‹ Essai sur la physionomie des serpensChapitre 16 sur 32 · BOA CONICA · texte numérisé non relu

BOA CONICA

S Esp. LE BOA A QUEUE CON/OE. B. CONICA.

Comme je n'ai pas été à portée d examiner cette espèce d'après nature, je me vois obligé d'avoir recours , pour ma description, aux détails fournis par IIussel(i) et Schxkider (a).

Elle habite les grandes Indes. Voisine de la précédente, elle s'en distingue facilement par sa queue conique et très courte , par un nombre divers de bandes abdominales et sous-caudales , enfin par le système de coloration.

Ce Boa atteint un pied et demi de longueur totale. On lui compte JOC) -h 19 phupies. Le dessus est d'un brun foncé, relevé par une bande longitudinale , large , noire et faisant de nond)reuses sinuosités; elle est bordée de blanc et accompagnée sur le flancs dune suite de taches noires , irrégulières et souvent en forme de points. Le dessous est couleur de nacre.

9 Esp. LE BOA A QUEUE NOIRE. BOAMELA^XVRA,

En rangeant cet ophidien inédit à la suite des Boas, nous avons voulu indiquer quil est, plus qu'aucune autre , éloigné des espèces types du geiu-e. Il se raj)proche de ces dernières par son corps et sa queue, doués l'une et l'autred'une grande force prenante, mais sa tète lappelle celle des Boas de l'ancien monde, avec lequel il a aussi de commun des écai'les carénées; ses formes totales le feraient plutôt prendre pour un Tortrix ; il a le

(1) Serp. //*/. 4 /?• 5 ; p A D A I N-c o o t o o on m o n s o l i-p a m po o; sur cette figiiro reposent les no a v i p f. r. i n a Sitaw Grn. Zool. vol. III P. Il p. 355 et le BOA o R N A T A de Daupin Rcpt V p. 210. ~ {"i) Dpfihachr. Munich, vol. f'II PI. Çt fif;. 'i p. itf), figrre faite d'après un individu conservé dans la coîleclion de feu KIocli ; celle espèce compose chez Waglïr , SysU p, 192 , le genre g o N g y l o p h i s.

400 BOA MELANUR A.

sommet de la tête revêtu de plaques , comme les Pythons ; mais le défaut total de crochets à l'anus le distingue également et des Pythons et des Boas.

M. Ricord a découvert ce Boa à l'île de Cuha. Le seul sujet envoyé pur ce voyageur au Musée de Paris mesure 0,42 -h 0,06. Les plaques sont au nombre de 206 -f- 38 : elles ont peu de largeur et sont partout simples. Les écailles, plus grandes que chez les autres Boas, sont carrées , surmontées d une forte carène, et disposées sur 25 rangées.

Ce Boa a les formes très ramassées ; le corps est robuste , comprimé, assez gros au milieu , mais il va en s'amincissant considérablement vers les deux bouts, et se termine par une queue forteuient prenante , mais très courte , mince et un peu conique. Le dos est en carène ; l'abdomen au contraire est convexe.

La tête , petite et un peu distincte du cou^ présente des formes alon^ées : elle est déprimée , conique et terminée par un museau allant en pente sur les côtes, et obliquement tronqué au bout, qui est un peu saillant, en forme de nez. Les lames delà tête offrent une disposition toute particulière: on voit deux nasales qui se prolongent sur le sommet du museau • elles sont suivies des frontales antérieures , dont l'angle inférieur descend sur les côtés du museau; les frontales postérieures sont très développées ; on observe une verticale et des surciliaires assez larges; les occipitales au contraire, sont petites. Il existe deux grandes écailles derrière l'œil , et deux petites au bord inférieur de cet organe, qui est de moyenne grandeur, un peu saillant et latéral. Les narines sont peu ouvertes et assez rapprochées du bout du museau. Vue rangée de très petites écailles se voit sur le frein ; les labiales sont nombreuses et presque toutes de semblable étendue; le menton enfin offre deux paires de plaques plus grandes que le reste.

Ce Boa a le dessous d'un jaune d'ocre clair ; mais cette teinte se change en gris jaunâtre vers les parties supérieures, qui tiient

BOA MELAIVLRA. 401

sur le brun ou sur l'olivâtre. Une rangée de taches rondes, noires, et assez clair-semées, borde les côtés de l'abdomen; mais elles deviennent plus larges , quoiqu' indistinctes, sur les parties postérieures , et se réunissent à d'autres taches ou bandes dorsales trèspeu sensibles , pour occuper toute la pointe de la queue, et y former une teinte noire uniforme.

f> dl

2 Geore. LES PYTHONS. PYTHON.

On comprend sous le nom de Python (i) tous ces Boas de grande taille de l'ancien monde, qui offrent à Tintermaxillaire plusieurs dents, semblables à celles des mâchoires ; qui ont le dessus de l'orbite formé par un os particulier, enchâssé entre les trois frontaux et que Guvier a appelé surorbitaire ,* enfin, qui ont le dessous de la queue garni de plaques divisées, ce qui est cause que la plupart des naturalistes ont classé les Pythons dans le genre Coluber, quoiqu'on trouve souvent des individus où un bon nombre des plaques sous-caudales ne sont pas divisées, de sorte qu'elles forment alors de simples bandes, comme dans les Boas proprement dits. Tous les Pythons ont les lèvres creusées de fossettes plus ou moins profondes , et les plaques de la tête le plus souvent de forme plus régulière que celles des Boas proprement dits. Lebrun, le jaune et le noir sont les couleurs dominantes. Quelques espèces sont très répandues ; d'autres au contraire , sont bornées entre des limites assez étroites. Daudin {Rept. V p, 226) a établi ce genre.

(ij Wagler a changé cette dénomination en celle decoNSTRicTOR, réservant le genre Python pour la seule espèce de la Nouvelle Hollande ^ voir Syst.p. 168. *

PYTHON BIVITTATUS. 403

1 Esp. LE P. A DEUX lUIES. V. BIVITTATUS.

PI. XV Cg. 1 , 2 , 3 et 4.

L'histoire de ce Python nous offre une preuve de la legërete avec laquelle plusieurs naturalistes ont introduit des espèces dans le système, sans s'inquiéter de les comparer à celles qui étaient déjà connues antérieurement. Les savans me sauront gré d'avoir débrouillé la synonymie de cette espèce; quoique le sacrifice d'un temps précieux, qu'on perd dans dépareilles recherches, ne vaille pas le fruit réel qui en résulte pour la science.

J'ai conservé à cette espèce, la dénomination sous laquelle feu KuHL (i) l'a décrite, dénomination qui a été adoptée par la plupart des Musées de l'Europe. On trouve déjà l'indication de ce Python dans Linné/;. 887 : c'est indubitablement son col. M GLU rus; Lacépède (2) a donné la description et la figure d'un individu de cette espèce, long environ de 7 pieds, sous le nom de M o L u R E. La figure qu'en a publié Latreille (3) convient parfaitement à notre Python , mais cet auteur a ajouté à sa description celle de la Couleuvre tachetée de l'Amérique du Nord. Schneider (4) a déjà senti la nécessité de rapprocher le Molure des Boas; mais l'ophidien , qu'il décrit à la suite de ces articles (5), appartient au genre ho ma lo psi s (6), et a été fort mal-à-propos placé par Merbem (7) dans le genre p yth o n. L'ouvrage de Sera contient plusieurs figures du Python à deux raies; telles sont par exemple /. 37. i ; //. 99. 2 , qui est le type du COL. se BAS de Gmelin (8j et du col. speciosus de

fi) Beitr. p. 94. — (2) Quadr. ovip. II p. 218 PI 10 f. i. — (3) Rept. JY p. 107 avec fig. — (4) Hist. amph.p. 259 el p. 276. — (5) ib. p, 279. (6) Voir notre article de Pr o m a L opsis s g h n e i d e r i. — {j) Tent, jD. 90. — (8) Syst. nat, IL />. 11 18.

404 PYTHOr^J BIIVITTATÏJS.

BoNNATERRE (i) ; //. lo.j , suF laquelle est fondée en partie le cowsTRiGTOR REx S E R p E N T u M de Laurentics (2) ; enfin //. 27, I , que Schneider (3) cite à Tarticle d3 son boa hiero- GLYPnicA, rangé parmi les pythons par Merrem (4), qui y ajoute Sera //. 19. t. On voit également dans le bel ouvrage de Russel (5) plusieurs portraits de notre Python , dont on a fait sept espèces nominales. Schneider (6) les a désigné sous les noms de boa cinerea, castanea,

ALBICANS et ORBICULATA; DaITDIN (^j sous ceux de PY- THON TiGRis et bora; Shaw (8) sous celui de colu- BER boa E FOR MI s. Indépendamment de ces descriptions, presque tous ces auteurs en ont encore donné d'autres sous de nouveaux noms , mais évidemment dressées sur des individus de ce Python: le boa ordinata de Schneider (9), dont Daudin (10) a fait un python, appartient à cette catégorie; CuvîER (11) conserve à notre Python une dénomination locale, inventée par Shaw. On trouve dans les Mémoires de la société de Batavia (11') la description d'un grand Python publiée par WuRMB, description qu'il faut probablementrapporter au Python de Schneider : elle a servi de type à la couleuvre jfAUNiset BLEUE de Lacépède(i3), queMERREM (i 4) a très mal-à-propos réunie au BOA amethystina de Schneider (i 5) , qui forme une espèce particulière du genre Python: Guvjer enfin , d'après la seule circonstance, que l'ophidien décrit par W'uRr\ïB porte le nom d'ULAR Sawa, nom que les indigènes appliquent

.(i) Ophiolop^ia p. 17 n.*^ 3o. — (2) Syn. p. 107. — (3) Hist. Amph.

II p. 3,66. — (/,) 7\'nt. p. 90 — (5) I/icL Serp. PI. 20, a3 , a/J et 29. —

(6) /. c. ]). 270 à 276. — (7) Rept. f p. 236 el p. 'i\i. Pt 64/i i et PI.

^9 f.^- 4- -T- '8) Gen. ZooL lU P. Il p. 5i 1. — (9) HisL amph. Il p.

260. — (10) Rept. vol. F p. 252. — (11) Rc^^n. an. ///;. 80 î python

J A V A N I c u s , nom eiiiployé par Ruhl pour désigner l'espèce suivante.

(12) yfnri. 1781 p. 391. — (i3) Quad. ovip. II p. 2^1 : col. F l a v o-

coEKtiLEus ; Latr. Rept. iF p.idt^. — (i4) Tent. p. 89. — (i5; Hist. amp/i.IJ p.^x^[^^

PYTHOIV lUVITTATUS. 405

indifféremment aux deux grands Pythons de Java , a rapporté toute cette synonymie à l'espèce du présent article.

Les nombreux récits touchant des serpens monstrueux de l'ancien monde, dont les ouvrages des anciens et des voyageurs sont ornés , doivent être en grande partie rangés ici ; les naturalistes ont souvent attribué ces contes à des espèces différentes et particulièrement au boa constricteur; Lacépèdb et ses successeurs ont même rapporté à une vipère (i) tout ce que disent plusieurs voyageurs, relativement au culte que les nègres de la côte de Guinée rendent à notre Python.

Il suffira de faire l'énumération des contrées, d'où des individus de ce Python nous ont été adressés, pour justifier le rapprochement des synonymes tel que nous l'avons proposé.

Tous nos voyageurs qui ont exploré l'île de Java ont observé ce Pvthon , dont ils ont fait parvenir souvent les dépouilles au Musée des Pays-Bas. M. Reinwardt a rapporté un squelette de cette espèce, dont la longueur excède 17 pieds; je trouve dans le manuscrit de ce savant le passage suivant : « Les Ma- >» lais de Java appelent ce Python oul,ar-sawa ouoular »rava; il habite les lieux bas, ombragés , marécageux ou « inondés , et se plait particulièrement dans les champs de riz ; « on dit qu'il atteint jusqu'à 25 pieds de longueur totale, mais » le plus grand que j'ai vu, ne mesurait que 17 pieds; les indiw gènes tirent un bon augure du voisinage de ce serpent; j'ai >» quelquefois trouvé dans son estomac des sabots de cerfs, et il » attaque aussi des cochons. M. Diard a trouvé en Septembre >* 1820 dans le ventre d'une femelle des œufs presque orbicu- » laires, blancs et revêtus d'une membrane coriace mais élastique, » et cédant à l'impression la plus légère: ils étaient au nombre » de trente et un. >•

Il paraît que le Python à deux raies est plus rare à Java que

(1) L K p \ B o 1 E Lacép. Quad. ovip. 11 p. 255; consultez notre aiticle

de la V I P È R K É L É G A N 1 R.

40G PYTHON BIVITTATUS.

l'espèce suivante , qui a été envoyée en plus grand nombre à notre établissement. Les notes de Kuhl et Boie ne disent rien à cet égard ; ce dernier voyageur me mande dans une de ses lettres ce qui suit : « ce Python atteint quelquefois une taille » énorme; il attaque même des cochons et le cerf Muntjac. mais » les hommes n'en ont rien à craindre ; sa force musculaire est « étonnante; un individu de la grosseur d'une cuisse, que l'on » venait de prendre, s'échappait d'une cage destinée à contenir '> des animaux sauvages , en brisant le trellis de fer qui lui défen- » dait le passage; les individus d'une taille aussi considérable » sont très rares. » On nous a cependant adressé tout récemment un individu de ce Python , long de 20 pieds.

On a apporté eu Europe, du Bengale, il y a plusieurs années, quelques sujets du Python à deux raies; ils étaient de très grande taille; l'un , qui est mort à la Ménagerie deM. van Aken, mesurait i3 pieds, d'autres n'en offraient que y à 10 pieds de longueur totale. J'ai soigneusement comparé ces Pythons aux individus que nous possédons de l'île de Java , et je n'ai pas trouvé la moindre différence entre eux. La figure de l'adulte, que M. Temmink a bien voulu faire faire d'après le vivant, offre précisément la même distribution de teintes, que l'on voit à celui que le peintre du professeur Reinwardta fait à Java. En comparant ces Pythons aux figures que Russel a données des Pythons du Bengale , je ne vois pas de différence entre tous ces animaux, si ce n'est dans de petites disparités de forme dans les plaques de la tête, et dans les teintes: on sait cependant combien ces caractères sont fugitifs, et c'est à tort que quelques auteurs en ont tiré des traits distinctifs , pour caractériser les espèces nominales, inventées par les connnentateurs de Russel (i). Les figures delà tête de ce Python, que l'on trouve dans son ouvrage, où la forme des plaques est bien rendue, offrent la preuve de ce que nous venons d'avancer sur les variétés nombreuses que l'on rencontre , et la série que

(1) Voyez : Wiegmann 7m iH2(j p. 616.

PYTHOIV BIVITTATUS. 407

possède le Musée de ce Python , sert à constater nos assertions: en suivant les principes proposés par les auteurs pour distinguer les espèces , on serait obligé de faire des variétés de tous les individus, vu qu' aucun ne ressemble parfaitement aux autres sous ce rapport. Je crois que les faits allégués justifieront l'ordre que j'ai adopté en rapportant au Python à deux raies, toutes les prétendues espèces que l'on dit avoir découvertes au Bengale; car il paraît que celle de Schneider n'a point encore été observée dans les grands Indes. t

Les Pythons à deux raies que l'on a montrés ici en public , étaient d'un caractère doux, très lents dans leurs mouvemens, et ne mordaient jamais , même quand ils étaient provoqués. On les gardait dans une caisse où, enveloppés de couvertures de laine , ils se tenaient tranquillement , souffrant avec calme qu on les en retirât pour les montrer aux nombreux spectateurs , qui venaient visiter la ménagerie ; ils paraissaient plongés dans un abrutissement des sens continuel , car ils ne faisaient jamais la moindre attention atout ce qui se passait autour d'eux. On présentait à manger à ces Pythons tous les huit jours , quoiqu'ils ne fussent pas toujours disposés à s'emparer des animaux qu'on leur livrait , et qu'ils refusassent quelquefois de les attaquer pendant deux ou trois jours. On était même quelquefois obligé de les exciter à mordre, en leur présentant un lapm vivant; enfin, quand l'envie leur en prenait, ils cherchaient à saisir leur victime avec les dents : à peine s'étaient-ils assurés de leur proie , en lui enfonçant ces armes dans la tête, qu'ils l'entortillaient dans lesreplis de leur corps roulé en dedans, et la serraient si étroitement , qu'on la voyait expirer presqu à l'instant. Après l'avoir ainsi fait périr, ils la léchaient quelquefois, avant de l'avaler et ne se hâtaient jamais en exécutant cette opération, que j'ai vu durer deux ou trois heures. Ils conunençaient toujours par la tête , et parvenaient à introduire leur proie dans le gosier, par les efforts de tous les muscles des parties antérieures mis en jeu simultanément: cette action ti'étant

408 PYTHON BIVITTATUS.

répétée qu'à des intervalles très grands, il s'ensuit que l'acte de la déglutition occupe un espace de temps assez considérable.

>" Les observations de Russel (i) diffèrent des nôtres, en ce qu'il dit que ce Pytlion s'empare de sa proie , en la serrant entre les circuits de sa queue. Ce savant rapporte également que ces serpens s'entortillent souvent autour du bras des hommes qui

jouent avec eux, qu'aucune provocation peut les disposera mordre et que leur morsure n'a jamais les moindres effets ; qu'ils s'introduisent quelquefois dans les maisons, et que les indigènes ne les redoutent nullement. Les anglais de la colonie appelent ce Python roc«l-snake (serpent de rocher), et il porte les noms de pedda-poda. et de eora parmi les indigènes. Russel n'a point vu d'individus excédant lo pieds de longueur totale; ceux qu'ils a figurés étaient originaires de Vizagapatani , de Ganjam et des environs de Calcutta.

L'infortuné docteur Beierlein , voyageur au service du Musée des Pays-Bas , et mort après une résidence de neuf mois à St. George d'Elmina sur la côte de Guinée, nous a fait parvenir de cette possession hollandaise deux dépouilles d'un grand Python, qui ne diffèrent par aucun caractère essentiel, de celles que nous avons reçues des Indes orientales. Feu Boie , ne se doutant pas de l'identité de deux animauxhabitant des contrées aussi distantes l'une de l'autre , a considéré ce Python comme une espèce distincte , et y rapporte les synonymes réunis dans Merrem p. 20, sous son python hierogeyphîcus: ces vues cependant ne reposent sur aucune base solide, et j'ai eu le plaisir de voir confirmer mon opinion par le professeur Eschricht à Copenhague, qui a bien voulu me céder un jeune individu de ce Python recueilli aux environs du fort danois à la côte d'or, lequel ressemble à tous les égards à d'autres sujets pris dans l'iie de Java.

(1) Iiid' SrrfK J p. a7 , /iv 3o et/>. 4^.

PYTHON BIVITTATUS. 409

Il est évident qu'il faut rapporter ici tout ce qui se trouve dans l'ouvrage de JÎosman (i), relatlveuient aux grands serpens qu'il a vus dans les environs de St. George d'Elmina, fort liollandais à la côte de Guinée. Ce voyageur dit (ju'il a observé des individus de i4 jusqu'à 20 pieds de long (2) , que ce Python est vénéré chez les indigènes comme déité principale , en honneur de laquelle on érige des édifices particuliers , où leur race est soignée par des prêtres , et que les ministres de ce culte ont une telle influence sur les grands de l'état et sur le roi, que tout le monde s'empresse à certains temps de l'année à venir rendre hommage à ce dieu, en apportant de nombreux et magnifiques présens de toute sorte. Les jeunes filles que les prêtres désignent comme possédées du mauvais esprit, dès que le serpentdieu les a touchées , sont obligées de passer un certain temps dans le temple, pour en être délivré; le noQd)re des victimes qui subissent ce traitement honteux , s'élève quelquefois à plusieurs milles; sorties du lieu de leur détention, il leur est défendu sous peine de mort de révéler les secrets de leur guérison mystérieuse. La.cé?ède (3) rapporte à son article du Daboie le même fait, tiré de Desmarchais, qui décrit ce culte chez les nègres du royaume de Juida; on trouve dans la relation de ce voyageur plusieurs autres passages , qui prouvent que notre Python est en tel respect chez les Nègres de la côte d'or , qu'il décide du sort des batailles et que sa présence est nécessaire pour sanctionner le choix que l'on a fait d'un nouveau roi. C'est encore ici qu'il faut ranger, selon toutes les probabilités, les faits allégués par plusieurs autres voyageurs , relativement aux Boas qu'ils ont vus à la côte occidentale de l'Afrique. Ces grands serpens habitent suivant Lopez (4) et j\Ia.x- WELL (5) les royaumes de Gong o et Loango^ où on les voit

(1) p, 5i et p. 1 59, — (2) Il fait aussi mention des ergots à la base de la queue : /?. 5i. {V) Quarl. oc. /?, 258 suiv, (/,) Hi.st. gén. d, voy, vol. XFIF p. 249 suiv. (5) James. EcL Jourii. vol. f^ p. 268.

410 PYTHOIV BIVITTATUS.

souvent nageant dans les rivières. Adanson (i) en a observé plusieurs de très grande taille à l'île du Sénégal, où ils se tiennent dans les lieux humides etproches des eaux; les habitans de Bissao lui racontaient, qu'ils se rencontrent aussi dan^ leur pays. Matthews (2) enfin les a trouvés à Sierra Leone.

Mais il paraît que notre Python est répandu dans la plus grande partie de l' Afrique : Bruce par exemple parle d'un grand ^oa , qu'il a observé dans les vastes étangs que forment les rivières dans l'Abyssinie intérieure. On trouve dans Diodore DE Sicile (3) un conte merveilleux de la chasse d'vm serpent monstrueux , habitant les bords des eaux , et qu'on avait amené à Alexandrie, sous un des Ptolomées ; il est probable, que cet ophidien était de la même espèce que celle don! nous traitons. Aucun des voyageurs modernes qui ont parcouru l'Afrique septentrionale, ne font mention de Pythons qui habitaient, du temps des anciens romains , jusqu'à la côte de la Méditerranée, où leur race paraît exterminée aujourd'hui: car nous n'hésitons pas a placer encore sous la rubrique du Python à deux raies le récit que fait Pline (4) d'un énorme serpent , que les soldats de Régulus rencontrèrent près du fleuve Bagrada, lors de la guerre punique ; mais nous reléguons parmi les fables enfantées dans ces siècles grossiers et avides de merveilleux, les données de ce polygraphe sur la taille de ce serpent et sur la manière chevaleresque que les guerriers du général romain employèrent pour s'en rendre maître. • Nous avons déjà dit que le Python à deux raies est très commun dans les grandes Indes et à Java ; nous avons lieu de croire qu'il est encore répandu sur toute l'Asie intertropicale : car le pimberaou serpent de rocher de Ceylan, dont Davy (S) fait mention , appartient évidemment à notre espèce;

(i) roy.p. i52 suiv. — (2) P'oy. p. 43. — (3) Bist. JII, 19. — (4j i* A IX. p h.. — (5) Àccoimt. p^ 45 i

PYTHON BIVITTATUS. 411

plusieurs voyageurs ont observé de grands Boas au Malabar (i) et le Musée des Pays-Bas vient de recevoir un individu de notre Python , pris dans les environs de Canton en C h i n e. Nos voyageurs ont découvert l'espèce a l'île de Sumatra. Il reste à savoir si les Boas des îles Philippines (2) doivent être rapportés à notre espèce ou à la suivante.

Le Python à deux raies se distingue de toutes les autres espèces du genre par la disposition des teintes; sa tète est plus grosse que chez les Pythons améthyste et de Schneider , mais elle le cède en largeur à celle du Python de Pérou ; les lames qui la revêtent offrent des formes plus symétriques que celles de la tête de cette dernière espèce, et ressemblent à celles du Pvthon de Schneider , mais elles sont moins régulières que celles du Python améthyste; la queue de notre Python est environ de la longueur de celle du Python de Pérou , qui l'a moins effilée que les autres espèces ; les écailles du tronc enfin se distinguent de celles du Python améthyste par leur forme plus alongée, et de celles duPython de Schneider au contraire par leur étendue , car cette dernière espèce les a plus petites que toutes les autres.

Le Python àdeuxraiesaà-peu-prèsle port du Boa rativore, mais son tronc est plus comprimé et le museau plus effilé. La tête est un peu distincte du tronc , passablement large , alongée, conique, et terminée par un museau étroit, convexe, un peu canaliculé sur les côtés, et à bout conique et arrondi. La tête, quoique haute et grosse, est cependant déprimée et à sommet tout plane ; cette partie est revêtue de plaques écailleuses de formes très diverses et peu constantes: on distingue aisément trois paires de frontales , dont les antérieures sont plus étroites et plus alongées que les postérieures , qui renferment

(i) VisscHER. Malab. brifv, p. igS ; Dellon , IIUL gén, d. voj. ;, xxxxiii/;. 345. — (2) GuMiLLA /i/ p. 48 et Eschholtz dans Kotzeb. Reise p- 3i.

412 PYTHON BIVITTATUS.

sovivent plusieurs petites^ plaques impaires ; on voit entre les superciliaires, qui sont quelquefois divisées, une paire de plaques verticales peu développées , tantôt poi^gones tantôt oblongues, et de forme assez irrégulière. Tout le reste de la tête est revêtu d'écaillés, qui ne se distinguent de celles du tronc que par leur forme moins déterminée: elles sont un peu plus larges sur l'occiput, où elles devienneiit très irrégulières; on voit souvent à la place des occipitales une ou plusieurs plaques impaires très petites, autour desquelles se ranofent les autres comme les ravons d'une étoile. Les narines, dont la large et ronde ouverture est dirigée en arrière, percent les grandes plaques nasalesà leurs bords postérieur et supérieur: elles sont peu distantes l'une de l'autre , vu le sommet étroit du nmseau. L'œil , qui est presque latéral et un peu dirigé en avant , est bordé d'un tour de six à huit plaques, dont celles qui avoisinent les superciliaires sont plus larges que les autres. Les freins sont marqués par un sillon profond , qui se prolonge entre les plaques labiales et oculaires inférieures ; il est garni de deux ou trois rangées de petites plaques , dont le nombre et la formti sont peu constans. Les plaques labiales sont assez développées et au nombre de douze environ à la lèvre supérieure ; la plaque du museau est très large , voûtée, profondément échancrée en dessous, et creusée de chaque côté d'un sillon linéaire, moins profond que celui des deux premières plaques labiales ; le reste en est dépourvu , mais on voit deux larges fossettes transversales à quelques unes des avant-dernières plaques de la lèvre inférieure. Les plaques dont cette dernière partie est revêtue, sont au nombre de i6 à i8 de chaque côté, étroites et plus hautes vers le bout de la lèvre inférieure , qui est termir ^ par une large plaque triangulaire. L'ouverture de la bouche est presque droite et assez fendue. Les écailles du tronc sont de forme rhomboidale , disposées sur 59 jusqu'à 67 rangées , et très petites, mais elles augmentent en étendue à

PYTHON BIVUÏATUS. 413

mesure qu'elles se rapprochent des lames abdominales , qui sont assez étroites , et dont le nond)re varie depuis 260 jusqu'à 282. La queue est beaucoup moins grosse que le tronc, peu Ionique , un peu conique et revêtue en dessous d'environ 70 paires de plaques ; le plus grand nombre des individus cependant que j'ai vus , offrait quelques plaques sous-caudales simples , dispersées irrégulièrement parmi les divisées (i). La queue occupe environ le sixième de la longueur totale , comme on peut le vo/r par les dimensions suivantes, prises sur deux jeunes individus: 0,61 } 0,09; et 0,88 -t- 0^145.

Le crâne de ce Python présente des os assez vigoureux : sa partie antérieure est conique ; vue en dessus eile offre la forme triangidaire ; la partie postérieure est étroite (2). On doit à M. Retzius (3) une description détaillée et exacte de l'anatomie de ce Python. Feu Meckel (4) en a figuré les glandes de la tête, et M. Duvernoy (5) une partie ducanal alimentaire av^c les organes voisins. Nous avons fait usage du travail de M. Retzius dans les généralités. Ce Python aies glandes salivaires plus développées que d'ordinaire et on lui voit une lacrymale. Les intestins sont spacieux et pourvus d'un petit cœcum; lasurface interne delà plus grande partie de l'intestin grêle est comme frangée de plis très fins et serrés ; mais ils se perdent dans le gros intestin , qui est pourvu de plusieurs valvules conniventes et prononcées.

Le Python à deux raies est orné de teintes très vives.

(i) Voici le nombre des plaques de quelques uns de nos individus , originaires de la côte de Guinée , de Java et de la Chine: 276 -|- 3 paires + 3 simples + 65 paires ; 268 4- 57 p. H- 1 3 s. ; 277 + 7 p. + 4 s. -h 58 p. ; 276-1-5 s. 4- 60 p. ; un des sujets , figurés par Russel en offre 265 -f- 36 p. -f- 28 s. 3 p. — (2) Voir : Cuv. Bcgne an. PL 9/^. i , a et 3. — (3) Isis i832/?. 5ii suiv. tiré des Verhandl. d, Schwed. Acad. i83o/?. 81 à 116 — (4) Jrchà: I PL 1 fig. 5. — (5) Ann. rf. se, nat. XXX PL 1 fis, I et 2.

414 PYTHON BIVITTATUS.

Un brun de café jaunâtre et pâle occupe le dessus , et se perd dans les nombreuses marbrures d'un gris sale, dont les flancs sont ornés, et qui laissent à peine entrevoir la belle couleur jaune du fond, qui se répand plus ou moins ui.iformément soir toutes les parties inférieures. La tête est bigarrée de rougeâtre; une tache carrée, d'un brun noir, très large et plus ou moins distincte , occupe les côtés du museau; une autre de forme deltoïde se trouve au dessous de l'œil ; une troisième très large et en massue se prolonge derrière l'œil jusqu'au cou. Le sommet de la tête est en grande partie occupé par une large tache , naissant au bout du museau et s'élargissant sur l'occiput en massue, se resserrant ensuite et se prolongeant sur la nuque sous la forme d'une raie séparée sur le dos en un grand nombre de taches extrêmement larges , carrées , en lo'zange ou irrégulièrement échancrées, quelquefois divisées et à bords dentelés. Une ou plusieurs suites de taches semblables mais de moindre étendue, dont les inférieures sont plus pâles et moins distinctes, s'étendent le long des flancs qui sont surchargés de nombreuses petites taches et de points, les quels forment en confluant un dessin en chaîne assez irrégulier et fugitif: cette circonstance a particulièrement lieu sur la queue, où la teinte du fond paraît sous forme d'une raie longitudinale régnant sur le dessus , depuis sa base jusqu'à l'extrémité. La belle livrée de ce Python est encore relevée par la couleur du fond, qui en s'approchant des taches, change au jaune, et parce que les taches mêmes deviennent plus foncées vers leurs bords. Celle qui occupe le sommet de la tête, renferme à sa partie grosse un trait linéaire jaunâtre; les bords de cette tache étant parallèles aux côtés de la tête, la couleur du fond se montre sous la forme de deux raies latérales , qui ont donné lieu à la dénomination de l'espèce. L'iris est d'un jaune d'or.

Les variétés accidentelles dans la distribution et dans les nuances des teintes, sont aussi nombreuses que difficiles à

PYTHON SGHXEIDERI. 415

décrire. Les adultes ont les teintes beaucoup moins vives que les jeunes ; elles perdent beaucoup de leur éclat après la mort et deviennent plus foncées; le jaune enfin et le rouge s'effacent en grande partie.

2 Esp. LE PYTHON DE SCHNEIDER.

PYTHON SCHJVEIDERI.

PI. XV fîg. 5 , 6 et 7.

Pour distinguer ce Python des autres espèces du genre , il suffit de faire attention aux caractères suivans : des écailles du tronc fort petites , un nombre très élevé de lames abdominales, une tête alongée à museau gonflé au bout , enfin une raie étroite et noire sur le sommet de la tête et une autre derrière l'œil : ces raies s'élargissent sur le tronc, pour former un dessin réticulaire très élégant.

Le Python de Schneider a les formes plus effilées que Tespèce précédente ; son corps par conséquent est moins gros que chez celle-ci , la queue est plus longue, et les écailles carrées sont plus petites , quoique le nombre de leur rangées ne soit pas plus élevé que dans le Python à deux raies.

Les individus de 12 à i4 pieds de longueur totale ne l'emportent guère en grosseur sur celled'unbrasd'homme; plusieurs jeunes sujets de notre collection , dont le tronc est environ d'un pouce de grosseur, mesurent 0,72-1- o,i3. Le nombre des plaques varie depuis 3 16 H- 82 jusqu'à 324 ■+" 9^ j d n'est pas rare de trouver des individus à plaques sous-caudales de deux sortes, comme on peut le voir par les données suivantes, prises d'après plusieurs individus de notre collection : 322 -+- 16 paires -h 2 simples +12 p. ^ 4 s. + 26 p. -H 5 + s. -j- 19 p: 322 + 6 s. 4- 78 p. ; 3i6 -+* 4 P- "1" 2 -f- 62 -4- 2 -H 26.

416 PYTHON SCHNEIDERI.

La tête du Python de Schneider est beaucoup moins alongée , moins grosse el; plus étroite que celle de l'espèce précédente. La base du museau est concave , ce qui fait que son bout est renflé et gros. Les yeux sont latéraux. Les 1 âmes écailleuses , qui revêtent le dessus de la tête, ont à-peu-iîrès les mêmes formes que celles du Python à deux raies : mais la troisième paire des frontales est petite et accompagnée, sur les côtés 5 d'une ou de plusieurs autres paires de plaques; on ne voit que trois ou quatre plaques au frein , qui sont disposées sur une seule série j la plaque du museau est plus étroite et offre des fossettes très profondes ; le nombre des plaques de la lèvre supérieure s'élève jusqu'à i5, dontles 4 premières de chaque côté sont creusées d'une fossette; la labiale qui est située immédiatement au dessous de l'œil est large, et touche à cet organe, de sorte qu'il ne reste de la place que pour deux plaques oculaires antérieures et autant de postérieures ; le sillon à la lèvre inférieure s'étend sur huit des dernières plaques; les écailles enfin qui revêtent l'occiput, sont très irrégulières, plus larges que longues , et d'une étendue plus considérable que celles du tronc.

Le crâne de cette espèce offre à-peu-près les mêmes formes que celui de la précédente, excepté qu'il est un peu plus étroit. Les glandes salivaires sont très peu développées. Le lobe gauche du poumon , quoique beaucoup moins spacieux , est presque de la même longueur que celui du côté droit.

Le Python de Schneider offre un système de coloration aussi varié que joli. Les parties supérieures sont d'un brun jaunâtre assez pâle et tirant sur le gris ; la tête est plus claire et le dessous d'un jaune presque vmiforme. Le sommet de lu tête est divisé en deux moitiés égales par une raie noire et étroite , qui s'élargit sur Tocciput en bouton ou en massue; une autre raie semblable naît derrière Tceil et descend vers la commissure des lèvres : ces raies se prolongent sur toutes les parties supérieures, se croisant en plusieurs sens et s'étendant

PYTHON SClIiXEIDERI. 417

le long- (lu clos, elles forment une suite de taches lar<^es, irreguîières , en lozange ou divisées, de sorte cju'il en résulte une double suite de taches trian<^ulaires. Une suite de taches semblables règne le long des ilancs; elles se réunissent par leurs angles supérieurs aux angles inteiieuis des taches dorsales: ce point de réunion est marqué par une tache blanche et oblonfifue. La couleur du fond des flancs est variée et mouchetée de noir , particulièrement vers l'abdomen.

La description de la livrée de ce Python est faite d'après plusieurs individus conservés au Muséej j'ignore les changemens que les teintes peuvent avoir subi après la mort, nos voyageurs ayant négligé défaire des portraits d'après le vivant ; j'ai cependant lieu de croire qu'elles sont peu sujettes à être altérées par 4'esprit de vin.

Les petits ont les teintes plus vives que les adultes et la distribution en est plus marquée.

J'ai observé plusieurs variétés de ce Python, particulièrement dans la disposition des plaques frontales , des frênaies et des occipitales, ainsi que dans la distribution des couleurs.

Le Python de Schneider atteint jusqu'à 12 ou 16 pieds de longueur totale. J'en ai examiné une vinotaine d'individus de tout âge, recueillis en grande partie par nos voyageurs aux Indes orientales. L'espèce est, à Java, plus commune que laprécéderite, avec laquelle les indigènes la confondent souvent sous la même dénomination : c'est là l'origine des erreurs commises par les naturalistes , qui ont rapporté à l'espèce précédente la description que Wurmb (i) a publiée du Python de Schneider.

J'ai vu un individu de ce Python , recueilli par le lieutenant demarineM. Leemans, à file de Banka, et on vient de nous adresser un autre individu recueilli à l'île de Sumatra.

On conserve dans la collection de la société d'histoire natu-

(1} Verh. V. li. Bat, Genoolscii 1791 «o/. JH p, 89 1 sniv.

418 PYTHON SCHIVEIDERI.

relleà Altenbourg en Saxe, la peau d'un Pylhon de Sclineidery lono" de i3 pieds environ , dont M. M. les docteurs Winkler et Sachse ont bien voulu me communiquer le portrait et la description. Ce serpent a été tué en 1680 dans les environs de Malacca, où il s'était introduit dans une petite maison de campagne isolée.

M. M. Reinwardt , Macklot et Millier ont observé le Python de Schneider à l'île d'Amboine, où il porte le nom de GULAR PÉTOLA, cc qui veut dire: serpent peint, dénomination dérivée delà ressemblance de sa livrée avec la toile dont les malais se servent pour faire leurs habits. Les individus , que nos voyageurs nous ont adressés de cette île , ressemblent parfaitement à ceux que le Musée a reçu de Java, à l'exception que les teintes sont un peu plus foncées dans les premiers.

Les figures de ce Python données par Sera (i) , sont très reconnaissables ; il est d'autant plus étrange que les naturalistes aient rapporté ces figures à plusieurs espèces diverses : cette inexactitude a causé beaucoup d'erreurs , dont il faut imputer ^la plus grande partie à Schneider , qui a décrit notre Python sous plusieurs noms divers (2). J'ai conservé celui , que Merrem a proposé (3). Guerin (4) a donné dernièrement une figure de ce Python.

Le Python de Schneider se nourrit , d'après Wurmb, d'oiseaux, de souris et de rats (5).

(i) Thés. JI 'jg- I ; 80. I ; et / 62. a ; quelques unes de ces figures ont servi de type au boa phrygia de Shaw Gen. ZooLUIp, 348. — (2) BOA RETicuLATA Hist. amph. II p. a64 ; boa

RHOMEEATA ib.p, l6li^ (3) Tc/it. p. 89, (4) IcOllO^T, PL 21 Jlg^

PYTHON AMETH VSTIIMÎS. /< 1 ':)

3 Esp. LE PYTHON AMÉTHISTE.

PYTIIOIV AMETHVSÏIIVUS.

PI. XV iîg. 8 , <) et lo : ind. de 1 île de Saparua.

Le seul naturafiste qui ait bien connu ce Python est Schneider (i); il parait même qu'aucun des savans modernes n'a examiné cette espèce, car dans leurs ouvrages elle est toujours confondue avec les deux précédentes , et particulièrement avec le Python à deux raies.

Rien de plus facile que de distinguer cette espèce des autres, car aucune n'a des formes aussi sveltes , une tête revêtue de plaques aussi régulières , et des écailles du tronc aussi larges que celle du présent article. Elle diffère en outre sous beaucoup d'autres rapports , qui sont sensibles sans une description comparative. ^

Le jeune individu dont nous avons figuré la tête, a été rapporté par M.REiNWA.RDT,de Sap ar ua, petite île enfaced'Amboine: il mesure 0,48 -H 0,10; le nombre des plaques est de 300 + 96, Cette espèce a à peu-près le port du python de Schneider, mais ses formes sont beaucoup plus sveltes; le ventreest très étroit, un peu anguleux aux côtés et le tronc plus mince. On compte 4i rangées d'écaillés lancéolées sur le cou. Les plaques labiales sont creusées de fossettes semblables à celles de l'espèce précédente ; on voit une plaque verticale assez large, et deux paires de frontales , dont les postérieures , alongées et étroites , sont accompagnées, de chaque côté, d'une plaque qui descend sur le frein ; cette région est occupée par plusieurs suites de petites écailles irrégulières; il existe une ou plusieurs plaques au bord antérieur de l'œil , et quatre ou cinq derrière cet organe. On distingue

(i) BOA AMETHYSTiNA Hist. Jmph, H p. if)^ ; Denlschr, Munich vol. l'II PI. 7.

420 PYTHOiV AMETHYSTINUS.

facilement une ou deux paires d'occipitales , entourées de plusieurs autres plaques de forme peu régulière. Notre individu est varié de brun rougeâtre foncé et de blanc jaunâtre, de sorte que la dernière teinte , qui occupe la tête et le dessous en entier, apparait sous la forme de tacbes imitant des figures très variées , et souvent confluentes , pour composer un dessin réticulaire assez peu distinct.

M. M. Lesson, Macklot et Mûller ont découvert à la Nouvelle Irlande, à Timor et à Sam a o, petite île voisine de cette dernière , un Pytbon qui ressemble presque sous tous les rapports à l'individu originaire d'Amboine que nous venons de décrire, et qui en diffère cependant par plusieurs traits dignes d'être cités. Ces voyageurs nous ont fait parvenir quatre individus de cette variété , dont le plus grand mesure i,25 -h 0,27; les plaques varient depuis 294 ~^" ^^ j'^squ'à 3o2 -\-g6; celui du Musée de Paris , rapporté par M. Lesson , offre des dimensions plus fortes. L'ensemble des formes est absolument le même que cbez l'individu de l'île de Saparua ; mais ceux de Timor ont les traits de la^pbysionomie moins prononcés, l'œil paraît plus petit, le museau est moins renflé , les fosses aux plaques labiales sont moins profondes, on ne voit qu'une seule plaque au frein (i), une au bord antérieur de l'œil et deux au bord postérieur; le dessin enfin , que forment les teintes , est beaucoup moins distinct , car ces individus sont d'un gris brun uniforme, tirant sur le pourpre, et varié confusément d'un réseau composé d'innombrables petites tacbes plus fcuicées.

Il est possible que les différences entre les individus de ces divers lieux soient dues a l'influence du climat, ou de la nature du sol: je ne les regarde pas comme assez essentielles pour élever ces variétés au rang d'espèces, particulièrement parce que j'ignore les cbangemens, que peut éprouver ce Pytbon par

(i) Un de nos sujets offre cependant une double série de plaques frênaies et deux oculaires antérieures.

PYTIlOiV PEllOiXlI. 421

1 âge, vu quenos individus de Timor etde Saniao sont p]us vieux que celui de Saparua; en outre, la conformation irrégulière de plaques de la tête de ce dernier , me paraît suspecle , et est peut-être le résultat d'une anomalie, si fréquente dans cette classe d'animaux.

4 Esp. LE PYTHON DE PERON. P. PERONIf.

PI. XV fig. II et 1%.

Le portrait fidèle que j'ai tracé de la tête de ce Python suffira pour éviter toute confusion ultérieure dans la détermination de cette espèce. Lacépède l'a placée parmi les c o u l e u v r e s(i) d'après la seule circonstance qu'elle a les plaques sous-caudales divisées; il fait, au contraire, d'un individu de son T rimérésure LEPTOCÉPHALE à plaqucs sous-caudales simples (2), un B o a : ses successeurs ont regardé ce dernier comme identique avec notre Python , tandis qu'ils rangent la prétendue couleuvre sp ILOTE parmi des Vipères (3). White (4) a déjà décrit notre Python parmi les animaux découverts par lui à la Nouvelle Hollande: il en fait un A NG uis qui a servi de type au python puNCTATUS de Merrem (5). Wagler(6) a conservé le nom que cette espèce porte au Musée de Paris , et qui a été proposé par feu Cuvier. Le portrait du jeune se trouve dans Shaw : Gen. Zool. 111. P. IL vignette.

Je trouve dans la Relation du voyage de la Coquille (j) la

(i) COL. spilotes. Ann. du Mus. IF p. igS. — (a) b o a la e vis ib; c'est notre naja porpïtrica. — (3)echidna spilotes Merh. Tfnt.p. i5o. — (4) Foj\ p, 258 PL 5. — (5) Tent.p. 90. -— (6) Icônes AmpJu PL 1 : python p e r o n i i. — i'j) II. 7. p. 21.

422 PYTHON PERONIÏ.

note suivante, communiquée par Lesson : « Le Python de Peron V atteint jusqu'à 6 pieds^ et vit dans les mares deaux douces des « environs de la rivière Georges, où les Colons le nomment : » serpent diamant, »

Nous avons au Musée un individu empaillé de ce Python qui provient, à ce que je crois , du voyage de Peron; il mesure 1,^4 l 0,35, et le nombre des plaques est de 2^2 + 81. Plusieurs autres, achetés par M. Temminck à Londres , ont été communiqués au Musées de Vienne et de Munich, par Boie , qui n'a gardé pour notre collection qu'un bel individu conservé dans la liqueur forte: ce sujet mesure i,3i -j- 0,21 ; les plaques se trouvent au nombre de 276 + 84-

L'espèce du présent article a le port du Python à deux raies , dont elle se distingue facilement , ainsi que de toutes les autres espèces , par une tête très grosse, extrêmement large et déprimée; par un museau gros, renflé, aussi large au devant qu à la base , et à bout tronqué et arrondi; par les nombreuses lames écailleuses de forme irrégulière, dont toutes la tête est revêtue; enfin par le système de coloration.

On peut distinguer deux ou trois paires de lames frontales plus étendues que le reste. Les nasales sont assez larges, rapprochées au bout du museau, vers son sommet, et percées par des narines assez ouvertes. L'œil est latéral et bordé d'un tour de petites écailles. Les plaques labiales touchent à cet organe ; on en compte de chaque côté à la lèvre supérieure i4 a i5 , dont les deux ou trois premières seulement sont creusées de fossettes : la rostrale, presque en triangle, Test également. Les fosses de six des plaques postérieures de la lèvre inférieure forment un sillon très profond. Les écailles du tronc sont en rhomboïde alongé : on en compte 4i rangées.

Ce Python est d'un jaune très vif; mais toutes les parties supérieures offrent un noir bleuâtre si profond , que la première teinte ne s'entrevoit que sous la forme de points ovales, dont le plus souvent un se trouve au centre de chaque écaille, et qui

PYTHOIN PEUOIVll. 423

composent quelquefois des taches un peu plus larges, de forme irref^ulière, et disposées sur deux ou trois séries. L'abdomen, jaune par devant, est varié sur les cotés et vers les parties postérieures, d'un dessin réticulaire, composé de taches irrégulières des deux couleurs principales.

M. M. Quoy et Gaimard ont recueilli , dans les environs du Port du Roi Georges à la Nouvelle Hollande , plusieurs individus de ce Python; ces individus forment une très jolie variété: ils ont les taches jaunes plus grandes que d'ordinaire, et disposées de manière à former un très joli dessin réticulaire, s'étendant sur tout le corps, mais d'une manière très irrégulière ; un de ces sujets a été cédé au Musée des Pays-Bas.

3 Genre. LES ACROCHORDES.

ACROCHORDUS.

Les ophidiens intéressans dont nous traitons à la fin des Boas y se lient sous beaucoup de rapports aux animaux de cette famille ^ quoiqu'ils se rapprochent d'un autre côté des serpens de mer par plusieurs points de leur organisation : ainsi on peut les regarder comme des Boas qui, destinés à vivre continuellement dans les eaux, sont doués des moyens nécessaires pour exécuter des mouvemens prompts et rapides dans cet élément.

Les Acrochordes ont la queue prenante des Boas , mais cet organe est un peu applati pour servir de rame ou de gouvernail ; leur crâne, quoique d'une conformation anomale, est cependant modelé sur le même type que celui des Boas; leur système de dentition est tout à fait semblal)le à celui des Boas ; la position des narines et des yeux au contraire , la manière dont la bouche peut se fermer hermétiquement, la forme comprimée du tronc muni sous le ventre d'une crête saillante , l'absence des crochets à l'anus enfin : voila autant de caractères , qui sont également propres aux serpens de mer. Ces derniers cependant étant armés de crochets venimeux , et pourvus d'une queue propre seulement à la natation, doivent, en vertu de ces caractères, rester isolés, comme famille propre des serpens venimeux, et il serait peu conséquent de ranger parmi eux les Acrochordes, quoique ces ophidiens peuvent être considérés en quelque sorte comme faisant le passage des Boas aux serpens de mer.

ACROCHORDUS. 425

; Cette affinité , et la circonstance que personne n'a constate tl'iine manière incontestable, si les Acrochordes sont venimeux ou non, ont été cause que ces ophidiens ont toujours été décrits comme constituant deux genres distincts, dont lun a été placé à la suite de celui des Couleuvres ; l'autre au contraire parmi les serpens venimeux, dans le voisinage des Hydrophis: le premier, I'acrochorde de Hornstedt, est établi d'après la grande espèce ; le chersydrus de Cuvier a pour type des de individus la seconde espèce, parvenus à l'âge moyen.

Ces erreurs proviennent en grande partie d'une communication faite à Cuvier par Leschenault , qui dit que le Chersydre est très venimeux et qu'il habite le fond des rivières de Java. La seconde assertion est vraie ; mais la première est tout-à-fait dénuée de vérité, et tous nos voyageurs ont observé le contraire ; aussi est-il facile de se convaincre de cette erreur , en examinant des sujets de cet Acrochorde , conservés dans les collections d histoire naturelle.

On ne connaît jusqu'à présent que deux espèces d' Acrochorde, qui sont extrêmement voisines l'une de l'autre, et qui ne se distinguent que par de légères différences dans le détail des formes: la description que nous donnons de l'organisation des Acrochordes, sera donc applicable à ces deux espèces.

Les Acrochordes n'ont été observés jusqu'à présent que dans l'Asie intertropicale. Ils parviennent à une taille considérable, du moins la première espèce.

La queue des Acrochordes est très courte, et comprimée en carène , tant au dessus qu'au dessous ; elle peut est susceptible de se rouler en dedans avec la même facilité que celle des Boas. Le tronc, très gros au milieu , est un peu comprimé, à dos convexe et à ventre plus étroit, dont la ligne médiane est marquée par une crête saillante formée par une doublure de la peau. La tête est presque d'une venue avec le tronc, elle est petite et peu conique; le museau est court, obtus, à bout tronqué et arrondi. L'ouverture de la bouche est peu large et droite; le bord des

426 ACKOCHOHDIJS.

lèvres rentrant , particulièrement vers l'angle de la bouche : cette organisation ainsi que celle des autres parties de la tête annonce que les Acrochordes sont particulièrement faits pour vivre dans Teau. Les yeux sont extrêmement petits, verticaux, dirigés un peu en avant et à prunelle orbiculaire; les narines, ouvertes et tubulaires sont très rapprochées l'une de l'autre au sommet du museau et près de son bout; la glotte se trouve presque à l'extrémité de la mâchoire inférieure; les bords des lèvres enfin sont organisés de manière à fermer hermétiquement la bouche: à cet effet , le bout du museau est pourvu d'une profonde échancrure, double au fond, au côté de laquelle descend la lèvre en pointe; le bout de la mâchoire inférieure au contraire est muni d'une protubérance à sommet divisé par un sillon et dont les côtés échancrés reçoivent les bords saiilans de la lèvre supérieure: cet appareil se retrouve plus ou moins modifié chez la plupart des ophidiens aquatiques et est particulièrement développé chez les serpens de mer. On distingue à peine, sur le bord des lèvres, deux ou trois rangées de plaques très petites, toutes de semblable étendue et le plus souvent saillantes. Toutes les autres parties de cet ophidien sont revêtues d'une peau lâche , divisée en d'innombrables petits compartimens saiilans en forme de tubercule, dont chacun est en outre surmonté d'une arrête; il est manifeste que ces écailles ne peuvent se recouvrir comme les tuiles d'un toit: celles du dessous du tronc sont plus grandes que le reste; celles des côtés du cou ainsi que celles qui revêtent la crête saillante abdominale , sont mucronées.

Les Acrochordes offrent un système de coloration peu élégant; les deux couleurs dominantes, le brun et le jaunâtre , sont tantôt distribuées en guise de marbrures, tantôt elles entourent le corps sous la forme d'anneaux ou de bandes transversales alternes.

Le crâne de Ta c r o c ii o r d e s'éloigne par sa conformation singulière de celui de tous les autres ophidiens: il est

ACROCHORDUS. 427

extrêmement large, déprimé , et doit son volume considérable à retendue des t-aisses, qui sont presque cylindriques et plus alonoés que dans aucun autre serpent. Les mastoïdiens, au contraire, sont ramassés et se présentent sous la foirne d'une lame assez large. Le front est beaucoup plus étroit que la partie postérieure du crâne , dont le sommet est concave et bordé latéralement parles larges apophyses des frontaux postérieurs, qui se prolongent jusqu'aux frontaux antérieurs , tandis que l'apophyse descendante sert à compléter l'orbite. Les frontaux proprement dits sont en forme de triangle , mais leurs apophyses extérieures sont très saillantes et recourbées. Les nasaux sont étroits et alongés , l'intermaxillaire large, déprimé et dépourvu de dents. Le maxillaire est assez arqué; le ptérigoïdien externe large et déprimé; la mâchoire inférieure enfin est alongée, et offre une apophyse coronoïde peu développée. L'Acrochorde a la bouche garnie de dents peu longues, mais fortes et assez courbées en arrière; celles de la mâchoire inférieure sont plus grandes que le reste.

L'anatomie de I'acrochorde m'a offert plusieurs détails très curieux: quant à la disposition des parties molles, cet ophidien a beaucoup de rapports avec les serpens de mer. C'est notamment le poumon qui offre cette conformation, particulière à ces ophidiens aquatiques ; cet organe paraît exercer chez ces animaux, outre les fonctions ordinaires , celles de vessie natatoire: pour répondre à ce but, il se présente sous la forme d'un sac extrêmement étroit et continu ^ qui s'étend depuis le cou jusqu'à l'anus; il est un peu plus spacieux sur les parties antérieures et pourvu , dans toute sa longueur , de cellules qui s'avancent jusqu'à une distance de deux pouces de la tète, où conimence seulement la trachée. L'estomac est très volumineux], et brusquement séparé du canal intestinal qui offre, dans le premier quart de sa longueur, un paquet de replis profonds et dirigés en tout sens ; mais qui descend ensuite vers l'abdomen en canal étroit et continu. Le foie est

128 ACROCHORDL'S JAVAIVICUS.

extrêmement gros; les testicules sont petits et ramassés , et les reins de forme très effilée.

î Esp. vacrochorde, acrochor. jayanicus.

Je ne répéterai ici de toutes les observations faites par Horn- STEDT sur les mœurs de l'Acrochorde , que celle que ce serpent aquatique va aussi à terre et qu'il est vivipare.

Nos voyageurs n'ont jamais été à même d'observer l'Acrochorde, dont nous ne possédons que deux individus empaillés, donnés par M. Leschenault à M. Reinvsardt lors de sa résidence à Java. Un troisième fait partie du Musée de Paris , et cet établissement en possède en outre un très jeune sujet ou plutôt un fœtus, présenté par feu Merrem sous le nom générique de

Page 1