‹ Essai sur la puberté chez la femmeChapitre 126 sur 173 · MORALITÉ · texte numérisé non relu

MORALITÉ

13 ans :

bonne.

incdioc.

rnauv.

bonne.

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mauv.

bonne.

médioe. mauv'

nonmenstruées.

menstruées. . .

14 ans :

nonmenstruées.

menstruées. . .

lo ans :

nonmenstruées.

menstruées . . .

16 ans :

nonmenstruées.

menstruées. . .

17 ans :

nonmenstruées.

menstruées. . .

18 ans :

non menstruées.

menstruées. . .

Donc, c'est au moment où s'établit la menstruation qu'il y a la plus grande irrégularité dans la conduite des élèves. Chez les jeunes filles des classes aisées, vers lo ou 16 ans, l'application laisse à désirer; mais la moralité est généralement bonne.

Personnellement j'ai essayé d'interroger sur leur état d'esprit à la puberté, des jeunes filles et aussi des femmes d'un certain âge, plus capables d'exposer simplement et sans parti pris, des faits déjà lointains.

J'ai distingué deux grandes catégories de jeunes filles saines, au moment de la crise pubérale : les unes, recevant en famille une éducation individuelle; les autres, une éducation en commun dans les pensions, écoles, couvents ou lycées.

Pour celles de la première catégorie, j'ai pu me con-

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vaincre que dans les classes aisées, ou dans les milieux relativement favorisés, la jeune fille saine, sans tare nerveuse spéciale, élevée en famille, soumise à une éducation intellectuelle bien comprise, paraît presque insensible aux effets de la puberté. Un point capital, c'est de savoir occuper les jeunes filles à cet âge, les intéresser à ce qu'elles font, sans cependant les surmener, et compromettre par là, les fonctions nouvelles qui s'établissent.

La jeune fille, peut avoir à cette époque, plus de tendance à la solitude, à la mélancolie. Il arrive qu'elle soit plus facilement irritable, plus portée à l'enthousiasme, à l'exaltation même ; si l'on sait occuper cette activité et calmer cette exubérance, la crise évolue presque insensiblement.

Dans le milieu dont nous nous occupons, l'apparition de la fonction menstruelle n'apporte que très rarement à l'esprit de la jeune fille, l'inquiétude de la sexualité. A l'âge où se fait la première menstruation, vers quatorze ou quinze ans, on la voit occupée, comme Mme Bovary dans sa jeunesse, d'aspirations confuses et de vagues sentimentalités. C'est à ce moment, que l'ambition, le désir de l'extraordinaire, du romanesque ou de l'héroïque! enchante et torture son imagination. Elle se refuse à l'idée d'une existence simple et tranquille. Elle rêve, elle imagine, elle bâtit des châteaux en Espagne. Le côté matériel de l'existence la laisse indifférente. Le mariage ne lui présente qu'« un mari, des enfants, un ménage » ; les devoirs de la vie conjugale sontlettresclosespour elle ; les réalitésla choquent.

Sentimentale et naïve, elle croit aveuglément à la bonté, à la noblesse, au désintéressement, quitte à se heurter bientôt aux réalités de la vie.

Dans les milieux pauvres, il en va autrement. Ici, toute la famille peut être réduite à vivre dans une chambre; rien de ce qui s'y passe n'échappe à la jeune fille. Sortelle dans la rue? travaille-t-elle à l'atelier? d'autres spectacles l'attendent, qui ne sont pas plus édifiants.

Toutes les tentations mauvaises, toutes les séductions viles, guettent la jeune fille. Comment répondra-t-elle à ces appels malsains? tout dépend de l'exemple reçu, du milieu où elle travaille, souvent aussi de l'ignorance où on l'a laissée, des tristes conséquences qui peuvent résulter pour elle d'actes en apparence légers.

Quant aux jeunes filles de la seconde catégorie, le danger résulte surtout de leur contact forcé, avec un milieu où peuvent se trouver des sujets anormaux et des exemples funestes. L'adolescente est dans ces conditions spécialement influençable . Elle est capable de commettre certains actes qu'elle réprouve, pour « faire comme les autres », pour ne pas se singulariser, pour n'avoir pas à supporter les moqueries de ses camarades.

Dans les pensions, au couvent, au lycée, des camarades plus « avancées », l'initient et se chargent de cette éducation spéciale. Saine de corps et d'esprit, elle résiste d'abord au mauvais exemple, surtout si elle trouve dans sa famille ou dans sa pension, quelqu'un pour la comprendre, pour accueillir ses confidences, pour calmer ses inquiétudes. Mais livrée à elle-même, à ses seules réflexions, souvent elle est entraînée malgré elle, à des pensées mauvaises et à des actes répréhensibles. L'enfant naïve est devenue une fille précoce.

Il y a donc, à côté des jeunes filles saines, chez lesquelles la crise pubérale se passe d'une façon normale, d'autres sujets, qui sans présenter des troubles psychiques proprement dits, manifestent une exaltation et une intempérance de langage parfois excessives1. Elles aiment volontiers à se rendre originales, à se faire remarquer par leurs conversations et parleurs actes. Il n'est pas rare que

1. Il est à noter que chez les jeunes filles atteintes, dès l'établissement de la menstruation, de dysménorrhée, on observe parfois certains troubles psychiques. Je n'y fais pas allusion dans ce chapitre, qui traite seulement des sujets bien portants.

ces jeunes filles se livrent à l'onanisme. Souvent leur exaltation se manifeste par une véritable manie épistolaire. Elles se passionnent pour des acteurs, pour des héros de romans, pour les auteurs qui ont composé leurs livres favoris. Prenons pour exemple, le fait suivant, passé presque inaperçu dans l'histoire littéraire. La fille du défenseur de Charlotte Corday vivait chez des parents, en Hollande, gens aisés et cultivés. : ils lui donnaient une instruction et une éducation qui convenaient merveilleusement à son intelligence précoce et extraordinaire. Elle eut l'occasion de lire quelques œuvres du grand romancier allemand Jean-Paul, et surtout son roman « Le Titan ». Tel fut l'effet du livre sur l'esprit de l'enfant, qu'elle ne put résister à la tentation d'écrire au poète une lettre enflammée. Jean-Paul prit bientôt, dans l'âme mystique de la jeune fille, l'apparence et l'auréole d'un Messie. Peu à peu les lettres de l'enfant s'emplirent d'adoration religieuse, qui dégénéra vite en passion physique. J<ean- Paul, qui avait laissé les premières lettres sans réponse, vit bientôt le danger- de l'exaltation de sa jeune correspondante, et lui écrivit paternellement, sans faire "allusion aux sentiments de la jeune fille, lui disant avec simplicité sa vie de famille, vantant son bonheur d'homme marié, et s' excusant des charmes envolés de son crâne dégarni. Loin de calmer la jeune fille, ces réponses, volontairement prosaïques, ne firent qu'exagérer sa passion. Ses lettres au poète deviennent brûlantes ; elle l'appelle « Jésus », elle veut devenir mère d'un de ses enfants ; elle lutte entre le conflit horrible, de ses fantaisies mystiques, et de son impuissance aies satisfaire. Elle se jette à l'eau. On l'en retire ; elle meurt quelques heures après. Dans son délire, elle appelle encore son « Messie ».

Partout se manifeste à cette époque de crise, l'irréflexion, le manque de raisonnement, l'absence de logique. Tout cela peut aboutir au sacrifice même de la vie. Ibsen

n'en donne-t-il pas un exemple dans le « Canard Sauvage » ? Une jeune fille de quatorze ans, es1: désespérée de voir son père qu'elle aime avec passion, se détacher d'elle; elle a reçu d'un ami, le conseil de tout sacrifier pour reconquérir cette affection perdue ; elle immole ce qu'elle a de plus cher : son canard sauvage ; et pour exagérer encore, ce qu'il y a de symbolique dans ce sacrifice, elle se donne la mort.

Influence de la menstruation sur V état psychique de la femme. — La menstruation a été considérée par certains auteurs, comme déterminant des troubles inévitables dans la santé physique et dans l'état psychique de la femme. Stolz 1 a enseigné que la femme au moment de la menstruation est dans un état voisin de la maladie ; d'autres ont même attribué une origine pathologique à la fonction menstruelle2. Ces opinions me paraissent exagérées. On ne saurait admettre qu'un état physiologique, s'accompagne normalement de troubles capables d'entraver, au moins momentanément, l'activité de la femme.

Les statistiques qu'on a publiées, pour démontrer que le nombre de femmes malades, au moment des époques menstruelles, est plus nombreux que celui des femmes saines, me semblent avoir un tort grave. C'est de porter sur une clientèle de malades. Une statistique rigoureusement exacte est difficile à établir, par ce fait que des femmes bien portantes échappent à tout contrôle ; il est difficile, en effet, de demander à une personne qui ne réclame pas de soins médicaux, comment elle est réglée. En admettant que l'on obtienne ces renseignements de quelques femmes, leur nombre sera toujours limité et insuffisant pour permettre d'établir des statistiques sérieuses. Or, l'on sait combien les affections organiques

1. Stolz. In Dictionnaire de Jaccoud, LXXII, art. Menstruation p. 25.

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