant au contraire les lieux rocailleux ou marécageux

(1) Moiiogr. p. fil etsuiv. — (2) M. von Siebold vient de nous rapporter un sujet, recueilli dans les environs de St. Pétersbourg: j'en ai vu au iVhisée de Strasbourg, originaires de la forêt noire; à Paris qui étaient pris en Bourgogne; dans le Cabinet de M. Bâillon, des environs d'Abbcville. (S) Linn. Trans. p. Vkg : description d'un individu pris dans le conUf de Porset. — (4) hr.sz.p. i63 suiv.

51)8 VIPEUA BERÎJS.

revêtus deliroussailles , de bruyères, Je myrtilles ou en général d'une végétation peu touffue. Elle se trouve en Thuringue(i) principalement dans le voisinage des montagnes, dont elle iiabite les pcnt(;s méridionales, orientales ou occidentales, depuis le pied jusqu'au sommet de Tlnselberg , à une hauteur de j resque 3ooo pieds au dessus du niveau de la mer. Dans les plaines du nord de l'Allemagne (2), recouvertes le plus souvent de couches d'un terrain d'alluvion , notre \i})ère se tient dans les lieux marécageux, tourbeux, et revêtus d'herbes, de mousses ou de bruvères ; de vieux troncs d'arbres, assez élevés pour rester à sec pendant les inondations, lui servent d'asyle durant les rigueurs de l'hiver. On la rencontre dans de lieux semblables dans le Boyaume des Pays-Bas: les vastes bruyères des provinces de Groningue, d'Overyssel , de Frise, de Drentheetd'Utrecht, en produisent plus ou moins abondamment; elles s'y trouvent principal* ment dans les tourbières déposées sur un terrain d'alluvion sec et sablonneux, et qui sont connues sous ie nom de hauts-marais (3) ; dans ces lieux élevés, les Vipères sont à l'abri des inondations et de Thumidité , qu'elles paraissent fuir : voilà peut-être pourquoi les provinces de ]a Hollande proprement dite et voisines de la mer , en sont totalement d('q)ourvues. Elle a été observée dans plusieurs provinces de l'A ngleterre (4). Les individus envoyés à M. Lenz (5) du Danemarc ne différaient point de ceux recueillis dans le centre de l'Allemagne. Linné (6) a rencontré notre Vipère en Suède, jusque dans les environs d'Upsal. Elle abonde dans certains lieux de la Livonie , de l'Esthonie et de la Courlande (7). M. Lenz (8) l'a observée dans ses courses sur les montagnes de Taunus près du Rbin; puis en Bohème et en Pologne. WoLF (9) a décrit des individus recueillis près de Nuremberg;

(i) Lenz. p. iG5. — (2) Wagner Erfahmngen ; Lichtenstein ap. Lenz. /. l. — (3) Van Lier p. i3o. — (4) Shaw j». 365 suiv. — (5) p, 167, — (G) /. /. — (7) Drûmpelmann p. 19 suiv. — (8) l. c, (9 i Sti RM Fauna : Col. chersea et prester.

VIPERA ASPIS. ÔD!)

ceux du professeur Mikan (i) étaient originaires des montagnes de la Bohème et des monts Sud êtes. Notre Vipère n'est pas rare dans plusieurs parties de l'Autriche (2) , et se trouve fréquemment en Hongrie (3). Presque tous les voyageurs qui ont exploré le grand empire de la Russie , parlent de Vipères très analogues à celles du centre de l'Europe : M. von Siebold vient de nous rapporter un individu pris dans les environs de St. Pétersbourg. Georgi (4) a réuni dans une compilation toutes les données isolées relatives aux animaux de ces contrées de laquelle il résulte que notre Vipère habite, quoiqu'en petit nombre, toute la Russie , depuis la Finlande Jusqu'en Crimée , et qu'elle est répandue sur toute la Sibérie tempérée (5) jusqu'en Daourie : c'est donc probablement ici qu'il faut rapporter les col. m el anis et s c yth a de Pallas (6).

8 Esp. LA VIPÈRE ASPIC. VIPERA ASPÏS.

PI. XXI fîg. 17 et 18.

Les naturalistes de nos jours , imitant l'exemple de Latreilleetde Cuvier, regardent le Col. Aspis de Linné (yjcomme variété de l'espèce précédente : je ne suis pas du même avis ; je crois plutôt que plusieurs des erpétologistes français n'ont pas bien connu la Vipère commune, et que ce sont eux qui ont embrouillé l'histoire des Vipères d'Europe, en prenant les

(i) Ap. Sturm /. /. — (a) Laurent/?. 188 siiiv. ; Fixz. p. G3. - (3) Frivaldszry p. 37. — (A) Beschi\ vol. lU sect. 7 p. 1878 et suiv (5) EvERSMANN neise nach Buchara p. i46. — (6) Heine voi U Jpp, p. ly ; et vol, i Àpp. p. 8- - (7) Sysi. nat. p, 37-2.

600 VIPERA ASPIS.

nomI)reuses variétés de TAspic pour fies espèces diverses , qu'ils ont très mal à propos réunies aux espèces nominales , que Linné a faites de la Vipère commune. Nous avons déjà dit que le c o L. b e r u s de Cuvier ( i ) est identique avec l'Aspic, et que la description du col. chers e a de La.treille (2.) est également faite d'après un individu de l'Aspic; mais il faut encore réunir à l'aspic Icsvipera vulgaris,aspis(3) et ocELLATA du dernier écrivain.

L'Aspic , quoique voisin de la \ipère commune , offre cependant des traits distinctifs assez tranchés, et suffisans pour le reconnaître au premier abord : pour rendre toute confusion ultéiioure inqiossible, il suffit d'examiner comparativement les ligures que nous avons données des deux Vipères européennes voisines ,et desavoir que l'Aspic a les formes plus élancées que l'espèce précédente, et que sa tête est plus volumineuse , à sommet revêtu de petites écailles, et à museau terminé par un nez un peu élevé et retroussé.

L'Aspic ne l'emporte guère dans les dimensions sur l'espèce précédente ; les sujets de o,56 -h 0,09 ou de o,43 -+- 0,07 environ , sont ceux que l'on rencontre le plus souvent. Il a les formes moins trapues que la Vipère commune ; son tronc est en conséquence moins gros au milieu et plus effilé: aussi conq3te-t-on presque toujours i46 -+-4o jusqu'à i58 -+"43 plaques. La tète est, proportions gardées , plus volumineuse que dans la Vipère commune ; elle est un peu effilée , à museau conique , assez anguleux aux côtés , arrondi et tronqué au bout , qui est terminé en haut par une petite proéminence : cette élévation fait que la rostrale , et les deux plaques qui l'accompagnent latéralement, sont algngées. La bouche est plus fendue que dans l'espèce précédente, et la lèvre supérieure bofllée de 9 à 10 plaques; les petites écailles

(ij Règne anim. 11. p, 91. — (2) Repl. Ul p, 297. — (3) Rept. vol, ////?. 212 ,/;. Ho4 et/>. 292 , avec fig.

VIPERA ASPIS. ()01

qui garnissent les côtés de la lête , sont assez nombreiisse. Le sommet de la tête offre des écailles de forme Irréuulière et variant selon les individus ; on en observe quclciuefois de plus larges entre les yeux ou sur l'occiput, et ces petites anomalies ont souvent donné lieu à de graves erreurs.

Les teintes de l'Aspic sont aussi sujettes à varier que celles de la Vipère commune. Nous avons au Musée des individus dun brun rouge d autres sont d'un jaune brunâtre , d'autres d'un gris verdâtre ou tirant sur le brun ; quelques uns offrent un vert olivâtre uniforme, quelquefois assez foncé, et on en trouve qui sont d'un noir foncé. Le dessin est presque le même que dans la Vipère commune, mais les taches dorsales de l'Aspic sont presque toujours isolées, tantôt en lozange, tantôt sous forme de bandes transversales échancrées; la raie noire derrière l'œil se continue souvent assez en arrière sur les côtés du cou.

Le crâne ressemble beaucoup à celui de la Vipère commune.

L'Aspic est la Vipère qui a servi aux expériences de Redi , de Charas et de Fontana.

Elle habite , suivant M. Cantraine , les contrées arides et rocailleuses de l'Italie. On l'a observée en Suisse et elle se trouve jusqu'à Venise ; la Dalmatie n'en nourrit point, mais elle est très commune dans toute la France, depuis le 49™^ degré delat. bor. jusqu'à la Savoie, aux Pyrénées et aux bords de la Méditerranée. C'est la Vipère de Fontainebleau ; elle se trouve aussi dans la forêt de Montmorency ; mais vers le Nord de la France et en Bourgogne, elle est remplacée par la Vipère commune. Le Musée de Paris possède des individus de la Savoie, des basses Pyrénées et même de la Sicile, où elle a été découverte par M. Bibron ; le Musée des Pays-Bas en a reçu plusieurs de la Bretagne et des environs de Lyon.

M. Wyder a publié de bonnes observations sur les habitudes de cette Vipère , qui démontrent qu'elle a à-peu-prèsles

()02 VIPERA AMMODYTES.

mœurs de la précédente. N'ayant pu me procurer l'ouvrage de ce savant , je me borne à citer l'extrait qu'en a donné hem (i).

9 Esp. L^ y. AMMODYTE. V. A3I3IODYTES {'i).

PI, XXI fîg. 19 et ao.

Quoique semblable sous le rapport de la coloration et de l'ensemble de l'organisation aux autres Vipères européennes, l'Ammodyte s'en éloigne cependant par son tronc très gros au milieu , assez aminci vers les bouts, particulièrement vers la queue , qui elle-même est très mince et assez courte. 11 se distingue de toutes les autres Vipères par une proéminence conique et charnue en forme de nez , élevée perpendiculairement au bout du museau : cet organe , assez semblable à celui dont est pourvu le museau du Trigonocépliale bypnale , est revêtu, en avant, de deux paires de petites plaques, et par derrière de plusieurs écailles. La tête, quant à sa forme et à la configuration des lames écailleuses qui la revêtent , a beaucoup de rapports avec celle de la Vipère Aspis ; cependant elle est moins alongée^ assez en cœur et très large à la base.

L'Ammodyte a le dos orné d'une large raie dentelée , ou en zigzag le plus souvent d'un brun noir plus ou moins foncé , rarement composée de taches isolées , transversales et en lozange. On observe sur les flancs une rangée de taches

(i) Schlangenk. p, 334» suiv, — (2) Latr. vol. III. p. 3o6, d'après le COL. AMMOD. de Linné Sjst. nat. p, '^'^6] c'est aussi la vip e r a ILLYRICA d'AIdrovand et de Laur. /?. 101 ; et I'ecu i dna ammod, de Merrem leal.p, i5i»

VIPERA AMMODY J ES. 603

serrées mais très indistinctes. Le dessous est parsemé d'innombrables petits points foncés, parmi lesquels on distinjijue quelquefois plusieurs suites de taches plus larges , qui prennent souvent le dessus, en sorte que la couleur du fond ne s'entrevoit au travers des marbrures noirâtres que sur les bords des écailles. Une raie lîoire derrière l'œil n'est pas toujours constante. La couleur du fond se trouve dans toutes les nuances depuis le gris jaunâtre au blanchâtre, au brunâtre, au vert , à l'olivâtre, au rougeàtre et même au noirâtre; elle est presque toujours variée d'innombrables petits points foncés.

Le bout de la queue est le plus souvent d'un beau rouge.

N'ayant pas été à portée de disséquer un grand nombre d'individus de cette Vipère , je ne puis constater s'il existe des différences constantes dans le système décoloration, par rapport à l'âge et au sexe ; Host (i) cependant dit que le mâle a les teintes plus foncées , le corps moins gros et la queue plus longue que la femelle : parmi une trentaine d'individus examinés par ce savant, il n'y en avait pas deux de parfaitement semblables.

Uu sujet adulte de notre collection , long de o,5i -h 0,06 est beaucoup plus gros qu'un pouce d'homme. La longueur de la queue de cette Vipère est assez sujette à varier ; quelques individus sont de 0,47 4- 0,07, d'autres de o,43 -+o,o5 , les plaques se trouvent tantôt au nombre de i36 -h 24 5 tantôt de 164 "•" 4^- Cette espèce atteint une taille très forte : un individu recueilli dans les environs de Klagenfurth , et qui faisait partie de la collection de feu Michahelles , était , au dire de ce savant , de la grosseur d'un bras d'enfant,

(1; Dans JAQum CoUectanea vol. IV p, '35o. PL ik M femelle; PI. aS , le mâle: ces figures oiU elé copiées ])ar Dautiiu , SUirin et Bcchstein. '

G04 VIPERA AMMODYTES.

L'Amniodyte abonde en plusieurs lieux de la Dalmatie et de rillyrie , d'où M. Michahelles nous a fait parvenir des individus. D'autres, ori<^nnaires de la Carinthie et de la Hon^^rie nous ont été adressés du Musée de Vienne. Host a fi<furé des individus, pris aux bords de la rivière la Vienne. M. Frivaldszky (i) n'a observé cette Vipère que dans les provinces méridionales de la Hongrie et nonnnénient près de Méhadia. Je doute que cette Vipère se rencontre en France , comme le veut Daudin (2). Tout récennnent elle a été découverte par M.lM. Bory de St. ^ incent et Bibron , en Morée et en Sicile.

Les observations que Tlost a publiées sur les babiludes de cette Vipère, portent tellement le sceau du merveilleux, que nous liésitons à les rapporter : il paraît cependant qu'elle a beaucoup de rapports dans les mœurs , dans le cbolx d(î la nourriture etc. , avec les espèces précédentes ; mais qu'elle babite de préférence les contrées arides , sèclies , sablonneuses, rocailleuses '^3) découvertes, ou revêtues d une végéta- ' tion rare. M. Cantraine a souvent rencontré cette Vipère dans ses courses en Dalmatie , où elle est si commune dans certains lieux, que l'on est obligé , en se promenant, de porter de grosses bottes pour se mettre à l'abri de sa morsure. En mordant, elle reporte la tête en arrière comme tous les serpens venimeux proprement dits. Quoique d un naturel indolent , elle devient plus vive lors des fortes chaleurs de l'été. Le PsEUDOPUs est un des ennemis les plus acharnés de cette espèce; la cuirasse dont il est revêtu , étant à l'épreuve des crochets de la Vipère , il l'attaque impunément pour satisfaire son appétit. C'est, suivant Host, un animal nocturne qui se nourrit de souris , de petits oiseaux et aussi de lézards.

(1) Alonogr. p. 35. — (2) Rept. vol. FI p. 200 — (3) Host. 1. l. ■

VÏPERA ACAIVTOPrilS. fK^,

10 Esp. HJCJNTHOPHIS. V. ACANTIIOPIIIS.

PI. XXI fig. 21 , 22 et 23.

On n'a découvert à la Nouvelle Hollande , qu'une seule Vipère , intermédiaire en quelque sorte entre ce genre et les Trigonocéphales. De légères anomalies dans la conformation de plusieurs parties de cette espèce, ont engagé les naturalistes à l'élever au rang de genre, pour lequel on a aussitôt trouvé des dénominations et des espèces nominales ; en voici les principales: acanthophis cerastinus Lacép. Ann, (l. Mus. vol. IV p. loo, figuré par Guérin Iconogr, Rept. PL 1^ I'. i\ scHLiNGENDE NATTER Merr. Beitr DoL 11 p. 20. PL 3 ; E o A p AL p E B R o s A SuAw. Geii, Zool ^.

m p. 362; ACANTOPHIS BROWNil LeaCH. MÏSC, VoL

1 p. 12 PL 3; OPHRYAS ACANTHOPHIS Merr. Teiit,

L' Acanthophis est extrêmement rare dans les collections. Je dois l'avantage de pouvoir décrire cette Vipère d'après nature, à la libéralité de M. le docteur van hoorn, qui a bien voulu céder à notre établissement un des deux exemplaires de sa collection ; l'autre a été envoyé au Musée de

Paris.

L' Acanthophis joint aux formes ramassées des Vipères , le port des certains Trigonocéphales. Son tronc est comprimé , le dos assez en carène , l'abdomen moins large que dans les Vipères , et assez concave. La queue est très menue , plus ou moins courte , quelquefois plus grosse vers le bout qui est alors en massue, comprimé, et le plus souvent terminé par un aiguillon courbé; le dessous de la queue offre des plaques simples, quelquefois divisées en deux , qui se changent presque toujours vers l'extrémité , en des écailles semblables à celles du dessus de la queue. La tète est assez distincte du

600 VIPERA ACA]\T0PHÏS.

cou , large , à museau arrondi et à lèvres saillantes , ce qui fait que sa forme se rapproche de celle d'une poire : elle est revêtue des plaques larges et à surface unie, semblables à celles de Couleuvres: les deux paires de frontales sont 1res courtes, les occipitales peu développées et presqu'en carré; la verticale est alongée ; on voit six plaques à chaque côté de la lèvre supérieure , dont l'avant-dernière est assez large , et la dernière divisée en deux; il n'y a, à proprement parler , qu'une seule temporale ; la rostrale otTre un triangle assez déprimé ; la nasale large est percée par des narines orbiculaires et moins ouvertes que chez les Vipères européennes; on compte 3 paires de mentales alongées , accompagnées de plusieurs autres plaques ; les écailles gulaires sont peu nombreuses ; l'œil enfin est entouré de 5 plaques, dont la superciliaire se distingue par sa position: l'inclinaison de cette plaque vers le sommet de la tête , fait que son bord extérieur est assez relevé, et que l'œil jouit du double avantage de pouvoir regarder de côté et en haut, sans être privé de la protection que cette plaque lui offre; ce caractère cependant n'est pas toujours constant : un individu du Musée de Paris offre des plaques surciliaires semblables , par leur disposition , à celles des autres serpens. Le tronc de l'Acanthophis est revêtu d'écaillés en lozange , surmontées d'une carène prononcée et disposées sur 21 rangées, plus obliques que d'ordinaire.

La couleur dominante est un gris brunâtre plus ou moins foncé ou tirant sur le rouge ; le dessous est plus clair ; une rangée de taches noires , transversales, échancrées, très peu distinctes et bordant des bandes claires, régnent le long du dos ♦ on observe sur les flancs deux ou plusieurs suites de taches noires en forme de points , qui s'étendent aussi sur les côtés de la tête.

Plaques: ii2+5iou ii6 -f 32, ou 118-+- 5o. Dimensions: 0,35 H- 0,06 ou 0,48 -\- o,iof>.

TABLE ALPHABETIQUE

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