‹ Essai sur la réaction de l'urineChapitre 37 sur 37 · DIABÈTE INSIPIDE · texte numérisé non relu

DIABÈTE INSIPIDE

dit ailleurs que le chiffre de l'acidité était spécialement en rapport avec les fonctions digestives de l'individu; or le n° 12, par exemple, qui présente une acidité quatre, cinq fois plus considérable qu'à l'état normal, mange douze à quatorze rations de viande et boit quatre à cinq litres de vin par jour.

f — Diabète insipide. — Chez le n° 42, l'acidité de l'urine est normale, elle ne dépasse presque jamais 2 grammes de potasse. La quantité d'urine est cependant chez lui aussi élevée que chez les n°' 9 et 12.

De l'ensemble de notre travail il résulte que l'on peut grouper ainsi les diverses conditions dans lesquelles on trouve une réaction acide, une réaction neutre ou alcaline.

L'urine est acide à l'état normal. De neutre ou alcaline qu'elle est avant le déjeuner, elle devient acide après une alimentation surtout animale ; l'acidité augmente à mesure que la digestion s'accomplit ; la digestion terminée, l'acidité diminue; si l'on avance ou si l'on retarde les repas, le summum de l'acidité avance ou retarde dans la même proportion ; enfin nous avons trouvé une acidité plus élevée chez les individus qui ingèrent plus d'aliments. Nous pouvons donc légitimement appeler cette acidité de l'urine, acidité alimentaire.

En dehors de l'alimentation, nous avons trouvé l'urine

acide dans beaucoup de conditions anormales ou pathologiques ; ainsi dans l'état d'abstinence prolongée, chez les femmes pendant les douleurs de l'accouchement; enfin l'urine est très acide dans la fièvre. Dans tous ces cas, et ceci est d'une importance capitale, l'acidité ne peut se produire qu'aux dépens de l'organisme lui -même : c'est une acidité autophagique.

Nous avons trouvé la réaction neutre ou alcaline, à la période la plus éloignée des repas, au début de l'abstinence, chez des femmes dans les deux premiers jours de l'accouchement ; dans tous les cas, en un mot, où il y a diète et repos.

Ces faits étant cpnnus et rapprochés^ savoir, 1° que chez l'homme sain, dans les diverses périodes delà journée l'acidité de l'urine marche avec le pouls ; que' chez les malades avec fièvre, l'acidité marche avec la température ; 2" que l'acidité augmente par l'élaboration des aliments ; 3° que les corps acides sont considérés en chimie comme le produit d'une oxydation avancée, nous pouvons synthétiser le fonctionnement général de l'organisme et modifier ainsi la compa aison de Lavoisier : nous sommes des foyers ; le combustible est fourni par les aliments, le pouls apporte l'oxygène et remplit le rôle du soufflet, enfin l'acidité de l'urine est le produit de cette combustion, ce sont les cendres.

Dans les cas où il se forme de l'acidité par autophagie, nous sommes alors, comme le dit Lavoisier, des combusti ~ bles qui brûlons et nous consumons.

Nous pouvons ajouter qu"e/^ général les causes qui augmentent ou diminuent l'acidité de l'urine, augmentent ou diminuent les combustions organiques.

Nous avons soin de dire « en général », car il suffira de donner à l'organisme un excès de base pour voir ces produits directs de combustions acides complètement dissimulés. L'acide carbonique, par exemple, produit ultime de la combustion des matières organiques, apparaîtra à l'état de carbonate. C'est ainsi que l'acide citrique pris à l'état d'acide libre ou à l'état de citrate donne à l'urine des réactions différentes. L'acide citrique libre réagira sur l'équibre des bases et des acides de l'urine pour donner une réaction acide plus tranchée ; en pré sence de la soude, il fera du carbonate de soude à réaction alcaline.

Si donc l'acidité des urines donne une mesure des combustions organiques, c'est en admettant que la proportion des alcalis de l'organisme n'augmente pas pour dissimuler, par saturation, les termes d'oxydation avancée.

Peut-être trouverons-nous dans les considérations qui précèdent , l'explication de certains résultats obtenus par les auteurs. La plupart, en effet, trouvent l'urine plus alcaline après les repas. Le régime, surtout végétal, n'expliquet-il pas ces résultats ? La salade, les légumes renferment un excès d'alcalis combinés avec les acides organiques. La combustion de ces sels donne des carbonates. Dans ces cas, l'urine additionnée d'acide chlorhydrique dégage des quantités très notables d'acide carbonique, preuve de la combustion en présence des bases des sels à acides organiques.

Ces vues générales établies comme ressortant immédiatement de nos expériences, passons en revue les résultats principaux obtenus dans les diverses conditions physiologiques et pathologiques.

1° Contrairement à l'opinion généralement admise, l'urine est plus acide après les repas, le maximum de l'acidité se trouve vers 4 heures après le dîner ; l'urine du sommeil est assez acide, les auteurs sont unanimes sur ce point, mais aucun ne donne la véritable raison de cette acidité intense de l'urine de la nuit. Nous avons démontré que c'est pendant la nuit qu'il se forme le moins d'acidité par heure, et que si Furine du sommeil est très acide, c'est parce qu'elle est concentrée, et qu'elle contient l'acidité formée pendant plusieurs heures. Chez plusieurs individus (les plus faibles) nous avons trouvé l'urine neutre ou alcaline, de 9 à 11 heures du matin, avant toute ingestion d'aliments.

2° Relativement au poids, chez les nouveau-nés, l'acidité de l'urine est, d'après nous, plus élevée que chez les adultes; l'acidité absolue augmente avec l'âge jusqu'à l'âge adulte, elle parait diminuer chez les vieillards.

3" L'acidité de l'urine s'est élevée, chez nous, sous l'influence du régime lacté, des boissons abondantes, d'une alimentation copieuse et de l'alcool; elle s'est abaissée par un régime surtout végétal, par un régime sec, et par l'abstinence.

4" Dans une expérience de travail musculaire poussée jusqu'cà la fatigue extrême, l'acidité de l'urine a augmenté d'une faible quantité le jour même et d'une quantité considérable le lendemain et le surlendemain de l'expérience ; cette influence s'est fait sentir jusqu'au 4' jour.

5" Contrairement à l'opinion des auteurs, le bain ne rend pas l'urine alcaline, et la sudation, loin d'augmenter l'acidité de l'urine, la diminue.

6" L'acidité de l'urine augmente par l'ingestion de

l'acide citrique, de l'acide salicylique, de l'acide beuzoïqiie, de l'iodure de potassium et de la noix vomique; elle diminue par le citrate de soude, le bromure de potassium et les alcalins.

7° La fièvre augmente l'acidité relative de l'urine ; l'acidité absolue nous a semblé slussï plus élevée dans cet état pathologique.

8" L'acidité de l'urine est très intense dans le rachitisme .

9° Nous avons trouvé chez des diabétiques l'acidité de l'urine généralement trois ou quatre fois plus élevée qu'à l'état normal; acidité normale dans le diabète insipide.

Plusieurs des résultats que nous venons de rappeler succinctement sont en désacord avec les idées généralement admises. Nous avons discuté longuement, dans le cours de notre travail, les points qui nous séparent de nos devanciers. Assurément les contradictions résident dans les conditions différentes dans lesquelles les observations ont été prises. Nous avons essayé souvent de faire ressortir les causes probables de ces divergences.

Il est certain, comme l'a dit et répété souvent Cl. Bernard, que c'est souvent faute d'établir parfaitement le déterminisme physiologique, que l'on arrive à des conclusions opposées.

Le soin que nous avons apporté dans notre étude nous a-t-il prévenu contre toute interprétation hasardée et donne t -il à nos conclusions un véritable poids? Nous osons l'espérer.

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