LES BOAS. 3(Î
courte; le boa hortui.ana l'a plus effilée , et offrant un nombre de plaques sous-raudales, qui s'élève au dessus de loo, tandis qu'il est presque toujours de 5o chez les autres espèces. Les écailles des Boas sont petites , et comme elles s avancent assez sur les parties inférieures, il s'ensuit que leur nombre est assez considérable et que les lames abdouïinales sont beaucoup plus étroites que d'ordinaire: voilà la raison pourquoi on compte quelquefois jusqu'à 60 ou jo rang^ées d'écaillés, qui sont toujours carrées ou de foru)e rbondjoidale, et le plus souvent lisses : elles augmentent en étendue à mesure qu'elles s'approchent des lames abdominales, dont le nombre est environ de 25o. Ce nombre cependant est plus élevé chez les Boas proprement dits de l'ancien monde, qui diffèrent sous beaucoup de rapports de ceux qui habitent l'Amérique. Les Acrochordes s'éloignent de tous les autres Boas par les petites écailles granulées qui revêtent toutes les parties, et dont une double série occupe la ligne médiane de l'abdomen qui se présente sous la forme d'une forte carène saillante.
La tète des Boas est toujours distincte du tronc, grosse, assez effdée , conique, déprimée et terminée par un museau le plus souvent alongé et tronqué au bout. Les yeux se trouvent par cette raison à une distance considérable des narines: ils sont latéraux dans les espèces terrestres dont la tète, à sommet plane est plus ou moins angideuse aux côtés; mais les Boas qui habitent plus particulièrement les eaux, ont les yeux placés plus ou moins verticalement. Ces organes sont toujours petits et offrent, à l'exception des Acrochordes , une pupille horizontalement alongée. Les nari nés, assez larges sont toujours très rapprochées à l'extrémité du museau , et se trouvent quelquefois placées à son sonimet;el les regardent le ciel dans les Acrochordes et sont de forme tubulaire. La forme des lames écailleuses qui recouvrent la tète vaiie extrêmement selon les espèces ; elles sont presque toujours assez peu
développées et ne diffèrent quelquefois en rien de" celles du tronc; il est cependant des espèces où elles deviennent plus lari^es vers le museau , mais elles sont rarement de forme réo^ulière et leur nombre est ordinairement plus considérable que cbez les Couleuvres ; on n'en voit presque jamais d'occipitales et rarement de verticales. Il est évident que des lames disposées d'une manière si peu symétrique, doivent offrir des formes peu constantes , même dans différens individus d'une même espèce: c'est ainsi à tort que plusieurs auteurs ont attaché trop d'importance aux formes fugitives'de ces parties, qu'ils ont décrites avec une exactitude mathématique, et dans lesquels ils ont même vu des caractères pour distinr guer les espèces.
Le museau des Boas est le plus souvent tronqué obliquement au bout et un peu proéminant. La plaque rostrale, en pentagone large , est profondém,ent échancrée en dessous ; celles qui bordent les lèvres se trouvent toujours en ^rand nombre et sont quelquefois très étroites; creusées, dans plusieurs espèces , de fossettes plus ou moins profondes, particulièrement à leur bord postérieur, elles offrent une organisation propre aux animaux de cette famille, mais on en isfnore l'usage. Le dessous delà tête est revêtu de nombreuses petites écailles semblables à*celles du tronc. La bouche est assez fendue, vu la forme alongée de la tête : mais les lignes qui en déterminent l'ouverture sont presque droites.
L'anatomie des Boas présente plusieurs faits assez intéressans. Leur crâne imite les formes extérieures de la tête ; les os qui le composent sont extrêmement robustes. Il en est de même des dents qui sont assez grosses , toutes solides fit courbées en arrière ; elles augmentent en longueur vers le bout du museau, caractère particulièrement prononcé chez les
BOA CANINA, CARINATA et HORTULANA. ToutCS IcS CS^-
pèces offrent des dents palatines presque aussi développées que les maxillaires, mais on ne voit de dents intermaxillaires
que dans les Pythons. Les os des mâchoires sont plus volumineux vers le devant et le plus souvent un peu courhës. L'apophyse coronoïde est placée très en avant; elle est peu proéminente. Les mastoïdiens sont toujours très rohustes et quelquefois assez larges ; il en est de même des caisses , mais ces os sont dirigés moins en dehors que chez les Couleuvres et peu longs. Cette règle cependant ne peut s'appliquer aux ACROC HORDES qui out la confomiatiou du crâuc anomale , comme on le verra dans la description que nous donnerons de ces ophidiens. Les autres Boas ont la partie postérieure du crâne très étroite, et le dessus relevé par une forte arrête due à l'action des muscles de la manducation. L'orbite, peu spacieuse , est terminée par 1 os frontal postérieur , qui se prolonge jusquaux maxillaires; les frontaux antérieurs, de forme triangulaire , bordent le devant de cette cavité ; la voûte supérieure au contraire est formée par les frontaux proprement dits qui sont carrés et assez larges. Mais il n'en est pas ainsi dans les Pythons , qui ont un os particulier enchâssé entre les frontaux, et nommé surorbitaire parM. Cuvier; dans l'Acrochorde cet os est remplacé par une longue apophyse du frontal postérieur, qui se lie avec le frontal antérieur. Les nasaux sont alongés.
Le squelette des Boas est composé de côtes assez robustes , longues et courbées; les vertèbres ont leurs facettes articu-^ laires dirigées de sorte que le corps de l'animal peut se rouler en dedans avec facilité : c'est pour cette raison qu'on ne voit point d'appophyses transversales, et que les épineuses sont peu développées, étroites et très distantes les unes des autres. Les épineuses inférieures de la queue, qui forment une double rangée, sont au contraire très longues pour servir d'attache aux muscles fléchisseurs de la queue qui sont assez vigoureux. Les apophyses transversales delà queue affectent la même forme mais sont dirigées en ba^s ; on voit aussi , aux vertèbres du cou , des épineuses inférieures crochues.
Les glandes de la tête sont beaucoup moins développées chez les Boas que dans la plupart des autres ophidiens. La salivaire de la mâchoire supérieure est assez étroite : diminuant de volume vers le museau , elle disparaît souvent sur les côtés de cette partie. Celle de la mâchoire inférieure est beaucoup plus développée. La rostrale , lorsqu'elle existe, est très petite. Dans la plupart des espèces que j'ai disséquées, je n'ai pu observer ni des jçlandes nasales, ni des lacrymales. Le poumon des Boas, à l'exception de l'Acrochordoïde, est toujours divisé en deux lobes, et celui du côté droit est toujours plus développé: ils offrent quelquefois des cellules moins serrées que dans les autres ophidiens et ces cellules deviennent ordinairement plus rares vers le bout, qui forme alors un réservoir d'air. On observe à la face supérieure du cœur une glande thyroïde, accompagnée de plusieurs autres glandes souvent très volumineuses. Le canal alimentaire est très long; sa partie inférieure ou l'estomac se présente sous forme d'un canal spacieux, à parois épaisses , et terminé au côté gauche en une poche profonde. Le canal intestinal, beaucoup plus spacieux que dans les autres serpens, est aussi plus court: l'intestin grêle fait plusieurs ondulations et se rétrécit considérablement avant de passer dans l'intestin gros; mais ces ondulations ne sont ni aussi profondes, ni aussi fréquenl;tes que dans la plupart des autres ophidiens; j'ignore si toutes les espèce soffrent une structure de la membrane nmqueuse de l'intestin grêle semblable à celle du Python à deux raies. Lesreins et les testicules sont de forme ramassée. L'anatomie de l'Acrochordoïde présentant plusieurs anomalies, nous renvoyons le lecteur à la description que nous en donnerons à la tête du genre Acrochorde.
1 Genre. LES BOAS PROPR DITS. BOA.
Plusieurs écrivains modernes ont soutenu que les Boas proprement dits habitent exclusivement le nouveau monde : il est vrai que le plus grand nombre d'espèces se trouve dans la partie intertropicale de l'Amérique; mais on ne saurait exclure de ce sous-genre trois ophidiens originaires des Indes orientales qui offrent tous les caractères des Boas, quoiqu' ils s'en éloignent sous beaucoup d'autres rapports.
On désigne plus particulièrement sous la dénomination de Boas proprement dits , ceux qui offrent des plaques sous-caudales simples, qui n'ont point de dents à l'intermaxillaire et dont l'espace entre les orbites est uniquement formé par les frontaux proprement dits. On observe quelquefois plusieurs paires de plaques divisées, parmi les bandes simples du dessous de la queue. A ce genre appartient le plus grand de tous les ophidiens connus, le boa mur in a; mais on y verra aussi quelques espèces qui atteignent à peine deux ou trois pieds de longueur totale.
1 Esp. LE BOA CONSTRICTEUR. B. CONSTRICTOR.
PI. XIV fig. G et 7.
L'illustre auteur du système de la nature a désigné une espèce
374 BOA COIVSTRICTOR.
de Boas de moyenne taille sous une épithète (i) qui convient à toute la famille. Le nom de boa constrictor est devenu depuis ce temps familier à tout le monde ; il a été introduit dans l'anglais, quoiqu'on ait coutume de l'appliquer indifféremment à tous les grands ophidiens de cette famille, et d'attribuer à cette espèce les récits exagérés des voyageurs sur la taille énorme des grands Boas , sur leur voracité que l'on dit ne pas épargner le tigre ni iriêhie l'homme. Au lieu de réfuter toutes ces erreurs, nous nous bornons à dire que le Boa constrictor de Linné ne parvient que rarement à lo ou à 12 pieds de longueur totale, et qu'il ri'habite d'autre pays que les régions intertropicales de l'Amérique. Plusieurs erpétologistes français, ignorant la véritable patrie de notre Boa, ont erronément attribué à leur Boa constrictor , les observations faites par les voyageurs sur les grands Pythons de l'ancien monde. Les récits deBosman, qui dit que les nègres africains rendent à ces serpens un culte religieux , ont fourni à La^cépède le nom de DEVIN, que cet auteur applique très mal-à-propos au Boa constricteur. Les successeurs de ce savant ont encore embrouillé davantage l'histoire de cet ophidien, et Daudin va jusqu'à assurer que le Boa constricteur est le vrai Boa de l'ancien monde et particulièrement de l'Afrique. Il suffit d'examiner les citations de ces écrivains pour éviter toute confusion.
Linnaeus a mentionné une variété de notre Boa sotis le nom de boa orophry\s (2), changé plus tard en celui d'o F H R Y A s (3). Les figures que l'on a publiées de cette espèce sont nombreuses: on en trouve une dans Scheuchzer Bibl. Sacra PL 'j^S fig. i; Laurenti , Syn. p. loj et suiv. s'est emparé de plusieurs autres données par Seba , pour en faire des espèces
(1) BOA CONSTRICTOR. Syst. UaU /?. ^1^ \ BOA CONSTRIC-
TKix ScHNEiD. His, ampli, II p. a47. — (2) S) st. nat. éd. X p. 21 5. — (3j 10. éd. XII p. 374 ; le BO lofuA ç u de Marcgrav. , (ap, Piso /?. 276) appartient probablement ici.
BOA COXSTRICTOR. 375
nouvelles: telles sont ses conthictor formosissimus,
REX SERPENÏUM, AUSPEX et DIVIN! I.OQUUS qui rCpO*
sent sur les fig. L[?>6. 5 ; // 99. i ; 1. 53. i et // 100, i dé Seba. Plusieurs autres figures de Seba au contraire, comme pat exemple// 78. 5 et // loi n'ont pas été mises à profit par ce savant. La plupart de ces figures sont très mauvaises et pèchent presque toutes contre la vérité , particulièrement par rapporta la physionomie et au coloris. A la rigueur, on ne devrait citer de ces figures que / 36. 5 ; / 53. i ; et // 78. 5 ; celles qui se trouvent sur la PI. loo et loi sont abominables. On en voit encore dans Lacépède Quadr. ovip. II PL iQ fig' i;di>nsDAu- DiN Rept. F, PL 61 fig, I ; dans Merrem Beltrage II PL i ; el dans Schneider Denkschr. Munich voL Fil PL 6 fig. 1 : cette dernière figure est copiée d'après l'original de Marggrav, déposé à la bibliothèque royale de Berlin. Mais de toutes les figures que nous venonsdeciter, pas une seule n'est au dessus de la médiocrité: aussi ont-elles toutes été dressées d'après des individus conservés dans les collections. Nous nous proposons de publier dans un autre ouvrage deux figures du Boa constrictor faites sur le vivant: l'une d'après un adulte, l'autre due aux soins de Mr. Dieperink à Paramaribo , et faite sur les lieux d'après un jeune sujet. i
Le Boa constrictor est un très beau serpent sous le rapport de la distribution des teintes. On lereconnaît facilement à ce caractère 5 d'ailleurs il est presqu' impossible de le confondre avec les autres espèces : car aucune a le tronc entouré d'un si grand nombre d'écaillés lisses; elles occupent aussi toute l'étendue de la tête , de sorte qu'il n'y a de vraies plaques que sur les lèvres. Il se distingue des boa canina et hortulana par une queue plus courte et par le manque de fossettes aux lèvres , des BOA CARiNATA et coNiCA par Ics écaillcs lisses , du boa MUR IN A parle manque de plaques sur le museau, du boa cen- CHRis par la petitesse des écailles du tronc; il s'éloigne enfin de toutes par l'ensemble de ses formes et par sa physionomie.
376 BOA COIVSTRICTOR.
- Nous avons dit plus haut que le Boa constrictor paraît habiter l'A m éii q ue i nt er tro pi ca 1 e clans toute son étendue ; nous ajoutons ici qu'il se trouve aussi à la Martinique , d'où M. Plëe a fait parvenir des sujets au Musée de Paris. Il abonde à Surinam, d'où M. Dieperink nous en a adressé un o^rand nombre d'individus; il y est connu sous le nom de serpent papa. Personne ne le redoute dans ce pays; on l'apprivoise au contraire très souvent; il contracte des mœurs si douces qu'il tient rang parmi les animaux domestiques , avec lesquels il vit dans une harmonie parfaite. M. Dieperink nourrissait les siens d'œufs dont ils sont assez friands ; cet amateur éclairé gardait souvent des Boas de plusieurs espèces dans la même chambre, sans que jamais ils se soient fait le moindre mal. Le Boa constricteur résiste quelquefois à la privation de toute nourriture , prolongée pendant six à huit mois.
On ne peut pas toujours se fier aux observations que les â voyageurs ont faites sur les moeurs de ce Boa ; d'un côté parcequ'elîes sont le plus souvent exagérées , de l'autre parcequ' ils ont négligé de bien déterminer les espèces , et que l'on ignore par conséquent de laquelle il s'agit. Nous nous bornons par cette raison à donner un extrait de l'ouvrage du Prince de Neuvs^ied (i) , qui a étudié les habitudes de notre Boa. Cet ilhistre voyageur l'a rencontré sur plusieurs points de la côte orientale du Brésil ; il habite particulièrement les terres au sud de de Rio de Janeiro et près du cap Frio, et préfère les contrées boisées de l'intérieur aux lieux découverts et voisins de la côte. C'est là qu'il se rencontre dans des contrées sèches, désertes et échauffées par les rayons du soleil , dans les bois et dans les grandes forêts, soit suspendu à une branche d'arbre pour guetter sa proie , soit retiré dans des trous, dans les fentes de rochers ou sous les troncs de vieux arbres , où on en surprend quelquefois de petites sociétés composées de plusieurs
(j) Beitr. p, 211 siuv.
BOA COASTRICTOR. 377
individus. Personne ne le craint , on l'assomme souvent à coup de hâtons et il est connu de tout le monde sous le nom de JiBOYA. Sa nourriture consiste en inanimilères de moyenne taille , tels que des rats , des souris , des agoutis , des pacas et des capybaras ; on tlit même que les adultes attaquent quelquefois des chevreuils : voilà pourquoi on lui applique aussi le nom de COBRA de ve ad a. Les chasseurs du pays se moquent de cette croyance absurde où sont les étrangers, que ces Boas attaquent Thomme ; mais ils assurent que cette espèce fait aussi la chasse à divers reptiles : un d'entre eux raconta au prince que son chien aurait succombé à l'attaque d'un grand Boa , si un coup de fusil , porté a temps, ne l'en avait délivré. On prépare la peau pour en faire des bottes, des houssesde selle etc. ; on emploie également la graisse. Le Boa constricteur ne va jamais à l'eau; il se cache au contraire dans des terriers, dont l'entrée devient comme polie par le frottement de son corps volumineux, qui laisse des traces partout où l'animal s est trainé. Les Brésiliens le prennent au moyen de lacets tendus à l'entrée de son repaire. Le prince de Neuwied en a rencontrés de 12 pieds de longueur totale, et parle d'individus de dimensions plus fortes encore ; je puis assurer qu'ils ne parviennent point à cette taille à Surinam : les individus qui nous
ont été adressés de cette colonie comme adultes, n'excèdent
. upas 17 ou 8 pieds, et ils sont de la grosseur d'un bras d'homme.
Le Boa constricteur a les formes plus lourdes que toutes les
autres espèces de la famille. Le tro ne est très gros au milieu
et un peu comprima,, le dos assez large et convexe , l'abdomen
plus étroit. Le tronc s'amincit considérablement vers la queue
qui n'occupe que le sixième ou le septième de sa longueur ;
elle est par conséquent courte. La tête est très lourde et grosse,
alongée, assez distincte du tronc et en cœur; elle est légèrement
excavée sur les côtés et sur le sommet, ce qui rend le museau
saillant et son bout proéminent rappelle , par sa forme , le
groin du cochon. ï^es joues et la région superciliaire sont